Lost Angel

Chapitre 5

Le bruit incessant des voitures. Les panneaux publicitaires. La foule. Tokyo lui avait manqué en particulier Shibuya et ses adolescents si mignons. Il se souvenait s'être souvent promené ici, faisant les boutiques de vêtement branché sans jamais rien y acheter car rien n'était à son goût. Mais il adorait regarder, observer, contempler. C'était quelque chose qu'il n'avait pas eu souvent l'occasion de faire ces dix dernières années. Et après avoir détaillé la cours de l'institut où on l'avait enfermé, il avait vite fait le tour des choses intéressantes à regarder. Et ce n'était certainement pas les autres malades ou encore le personnel qui aurait pu éveiller sa curiosité à l'époque. Hyde ne l'avait pas fait non plus ce qui était quand même ironique quand on les voyait aujourd'hui, marcher main dans la main à travers les rues bondées et sans la moindre honte ou gène. Les regards des autres les indifféraient complètement. Ils n'étaient là que pour se promener. Ils n'étaient pas là pour le grand public. Ils étaient là pour eux avant tout.

C'était leur première sortie en couple. La première fois que l'un et l'autre s'affichaient en public avec un homme. Hyde avait toujours été discret sur sa bisexualité. Pour son amant, c'était la première fois qu'il se retrouvait dans une position homosexuel. C'était un peu comme une grande aventure. La découverte d'un univers inconnu qui pouvait tant lui apporter. Et il ne regrettait rien. Les regrets n'avaient jamais été pour lui de toute façon. Sans parler qu'avec Hyde, il avait trouvé un compagnon avec qui il pouvait tout partager à commencer par ses vices les plus inavouables. Alors puisqu'il se sentait si bien avec son ancien psychiatre, pourquoi se poser d'avantage de question sur lui, sur l'autre, sur eux. Tout ce qui comptait c'était l'instant présent et c'était bien une chose qu'il avait appris en dix ans d'enfermement.

Après une longue promenade, ils finirent pas entrer dans une boutique pour adulte sans objectif particulier sinon peut-être de pimenter certain côté de leurs pratiques. Ajoutez à cela que ce genre de lieu avait toujours été propice à l'amusement et à la séduction. D'ailleurs, s'ils avaient bien un seul point commun mis à part le fait d'être des pères séparés de leur enfant, c'était bien leur goût pour la séduction et le jeu. Et tout était amusant ici jusqu'à la décoration et la disposition des articles. Les murs peints en blanc fesaient remarquablement bien ressortir les présentoirs sur lesquelle étaient accrochés des sous-vêtements de toutes sortes et des plus sexy, si bien qu'ils auraient pu se croire dans une boutique de lingerie féminine et pas dans un lieu de charme souvent jugé comme pervers.

Si Hyde balaya rapidement les étalages, son amant s'arrêta devant une courte robe à volant. Du bout des doigts, il caressa sa soie rouge en particulier celle qui couvrait le bustier drapé d'un voile noir. Un léger sourire était dessiné sur ses lèvres. Il semblait faciné par le vêtement mais surtout, il semblait très loin d'ici, un peu comme lorsqu'il était pris d'une soudaine inspiration. C'était quelque chose qu'Hyde avait souvent vu ces derniers temps et il savait que l'idée allait lui plaire quoi que... le sourire de son amant et le regard qu'il posait désormais sur lui l'inquiétait un peu.

« Quoi ? Fit le psychiatre en reculant d'un pas malgré lui.

- Tu ne la trouve pas jolie ?

- Heu... si, répondit Hyde alors que son estomac se nouait.

- Il y a une chose que j'aimerais par dessus tout recommencer, murmura-t-il avec un triste sourire. Vraiment, j'aimerais vraiment recommencer comme avant. »

Le visage de Hyde pâlit bien malgré lui. Son sourire avait d'ailleurs disparu. Sa gorge quant à elle était nouée tout comme son estomac.

« Hyde ? Tout va bien ?

- Oui, allons-y, balbutia le psychiatre en l'entrainnant vers un autre rayon mais surtout loin de cette robe frivole qui le rendait si nostalgique. »

Passé les rayons lingeries trop tentant, ils arrivèrent dans celui des accessoires en tout genre, soigneusement rangés dans leurs boîtes colorées, tels des jouets attendant patiemment que de grand enfant s'amusent avec eux. Dans le fond enfin, se trouvait la discotèque, là où on pouvait choisir les films les mieux côtés du moment. Mais toutes ces choses n'avaient plus d'importance, seule cette robe rouges et tellement érotique hantaient leurs pensées pour deux raisons totalement différentes. Elle évoquait tellement la féminité, la sensualité, la chair, le sang... Elle était un peu comme une rivale pour Hyde qui la voyait comme celle pouvant ramener son amant vers le chemin qu'il venait de quitter pour lui. Elle pouvait venir briser l'armonie qu'ils s'étaient créés et les séparer à jamais alors qu'ils avaient encore tant à faire et qu'ils ne fesaient que commencer.

Hyde resta perdu dans ses pensées aussi inquiétantes que sombres toute la matinée. Ruminant les mêmes idées. Se maudissant toujours plus de l'avoir fait entrer dans ce sex shop. Haïssant par dessus tout cette robe à volant si sexy qui avait fait naitre au sein de son amant un désire ardent d'une chair autre que celle qui lui était proposée. Et son humeur maussade se ressentait clairement pourtant son ancien patient ne lui fit aucune remarque. Il ne lui posa pas non plus de question.

« Regarde, c'est le centre dont Sensei s'occupe. »

Il s'était arrêté face à une porte vitrée dont l'enseigne portait fièrement plusieurs logos tel celui de la lutte contre le sida, contre l'homophobie ou encore celui de la ligue des droits de la l'homme. Hyde observa d'un air peu conserné l'endroit. Il n'avait jamais vraiment aimé ce genre de groupe bien qu'il avait souvent conseillé à ses patients de s'adresser à eux.

« Je me demande si Sensei est là aujourd'hui.

- Tu devrais aller le voir, répliqua Hyde. Moi j'ai une consultation à donner dans moins d'une heure. Il faut que j'y aille. »

Le psychiatre lui lacha la main, l'embrassa rapidement à la commissure des lèvres puis s'en alla sans même laisser à son amant le temps de lui répondre quoi que ce soit. Ce dernier resta debout au milieu du trottoir et le regarda disparaître dans la foule tout en resentant une légère pointe de culpabilité vis à vis de son ancien psychiatre qu'il avait sans doute dû blesser par ce qui s'était passé précédement dans le sex shop. Pourtant, il n'avait rien fait de mal. Il lui avait simplement avoué être toujours attiré par les vêtements féminins. Il lui avait également laissé entrevoir une partie de ses pensées secrètes. Après tout, Hyde était le seul à qui il pouvait les confier et jusqu'à maintenant le psychiatre ne l'avait jamais mal pris. Est-ce que cela signifiait que leur relation prenait un autre tournant ? Peut-être...

Il lacha un court soupir puis poussa la porte vitrée et entra dans le hall climatisé où se trouvait le bureau d'un jeune homme qui avait tout l'air d'être le secrétaire. Ce dernier le salua tout en lui adressant un magnifique sourire. Il était blond et avait un bandeau autour du nez. Étrange, pensa-t-il car les bandeaux se portent généralement autour du font. Il ne fit toute fois aucune remarque au secrétaire et observa les quatre portes qui s'offraient à lui. L'une portait le logo de la lutte contre le Sida. La deuxième était à l'effigie d'homosphère. La troisième était sans doute réservée à la ligue des droits de l'homme. Et enfin, la quatrième était vitrée. On pouvait facilement voir ce qui s'y passait et on distinguait parfaitement un homme brun assis derrière un bureau et discutant au téléphone.

Sans la moindre hésitation, il avança vers cette quatrième porte. Lorsqu'il l'ouvrit le brun venait d'achever sa conversation téléphonique et notait quelque chose dans son agenda bien rempli. Apparement, c'était un homme très occupé mais il l'avait toujours été à sa connaissance. L'humanitaire était une vocation très forte chez ce professeur de lycée.

« Bonjour Sensei.

- Oh ! Bonjour ! Mais assis-toi. Ça me fait vraiment plaisir de te voir.

- Je passais par là et je me suis dit qu'il serait normal de venir vous saluer.

- En tout cas, ça me fait vraiment très plaisir. Surtout que tu as l'air en pleine forme et puis la liberté doit te faire du bien.

- Oui. Beaucoup même si je ne sais pas trop à quoi j'ai le droit maintenant.

- Oui, je comprends. Tu as discuté avec ton avocat à ta sortie ?

- Non. Je ne l'ai pas revu. Personne ne m'a rien dit. Personne mis à part ma soeur n'est venu m'accueillir à ma sortie. Je m'attendais à voir des journalites ou la police...

- Je pense que c'est une bonne chose. Tu vas pouvoir recommencer une nouvelle vie tranquillement. Écoute, dans le bureau d'à côté se trouve un juriste. Il pourra peut-être te reseigner sur tes droits et d'aider dans tes démaches. Je supose que tu dois avoir la tête pleine de projet. En plus tu es encore si jeune !

- Oui, merci Sensei.

- Bon, ne bouge pas, je vais aller le voir. Il doit être dans son bureau. Je vais lui expliquer ton cas, il me semble lui avoir déjà parlé de toi. Je reviens tout de suite avec lui. »

Il acquiesça puis suivit du regard le brun qui quitta rapidement son bureau tout en refermant la porte derrière lui. À travers la vitre, il le vit entrer dans une autre pièce, celle dont la porte portait le logo de la ligue des droits de l'homme. À peine fut-elle fermée qu'une jeune femme entra dans son champ de vision. Elle était très jeune et ne devait pas avoir plus de vingt ans. Elle semblait hésitant et nerveuse, ce qui ne la rendait que plus séduisante. D'un geste maladroit, elle passa ses doigts dans ses longs cheveux noir et marcha semble-t-il vers le secrétaire. Peu après, elle se présenta devant la porte vitrée et la poussa.

« Bonjour..., fit-elle mi-génée mi-deçu.

- Vous cherchez quelqu'un mademoiselle ? Fit-il en se levant de son siège.

- Ano... je... je cherche mon père..., balbutia-t-elle avec beaucoup de timidité.

- Oh ! Vous êtes la fille de Sensei ? Vous ne pouvez donc qu'être Dahlia.

- Mon père vous a parlé de moi ? S'étonna-t-elle en entrant franchement dans le bureau. »

Ses yeux étaient devenus aussi brillants que ceux d'une petite fille. Elle avait perdu toute timidité et prudence. Elle s'avança d'ailleur en toute confiance vers l'homme qui lui faisait face sans jamais soupsonner que dix ans plus tôt, il découpait avec avidité la chair de jeune femme comme elle. Elle ne remarqua pas non plus ce léger sourire rempli de sadisme et cruauté qui s'était dessiné sur son visage à l'instant où elle s'était approché de lui. D'ailleurs, il était parcouru de frisson qu'il identifiait très clairement. C'était les mêmes qu'il avait resenti jadis en emmenant ces jeunes femmes dans la cave du domicile conjugale. Dahlia avait d'ailleurs toutes les caractéristes d'une victime potentiel selon ses critères de l'époque.

« Oui, répondit-il avec un sourire aussi tendre que sadique. Il m'a beaucoup parlé de vous. Il ne fait que ça. Comme si sa vie tournait autour de la votre Dahlia. Jamais je n'ai vu un père aimer autant sa fille. Moi-même, je me demande si j'aime autant la mienne.

- Oh ! Ne dîtes pas ça. Vous... vous connaissez mon père depuis longtemps ?

- Oui, nous enseignions dans le même lycée. Lui la philosophie, moi l'art.

- Oh ! Vous êtes professeur d'art !

- Je l'étais, fit-il avec un sourire rempli de nostalgie.

- Alors mon père vous a souvent parlé de moi...

- Vous en doutiez ? »

Elle hésita un moment tout en souriant avec gène. Oui, elle en avait douté mais elle ne pouvait raisonnablement pas le lui dire. Elle se contenta donc de répondre :

« S'il vous plait, ne lui dîtes pas que je suis passé.

- Mais il est dans le bureau d'à côté. Il va revenir dans un moment.

- S'il vous plait, ne lui dîtes pas que vous m'avez vu.

- Très bien.

- Aurevoir.

- Aurevoir petite Dahlia... »

Elle s'en alla rapidement de peur de croiser son père, sous le regard avide et le sourire cruel du repris de justice qui frisonnait de plaisir en se souvenant de ces sensations que chacune de ces jeunes filles avaient pu lui inspirer. Il se demandait même s'il ne recommencerait pas avec elle. Mais Hyde risquait de ne pas être d'accord...

La journée touchait à sa fin et les rayons orangés du soleil couchant rampaient vicieusement à travers les herbes hautes pour tenter d'éclairer la cave de cette maison au style victorien. C'était dans ce sous-sol que tant de jeune femme avait fermé les yeux pour la dernière fois. C'était ici aussi que tant de sang avait été versé et continuait à être sacrié comme une offrande aux dieux. Ce soir encore ses mains étaient maculées de sang. C'était une sensation particulière qu'il aimait beaucoup. Le rouge était également sa couleur préférée. Une couleur qui se mariait si bien à la purté d'une frèle jeune fille. Et il en avait connu beaucoup. Il leur avait tant de fois ouvert les veines ici même entre les fondations de sa maison, éclairée uniquement par des bougies. Cette nuit, seule la cire se consumerait pour lui apportait un peu de lumière. La lumière éléctrique avait la facheuse tendance à lui abimer les yeux. C'était pourquoi il ne s'éclairait qu'exclusivement à la bougie ce qui rendait les lieux si romantique, si gothique, si étrange.

Un bruit de porte. C'était sûrement Hyde. Il était enfin rentré. Il ne l'avait pas revu depuis qu'ils s'étaient quittés à Shibuya et il se demandait s'il lui en voulait toujours. Heureusement qu'il n'avait pas été là lorsqu'il avait presque dévoré Dahlia du regard. Mais s'il l'avait fait, c'était en tant qu'artiste et pas en tant qu'homme. Il n'y avait rien eu de sexuel ou de pervers dans ses pensées lorsqu'il avait détaillé la jeune femme. Il l'avait fait avec le sadisme d'un grand compositeur. Du grand artiste qu'il était.

Des bruits de pas dans l'escalier, comme des talons. Cela l'étonna beaucoup car Hyde ne portait que des chaussures compensées ou marchait généralement pied nu dans ce qui était désormais leur maison à tous les deux puisque le psychiatre avait plus ou moins élu domicile ici. Il releva les yeux vers l'escalier et l'apperçu. Une superbe créature portant cette magnifique robe rouge en soie et en toile. Elle lui allait si bien et épousait parfaitement son corps si frèle. Ses jambes fines et si alléchantes étaient remarquablement bien moullées dans des bas retenus par des porte-jartelles. Ses mains étaient vêtues de gants noirs qui lui remontaient jusqu'à mi-bras. Dans la main droite il portait un chandelier, avec la gauche, il se tenait à la rambarde de l'escalier pour ne par perdre l'équilibre. Il n'avait sûrement pas l'habitude de porter des talons. Cela devait d'ailleurs être la première fois qu'il se traverstissait et le résultat était admirable car il avait pensé à tout, jusqu'à la péruque dont les cheveux noirs lui tombait jusque dans le bas du dos. Il s'était même maquillé et l'avait fait avec adresse. Vraiment, Hyde s'était surpassé au point que son amant se sentait dangereusement réagir face à tant de beauté, de grace et de féminité. D'ailleurs il ne put s'empécher d'emporter avec lui son couteau lorsqu'il s'approcha du psychiatre. Ce dernier ne bougea plus d'un pas et le laissa arriver jusqu'à lui.

« Tu es manifique Hyde, murmura-t-il en passa un bras autour de sa taille.

- Je l'espère bien parce que je me trouve franchement ridicule.

- Non, tu es parfait, rétorqua son amant en l'embrassant du bout des lèvres. »

Un sourire à la fois timide et satisfait se dessina sur les lèvres du psychiatre qui se mit à fixer le couteau qui brillait à la lueur de son chandelier.

« Tu as peur ? Questionna son amant.

- Non, je te fais confiance.

- Tu as peut-être tort. Cette fois-ci n'est pas comme les autres fois.

- Fais-le s'il te plait.

- Tu es sûr ?

- Oui. »

Ils s'embrassèrent à nouveau avec cette fois-ci plus de passion et d'avidité. Son amant lui prit ensuite la main et l'amena près d'un futon jeté sur le sol. À l'origine il était blanc mais il ne l'était plus tout à fait à présent. Par endroit se trouvait de grosse trace sombre. Du sang séché. Cela rendit la couche morbide et presque mortuère mais Hyde n'avait pas peur. Il ne resentit aucune crainte. À aucun instant il ne perdit confiance en son ancien patient. Il le laissa l'allongé sur le futon et caresser sans retenu son corps qu'il ne déshabilla pourtant pas.

« J'ai très envie de toi Hyde.

- Je sais, alors fais vite. »

Son amant acquiesça et lui prit le poignet. Il y déposa un doux baiser avant de tendre le bras vers un espace sombre pour attirer vers lui un petit bac en métal qu'il plaça sous le poignet d'Hyde. Ce dernier ne trembla pas. Pas même lorsque la lame du couteau se pressa contre son poignet. Il poussa simplement un léger gémissement que son amant étouffa dans un tendre baiser.