Lost Angel

Chapitre 1

Le ciel était gris. Il allait sans doute pleuvoir. Le vent était déjà frais. L'hivers n'était plus très loin. Cette année, avec un peu de chance, il verrait peut-être la neige. Il l'espérait. Il avait beaucoup d'espoir et de projet. C'était un fait nouveau. C'était comme un vent de liberté qui soufflait en lui. Mais il n'en était pas pour autant devenu un homme nouveau. Il était le même. Il n'avait pas changé. Il est impossible de le faire. On ne change pas, on évolue. En dix ans, il avait évolué. Il était différent même si au fond, il restait le même. Il avait surtout appris de ses erreurs. Il ne recommencerait pas les mêmes. Il savait quoi faire et ce qu'il ne devait surtout pas faire. Il connaissait les pièges à éviter. Il savait également ce qui l'attendait à la moindre erreur. C'était soit l'internement, soit la pendaison. Ni l'un ni l'autre ne lui convenait. Il avait passé trop de temps en cage pour y retourner maintenant. Alors il attendrait le temps qu'il faudrait. Il attendrait le bon moment.

Il marchait un peu au hasard. Il n'avait pas de but précis ou plutôt, il ne savait pas où trouver ce qu'il cherchait. Mais il ne s'en inquiétait pas. Il finirait par la trouver. Ce n'était qu'une question de temps. Et l'internement lui avait appris la patience. Dix longues années à être attaché par une camisole de force, à subire les piqûres de tranquilisant et à écouter un psychiatre vous dire qu'il vous connait mieux que vous-même. Il avait subi tout ça et en était sorti avec un jolie papier attestant de sa guérison. Il était guéri. Mais quoi de plus simple quand on a jamais été malade. Et il n'était pas fou. C'était même pire que ça. Il était parfaitement sain d'esprit. Contrairement à ce qu'il avait pu dire, il ne regrettait rien. Chacun de ses crimes, il le chérissait. Et s'il avait à les recommencer, il les referait sans le moindre remord. Les regrets ne sont pas pour lui, il n'en avait de toute façon jamais eu au court de sa vie. Il l'avait d'ailleurs vécu pleinement, savourant chaque instant comme si demain serait la fin du monde. Cette philosophie ne lui avait pas toujours réussi mais elle lui avait donné l'odace d'aller étudier à l'étranger. Elle lui avait également permis de demander à celle qu'il aimait sa main. Elle lui avait donné le cran de découper en morceaux toutes ces jeunes femmes dans la cave du domicile conjugale sans jamais éveiller les soupsons de sa tendre épouse, ni même de sa fille adorée. Ces souvenirs le firent sourire. C'était le bon vieux temps.

Il marcha longtemps. Trop peut-être car le crépuscule pointa rapidement son regard sur lui. Il allait bientôt faire nuit et d'avantage froid. Et lui ? Qu'allait-il bien pouvoir faire ? Il en avait une vague idée rien qu'en regardant l'enseigne violette qui lui faisait un clin d'oeil depuis le coin de la rue adjacente. C'était celle d'un bar. L'impériale. Un bar gay. Il se souvenait l'avoir vu dans l'annuaire alors qu'il le parcourait à la recherche d'un nom familier. D'un nom qu'il n'avait malheureusement pas trouvé.

À cet instant tout se passa très vite dans sa tête. Il eut comme un flash. Un souvenir. Celle d'une conversation qu'il avait eu avec son psychiatre il y avait de cela quelques années. Ce dernier lui avait demandé pourquoi il avait tué toutes ces femmes. Il lui avait répondu :

« Parce que je les aimais.

- Mais pourquoi les avois tué dans ce cas ? Avait alors demandé l'homme en blouse blanche.

- Parce que je n'avais pas le droit de les aimer.

- Pourquoi ?

- J'étais marié.

- Alors pourquoi ne pas avoir divorcé ?

- J'aimais trop ma femme. Mais j'aimais les autres égalements. Pourquoi riez-vous ?

- Une idée folle m'a traversé l'esprit.

- Je vous écoute docteur.

- C'est à moi de vous écouter, pas l'inverse.

- J'insiste.

- Si vous deveniez gay, vous les tueriez aussi ? »

Il n'avait à l'époque pas répondu. Aujourd'hui, il ne pouvait toujours pas le faire mais une chose était sûr, il était curieux de savoir ce qu'il trouverait dans ce bar. À dire vrai, il n'avait jamais rencontré de gay de sa vie et se demandait bien ce qui pouvait faire la différence entre un hétérosexuel et un homosexuel. Il y a dix ans, le sujet était encore très tabou. Aujourd'hui, les choses semblaient commencer à changer. Était-ce un mieux ? Il ne pouvait pas l'affirmer. Il restait dans le fond sans opinion et en saurait d'avatage une fois avoir découvert cet étrange univers qui semblait l'appeler à lui.

Il marcha vers l'entrée sans appriori avec la simple curiosité malsaine d'un homme ouvert au monde. Presque d'un scientifique disséquant un corps pour en comprendre le fonctionnement. Il passa le seuil de la porte et découvrit une salle ordinaire. C'était un bar comme un autre, si ce n'était qu'il n'y avait pas la moindre femme. L'établissement était loin des clichés de luxure à laquelle on attribue ce genre de lieu. Pas de débauche de sexe ni de vice. Juste des hommes ordnaires buvant un verre et discutant. Il y avait très peu de geste tendre et personne ne s'embrassait. Il avait peut-être fait erreur. Ce n'était peut-être pas un bar gay. C'était peut-être tout simplement un pub comme un autre. Un peu comme ceux qu'il avait peu fréquanté à Londres et où les femmes y mettaient rarement les pieds.

Le premier regard qu'il croisa fut celui du barman. Un homme dans la début quarantaine. Un japonais malgré ses cheveux frisés mais lorsqu'on observait avec un peu plus d'attention son pendantif où était fièrement dessiné une feuille de canabis, on comprenait d'où lui venait ce look quelque peu hors norme qui lui donnait un brin d'exotisme et de chaleur des tropics. Mais il n'avait rien du pro-jamaïcain dont la caracature facile présente avec un joint entre les doigts et une tenue sale et négligée. Il était tout, sauf ça. Il était propre, presque élégant malgré la simplicité de sa tenue noire. La seul touche de couleur étant le morceau de plastique peint en vert qu'il portait autour du cou. Ajouté à cela sa chevalière en or où une simple lettre était gravée. Un P.

Les clients lui parurent ternes à côté de cet enigmatique personnage qu'incarnait ce barman au léger sourire malicieux qui tendait à dire '' je sais tout, je vois tout mais je ne dirais rien''. En somme, le propre à tous les tenanciers de comptoire qui se doivent d'avoir une bonne oreille pour leurs clients. Mais il n'y avait personne au comptoire. Les clients étaient tous sur des banquettes ou des chaises, à discuter à voix basse tout en fumant et buvant. Il prit donc tout naturellement la direction du tabouret qui faisait face au barman. Puisqu'il était seul, puisqu'il n'avait rien à faire, il allait discuter avec l'employé. Et il en aurait sûrement des choses à lui dire.

Avant même qu'il ne commande quoi que ce soit, le barman s'empara d'une bouteille à l'étiquette noire et lui servit un verre en déclarant :

« T'as la tête de quelqu'un qui a besoin d'un bon whisky.

- Du Jack Danniel's ?

- Le meilleur que je connaisse, déclara l'employé en observant la bouteille qu'il tenait toujours dans les mains. »

Il y avait presque de l'amour dans les yeux du barman alors que son regard se perdait dans le liquide ambré. Un léger sourire était toujours dessiné sur ses lèvres, un peu comme le serait celui d'un homme fixant l'amour de sa vie. Il devait y avoir du vrai dans le fond. Chacun ses vices, chacun ses crimes.

« Vous êtes gay ? »

Le barman quitta sa bouteille des yeux et posa un regard vide de signification sur son client qui le fixait avec beaucoup de sérieux. Sa question n'était pas une plaisanterie. L'employé ne sembla pas s'en vexer. Il déclara même :

« J'ai l'air d'un gay ?

- Je ne sais pas. Je n'en ais jamais vu. On est bien dans un bar gay ?

- C'était la vocation première du patron.

- Et ?

- Je ne sais pas. Tu vois écrit gay sur le front de quelqu'un ? »

Il quitta le barman des yeux et balaya la salle du regard. Il y avait des hommes et c'était tout. Leur présence ici définissait-elle leur inclinaison sexuel ? Rien n'en était moins sûr puisque lui-même n'était ici qu'en curieux. Il compris alors toute l'absurdité de sa question première mais il n'en avait pas honte.

Il observait toujours la salle quand cet homme entra. Il cru bien recracher son whisky en le reconnaissant ce qui fit sourire le barman. Que faisait-il ici ? Mais surtout, le voir autrement qu'avec une blouse blanche lui faisait bizarre. Son propre psychiatre, non plutôt son ancien psychiatre fréquantait l'Impériale ? D'un seul coup, l'image du médecin laissa la place à celle d'un homme. Un homme légèrement plus vieux que lui et bien plus petit, au sourire malicieux, presque canaille. Il n'avait plus rien avoir avec le psychiatre sage et droit qui l'avait soigné et qui avait signé son certificat de sortie. Il était autre. Il n'était au final qu'un homme qui vint s'asseoir à côté de lui.

« Docteur, vous ici ?

- J'ai un nom vous savez et je ne suis plus votre médecin.

- Je constate que vous avez également une vie.

- Vous en doutiez ?

- Je ne me doutais surtout pas qu'un homme comme vous puisse fréquanter un bar gay. Vous, un respectable père de famille. Diplomé certifié et reconnu comme un grand psychiatre.

- Et qui aurait cru que derrière votre visage d'ange et vos mains d'artiste se cachait un tueur sanguinaire ? »

Il y eut un blanc durant lequel les deux hommes se sondèrent du regard. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient dans un contexte autre que celui de cette clinique où il avait été enfermé pendant dix ans. Et après avoir enfin été remis en liberté, voilà qu'il le rencontrait ici. Destin ironique ? Rencontre fortuite ? Machination orchestrée contre sa personne ? Peut-être les trois à la fois.

« Docteur, vous ne portez pas votre alliance ce soir.

- Appelez-moi Hyde, pas docteur. Je ne suis plus votre médecin.

- Hyde ? Comme dans la nouvelle de Stevenson ?

- Intéressant, n'est-ce pas ?

- Je supose que le nom de Hyde n'est pas choisi au hasard surtout compte tenu de votre profession.

- Vous suposez bien. Mais vous qui aimez tant les femmes au point d'avoir voulu immortaliser leur beauté d'une manière quelque peu macrabre, que faites-vous dans un pareille endroit ?

- Je cherche la réponse à une question que vous m'aviez posé un jour.

- Quelle était-elle déjà ?

- Aurais-je reproduit le même schéma de conduite si j'avais été gay.

- Avez vous trouvez la réponse à cette question ?

- Non. Je ne suis pas gay. Je n'en connais pas. Je ne peux donc pas me projeter dans un tel schéma. Votre question reste sans réponse pour le moment.

- Alors laissez-moi vous aider, murmura Hyde en posant une main sur son genoux. »

Il ne la repoussa pas. Il se contenta de poser un regard neutre sur le psychiatre. Il n'y avait aucune interrogation dans ses yeux car il avait compris ses intentions tout comme le sousentendu sussurée par cette caresse qui était loin d'être innocente. Et on ne laisse pas errer sa main sur la cuisse d'un autre sans arrière pensée. Surtout pas dans pareille situation ni dans un tel endroit.

« Continuez de boire, reprit le psychiatre. Dix ans que vous avez dû vous en passer. Alors profiter ce soir et buvez autant que vous voudrez, je vous invite. »

Sur ces mots, il fit signe au barman de le resservir et de leur laisser la bouteille. Elle était encore pleine mais la nuit était longue et ils avaient encore le temps pour la finir mais aussi de faire bien d'autre chose.

La nuit poursuivit son oeuvre et s'empara d'avantage des lieux à mesures que le temps s'écoulait. Le bar fut plein à craquer peu avant minuit. Il n'y avait que des hommes quoi qu'on pouvait appercevoir quelques femmes. Des brebis égarées ? Des jeunes femmes cherchant un endroit où passer une soirée tranquille sans craindre de se faire draguer et d'être importuner ? Ou tout simplement des petits groupes de lesbiennes ? Difficile à dire. Il y avait tant de monde et tous étaient plus différents les uns des autres. Il y avait également beaucoup d'alcool. Il coulait presque à flot. Le petit pub tranquille du début de soirée avait revétu une tenue plus troublante, plus sensuelle, plus vicieuse. Il était presque devenu une antre de débauche sans que pour autant le caractère sexuel des gestes soient distinct. Les vices étaient certe bien présent, mais ils ne se montraient pas au grand jour. On pouvait simplement deviner que les couples se rendant aux toilettes ne fesaient pas que soulager leur vessie. Ils devaient probablement soulager bien d'autres désires impatients. Mais la vérité ne pouvait que se dessiner à travers les fantasmes d'une imagination rendue trop florissante par l'alcool et les caresses d'un psychiatre bien entreprenant dont les finalité de pensée ne devaient pas être très chaste.

Et puis, un étrange personnage fit son apparition dans son champ de vision. Il était grand, mince quoi qu'on ne pouvait que le deviner sous sa tenue orientale très large et qui dessinait à peine sa silhouette. Son look lui donnait des airs androgyne et l'alcool aidant, on pouvait se demander s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Il fallait dire que ses cheveux déjà long à l'origine, étaient pourvus d'extentions ou du moins de rajout qui leurs donnaient des airs d'hybride à mis chemin entre les rastas et un look punk stylisé. Un léger maquillage lui couvrait le visage et un tika vide de sens sinon remplissant une fonction décorative, était posé sur son front. Avec une agilité déconsertante, il grimpa sur le bar pour ensuite se retrouver de l'autre côté du comptoire. Le barman ne lui rétorqua rien. Il n'en eut pas le temps car l'autre lui sauta au cou en s'écriant :

« Je t'ai manqué hein, mon Patanounet ? J'en ai mis du temps à revenir mais tu connais ma mère. Quand je passe la voir, elle veut plus me lacher. Après, il a fallu que je me change avant que je ne vienne ici.

- Hideto-kun, tu m'étouffe, fit le barman en tentant de se défaire de son étreinte.

- C'est la force de mon amour pour toi qui fait ça mon Patounet.

- Et si tu arrêtais avec ces surnoms ridicules ? Tu me fais honte devant les clients.

- Mais moi j'aime bien te donner des surnoms. Je trouve ça mignon, pas toi ?

- Sincèrement ? Non.

- T'es pas gentil avec ton patron, tu sais ça ?

- Et bien vire-moi, répondit d'un air lasse le barman.

- Non, je t'aime trop pour ça, rétorqua l'autre en resserrant ses bras autour de son employé.

- Bon allé, file moi un coup de main au lieu de m'empécher de gagner ma vie et de faire tourner ton bar. »

L'autre acquiesça et le lacha enfin sous un soupir de soulagement du barman qui pouvait enfin respirer correctement. Cette scène tellement touchante et enfantine fit sourire Hyde qui se tourna vers son voisin dont il caressait toujours la cuisse du bout des doigts :

« Ne sont-ils pas mignons ?

- Ils sont ensemble ?

- Qui sait... C'est sûrement ce que d'autre doivent se demander sur nous.

- Et le sommes-nous ?

- À ton avis ?

- Vous m'avez tutoyer Docteur.

- Tu recommences à m'appeler Docteur...

- Une habitude. Quand on passe dix ans à vous appeler Docteur, on se fait difficilement à une autre appelation.

- Pourtant, tu pourrais m'appeler de mille et une façon.

- Que cherchez-vous au juste ? Que voulez-vous de moi ?

- Peut-être rien que tu ne puisses m'offrire.

- Je m'en doute.

- Alors allons chez toi, lui glissa-t-il à l'oreille. Finissons cette conversation dans un cadre différent et bien plus agréable.

- Où est le piège ?

- C'est plutôt moi qui devrait me méfier. C'est toi le tueur. C'est toi le méchant. Moi, je suis le gentil en toute logique.

- En toute logique...

- Alors allons-y. »

Sur ces mots, Hyde se leva et déposa un léger baiser sur ses lèvres avant de l'entrainner hors du bar, leur fraillant un passage parmis dans la foule opaque et ivre, sous le regard mi-amusé mi-neutre du barman.

Dehors il faisait froid ce qui contrastait avec la chaleur qu'il pouvait bien faire dans l'Imperial. Le whisky et une certaine exitation, lui permettaient de compenser la température extérieur qui avait considérablement chuté avec la tombée de la nuit. Mais il y avait également une autre source de chaleur externe à son propre corps. Elle se pressait contre sa main. C'était celle de Hyde qui s'était glissée dans la sienne pour mieux le guider dans la foule. Mais une fois sur le trottoir, il ne le lacha pas. Bien au contraire, il continua de le guider, l'entrainnant dans une ruelle sombre. Pauvre fou, il le connaissait pourtant. Comment pouvait-il faire une chose aussi inconsciente. Cherchait-il à se faire tuer ? Voulait-il être le premier homme sur sa liste ? À moins que le psychiatre n'ait une autre idée derrière la tête. Autre bien entendu que celle qu'il lui avait sousentendu par ses caresses, ses regards mais aussi ses chuchotements. Après tout, on ne met pas dans son lit un psychopate à peine sorti de détention. Sait-on jamais s'il pourrait recommencer... Hyde le savait. Il était même bien placé pour le savoir puisque c'était lui qui l'avait soigné pendant dix ans ou presque. C'était même lui qui avait signé son bon de sorti. Mais sa confiance ne lui venait pas de ce rôle. Elle était autre. Elle était presque malsaine...

Moins d'une demi-heure plus tard, ils étaient à destination. La voiture du psychiatre était garée dans l'allée couverte de feuille morte que le vent n'avait pu emporter tant elles étaient nombreuses. Leurs vêtements trainnaient ici et là dans l'escalier, dans le couloir et surtout autour du lit où reignait un silence de mort. À peine le bruit de deux respirations. Elles étaient faibles. Calmes. Paisibles. Rien n'avait commencé ou presque. Hyde était allongé sur le dos, la tête tournée sur le côté et le regard vide. Son nouvel amant le surplombait et lui caressait le visage tout en cherchant dans ses traits un indice pouvant expliquer l'étrange comportement d'un homme qui avait réussi et qui s'engageait sur une pente bien dangereuse. Ou était donc passé son professionalisme ? Sa raison ? Sa conscience ? À quoi donc pouvait bien penser cet homme habituellement vêtu d'une blouse blanche ?

« Mets ça, déclara Hyde en lui montrant un préservatif.

- J'ai passé ces dix dernières années à faire toutes sortes de teste. Tu es bien placé pour savoir que je suis aussi sein qu'un nouveau né. Sans parler que je suis sorti il y a moins de 48h et que je n'ai pas eu le temps de faire grand chose.

- Fais ce que je te dis. »

Il n'insista pas mais poussa tout de même un soupir tout en se redressant et en s'asseyant à côté de lui. Il regarda un moment le préservatif puis commença à ouvrir l'embalage. Il était en train de le mettre quand Hyde se redressa et s'assit dos au murs. Son regard était fixé sur le murs blanc face au lit.

« J'ai été testé séropositif, déclara le psychiatre d'un ton calme.

- Quand ça ?

- Il y a trois ans, répondit-il avant de s'allonger à nouveau sur le dos.

- C'est pour ça que tu joues avec le feu ?

- Non. »

Un soupir puis des bruissements de tissu. Quand Hyde tourna la tête vers lui, il le vit retirer le préservatif qu'il avait commencé à mettre, pour le laisser trainner dans un coin du lit. Il aurait dû s'y attendre. Il n'était même pas déçu. Il ne pensait rien. Il s'en moquait un peu dans le fond.

« Un ancien tueur en série et un psychiatre séropositif. Quel drôle de couple.

- Parce que tu trouves ça drôle ? Rétorqua froidement Hyde.

- Non, répondit-il en déposant un léger baiser sur ses lèvres.

- Qu'est-ce que tu fais ? Tu veux que je te contamine ? Tu es complètement fou.

- Ce n'était pas ce que tu disais quand tu m'as fait sortir de là bas.

- Je ne veux pas de ta pitié.

- Ce n'est pas de la pitié, juste de la curiosité. »

Après avoir achevé sa phrase, il lui donna un nouveau baiser tout en reprenant sa place initiale au dessus de Hyde qui ne le repoussa pas. S'en suivit d'un soupir puis d'un bruissement de tissu et enfin un gémissement qui ne fut pas unique.