Lost Angel
Chapitre 7
8h du matin sonna à sa montre. Il était temps pour lui de prendre ses pillules. Il détestait ce moment qui lui rapelait sans cesse à quel point il pouvait être dépendant. Mais il n'avait pas d'autre choix s'il voulait encore vivre un peu. Et il devait vivre, pas pour lui mais plutôt pour les petites têtes brunes qui dormaient encore et elles avaient bien raison de profiter de ce dimanche matin pour grapiller quelque instant de sommeil. C'était bien le seul jour où ses petits pouvaient faire la grasse matinée et ils devaient en profiter. Lui, il ne pouvait pas pour la simple raison qu'il était devenu insomniaque. Morphé ne voulait plus de lui et les poches sous ses yeux se fesaient de plus en plus profondes aux files des jours. Parfois quand il se regardait dans la glace, il avait l'impression de voir au pire un cadavre, au mieux une fleur fanée. Il était peut-être les deux à la fois. Se voir un teint si naturellement blafard le faisait un peu sourire car jadis il se le rendait artificiellement tel quel. Aujourd'hui, la maladie s'en chargeait pour lui. Et chaque jour, il mettait un peu plus le pied dans sa tombe.
Un bruit de porte suivi de petit pas dans le couloir et soudain deux bras lui enlacèrent la taille alors qu'un visage se nichait contre son t-shirt.
« Bonjour onnichan, murmura une petite voix. Tu prends encore des médicaments ? Tu es toujours malade ? »
Zero se figea un instant avant de se souvenir de l'habitude discours qu'il lui sortait chaque fois qu'il lui posait cette question.
« Ne t'en fais pas je vais bientôt guérire mon poussin, murmura-t-il en caressant affectueusement les cheveux du petit garçon blotti contre lui. Alors ne dit rien aux autres. C'est notre secret, tu t'en souviens Ankou ? »
L'enfant releva le visage vers son aîné et lui fit un oui de la tête tout en lui adressant un grand sourire rempli de l'innocence que ses neuf ans lui donnait.
« Les autres ne sont pas encore levés ? Questionna Zero tout en rangeant ses boîtes de médicament.
- Non, de toute façon Shou est rentré très tard hier. Alors il est pas prêt de se lever.
- Je sais, soupira Zero en lui préparant son bol de chocolat. Bon allé, prends ton petit déjeuné.
- Oui oniichan ! »
Un sourire satisfait marqua le visage du plus vieux qui après avoir beurré les tartines de son petit frère, se servit une tasse de café brullante. Il en avait besoin pour bien se réveiller et pour effacer quelque peu les traces de fatigue qui pouvaient subsister sur son visage si tirré. Combien de temps tiendrait-il ainsi ? Il n'ignorait. Les médecins ne lui donnaient pas plus de deux ans. C'était à la fois beaucoup mais tellement peu surtout lorsqu'il posait les yeux sur son petit Ankou qui avait fêté ses neuf ans le mois derniers. En pensant qu'il ne le verrait pas grandire, Zero sentit son estomac se nouer et des larmes lui piquaient même les yeux. Mais il n'en versa aucune. Il ne pouvait pas le faire et ainsi risquer d'inquiéter la petite tête brune qui lui faisait face.
Un bruit de porte qui s'ouvre et qui se referme rapidement. Zero releva la tête de sa tasse de café pour poser les yeux sur la porte de la cuisine ouverte. D'ici, il voyait très distinctement la porte d'entrée devant laquelle June était assises pour mettre ses chaussures. Il était à peine 8h passé et elle était déjà à nouveau prête à vadrouiller. Zero aurait dû être exaspéré mais il était bien trop lasse de l'attitude rebelle de sa jeune soeur qui le rappelait par bien des égarts la sienne à son âge. Et c'était sûrement pour lui éviter les mêmes erreurs que lui qu'il était si sévère avec elle qui n'avait que quinze ans.
Avec tout le calme dont il pouvait faire preuve, le jeune homme se leva. Il caressa au passage les cheveux Ankou qui observait la scène avec inquiétude bien qu'il savait déjà ce qui allait se passer. C'était un sénario bien connu et tellement classique, au point que Zero avait l'impression de répéter une scène d'une mauvaise série B.
« Je peux savoir où tu t'en vas de si bon matin, hein June ? »
L'adolescente releva les yeux vers son frère qui s'était appuyé contre la porte d'entrée et qui la regardait avec sévérité tout en croisant les bras sur son torse.
« Je sors juste quelque minute, répondit-elle en terminant de lasser ses chaussures.
- Tu m'as déjà fait le coup la semaine dernière. Tu vas encore rentré en fin de soirée sans qu'on ne t'ai vu de la journée.
- Tu m'as vu là ok ? Bon alors arrête de me faire chier. »
La gifle vola. Elle savait pertinament que Zero avait horreur de ce genre de ton insolent. D'ailleurs, s'il avait osé lever la main sur elle, c'était bien parce qu'elle dépassait un peu trop les bornes ces derniers temps. Cette gifle, ce n'était que la résultante d'une attitude trop rebelle, insolante et irrespectueuse.
« Maintenant June, tu vas prendre ton petit déjeuné avec Ankou. Allé dépèche-toi.
- J'ai pas faim, bougonna l'adolescente tout en frottant sa joue rougie par la gifle.
- Normal quand on est anorexique.
- Je suis pas anorexique !
- Alors va à table June et plus vite que ça. »
Elle lui adressa un regard noir, retira ses chaussures et prit la direction de la cuisine tout en soupirant de rage. Zero pour sa part se prit le visage entre les mains tout en prenant de profonde inspiration. Cette adolescente allait finir par le tuer avant que sa maladie ne vienne à bout de lui. Mais il ne céderait pas et ne ferait pas comme bon nombre de parents qui démissionnent face à des enfants trop terribles. Lui, il ne pouvait pas le faire car il n'en avait plus pour très longtemps et puis June était encore jeune et avait besoin d'être encadrée surtout à cet âge où l'équilibre mentale est tellement instable. Celui de Zero atteignait souvent ses limites et il ne comptait plus les fois où il manquait de craquer et d'abandonner seulement, il se reprenait toujours. Car que feraient-ils tous les trois sans lui ? Il était leur seul famille depuis que leurs parents étaient morts. Et lui aussi, il ne tarderait pas à passer de l'autre côté.
Après avoir poussé un profond soupir, Zero se détacha de la porte d'entrée et regagna la cuisine pour y finir son petit déjeuné et veiller également à ce que June mange correctement car il avait bien remarqué qu'elle avait perdu un peu trop de poids ces derniers temps. Lui qui avait cru qu'elle était suffisamment mûre pour se prendre en charge, il allait devoir la surveiller d'un peu plus près ce dont il se serait bien passé compte tenu de tout ce qu'il avait déjà à faire.
« Finissez de déjeuner les enfants, je vais réveiller Shou. On part dans une demi-heure.
- Mouais, soupira June alors que son petit frère acquiesçait d'un signe de la tête à Zero. »
La dîtes demi-heure plus tard, ils étaient tous en voiture. Zero au volant, Shou somnolant sur le siège passager, June boudant à l'arrière et Ankou jouant avec sa console. Le trajet dura plus d'une heure mais ils arrivèrent à temps pour la messe de 10h. Si Zero était très attentif au sermon, June ne faisait que soupirer à longueur de liturgie. Shou pour sa part suivait à peine les paroles du prêcheur et préférait plutôt rattraper son manque de sommeil. Pour ce qui était d'Ankou, il était dans la crypte avec les autres enfants inscrits au catéchisme. Un diacre devait probablement les occuper sainement en leur inculquant de bonne valeur qui leur éviterait certainement de futur ennuis.
Après la messe, ils se retrouvèrent tous derrière l'église, dans un petit cimetière où se trouvait le caveau familliale. Zero alluma des bougies alors qu'il avait envoyé Shou remplir le vase dans lequelle June devait y placer les fleurs qu'ils avaient apporté à leurs parents. Une fois leur petit rituel accompli, Zero posa une main sur la tête d'Ankou alors que son bras libre encadrait les épaules de sa jeune soeur. Pour ce qui était de Shou, il se tenait maladroitement à côté de June qui boudait toujours autant et qui semblait encore véxée par la gifle que son frère lui avait donné un peu plus tôt dans la matiné.
« Papa, maman, j'espère que ces fleurs vous plaisent, déclara Zero. C'est Ankou qui les a choisi avec moi hier. Il a d'ailleurs pris un demi-centimètre depuis la semaine dernière. Il a réussi son contrôle de math et se débrouille plutôt bien en japonais pas comme Shou qui sait à peine écrire une phrase sans faire de faute. »
Le conserné lui adressa une grimace mais ne fit aucun commentaire au risque de se recevoir les foudres de son aîné.
« June quant à elle devient un peu plus peste chaque jour, reprit Zero sur le même ton.
- Hé ! Protesta l'adolescente.
- Mais elle devient également chaque jour plus jolie, ajouta l'aîné avec un sourire amusé.
- Mouais, soupira June.
- Quant à moi je vais bien, termina Zero. »
Après encore quelque mot, la petite famille s'en alla en silence. Zero ouvrait la marche comme toujours et avançait en tenant la main d'Ankou. June trainnait des pieds derrière alors que Shou mettait une bonne distance entre eux et lui afin se démarquer et ainsi se donner un air de rebelle cool, ce que Zero trouvait ridicule et puérile. Mais il le laissait faire si cela pouvait lui faire plaisir et s'il pouvait s'épanouir par ce moyen.
Il était encore tôt pour déjeuner, aussi Zero décida de les emmener à Shibuya pour qu'ils puissent flanner un peu et peut-être faire des amplettes si nécessaire. Lui-même avait quelque chose d'important à faire mais ne voulait pas les emmener avec lui. Il leur donna donc de l'argent et ils convenirent de se retrouver dans un Mac Do non loin du lieu où ils se séparèrent, partant chacun de leur côté ou presque car ils avaient pour consigne de rester ensemble et de surtout veiller sur Ankou qui pouvait être suseptible de se perdre. Shou n'était pas ravie de devoir se coltiner sa soeur et ce sentiment était réciproque. Quant à Ankou, il s'entendait généralement aussi bien avec l'un que l'autre. Il était d'ailleurs tellement sage et obéissant que le baby-siting n'était pas une réelle corvée avec lui. Non, le plus à craindre venait des discordes qu'il y avait entre June et Shou qui pouvaient difficilement se suporter.
Zero n'en avait pas pour longtemps. Il leur avait donné quartier libre une heure, ce qui lui laissait le temps de faire l'aller-retour jusqu'au centre qu'il fréquantait secrétement ou du moins sous couvert d'une visite à un vieil ami, ce qui n'était pas tout à fait faux. Et ce vieil ami était justement dans son bureau lorsque Zero s'y présenta avec toujours cette petite pointe de gène et de stresse qui malgré les années n'avait pas disparu. Peut-être son trop grand respect pour cet homme qui avait tant fait pour lui et qui continuait de veiller sur lui de loin ? Il ne savait pas et ne s'était jamais vraiment poser la question.
« Bonjour Sensei, je vous dérange ?
- Oh ! Mais non Zero ! S'esclama le brun en se levant de son fauteuil. Mais entre. Comment vas-tu ?
- J'aimerais vous dire mieux, répondit le jeune homme avec un pâle sourire.
- Oui, tu as mauvaise mine, déclara son aîné d'un air grave tout en s'approchant de lui. Qu'a dit ton médecin ?
- Il va augmenter les doses, murmura Zero en tentant de ne pas perdre son sourire.
- Courage Zero. Et comment vont les enfants ?
- Shou aura son diplôme en fin d'année mais il n'est malheureusement pas plus motivé que ça. June est en crise d'adolescence et j'avoue avoir du mal à la tenir. J'ai retrouvé un paquet de cigarette dans la poche de sa veste la dernière fois en faisant la lessive. Je lui ais fait une scène mais elle m'a rétorqué que c'était injuste puisque je laissais Shou fumer.
- Ne t'en fais pas, ça passera.
- Je l'espère Sensei.
- Et Ankou ?
- C'est un amour comme toujours mais il se pose beaucoup de question sur ma santé et j'avoue avoir de plus en plus de mal à lui mentir. Je crois qu'il sent que j'arrive à la fin. Il reste de plus en plus collé à moi et est de plus en plus affectueux.
- Zero, je crois sincèrement que tu devrais le leur dire.
- Oui, j'y songe Sensei mais pas tout de suite. Et vous ? Comment allez-vous ?
- Bien. Je... je dois rendre visite à ma fille tout à l'heure et je ne te cache pas que je suis mort de peur.
- Dahlia est rentrée au Japon ?
- Oui...
- Mais c'est merveilleux ! Vous allez pouvoir renouer avec elle ! Félicitation ! S'écria en le prenant dans ses bras. Vraiment, je suis très heureux pour vous.
- Merci Zero. J'espère que tout se passera bien, fit-il en resserrant ses bras sur le corps du jeune homme rendu si fragile par la maladie. »
Alors que les deux hommes étaient encore enlacés, la porte en verre du bureau s'ouvrit sur Yoshiki qui ne les avait pas vu et qui déclara tout en entrant :
« Désolé du retard mais j'étais parti récupérer ma voiture et je l'ai ramené chez moi. Enfin bref on va pouvoir y aller Toshi... »
Le commissaire s'arrêta net dans sa phrase tout comme dans son élant et n'osa pas entrer d'avantage dans le bureau de son ami. Zero se détacha de son aîné et adressa un sourire géné au blond qui tenait toujours la poignée de la porte dans la main.
« Heu... bonjour, balbutia Yoshiki.
- Yoshiki ! Mais entre voyons. Tu ne connais pas encore Zero ?
- Non, répondit le blond en refermant la porte derrière lui.
- Zero est un de mes anciens élèves qui vient souvent me voir. Zero, je t'ai déjà parlé de Yoshiki, non ?
- Oui, répondit le jeune homme. Enchanté d'enfin pouvoir faire votre connaissance Yoshiki-san. Bon, je vais vous laisser. Les enfants doivent déjà m'attendre. Je suis content pour vous Sensei et j'espère que tout se passera bien.
- Merci Zero et courage, fit son ancien professeur en lui adressant un sourire rempli de tendresse. »
Le jeune homme qui répondit presque timidement avant de saluer Yoshiki et de s'en aller. Le blond le suivit des yeux et lorsque Zero disparu de son champ de vision, il les reposa sur son ami qui finissait de ranger ses affaires.
« Je t'avais dit que je t'empruntais des vêtements, reprit Yoshiki. Les miens sentaient l'alcool et la fumée...
- Et je t'ai dit au téléphone qu'il n'y avait aucun problème. Tu n'as pas trop la gueule de bois ?
- Je ferais avec, soupira le commissaire de police tout en affichant une petite grimace. Enfin, le plus important c'est que je t'emmene voir Dahlia tout de suite. Elle passe la journée au conservatoire.
- Yoshiki... je ne sais pas si c'est une bonne idée. Il faudrait peut-être la prévenir avant, non ?
- Ne t'en fais pas. Tout se passera bien. Fais-moi confiance, déclara le blond en posant ses mains sur les épaules de son vieil ami. Allons-y maintenant.
- Oui. »
Le trajet ne fut pas très long entre le centre d'accueil associatif et le conservatoire de musique. C'était là bas que Dahlia passait le plus claire de son temps depuis qu'elle était arrivée au Japon. Ce dimanche ne faisait pas exception à ses habitudes. C'était donc là que son père pouvait être sûr de la trouver et l'idée d'être seul face à sa fille l'angoissait terriblement. Heureusement pour lui, Yoshiki était a ses côtés et ne l'abandonnerait pas dans un tel moment et surtout pas depuis qu'ils s'étaient réconciliés la veille. C'était d'ailleurs une soirée que le blond n'était pas prêt d'oublier et elle vallait bien toutes les cuites du monde !
Yoshiki l'accompagna jusqu'aux portes de la salle de spéctacle. Là, il fit signe à son ami d'entrer. Ce dernier hésita par peur de ce qui allait se passer mais surtout par peur que sa fille ne le rejette. D'ailleurs, dans cette épreuve, Yoshiki ne pourrait pas l'accompagner. Il ne pouvait que le soutenir de loin et même s'il ne serait pas physiquement à ses côtés, il serait quand même là.
Quand les doubles portes de la salle de spéctacle s'ouvrirent, une douce mélodie se fit entendre. Elle raisonnait à travers toute la salle organisée en amphithéatre. Dahlia pour sa part se tenait face à un piano de concert qu'elle manipulait avec grâce et talent. Ses premiers cours de piano, elle les avait pris enfant avec Yoshiki qui ressentait une certaine fierté en l'écoutant jouer. Il ne pouvait d'ailleurs qu'imaginer ce que son ami pouvait ressentir en voyant sa fille ainsi, si belle et si talentueuse. Son père lui, n'osa pas bouger durant tout le morceau. Il en était incapable tant il était en proie à l'émotion. D'ailleurs, son sourire traduisait clairement ses pensées car Yoshiki avait les mêmes. Il s'agissait de vieux souvenirs remontant à si longtemps. Ceux dans lequelles ils apprenaient tous les deux le piano à Dalhia qui n'était à l'époque qu'une toute petite fille. Aujourd'hui, elle était une femme et la voir continuer sur la voie qu'ils lui avaient tous les deux donné, les rendait si heureux ! Le mot était encore faible et traduisait à peine ce qu'il ressentait au plus profond d'eux même.
À la fin de la dernière note, Dahlia poussa un léger soupir avant de tourner son regard vers son public imaginaire, parcourant des yeux les sièges vides, remontant lentement le long des escaliers et les arrêtant sur son père qui se tenait dans l'ombre de la salle. En le reconnaissant, la jeune femme se leva immédiatement. Son père quant à lui se décida enfin à descendre jusqu'à elle. L'heure des retrouvailles était arrivé et ils ne pouvaient plus reculer. Yoshiki pour sa part les regardait de loin. Il n'avait pas à se meller de ce qui allait suivre bien qu'il mourrait d'envie de le faire. Il se demandait même ce qu'ils pouvaient bien se dire lorsqu'ils se retrouvèrent face à face. Malheureusement, il était trop loin pour les entendre. Cela dit, une seule chose était sûr, tout c'était bien passé car ils avaient fini par s'enlacer tendrement après tant d'année de séparation.
