Lost Angel

Chapitre 6

Le ciel était dégagé et livrait aux yeux des curieux les mystères de ses étoiles qui brillaient dans sa robe sombre. Par moment, un léger nuage, à peine perceptible venait voiler la lune, coquette et étrange. Yoshiki poussa un profond soupir avant de baisser les yeux vers les eaux troubles de la rivère s'écoulant tranquillement sous le pont où était garée sa voiture. Lui, il se tenait debout, appuyé contre la barrière métallique. Aucune émotion particulière ne se dégageait de son visage, sinon une profonde fatigue qui dissimulait remarquablement bien l'angoisse qui lui nouait l'estomac. Il était également terriblement stressé et se sentait stupide car il n'avait pas à l'être. Ce n'était pas comme si l'issu de ce rendez-vous était vitale. Quoi que...

Les fares d'une voiture l'éclairèrent un moment avant de s'évanouirent en même temps que le ronronement d'un moteur. Un bref silence puis le bruit d'une portière qui s'ouvre et qui se referme. Yoshiki ferma un instant les yeux et prit une profonde inspiration afin de se calmer. Après tout, ce n'était pas le moment de perdre ses moyens car il allait devoir faire preuve de tout son calme pour dissiper cet énorme malentendu qui s'était glissé de manière regrétable entre eux. Et tout ce qu'il espérait c'était ne pas finir noyé au fond de cette rivière. D'ailleurs, il commençait à regretter d'avoir choisi un lieu de rencontre aussi glauque. Il se demandait même ce qui lui était passé par la tête. Au fond de lui, il savait pourquoi ce pont était important. Pourquoi si réconciliation il devait y avoir, elle devait se faire ici. Parce que c'était ici qu'ils s'étaient quittés il y a dix ans sur une violente dispute. C'était pendant le dernier acte de la reconstitution des faits. C'était ici, du haut de ce pont que le Vampire de Tokyo avait jeté son dernier cadavre dans l'eau. C'était ici pour la dernière fois qu'il avait décrit devant les juges comment il s'y était pris pour balancer le corps. C'était encore une fois ici que Yoshiki et son vieil ami s'était querellé à cause justement de ce tueur. Alors si tout devait recommencer, il fallait que cela se fasse ici où tout c'était terminé entre eux.

Yoshiki ne bougea pas de son appuis. Il garda les yeux baissés vers le vide. Vers cette eau noire qui avait déjà accueilli tant de cadavre. Pauvres petites filles mordues par la mort et noyées dans les ténèbres de cette rivière à l'apparance si douce et si tranquille. Cette pensée le rendit nostalgique mais il revint rapidement à lui en sentant une présence à ses côtés. Yoshiki ne tourna pas le regard vers lui car il savait qui était debout contre cette barrière. C'était de toute façon lui qui lui avait demandé de venir le rejoindre ici mais à présent que son vieil ami était là, il ne savait plus par quoi commencer. Il avait tant à lui dire ! Dix ans qu'ils ne s'étaient pas réellement parlés. Dix ans de gachés et de perdus...

« J'ai hésité à t'appeler Yoshiki. Mais j'avais peur que ce soit elle qui décroche. Je ne veux pas m'imposer à Dahlia.

- Écoute, déclara Yoshiki en se tournant vers lui. Je vais être claire, il n'y a rien entre elle et moi. Je suis son oncle. Elle est ma nièce. Elle a dit ça pour...

- Pour me faire du mal, coupa le brun. Je sais. Elle m'en veut toujours.

- Elle pense plutôt que c'est toi qui lui en veux.

- Pourquoi lui en voudrais-je, hein Yoshiki ?

- Parce qu'elle t'as rejeté. Qu'elle t'a crié que tu n'étais pas son père. Qu'elle ne voulait plus jamais te revoir.

- Elle était en pleine crise d'adolescence à l'époque. Et si nous avions encore vécu ensemble tous les trois, elle me l'aurait quand même hurlé à un moment ou à un autre. Les enfants sont comme ça lorsqu'ils entrent dans leur âge ingrat. Et nous, nous savons que ce ne sont que des mots. Qu'ils ne le pensent pas. Qu'ils disent ça pour tester notre patience et notre amour. Mais elle avait raison sur un point, je n'étais jamais là et j'étais presqu'un étranger pour elle. Un père, ce n'est pas quelqu'un qui vit de l'autre côté de l'océan, qui vous envoie vos cadeaux de Noël et d'anniversaire par la poste et qui vous écrit pour prendre de vos nouvelles.

- Tu es dur avec toi-même. Ce n'était pas de ta faute si cette garce qui te sert d'ex-femme est allé vivre à Los Angeles en emmenant Dahlia avec elle. Tu ne pouvais quand même pas tout quitter pour les suivre !

- J'aurais peut-être dû...

- Et bien tu seras content d'apprendre que ta fille est ton portrait craché. Quand je t'écoute parler, j'ai l'impression de l'entendre ! »

Il ne répondit pas. Il se contenta simplement de sourire. Yoshiki finit aussi par sourire. Tout se passait bien mieux qu'il ne l'aurait cru. Ils ne s'étaient pas encore insultés ni disputés et ne le feraient peut-être pas. Yoshiki avait même la curieuse impression d'avoir retrouver cette complicité qu'il avait toujours eu avec lui. Cette faculté à pouvoir tout se dire sans avoir peur de froisser l'autre. C'était agréable et ça lui avait manqué.

« Et si on allait plutôt parler ailleurs. Allons prendre un verre, qu'en dis-tu Yoshiki ?

- Pourquoi pas. Alors je te suis. »

Ils se détachèrent en même temps de la barrière métallique et prirent chacun la direction de leur voiture. Yoshiki ne savait pas où son ami voulait aller mais il se contenterait de le suivre en le laissant pour une fois décider.

Peu après, ils se retrouvèrent assis devant une bière fraiche avec une musique jazz en bruit de fond. Yoshiki ne connaissait pas ce bar et n'avait pas vraiment fait attention à l'enseigne. Il n'avait fait que le suivre depuis qu'ils avaient quitté ce pont sur lequel il n'y avait pas eu de réconciliation comme s'il n'y avait jamais eu de dispute. Mais peut-être que les tensions et le froid dans leur relation n'était que dans sa tête. Peut-être qu'en dix ans, les rancunes s'étaient dissipées.

« Ça me fait bizarre d'être là avec toi, déclara finalement Yoshiki avant d'avaler une grande quantité de bière.

- Moi aussi mais je suis content d'être avec toi. »

Le commissaire releva les yeux vers son vis à vis et croisa un regard rempli de douceure qui le fit sourire. Ces mots étaient sincères et il ne pouvait pas en douter car son ami était un piètre menteur. C'était peut-être pour ça qu'ils s'étaient viollement disputé il y a dix ans et que Yoshiki ne l'avait pas compris. C'était cette bonne foi qui l'avait exaspéré à l'époque. Mais les circonstances avaient été particulières.

« Je suis content de voir que tu as bien réussi dans ton métier. Commissaire, surtout à ton âge ! Bravo.

- Et toi, je me demande comment tu trouves l'énergie et le temps pour t'occuper de toutes ces associations. En plus d'être professeur de philosophie dans un lycée public, tu es le responsable en communication de la lutte contre le Sida, tu es président d'homosphère et représentant de ligue des droits de l'homme à Tokyo. Mais où trouves-tu le temps de faire tout ça ? Non, c'est à moi de te dire bravo.

- Moi qui pensait que ce que je faisais ne t'intéressait pas. Excuse-moi d'avoir pensé ça Yoshiki.

- Ce que tu fais m'a toujours intéressé, soupira Yoshiki. Mais je trouve qu'il serait temps que tu arrêtes de t'accuper des autres. Pense un peu à toi et à Dahlia qui est revenue au Japon pour renouer avec toi. Merde... je recommence... excuse-moi... »

Yoshiki poussa un profond soupir tout en s'enfonçant un peu plus dans son siège. Il se sentait aussi bête que ridicule mais surtout il avait peur de l'avoir froissé et qu'il prenne mal ses conseils. Après tout, ne lui avait-il pas reproché dix ans plus tôt de trop vouloir gérer sa vie ? Et voilà qu'il recommençait alors qu'ils ne s'étaient pas retrouvé depuis plus d'une heure.

« Fais ce que tu jugeras bien si ça peu te rendre heureux, repris Yoshiki d'un air maussade. »

Il avait d'ailleurs perdu son sourire et se sentait mal car le brun n'avait pas encore réagis et ne disait toujours rien. Lasse, curieux et tourmenté, le blond se hasarda à relever un oeil vers l'homme assit face à lui. Ce dernier était accoudé à la table et le regardait avec amusement, ce que son léger sourire traduisait très clairement. Yoshiki ne s'en sentit que plus ridicule mais n'osa pas se mettre en colère. Il se contenta de lui demander :

« Quoi ?

- Rien. Juste que ta façon de te rattraper est adorable.

- Je ne veux juste pas refaire la même erreur, soupira le blond. Tu m'avais dit que j'étais envahissant. Alors je t'ai laissé respirer.

- Un peu trop si tu veux mon avis.

- Hein ?

- Tu m'as terriblement manqué ces dix dernières années.

- V...vraiment ? Balbutia Yoshiki.

- On ne remplace pas Yoshiki facilement. Après tout, tu es unique, non ? »

Bien malgré lui, le blond ne put s'empécher de sourire largement à ce compliment qui lui faisait chaud au coeur. Après tout, ils avaient tant partagé et voir leur amitié se briser dix ans plus tôt lui avait fait beaucoup de mal. Mais c'était du passé et ils avaient tourné la page sur ce qui les avait séparé un temps. Et cela suffisait pour faire réapparaitre un sourire heureux sur le visage de Yoshiki qui termina son verre d'un trait avant d'en commander un autre.

« Tu ne bois pas ? Fit le commissaire à son ami.

- Je te laisse faire. Il faut bien que l'un de nous puisse racompagner l'autre et tu es bien parti alors ne t'arrêtes pas pour moi. »

Yoshiki retint un petit rire mais ne put s'empécher de sourire. Il était heureux. Heureux que les choses se passent si bien. Il avait si souvent imaginé leur retrouvaille mais chaque fois elle tournait mal dans son esprit. Finalement, la réalité était bien moins compliqué. Il n'avait même pas eu besoin de s'excuser ou de lui réciter une longue tirade. Ils s'étaient réconciliés naturellement comme si de rien n'était et c'était suffisant pour rendre Yoshiki heureux ce soir au point qu'il avait envie de fêter ça à sa manière. Il n'attendit donc pas un instant pour commander un piché de bière au serveur qui le lui apporta immédiatement. Dès que son verre fut plein, le blond le porta immédiatement à ses lèvres et en bu une grande quantité sous le regard amusé du brun qui ne le quittait pas un instant des yeux. Pas même lorsqu'il trempait ses lèvres dans sa boisson au goût de blé. Yoshiki l'avait bien remarqué et était quelque part un peu mal à l'aise sans pourvoir clairement se l'expliquer. C'était peut-être aussi pour cela qu'il buvait autant. Il voulait se donner un peu plus de contenance face à cet homme qu'il connaissait pourtant depuis l'enfance mais qui lui avait montré il y a dix ans une facette de lui-même qu'il n'aurait jamais soupsonné. C'était peut-être également par peur de découvrire d'autre mystère chez son vieil ami que Yoshiki buvait autant ce soir. C'était sa manière à lui de faire durer la magie de ce moment aussi unique que délicieux.

Verre après verre, Yoshiki se sentait fondre face à l'alcool. De toute façon ce n'était pas avec ses soixante kilos tout mouillé qu'il allait pouvoir ingurgiter comme si de rien n'était tout cet alcool. À ce stade, l'ensemble de ses muscles étaient endormis et c'était avec peine qu'il arrivait à rester assis correctement. D'ailleurs, on pouvait s'étonner de voir qu'il n'avait pas encore lacher son verre alors même qu'il avait perdu toute sensation du touché. Il ne voyait d'ailleurs plus très claire et ne pouvait plus aligner deux mots de suite, preuve qu'il était complètement ivre et qu'il atteignait ses limites.

« Bon, je pense que tu as assez bu pour ce soir Yo-chan, déclara-t-il en lui prenant délicatement le verre des mains.

- Ça fait longtemps que tu m'as pas appelé comme ça ? répliqua le commissaire avec un sourire niais collé au visage.

- Yoshiki tu es complètement ivre, fit-il en lui adressant un tendre sourire.

- Et c'est grave ?

- Non puisque tu es avec moi. Ce n'est pas comme si tu t'en remettais à ce nouveau tueur en série qui vient d'apparaître.

- Oh ! Me parle pas de lui, soupira Yoshiki en s'affalant sur la table.

- Pourquoi ?

- C'est sûr lui que j'enquête en ce moment et ça me prend la tête grave !

- Je vois ça, fit-il en retenant un petit rire.

- Non mais c'est vrai quoi, ce mec est gay et doit donc chasser dans les coins gay mais moi j'y connais rien aux gays ! Comment veux-tu que je l'attrappe ? Et c'est pareille pour tous mes hommes. Pas un seul qui veut avouer qu'il s'y connait et qu'il peut se rendre utile dans l'investigation.

- Oh... c'est vrai que si tu n'arrives pas à comprendre comment pense ton tueur, tu ne pourras pas l'attraper. Mais j'ai foi en toi Yo-chan.

- Oui..., continue de m'appeler comme ça, ça m'avait manqué ! Hé ! Mais pourquoi tu ries ?

- Parce que tu es complètement ivre mon pauvre Yo-chan. Allé viens, tu as besoin de dormir. Ça te fera du bien tu verras. »

Sur ces mots, il se leva, contourna leur table et aida le blond à se lever. Ce dernier peinait à tenir sur ses jambes et devait s'accrocher à son ami pour ne pas s'écrouler de tout son long sur le sol. De ce fait arriver jusqu'à la voiture fut un véritable parcours du combat qui se termina bien puisque Yoshiki fut installé sans trop de mal sur le siège passager de son ami qui pris soin de lui mettre sa ceinture de sécurité. Le trajet quant à lui parru être une éternité pour le commissaire qui ne se sentait pas très bien quoi que l'air frais de la vitre ouverte lui faisait quand même du bien.

« J'espère que tu ne seras pas trop malade demain Yo-chan.

- J'espère aussi. En tout cas, je ne veux pas que Dahlia me voit comme ça.

- Ne t'en fais pas, je te ramenne chez moi car je doute que tu te souviennes du code d'accès de ton immeuble et on ne va pas la réveiller à deux heures du matin.

- Il est déjà deux heures du matin !

- Hé oui, tu en as perdu du temps avec moi.

- Dis pas, fit le blond d'un air boudeur. Ça faisait longtemps qu'on s'était pas vu et... et je veux plus qu'on se quitte comme ça...

- Yo-chan... tu dois vraiment être sacrément ivre pour oser me dire tout ça.

- Oui, répondit fièrement Yoshiki. Alors profite bien parce que je fais rarement une déclaration d'amour deux fois.

- Dans ce cas je t'en prie continue. »

Ils éclatèrent de rire tous les deux et continuèrent à discuter de tout et rien passant d'un sujet à l'autre sans aucune cohérence ce qui était assez compréhensible compte tenu de l'état d'ébriété avancé de Yoshiki. Ce dernier avait d'ailleurs les yeux mi-clos et un sourire débile collé sur les lèvres. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu l'alcool si gai, lui qui d'habitude avait la facheuse tendance à être nostalgique et mélancolique après un seul verre.

Quand la voiture s'arrêta, Yoshiki ne s'en rendit pas immédiatement compte. Il ne le compris que lorsque son ami lui ouvrit la portière et lui détacha sa ceinture de sécurité avant de l'aider à sortir de la voiture, chose qui ne fut pas vraiment évidente, tout comme réussir à lui faire traverser l'allée du jardin. Ce dernier apparut aux yeux de Yoshiki comme une véritable jungle où les plantes grimpantes se mellaient aux épais buissons et aux quelques arbres plantés ici et là. Mais le commissaire n'attarda pas plus longtemps son regard sur le jardin pour la simple raison qu'il était incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Ajouté à cela une profonde fatigue et une envie irresistible de dormir. Il était si épuisé qu'il ne voulu par marcher jusqu'à la chambre. Il déclara qu'il se contenterait du canapé sur lequel il s'écroula en emportant son ami dans sa chute. Ce dernier se retrouva d'ailleurs coincé entre le canapé et le blond qui devait le trouver plutôt confortable puisqu'il prenait ses aises et soupirait même de bien être.

« Yo-chan je pense que je ne vais plus pouvoir partir si tu restes comme ça, répliqua-t-il en riant doucement.

- Oh non ! Tu vas pas me faire bouger ! Je suis bien là ! Ronchonna le blond en s'instalant un peu plus confortablement sur lui. Et puis je veux dormir.

- Heureusement que tu n'es pas bien lourd, soupira le brun.

- Qu'est-ce que tu crois ! Je surveille ma ligne !

- Oh ! Et pour les beaux yeux de qui fais-tu ça ?

- À ton avis idiot ! S'esclama le blond avant d'étouffer un rire contre la poitrine de son ami s'était mis à lui caresser les cheveux.

- T'es bête quand t'es ivre.

- Je sais. Mais ça t'as manqué, hein ?

- Oui et je l'avoue volontier.

- Tu ne m'avais jamais dit de chose aussi gentil avant.

- Parce qu'avant de te perdre toi et Dahlia, je n'avais pas mesuré la chance que j'avais. J'avais une petite fille magnifique, une épouse attentionnée malgré ses défauts et un meilleur ami qui s'inquiétait constamment pour moi. Et j'ai perdu tout ça parce que j'étais têtu. Parce que je n'en faisais qu'à ma tête. Parce que je n'avais pas compris ce qui était le plus important pour moi.

- Toi aussi tu m'as manqué. Surtout après que Mei se soit faite interner.

- Je sais et je suis désolé Yoshiki. J'ai tellement de fois voulu t'appeler mais je n'ai pas osé.

- Tu n'avais pas à le faire, murmura le blond d'une voix légèrement étranglée. C'était moi le coupable de tout ça. C'est à cause de moi si on s'est si violemment disputé après l'arrestation du Vampire de Tokyo mais surtout après la reconstitution des faits.

- C'est du passé maintenant Yoshiki. N'y pense plus.

- Cet homme était coupable. Il avait avoué. Il avait été condamné et toi, tu as continué de le défendre et de le déclarer innocent. J'ai jamais compris pourquoi... »

Sa voix s'étrangla subitement. C'était l'alcool qui le rendait si émotif et il ne s'en sentait que plus stupide. Il n'était pas comme ça d'habitude et il en avait honte quoi qu'il ne pleurait pas devant n'importe qui. Il le faisait devant son meilleur ami. Celui dont il avait été séparé depuis près de 10 ans tout ça à cause de quoi ? Ou plutôt à cause de qui... Il ne voulait pas y penser et comme pour se protéger de toutes ces pensées qui lui fesaient soudainement du mal, il nicha son visage contre son vieil ami qui le serra tendrement dans ses bras comme s'il savait que c'était ce dont il avait besoin.

« Je ne me suis pas trompé en l'arrêtant, murmura Yoshiki. Je n'avais aucun doute sur lui. Il y avait les preuves et ses aveux. Mais moi j'aurais voulu ton soutien. J'aurais voulu que tu me dises que j'avais raison. C'était ma première grosse affaire. C'est sûr elle que je me suis fait un nom. Et le pris à payer ça a été notre amitié...

- Tu as peur de te tromper avec cette nouvelle affaire ?

- Oui. Je ne sais même pas comment m'y prendre. Je n'y connais rien à ce milieu. Plus j'interroge les proches de victime moins j'en sais, comme si l'homosexualité des victimes étaient un tabou et que personne ne voulait en parler. De se fait je tourne en rond et je vais finir par m'arracher les cheveux.

- Parce que tu aimerais clairement prouver que ce n'est pas un retour du Vampire, c'est ça ?

- Oui... C'est impossible que ça soit lui. Ce n'est pas le même mode opératoire et un tueur en série reste fidel à toutes ses petites choses qui lui ont fait un nom.

- Alors je t'aiderais, comme je t'ai aidé il y a dix ans.

- Merci, murmura Yoshiki d'une voix tellement endormie qu'on ne pouvait pas s'étonner de le savoir déjà dans les bras de Morphé. »

Quand Yoshiki ouvrit à nouveau les yeux, le soleil était déjà haut dans le ciel et il était seul, allongé sur le canapé avec une couverture sur les épaules. Ses chaussures avaient été retirées et avaient été posée près de ce qui lui avait servi de lit la nuit dernière. Son premier réflexe fut de regarder sa montre. Il était sept heures du matin. Il était rassuré. Il n'avait pas trop dormir quoi que le faire ne lui aurait pas fait de mal car il avait encore sommeil. Mais il ne pouvait pas rester ici et abuser plus longtemps de l'hospitalité de son ami retrouvé. Ce dernier n'était d'ailleurs nulpart. Du moins, il n'était pas dans son champ de vision. Peut-être était-il dans une autre pièce ? Yoshiki pensa tout d'abord à la cuisine, mais il n'y trouva personne. Il n'y avait qu'une table dressée pour lui avec un mot rempli de gentilesse qui le fit sourire. Il y écrit qu'il pouvait faire comme chez lui et qu'il n'avait pas à faire de manière malgré le temps qu'ils avaient passé loin l'un de l'autre car au final rien n'avait changé. Ce mot lui fit du bien et le rendu profondément heureux. Finalement, sa vie n'était pas si bancale que ça. Il y avait encore de l'espoir et de jour en jour, il osait espérer un lendemain meilleur. Après tout, sa petite Dahlia était revenue dans son vie, le père de cette dernière l'avait également fait. Il ne lui manquait plus peut-être que Mei. Malheureusement c'était impossible car la pauvre était devenue complètement folle. Il n'y avait plus d'espoir selon les médecins. Yoshiki n'en avait plus non plus.

En parcourant la pièce des yeux, il fut surpris mais eu également un léger pincement au coeur en appercevant toutes ces photos épinglées sur un morceau de liège dans un coin d'un murs. Il y en avait beaucoup mais celle qui attirait le plus son attention, c'était celle de deux couples et d'un bébé. C'était il y a longtemps. C'était à une époque qu'il devait sans doute trop idéaliser aujourd'hui et qui ne devait pas être si idylique que dans ses souvenirs. Et pourtant, il aurait aimé la revivre. Peut-être pour effacer toutes les erreurs qu'il avait pu commettre. Mais on ne revient malheureusement jamais en arrière et il faut savoir aller de l'avant.

Le café était encore chaud. Yoshiki s'en servit une bonne tasse qui lui fit le plus grand bien. Il avala également avec appétit ce que son précieux ami avait préparé pour lui. Et il en avait vraiment besoin pour se remettre de sa nuit d'ivresse. Il n'en était pas très fier mais il n'y pouvait plus rien. Il pouvait simplement tenté de faire passer son mal de crâne et l'effet barbouillé qu'il ressentait depuis qu'il avait ouvert les yeux.

Quand son estomac fut plein, il quitta la cuisine après y avoir rapidement remis de l'ordre. Il partit ensuite à la recherche de la chambre de son ami pour ainsi lui emprunter des vêtements propres dans lesquel il sentirait bien après une bonne douche. Seulement cette maison, il ne la connaissait pas. Il n'y avait encore jamais mis les pieds auparavant et avait un peu de mal à se repérer car elle était vraiment grande et struturer plutôt bizarrement. Il y avait plusieurs couloir et toutes les portes semblaient se ressembler. Certaines étaient fermées à clef d'autres étaient vides. Mais ce qui intriguait le plus Yoshiki c'était ces petites taches rouges qu'on pouvait apercevoir sur le carrelage juste devant les portes fermées. Ce n'était sûrement rien d'important et encore moins des gouttes de sang même si l'idée lui traversa l'esprit une demi-seconde. Il se traita même d'idiot en se rendant compte de la stupidité de cette pensée. S'il y avait bien un homme incapable de faire du mal à qui que ce soit, c'était bien son meilleur ami.

Yoshiki finit par découvrire sa chambre à coucher au fond d'un couloir. Elle était spacieuse et donnait sur le jardin par une baie vitrée. Elle était également pourvu d'une salle de bain ce qui arrangeait Yoshiki qui n'aurait pas à de nouveau déambuler dans ce labyrinthe qui ressemblait à ces vieilles maisons occidentales qu'il ne pouvait toute façon dater.

Le blond balaya rapidement la chambre du regard et attarda son regard sur le cadre à photo posé sur la table de nuit. Il s'avança vers lui et le prit pour mieux observer la photo qui y reposait. C'était la même que celle que Yoshiki avait accroché sur son réfrigérateur. C'était une photo de son ami, de Dahlia et de lui. Elle était vieille mais elle n'avait rien perdu de sa beauté et de sa capacité à le faire sourire au souvenir de cette époque qui lui parraissait si loin. Et de nombreuse années s'étaient écoulées car aujourd'hui Dahlia n'était plus un bébé mais une ravisante jeune femme qu'il aurait lui aussi aimé voir grandire.

Après un bref soupir, Yoshiki reposa le cadre à photo sur la table de chevet et prit la direction de la salle de bain pour y prendre une douche qui lui ferait le plus grand bien, surtout après la nuit dernière. En y pensant, un léger sourire s'imprima sur ses lèvres. Malgré tout l'alcool qu'il avait bu, elle s'était merveilleusement bien passée et bien au dela de ses espérances.