Lost Angel

Chapitre 2

L'odeur était infecte. Le cadavre avait pouris dans l'eau et son état de décomposition soulevait des hauts le coeur de toute part. Kaoru se garda bien de prendre une profonde inspiration afin de ne pas provoquer l'effet inverse désiré. Il tenta plutôt de rester en apnée le plus longtemps possible. Du moins le temps qu'il lui fallu pour se mettre à une distance raisonnable du corps. Observant de loin ses hommes le repécher et le mettre sur la berge. C'était dans ces moment là qu'il était bien content d'être inspecteur. Il n'avait plus à faire le sale boulot mais cela ne l'empéchait pas de compatir pour ses pauvres subalternes qui en plus de l'atroce spéctacle, devaient suporter l'odeur fétide de la chair gatée par l'eau et le temps. Alors qu'il observait les gestes de chacun, une main sur posa lourdement sur son épaule ce qui le fit sursauter.

« Du calme Kaoru, ce n'est que moi, répondit une voix claire et grave. »

L'inpecteur se retourna et se retrouva face à un homme dans la début quarantaine. Il avait de court cheveux blond et son air grave ne présageait rien de bon, tout comme sa présence sur les lieux. Quoi que Kaoru aurait dû s'attendre à le retrouver ici puisque c'était lui qui l'avait appelé.

« Tu l'as vu ?

- Pas vraiment, répondit l'inspecteur. Le légiste est avec lui. »

Le commissaire poussa un profond soupir tout en enfonçant ses mains dans les poches de son manteau. Il fit quelque pas vers la rivière qui s'écoulait paisiblement dans son lit. Le même qui avait accueuilli à bras ouverts ce mort. Il n'avait pas encore été identifié. Il n'avait pas ses papiers sur lui. Mais on continuait toujours à passer la zone au peigne fin dans l'infime espoir de trouver des indices.

« On ne trouvera rien et tu sais pourquoi Kaoru ?

- J'aimerais répondre que non. Qu'est-ce qu'on fait ?

- On attend d'abord le rapport du légiste, ensuite... »

Il laissa sa phrase en suspend. Il avait d'ailleurs tourné la tête vers l'inspecteur et avait plongé ses yeux dans les siens. Kaoru su alors que ses craintes étaient fondées. Son pire cauchemar était de retour et il n'avait plus qu'à attendre le rapport du médecin légiste pour avoir confirmation du retour du vampire de Tokyo.

« Commissaire, Inspecteur, je viens d'examiner le cadavre. »

Les deux hommes se tournèrent vers la jeune femme qui venait de les interpeler. Elle ne devait pas avoir plus de 25 ans. Elle était très jeune mais elle était sortie majore de sa promotion. Ses compétences n'étaient pas à remettre en cause malgré son jeune âge. Quoi qu'elle leur révèlerait, ils ne douteraient pas de ses dires. Ils avaient de toute façon une petite idée de ce qu'elle allait leur annoncer :

« Il a une entaille dans le poignet droit ainsi que dans le gauche. On lui a ouvert les veines et il s'est vidée de son sang. Il faut que je fasse des examens plus poussés mais je pense qu'il a été drogué mais ça, seuls les analyses toxicologiques nous en diront plus. Mis à part ces deux coupures très profonde, il n'a aucune marque de violence.

- Le vampire de Tokyo, déclara Kaoru d'un air sombre.

- Le vampire ne s'attaque pas aux hommes, rétorqua le commissaire. Pour le moment, on va privilégier la thèse d'un immitateur un peu spéciale.

- D'un immitateur, répéta Kaoru avec un sourire amer.

- Kaoru, on travaillera ensemble sur ce dossier. Finis ce qu'il y a à faire ici, moi je rentre. »

Il partit sans attendre la réponse de l'inspecteur. De toute façon, il s'agissait d'un ordre et Kaoru n'avait pas à le discuter même s'il ne le ferait jamais. Il se contenta de regarder son supérieur s'éloigner du lieu où avait été retrouver le cadavre. Le deuxième en quatre jours. On pouvait presque parler de meutre en série mais les autorités se garderaient bien de le faire. La prudence était toujours de mise dans ce genre de troublante affaire et notamment quand le passé y fait échos et qu'un certain futur est en jeu.

Le voiture du commissaire démara et s'éloigna. Il était difficile de dire quelle direction qu'il prit car son véhicule noir disparu rapidement de leur champ de vision, mais il y avait de grande chance pour qu'il rentre au QG où il devait avoir des dossiers à coordonner. Et s'il n'en avait pas, il se replongerait sûrement dans ses archives, celles datant de ses jeunes années en tant qu'inspecteur. Celle faisant référance à l'affaire du vampire de Tokyo. C'était il y a dix ans et aujourd'hui le cauchemar semblait recommencer. Mais cette éventualité, le commissaire ne voulait pas y penser. Il voulait traiter cette affaire objectivement sans à priori qui pourrait venir brouiller les cartes. Après tout, il y avait bien plus de différence entre les deux affaires que de ressemblance et même si la méthode était la même, les points communs s'arrêtaient là. Toute fois, par prudence, il replongerait quand même dans ce dossier vieux de dix ans. Deux précautions en valent toujours mieux qu'une. Ce fut ce qu'il se répéta toute la journée. À chaque fois qu'il tournait une page. À chaque chemise en plastique qu'il ouvrait. Il ne faisait qu'une simple vérification. Il ne faisait qu'assimiler des éléments déjà connus afin de pouvoir réfuter devant les journalistes le retour du vampire de Tokyo. Mais le fait qu'il ait besoin de se le répéter sans cesse, prouver que lui aussi se laisser entrainner par les murmures et les idées toute faites d'individu craintif que la peur poussait au délire les plus iraisonnés.

Il passa ainsi toute sa journée, proscrit dans son bureau. Recevant de temps en temps la visite d'un sulbaltaire. Kaoru passa également le voir pour lui remettre son rapport. Toute fois, ils ne se parlèrent pas vraiment. Ce n'était pas encore le moment. Il fallait attendre demain, le temps que le légiste ait terminé d'examiner le corps et rendre un rapport détaillé sur la victime. Alors à ce moment là, ils aviseraient. Ils discuteraient et échangeraient leur point de vu. Mais pas pour l'instant car tout était encore trop chaud, trop neuf dans leurs esprits.

Ce ne fut que vers 19h qu'il rentra chez lui, épuisé bien plus psychologiquement que physiquement. Il avait passé plusieurs heures d'affilé assis à son bureau à lire et relire des documents poussiéreux qu'il n'aurait jamais cru avoir à nouveau entre les mains. C'était un peu comme se retrouver 10 ans en arrière. C'était étrange, c'était angoissant.

Après avoir garrer sa voiture dans le parking soutterrain de l'immeuble où il vivait, le commissaire prit immédiatement la direction de l'ascenseur. Il n'était pas d'humeur à trainner et avait hate de retrouver son domicile pour y prendre un repos bien mérité. Quoi qu'il doutait pouvoir fermer l'oeil de la nuit. Enfin, il essairait tout de même et verrait bien si Morphée aurait une once de pitié à son égare.

Quand il poussa la porte de son appartement, la lumière était déjà allumée. Cela ne l'étonnait pas vraiment. Il referma à clef derrière lui et pris la direction du salon. Son répondeur clignotait. Il se doutait qu'un nombre incalculable de message ne devaient attendre que lui. Tout en poussant un soupir rempli de lassitude, il pressa le bouton d'écoute. Les premières secondes étaient silencieuses mais une oreille aussi avertie que la sienne parvenait à entendre ce léger bruit de respiration.

« Yoshiki..., c'est encore moi. J'ai essayé de te joindre sur ton portable mais tu as résilié ton abonnement. »

Un court silence. Puis la même voix féminine et étranglée reprit :

« Tu me détestes tant que ça ? Je... je n'arrive toujours pas à croire que c'est fini entre nous. Je t'en pris, laisse-moi une chance de te prouver que je suis la femme qu'il te faut. Rappelle-moi s'il te plait. »

Il arrêta son répondeur. Les autres messages devaient être du même genre. Ils étaient donc sans grand intérêt pour lui.

« Tu es rentré. »

Yoshiki se retourna et apperçu une jeune fille debout dans l'encadrement de la porte. Elle lui souriait légèrement et il put faire autrement que d'y répondre. Sans la moindre hésitation, elle entra dans la pièce et s'avança vers lui. Il passa un bras autour de ses épaules et déposa un tendre baiser sur sa tempe.

« Ça n'a pas arrêté de sonner toute la journée.

- Tu y a répondu ?

- J'ai malheureusement fait cette bêtise.

- Je suis désolé pour ce que cette hystérique a bien pu te dire.

- Ne t'en fais pas, je n'y ais pas acordé d'importance puisqu'il n'y avait rien de vrai dedans.

- Tu as été voir ton père ?

- Non, soupira-t-elle en se détachant de lui pour s'asseoir sur le canapé. Pas encore. Il ne sait toujours pas que je suis au Japon. Ne lui dit rien s'il te plait.

- Au risque de te décevoir, ça ne risque pas. Nous ne nous voyons plus depuis longtemps.

- C'est domage. »

Yoshiki ne répondit rien et avança vers son buffet en chène. Il s'empara de la bouteille en cristale qui contenait un liquide ambré et se servit un verre. Il en avait besoin après la longue journée qu'il avait eu.

« Je... je n'ai pas trouvé de photo de tantine Mei.

- Il n'y en a plus, répondit Yoshiki en venant s'asseoir à côté d'elle. Il n'y en a plus depuis longtemps. »

Un court silence s'instala entre eux avant qu'elle ne lui demande avec beaucoup d'hésitation.

« Tonton, tu ne portes plus ton alliance et il n'y a plus de photo de tantine. Elle ne vit plus ici. Vous avez divorcé ? Où est-elle ? »

Yoshiki poussa un profond soupir et porta son verre à ses lèvres avant de s'enfoncer un peu plus dans le canapé. Il réfléchit un moment puis tourna le visage vers la jeune fille qui semblait déjà regretter sa trop grande curiosité.

« C'est vrai que personne ne t'a rien dit, murmura-t-il en lui caressant tendrement le visage. Nous avons divorcé et elle est en clinique.

- Oh... mais... Mais pourquoi ?

- Tu sais qu'elle voulait avoir des enfants. Elle adorait les enfants.

- C'est pour ça qu'elle me gatait tout le temps.

- Oui. Moi ça m'était égale mais elle, elle en voulait. Comme nous n'arrivions pas à en avoir, nous avons consulté. La sanction est tombée sur elle sans la moindre pitié. Elle était stérile. Elle ne l'a pas suporté. Elle a fait dépression sur dépression. Je ne pouvais rien faire pour l'aider. Elle a été interné. Elle ne voulait plus me voir. On a donc divorcé.

- Je suis désolé, je... je ne savais pas, balbutia-t-elle.

- Comment aurais-tu pu le savoir. Je n'en ai pas parlé à ta mère. Tu sais qu'on ne s'entend pas du tout et je t'épargne tout le mal que je pense d'elle. Quant à toi, tu étais trop jeune à l'époque, je me voyais mal te le raconter.

- Et papa ? Il le sait ?

- Je ne sais pas. Je te l'ai dit, je ne le vois plus beaucoup. Non, je ne l'ai pas vu depuis très longtemps. La dernière fois qu'on s'est parlé, c'était au téléphone. Il déménageait et voulait me laisser sa nouvelle adresse.

- C'est domage quand même... C'était ton meilleur ami.

- Je te retourne la même chose. C'est domage que tu n'es pas gardé contacte avec lui. C'était et c'est ton père.

- Je sais ! Mais tu sais que maman n'arrêtait pas de dire du mal de lui et moi j'y ai cru. Jusqu'à ce que je me rende compte que ce qu'elle disait n'était pas parole d'évangile. Tu peux pas savoir comme je m'en veux pour toutes ces choses que je lui ais dit.

- Alors va le voir.

- Pas tout de suite. Je suis pas encore prête. Et toi ? Tu vas faire la paix avec lui ?

- Je ne sais pas. C'est compliqué, murmura-t-il d'une voix très faible. »

Il y avait tant de tristesse sur le visage de Yoshiki qu'elle n'insista pas. Elle ne voulait pas le torturer d'avantage avec des questions embarassantes et elle n'était plus une enfant pour ne pas sentir le malaise de celui qu'elle considérait comme un oncle. Elle se rapprocha alors de lui et colla sa tête contre son épaule, ce qui fit sourire le commissaire. Ce dernier termina d'un trait son verre, lui caressa légèrement les cheveux puis se leva en déclarant qu'il allait préparer le dîner. Elle acquiesça et le regarda prendre la direction de la cuisine sans oser bouger. Elle savait qu'elle avait plus ou moins jeté un froid dans leur conversation mais elle ne savait pas vraiment comment se rattraper. Elle attendit donc jusqu'à ce que des bruits lui parviennent de la cuisine. Là, elle se leva et entra à pas de loup. Yoshiki était devant la plaque éléctrique et semblait préparer une soupe pho avec les restants de poulet. Il lui tournait le dos. Elle ne pouvait pas voir son visage mais elle devinait qu'il n'avait toujours pas retrouver son sourire et elle s'en sentait d'avantage coupable.

« Tu sais pourquoi je me sens chez moi ici ? Fit-elle avec une légère hésitation.

- Pourquoi ? Questionna Yoshiki sans la regarder. »

Elle s'avança vers le réfrigérateur sur lequel était accrochée une photo. Elle était retenue par des magnettes en forme de fruit qui semblait plutôt vieille et qui aurait dû être changée depuis longtemps. Yoshiki l'aurait sûrement fait s'il ne s'agissait pas de lointain souvenir.

« J'aimais beaucoup jouer avec ça quand j'étais petite, reprit-elle en frollant du bout des doigts les fruits en plastique. »

Yoshiki se tourna vers elle et la découvrit sans grande surprise face au réfrigérateur où était collée cette vieille photo. Celle de deux hommes. Un brun et un blond. Ils étaient assis dans un vieux canapé et entre eux, se trouvait une petite fille qui ne devait pas avoir plus de deux ans.

« C'est cette photo qui me donne l'impression que je suis chez moi ici aussi, reprit-elle en la décrochant. Elle est vieille. J'étais toute petite à l'époque. Et vous, vous étiez si jeune ! Tu ne t'étais pas encore coupé les cheveux. Tu ressembles même à une fille.

- Je n'étais pas encore rentré à l'école de police, rétorqua Yoshiki d'un air faussement véxé avant de lui prendre la photo des mains. Et puis dit aussi que je suis une vieille croute maintenant !

- Mais j'ai pas dit ça !

- Mouais c'est ça. Bon, Dahlia, dépèche-toi de mettre la table avant que je ne me fache.

- Oui commissaire ! S'éclama-t-elle en lui faisant un salut militaire avant d'éclater de rire. »

Yoshiki poussa un profond soupir d'exaspération puis recolla la photographie sur le réfrigérateur et retourna s'occuper de la soupe qui chauffait sur la plaque rouge et brullante. Cela dit, un léger sourire était dessiné sur ses lèvres. Dahlia avait au moins réussi à le lui rendre et elle était plutôt fière d'elle.