Lost Angel

Chapitre 8

C'est épuisé et lasse que Yoshiki regagna son appartement. La journée avait été longue, trop peut-être mais la découverte d'un nouveau cadavre y était pour beaucoup. Après tout, il avait fallu se rendre sur les berges où le corps devait être repéché, ensuite il avait encore une fois fallu se rendre chez Naoki, leur médecin légiste. Cette dernière avait été formelle, c'était encore un meurtre à mettre sur le compte de l'Imitateur. Un tueur en série qui ne s'attaquait qu'aux jeunes hommes homosexuels. Mais comment faire de la prévention quand la plupart des potentielles victimes ne se dévoilent ni à ses proches, ni au grand jour. Et apparement, les familles n'étaient jamais au courant de l'homosexualité de l'être cher perdu. Il y avait alors deux hypothèses, soit une homosexualité cachée, soit le tueur les obligeait à subir un rapport sexuel avant de les tuer. Dans tous les cas de figure, Yoshiki n'avait pu établire le moindre lien entre les victimes, quant aux zones où étaient retrouvés les corps, elles n'avaient aucune logique. Pour les éventuels témoins, ils étaient inexistants.

Quoi qu'il en soit, à l'instant où le commissaire passa la porte de son domicile, il laissa à l'entrée ses soucis et son travail. Ce soir, il ne voulait plus entendre parler de cadavre, de tueur et encore moins de meurtre. Il voulait simplement passer une soirée tranquille à manger ce qu'il sentait d'ici. Il ne savait pas encore ce que Dahlia lui avait préparé mais il en avait déjà l'eau à la bouche. Il ne lui soupsonnait d'ailleurs pas un tel talent car lui si difficile, il en fallait pour le faire saliver rien qu'avec une odeur lointaine. Yoshiki se déchaussa rapidement et fila vers la cuisine sans attendre. Il avait faim, il était épuisé et ne voulait qu'une chose, s'instaler à table et ne plus en bouger.

« Dahlia tu... »

Yoshiki s'arrêta net dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Ce n'était pas Dahlia derrière les fourneaux mais son père qui se retourna à cet instant pour le saluer et lui adresser un sourire.

« Oh... Bonsoir, répondit Yoshiki en lui souriant à son tour.

- Je passais t'apporter quelque chose et Dahlia m'a invité à dîner. Alors pour ne pas trop m'imposer, j'ai décidé de cuisiner.

- Tu n'avais pas besoin de le faire mais merci. Ça fait des siècles que je n'ai pas manger de ta cuisine !

- J'espère que tu aimeras.

- J'ai toujours aimé ce que tu me fais, fit le blond en s'instalant sur une chaise.

- Tu aimeras alors ce que je t'ai apporté, déclara-t-il en quittant la cuisinière. »

Yoshiki le suivit des yeux et le vit disparaître un moment dans le salon. Il réapparut peu après avec une dossier dans les mains qu'il lui tendit. Le commissaire l'interrogea du regard mais devant l'absence de réponse, il finit par ouvrir la chemise en plastique qu'il lui avait donné. À l'intérieur se trouvait divers papiers d'un genre un peu spéciale qui surpris Yoshiki au plus haut point.

« Tu sais qu'il y a quinze ans, sur le model de ce qui se faisait en occident, j'ai décidé de créer une association du nom d'homosphère qui a fait grand scandale.

- Comment ne l'aurait-elle pas fait ? Une association d'homosexuel dirigée par un hétérosexuel... Avoue que c'est surprenant, rétorqua Yoshiki sans quitter des yeux les documents qu'il lui avait donné. Et donc ?

- Toutes tes victimes sont fichées chez nous. »

Le commissaire releva alors lentement les yeux vers lui et posa un regard insistant sur son ami qui semblait impassible aux foules de question silencieuse qu'il lui posait. Yoshiki finit alors par poser ce qu'il tenait dans les mains et lui demanda :

« Est-ce que je pourrais avoir accès à l'ensemble de tes dossiers ?

- Ils sont confidentiels, répondit-il calmement. Par cette adhésion nous garantissons un certain nombre de chose à nos membres dont le secret. Tous nos membres ne sont pas homosexuels. Il y a pas mal de personne dîtes hétérosexuel qui soutiennent notre lutte contre les discriminations. Malheureusement je crois que tu as mon exemple pour comprendre combien les gens sont cruels et vont vite en conclusion.

- Oui, soupira Yoshiki. C'est parce qu'on t'accusait d'être gay que cette idiote a fini par prendre Dahlia et ses valises et a demandé le divorce.

- Il faut aussi la comprendre. Il y a quinze ans, être homosexuel, c'était être un pestiféré. Les gens ne pouvaient pas comprendre que je puisse cautionner ce genre de chose. Alors ils ont conclu que je devais forcément en faire parti malgré ma situation de père de famille. Et puis il faut la comprendre elle sur un point, elle ne pouvait pas non plus suporter à longueur de temps les médisances. Elle passait pour une idiote et que sais-je encore.

- Bon, revenons plutôt à mon enquête, je n'ai pas envie de plaindre ta chère ex-femme et surtout pas ce soir, soupira Yoshiki avec un brin d'agacement.

- Oui. Si je te montre ces fiches d'incription ce n'est pas pour que tu crois que l'Imitateur fait parti de mon association ou a accès à ces documents. C'est simplement pour t'éclairer sur le fait qu'ils se connaissaient peut-être tous. J'avoue en connaître un ou deux de vu. C'est surtout pour ça que j'ai cherché dans nos fichiers. Tu sais, s'il y a quinze ans nous n'étions qu'une misérable poignée, aujourd'hui homosphère compte des dizaines de centre dans le pays. Nos fichiers sont tous en réseau et centralisé depuis notre base à Shibuya. Je ne suis pas le seul à y avoir accès. Mais le plus important pour toi c'est de savoir qu'ils étaient réellement homosexuels et que s'ils étaient tous dans mon association, ça veut dire qu'ils fréquantaient éventuellement tous nos différents partenaires.

- Qui sont ?

- Des bars, des sex-shop, d'autres organisations qui ont des permanences dans mes locaux, des restaurants et autres. Je t'emmenerais faire le tour de ces lieux. Tu sais, généralement ceux qui tiennent ces établissements sont de vieille école et ont connu la stigmatisation des années 80-90. Ils sont méfiants et même si tu t'y présentes comme flic, ils te prendront quand même pour un détective privée qui vient fourrer son nez partout. En y allant avec moi, tu auras plus de chance de rencontrer des gens bavards. Je serais, si tu le veux bien, ta garantie.

- Ne l'as-tu pas déjà été il y a dix ans, répliqua Yoshiki avec un léger sourire.

- Si je peux encore t'aider, je le ferais avec plaisir. Au faite, j'en ai touché deux mots à Dahlia. Enfin elle m'a posé beaucoup de question et je lui ai répondu franchement. Donc elle est au courant de notre possible collaboration.

- Et ?

- Elle est très emballée.

- Et ? Répéta Yoshiki qui se doutait qu'il y avait derrière tout cela quelque chose qui ne lui plairait pas.

- Tu savais que ta nièce était amatrice de rock ?

- Où est le rapport ? Demanda Yoshiki qui craignait déjà la réponse.

- Tu as sans doute entendu parlé de ces groupes à la mode qui jouent sur leur look souvent très androgyne et qui se livrent à des jeux homo-érotique sur scène, non ?

- Là, je t'avoue que je ne vois plus le rapport avec notre précédente conversation, rétorqua Yoshiki qui avait de plus en plus peur de comprendre le rapport.

- Mais si, tu as sûrement dû en voir un au moins une fois. D'ailleurs c'est grace à eux si à homosphère ont fait recette.

- Bon, viens-en au faite !

- Comment dire... Dahlia t'expliquera tout quand elle rentrera.

- C'est non, déclara Yoshiki d'un ton ferme.

- Non à quoi ? Fit son ami en toute innocence.

- À son idée.

- Mais tu ne sais même pas de quoi il s'agit.

- C'est non quand même et c'est mon dernier mot. »

Devant l'air butté de Yoshiki, il n'insista pas. Il laissa plutôt à sa fille le soin de convaincre le blond et il savait qu'elle saurait le faire craquer. Après tout, Yoshiki n'avait jamais su lui dire non et ce n'était sûrement pas aujourd'hui qu'il allait pouvoir commencer. C'était entre autre ce que redoutait le commissaire qui sentait le pire venir. Il savait qu'il n'allait absolument pas aimé l'idée de sa nièce tout comme il se doutait qu'il ne pourrait pas lui sortir le même non ferme qu'avec le père.

« Je suis rentrée ! »

C'était Dahlia qui venait de passer la porte d'entrée et qui avançait d'un pas rapide vers la cuisine où Yoshiki appréhendait déjà ce qu'elle allait lui sortir. Quand elle apperçu son oncle, un large sourire se dessina sur ses lèvres avant qu'elle ne demande à son père :

« Tu lui en as parlé ?

- Je te laisse faire puisque c'est ton idée, répondit-il avant de retourner s'occuper de sa cuisine. »

Dahlia poussa un court soupir puis s'assit à côté de Yoshiki qui la regardait du coin de l'oeil avec beaucoup de méfiance. Il appréhendait de toute façon ce qu'elle allait lui dire. Tout comme il regardait avec un brin d'inquiétude les sacs qu'elle avait ramené. Il espérait au plus profond de lui que ce ne soit pas ce à quoi il pensait mais plutôt des courses qu'elle aurait fait pour elle à la dernière minute avant de rentrer. Mais il en doutait en vue de sa précédente conversation avec son meilleur ami qui affichait un petit sourire amusé qui traduisait clairement son envie de rire.

« Papa m'a dit que vous alliez devoir faire les boites gay de la ville pour arrêter ce nouveau tueur en série.

- On va faire quoi ! S'exclama Yoshiki tout en foudroyant son ami du regard.

- Certain font partis des partenaires dont je t'ai parlé, se défendit-il.

- Mouais, gromela Yoshiki d'un air boudeur. Et donc ?

- Et donc, même si papa d'aide à rencontrer des éventuelles informateurs, tu resteras un flic à leur yeux, continua Dahlia. Ils ne te parlerons pas ou se confiront moins puisque tu ne fais pas parti des leurs.

- Et donc ? Fit Yoshiki qui craignait déjà ce qu'elle allait lui dire.

- Donc je t'ai acheté ça, déclara-t-elle fierement en lui tendant les sacs qu'elle avait ramener avec elle. »

Yoshiki les prit du bout des doigts tout en lui adressant un regard presque appeuré car il redoutait réellement ce qu'il risquait d'y trouver à l'intérieur. Malheureusement, il était bien obligé d'y jeter un coup d'oeil car Dahlia semblait tellement embalée qu'il se voyait mal la décevoir. Lentement, le commissaire entrouvrit l'un des sacs mais le referma aussitôt en s'écriant :

« Oh mon dieu ! Dis-moi que tu t'es trompé de sac et que c'est ce que tu comptes porter pour aller voir un éventuel fiancé que tu aurais rencontré par hasard dieu sait où. Si c'est ça Dahlia ton père ne te dira rien je pense. Tu es majeur et tu portes ce que bon te semble. Et ce n'est certainement pas moi qui te ferais la morale. »

Devant l'air très serieux de Yoshiki, la jeune femme éclata de rire avant de rétorquer :

« Mais non ils ne sont pas pour moi tonton, mais pour toi.

- Tu plaisantes ? Non mais tu as regardé au moins ce que tu m'as acheté ! S'esclama Yoshiki.

- Mais si tu veux t'infiltrer il va bien falloir que tu portes ça tonton.

- Mais je veux pas m'infiltrer ! Je veux poser des questions et avoir des réponses, protesta Yoshiki.

- D'un autre côté Dahlia n'a pas tort Yoshiki, t'infiltrer serait un bon moyen de poser des questions le plus discrettement possible sans effrayer notre tueur. Surtout s'il fréquante réellement l'un de nos partenaires.

- Tu t'y mets toi aussi ! Bon, ok je vais vous montrer à quel point cette idée est ridicule. Après vous verrez bien que c'est impossible que je me balade comme ça à l'extérieur. Je ne serais jamais crédible. Je vais juste avoir l'air con »

Sur ces mots, Yoshiki s'empara des divers sacs et alla s'enfermer dans sa chambre sous les regards et sourires amusés du père et de la fille. Un quart d'heure plus tard, le blond n'était toujours pas réapparu. Intriguée, Dahlia alla frapper à sa porte mais n'eut aucune réponse ce qui l'inquiéta. Son père quant à lui ne perdit pas son calme, il connaissait trop bien Yoshiki pour savoir ce qu'il devait bien frabriquer de l'autre côté de la porte. Il s'en approcha alors et donna un petit coup contre elle tout en déclarant :

« Yoshiki, allait montre-toi. Je te promets de ne pas rire.

- Je suis ridicule ! Hurla le commissaire de l'autre côté de la porte. Et il est hors de question que Dahlia me voit comme ça.

- Et moi ?

- Encore moins ! Alors dégage !

- Bon, très bien. Alors je m'en vais puisque tu ne veux plus de moi ici. »

Sur ces mots, il poussa un profond soupir et s'éloigna de la porte de la chambre de Yoshiki qui ne tarda pas à l'ouvrir pour le retenir :

« Mais tu t'en vas où comme ça ! Et mon dîner ? Et mon enquête ?

- Oh mon dieu ! S'écria Dahlia en arrivant. Tonton tu es...

- Ridicule ! Oui je sais, s'énerva Yoshiki.

- Tu plaisante Yoshiki ? Rétorqua son ami. Sérieusement tu t'es regardé dans une glace ? Tu ferais crevé de jalousie pas mal de mes connaissances.

- C'est sensé être un compliment ? Fit le blond d'un air agacé.

- Et si tu essayais la péruque que je t'ai également acheté ? Intervint Dahlia.

- Et puis quoi encore ! S'exaspéra Yoshiki. Je ne suis pas une poupée qu'on s'amuse à habiller. De toute façon je ne saurais pas la mettre et puis je serais ridicule.

- Tu sais, si tu ne veux pas le faire Yoshiki, ce n'est pas grave. Tu n'as peut-être pas besoin de ça pour ton enquête ou alors tu peux toujours envoyer l'un de tes hommes jouer les appâts.

- Les appâts ? S'étonna le commissaire.

- Si j'étais le tueur et que je te voyais, je pense que je n'hésiterais pas à m'attaquer à toi, poursuivit-il.

- Tu crois ? Fit Yoshiki d'un air septique.

- Laisse Dahlia s'amuser à la poupée avec toi. Ensuite on fera un tour dans les coins les plus chauds du monde gay et tu te aura un apperçu du succès que tu as.

- Mouais, soupira Yoshiki. Bon, je veux bien essayer. Mais juste un essais et tu me quittes pas d'une semelle parce que j'ai aucune envie de goûter à certain plaisir !

- C'est géniale ! S'esclama Dahlia en sautant au cou de son oncle. Tu vas voir, je vais faire de toi une véritable créature ténèbreuse et sensuelle.

- Ô mon dieu..., murmura Yoshiki qui regrettait déjà d'avoir accepté. »

Si après un copieux diné, Yoshiki feignit d'être trop fatigué pour sortir, Dahlia ne fut pas dupe et l'obligea à au moins essayer sa tenue au complet. Cette dernière était composée d'un pantalon moullant moitié cuire, moitié dentelle, qui mettait superbement bien ses jambes en valeur. D'autant plus que sa nièce lui avait fait mettre des bottes en cuirs très assorties avec sa tenue de dentelle et de cuir. Le haut n'ayant pas échappé au ton donné par Dahlia dont la plus grande fierté était sans doute la pose de la péruque aux longues boucles blondes et celle du maquillage. Yoshiki pour sa part restait crispé, assis sur le bord de son lit et n'osait pas se regarder dans la glace de peur de s'effrayer lui-même. Il se sentait d'ailleurs tellement ridicule ! Mais il n'osait pas le dire à Dahlia de peur de la véxer car elle avait pris la chose très à coeur.

« Bon, je vais chercher papa, déclara-t-elle en prenant la direction de la porte de la chambre. »

Avant même que Yoshiki n'ai pu dire quoi que ce soit, elle avait disparu dans le couloir, le laissant seul dans sa chambre, face à son reflet qui lui renvoyait une image tellement étrange. Celle d'une créature fine et élancée, aux longs cheveux blonds qui ressemblait bien plus à une prostituée qu'à autre chose. Une vague grimace se dessina sur ses lèvres avant qu'il ne tourne son regard vers celui qui venait de s'appuyer contre le chambranle de la porte de sa chambre.

« Vas-y moque toi, grogna le commissaire en lui adressant une moue boudeuse.

- Tu es vraiment magnifique.

- Dans le genre travelo ? Merci en tout cas, fulmina de rage Yoshiki. »

Son ami retint un léger rire avant d'entrer franchement dans la chambre. Il referma avec précaution la porte derrière lui et s'avança vers le blond qui se tenait debout entre son lit et le grand miroir qui couvrait l'une des portes de son armoire murale. Sans un mot, le brun passa derrière lui et posa délicatement ses mains sur les épaules du blond qui releva les yeux pour le regarder à travers le reflet du miroir. Un long silence s'abattit sur la chambre. Que faisait Dahlia pendant ce temps ? Aucun des deux ne le savaient et à cet instant cela n'avait pas vraiment d'importance.

« Yoshiki, regarde. Regarde bien, murmura le brun à son oreille.

- J'ai l'air franchement ridicule, gromela le blond.

- C'est parce que c'est le macho qui parle là et l'homme bien entendu. Mais moi je veux que ce soit le commissaire qui regarde attentivement ce qu'il a en face à lui. »

Yoshiki poussa un profond soupir puis posa son regard sur le miroir qui lui faisait face. Il se regarda longuement sans bouger ni rien dire. Il ne faisait que sentir le souffle de son ami contre sa nuque et semblait presque concentré sur lui.

« Que voyez-vous commissaire ?

- Une potentielle victime ? Se hasarda Yoshiki d'un air peu sûr de lui.

- Je veux un profile Yoshiki, lui chuchota-t-il au creux de l'oreille ce qui lui donna un léger frisson.

- Je dirais qu'il s'agit d'un homme dans la début quarantaine, lasse des déceptions amoureuses qui a fini par se rendre compte qu'il était bien plus attiré par les accessoire féminin que par les femmes en elles-même. Comme il est novice et qu'il découvre, il est donc une proie vulnérable. Personne ne le connait donc, personne ne remarquera s'il venait de disparaître. Les vierges ça attirent, non ?

- Encore plus chez les gays, répondit-il en resserrant ses doigts sur les épaules du blond qui continuait d'observer son étrange reflet dans le miroir.

- Tu crois vraiment que je pourrais servire d'appât ?

- Joue le rôle que tu viens de décrire et laisses-moi te servire de guide dans ces lieux inconnus pour toi.

- Guide mais aussi protecteur parce que je tiens à ma virginité de ce côté là.

- Bien évidement, répondit le brun en retenant un petit rire. Et si on y allait dès ce soir puisque tu es prêt ?

- Tu resteras avec moi, hein ?

- Je ne te quitterais pas un instant. Ce soir, ce n'est que du repérage. Un premier apperçu. Rien de plus. »

Yoshiki acquiesça puis se retourna vers lui et lui adressa un léger sourire rempli de gène et d'une certaine timidité qui amusa beaucoup son vis à vis.

« Je vais prendre ma veste, attends-moi à l'entrée j'arrive, déclara le commissaire. »

Le brun acquiesça puis sortit de la chambre sous le regard de Yoshiki qui poussa un profond soupir lorsqu'il fut seul. Il se regarda une dernière fois dans le miroir, se traita de crétin puis s'empara d'une veste et rejoignit son ami à l'entrée. Dahlia l'attendait également. Elle avait un large sourire aux lèvres ce qui agaçait passablement son oncle qui pourtant ne lui rétorqua rien. Il ne pouvait pas car il l'aimait bien trop pour ça. Elle était sa petit puce adorée et le resterait quoi qu'elle ferait.

« Bon papa, surveille bien tonton. Je te le confie, déclara-t-elle en riant doucement.

- Oh ça va ! Je sais encore me défendre ! Protesta Yoshiki.

- Et ne le soule pas trop pour profiter de lui ! Ajouta-t-elle en éclatant franchement de rire.

- Ne t'en fais pas Dahlia. Je promets de ne pas abuser de lui, se moqua son père. Enfin, j'essairais.

- Vous êtes pas croyable tous les deux ! S'exaspéra Yoshiki. Bon, toi tu arrêtes de raconter n'importe quoi et tu viens avec moi, ajouta-t-il en entrainnant son ami hors de son appartement. »

L'Imperiale. Yoshiki ne connaissait absolument pas ce bar qui de l'extérieur n'avait rien d'extraordinaire. D'ailleurs, rien n'indiquait qu'il s'agissait d'un repère d'homosexel. Même une fois à l'intérieur, il n'y croyait toujours pas, quoi qu'il voyait quand même que la clientèle était essentiellement masculine. Seulement, il y avait tellement d'endroit semblable dans Tokyo qu'il se demanda l'espace d'un instant si son ami ne se fichait pas de lui. Mais quand Yoshiki l'interrogea du regard, il n'obtenit aucune réponse car le brun entamait déjà la conversation avec le barman. Il s'agissait d'un homme dans leur tranche d'âge à l'étrange coiffure frisée mais aux vêtements très élégants. L'espace d'un instant, Yoshiki qui s'était assis sur un des tabourets en cuire, se demanda s'il était gay. Après tout, ils étaient sensé être dans un club fréquanté en grande majorité par des homosexuels. Alors les employés devaient également l'être quoi que... ça ne voulait rien dire, il n'avait qu'à prendre l'exemple de son ami qui bien qu'hétérosexuel était président d'homosphère.

« Mon Toshinounééééééééé ! Ça fait des siècles que je t'ai pas vu ici ! »

Yoshiki eut à peine le temps de tourner le regard vers son ami qu'une étrange masse s'était jetée sur le brun pour le serrait aussi fort que tendrement dans ses bras.

« Hide-kun, je suis venu la semaine dernière souviens-toi. Et puis... tu m'étouffes...

- T'es sûr ? Fit l'autre d'un air septique en le lachant.

- Oui, confirma le brun en soupirant de soulagement car il pouvait enfin respirer.

- C'est parce que tu m'as manqué. Tiens, qui est cette ravissante créature ? Demanda-t-il soudainement en se tournant vers Yoshiki qui se sentit mal à l'aise sous le regard insistant de cet étrange individu.

- Yoshiki, un vieil ami qui aurait besoin de se familliariser avec le réseau. Je peux te le laisser un moment ? Je dois passer un coup de file.

- Mais bien sûr ! Tu vas voir, je vais prendre particulièrement soin de lui !

- Merci. »

Alors que le professeur de lycée se levait tout en sortant son téléphone portable, Yoshiki lui attrapa vivement le bras et lui adressa un regard supliant pour lui faire comprendre de ne pas le laisser seul avec ce cinglé sorti tout droit d'un films déjanté croisé Bollywood et Clown-city.

« Tu m'avais promis de ne pas m'abandonner, répliqua Yoshiki voix basse et supliante.

- Yo-chan je reviens tout de suite. Et puis tu es entre de bonnes mains. C'est le patron des lieux. Alors use de tes charmes pour le faire parler, ajouta-t-il en lui faisant un clin d'oeil. Je reviens dans cinq minutes. »

Le blond poussa un profond soupir et le laissa s'en aller à contre-coeur. Non seulement il se sentait ridicule dans cette tenue mais en plus l'autre ne se génait pas pour le reluquer ce qui commençait à l'exaspérer.

« Au faite Yo-chan, tu peux m'appeler comme tu veux. Mes amants aiment bien me donner divers surnom.

- Appelle-le tout simplement hide-kun, lança le barman qui se trouvait non loin et qui lavait ses verres comme si de rien n'était. Si tu l'appelles autrement il va te sauter dessus.

- Hé ! Arrête de lui faire peur Patouné d'amour ! Je vais pas le bouffer. Surtout si c'est un protégé de mon Toshinouné préféré. D'ailleurs mon petit Yo-chan tu as l'air drôlement proche du grand manitou. Vous vous connaissez depuis longtemps ? Questionna le maître des lieux tout en passant de l'autre côté du bar.

- Depuis toujours, répondit Yoshiki alors qu'un léger sourire se dessinait sur ses lèvres ce que ses deux interlocuteurs ne ratèrent pas.

- Intéressant, murmura le patron de l'Imperial avec un large sourire. Yo-chan je t'aime déjà beaucoup alors je vais te faire un cadeau maison.

- Un cadeau maison ? Répéta le blond d'un air méfiant.

- Pffff... voilà qu'il recommence, soupira le barman en s'éloignant. Moi je vous laisse, je ne veux pas être responsable de ce qui va arriver. »

Ces paroles ne rassurèrent pas vraiment Yoshiki qui le regarda partir à l'autre bout du comptoire avec une pointe d'inquiétude. Que voulait-il dire par là ? Rien qui vaille si le blond en jugeait au large sourire de son vis à vis qui avait posé un verre sur le comptoire ainsi que plusieurs bouteille aux formes plus qu'étrange.

« Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Balbutia Yoshiki d'un air inquiet notamment lorsqu'il l'apperçu verser un étrange liquide rouge dans son verre.

- Ça c'est ma potion magique Yo-chan, répondit-il en lui faisant un clin d'oeil. Mais t'inquiète, c'est super bon et ça va te détendre.

- Moi ça ne me dit rien du tout de boire ce truc là...

- Mais tu vas le faire pour ne pas me vexer parce que tu sais Yo-chan, il m'a beaucoup parlé de toi. Je sais que tu es commissaire. Je sais aussi que tu enquêtes sur l'Imitateur comme l'ont baptisé les journaux. Alors pour acheter mes secrets, il faut trinquer avec moi ! S'esclama-t-il en posant sous son nez le verre plein. »

Yoshiki considéra longuement son vis à vis. Cet homme était si étrange. Il devait avoir environ le même âge que lui quoi que c'était difficile à dire compte tenu de tout le maquillage qui lui tartinait le visage. Ajouté à cela ses espèces d'extentions à la couleur criardes qui donnaient à ses cheveux des airs d'hybrides à mis chemin entre les rastas et un look punk stylisé. Non vraiment, ce personnage était étrange presque iréel. Un peu comme ce verre à la forme improbable dont le coutenu rouge lui rappelait la couleur du sang. Le commissaire déglutit avant de se décider à se prêter au jeu. Après tout, il avait connu pire et ce verre ne le tuerait pas, même s'il redoutait déjà le pire.

D'une main tremblante, le blond porta ce coktel douteux à ses lèvres sous le sourire presque sadique du roux qui était accoudé face à lui. Après la première gorgée, le dégout disparut du visage de Yoshiki pour laisser place à un profond étonnement.

« Alors ? Fit son vis à vis d'un air amusé. C'est bon, hein ?

- Oui..., avoua Yoshiki stupéfait. Qu'est-ce qu'il y a dedans ?

- Devine.

- Je dirais vanille, chocolat mais après...

- Un brin de poivre pour relever le tout. Du centella parce que j'adore ça. Un peu de Malibu et de rhum pour l'exotisme.

- Et l'arrière goût amer ? C'est quoi ?

- Ah ! Ça Yo-chan, c'est mon ingrédient secret, déclara-t-il en lui faisant un clin d'oeil. Maintenant savoure-le jusqu'à la dernière goutte. C'est un cadeau de bienvenu. »

Yoshiki lui adressa un dernier regard méfiant avant de finalement boire ce coktel douteux qui dans le fond avait plutôt bon goût. Et puis au moins, il avait de quoi s'occuper en attendant le retour de son guide. Ce dernier ne revint qu'une dizaine de minutes plus tard. Yoshiki sirotait déjà son deuxième coktel que le patron des lieux lui avait gracieusement offert.

« Tout va bien Yoshiki ? S'inquiéta son ami lorsqu'il arriva à ses côtés.

- Mais oui pourquoi ? Fit le blond avec un léger sourire déjà emprunt d'alcool.

- D'accord..., soupira le brun. Hide-kun, tu lui as fait boire quoi exactement ?

- Moi ? Fit l'interpelé d'un air faussement vexé. Mais rien ! Enfin presque... Bref, moi je vous laisse hein ! Je retourne m'occuper de mon Patounet d'amour. Alors occupe-toi bien de ta bombe blonde parce que pour être une bombe, elle est à retardement maintenant. »

Sur ces mots, il lui fit un clin d'oeil en lui désignant les deux verres vides puis s'en alla joyeusement de l'autre côté du comptoire.

« Je me sens si bien ! S'esclama Yoshiki en s'étirant. Et toi, tu m'as tellement manqué Toshi-kun, ajouta-t-il en se rapprochant de son ami.

- C'est vrai que j'ai été un peu long excuse-moi. Hé ! Yoshiki tu es sûr que ça va ? Lui demanda-t-il en posant une main sur la joue du blond.

- Maintenant que tu le dis j'ai un peu chaud et je vois tellement trouble ! Mais je me sens bien. Parce que je suis avec toi, murmura Yoshiki en venant s'accrocher à son cou.

- Ah oui... Là je comprends mieux, murmura le brun en posant un regard sur les deux verres vides. Il t'a fait goûter sa spécialité.

- Oui pourquoi ? Demanda Yoshiki d'une toute petite voix tout en se collant un peu plus contre son vieil ami. »

Le brun lacha un léger rire avant de finir par s'asseoir sur un tabouret pour ne pas risquer de se faire désesquilibrer par le blond qui le collait de plus en plus et qui l'acculait presque contre le comptoire.

« C'est étrange, balbutia Yoshiki qui semblait peiner à respirer. Je me sens très étrange, répéta-t-il en crispant ses doigts sur la chemise de son vis à vis. Qu'est-ce qui m'arrive Toshi... ? J'ai...

- Shhhh..., fit-il en déposant son index contre ses lèvres. Ne dis plus rien. Je ne sais pas ce qui lui a pris de te faire boire ça, mais ne t'en fais pas ce n'est pas grave. Ça l'aurait peut-être été si tu avais été seul ou avec un autre que moi. Mais ne t'en fais pas, je veillerais à ce qu'il n'y ait pas trop de casse.

- Pourquoi ? Qu'est-ce que c'était ?

- Son coktel mystère, c'est un aphrodisiaque.

- Vraiment ? Ça existe vraiment ces trucs ?

- Apparement. Regarde-toi Yoshiki.

- Mais j'ai rien, murmura le blond en resserrant ses bras autour de son cou et en se mettant à jouer avec les mèches noires qui courraient dans sa nuque.

- Oui, tu es juste très câlin dirons-nous.

- Dis aussi que j'ai l'air d'être en chaleur...

- Mais non, je n'ai jamais dis ça voyons. Allé Yo-chan, je pense que ce soir, tu n'avanceras pas davantage. Du moins pas dans ton enquête. Il vaut mieux rentrer.

- On rentre à la maison ?

- Oui, ça vaut mieux.

- Tu me ramènes chez toi ?

- Sauf si tu veux que Dahlia te voit comme ça, se moqua le brun.

- Non ! Déjà que j'ai l'air d'une pétasse habillée comme ça alors si en plus je me comporte comme une chienne en chaleur, je vais lui faire peur... Mais toi, tu n'as pas peur ?

- Peur de quoi Yoshiki ?

- Je ne sais pas, murmura le blond en posant ses mains sur les cuisses de son ami. »

De loin, leur comportement et leurs gestuelles étaient très ambiguës. En effet, l'un était assis sur un tabouret alors que l'autre se trouvait debout, entre ses jambes. Leur visage était très proche mais quoi de plus normal compte tenu de la musique qui couvrait leurs paroles et qui les obligeait à tendre l'oreille pour s'écouter. Et puis il y avait surtout les mains de Yoshiki qui se baladaient les longs des cuisses de son vis à vis, formant ainsi de longue et sensuelle caresse alors que ses lèvres s'étiraient pour former bien malgré lui un sourire loin d'être innoncent. Et pourtant, paradoxalement, aucune pensée mal placée n'habitait son esprit. Il ne pensait justement à rien. Il en était incapable tant l'alcool lui paralysait le cerveau. Et puis, il y avait également ce prétendu aphrodosiaque qui semblait être maître de son corps. Ce dernier était d'ailleurs enflammé au point que Yoshiki ne suportait plus la sensation de ses vêtements contre sa peau. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il les aurait enlevé depuis longtemps seulement, il lui restait un peu de bon sens, plus beaucoup mais suffisamment pour ne pas commettre le pire.

« Viens, rentrons, déclara le brun en quittant son tabouret et en lui prenant la main pour la conduire hors du bar. »

Yoshiki se laissa docilement guider à travers la foule et resserra ses doigts sur la main chaude de son ami afin de ne pas le perdre. Elle était également rassurante pour lui qui n'était pas dans son état normal. Il se mettait même à répondre aux sourires de certains clients qui le fixaient avec insistance comme pour les déshabiller du regard. En temps normal, il les aurait méprisé ou ne les aurait même pas vu. Ce soir, c'était différent pour la simple raison qu'il était en infiltration mais aussi parce qu'il était sous l'effet de cet aphrodisiaque qui le rendait réceptif aux autres et à leurs propositions silencieuses. Le dernier regard qu'il croisa avant de passer la porte fut celui du maître de cette antre qui depuis son comptoire, le regardait s'en aller tout en souriant avec malice, comme un lutin fier du mauvais tour qu'il venait de jouer.

Dehors il faisait frais. C'était agréable comme sensation et Yoshiki ne put s'empécher de sourire largement mais aussi d'éclater de rire sans aucune raison, sauf peut-être qu'il était ivre. C'était bien parce qu'il le savait que le brun ne lui disait rien. Il se contentait de sourire lui aussi, mais de manière plus discrette.

« Tu as peut-être besoin d'un coup de main Yo-chan ? Tu vas pouvoir monter tout seul ? Lui demanda-t-il alors qu'il s'apprêtait à s'instaler au volant.

- Oh oui ! Viens m'aider ! Je crois que j'y arriverais pas tout seul, gémit Yoshiki qui n'était pas vraiment crédible dans ses dires ce que son ami savait pertinemment.

- Bon, dans ce cas, fit l'autre en refermant sa propre portière pour contourner la voiture et aller aider le blond à s'instaler sur le siège passager. »

À peine fut-il arrivé à hauteur du blond, que ce dernier se jeta dans ses bras sous prétexte d'avoir perdu l'équilibre.

« Hé bien, ça ne va pas Yo-chan ?

- Je suis fatigué.

- C'est bien pour ça qu'on va rentrer, fit-il en l'aidant à s'instaler sur son siège.

- Oui...

- Hé... Yoshiki... si tu ne me laches pas, on ne rentrera jamais.

- Mais moi j'aime bien quand tu me sers dans tes bras, répondit le blond en resserrant les siens autour de lui.

- Sauf que là, c'est toi qui me prend dans tes bras, répliqua l'autre avec amusement.

- Vraiment ?

- Regarde, mes bras sont là, fit-il en bougeant ses mains qui étaient prises au piège contre le torse du blond.

- Oh... effectivement. Mais tu n'es pas bien là ?

- Je ne pense pas que ce soit ça le problème.

- Parce qu'il y a un problème ? Murmura Yoshiki alors que ses mains qui jusqu'à maintenant caressaient son dos, se glissaient à présent sous sa chemise presque insconsciemment et tout simplement pour poursuivre ses caresses.

- Wah, la dose devait être vraiment très élevée pour te faire cet effet là, déclara le brun en retenant un petit rire. Si on m'avait dit que ça arriverait, je ne pense pas que je l'aurais cru.

- Et ça te déplait ? Lui demanda le blond d'un air boudeur.

- Disons que c'est plutôt toi demain qui ne voudra plus me parler tellement tu en auras honte.

- Donc si je fais ça tu ne m'en voudras pas ? »

Sur ces mots, Yoshiki pressa fiévreusement ses lèvres contre celles du brun qui n'avait rien vu venir bien que dans le fond, il aurait dû s'y attendre. Mais comment aurait-il pu imaginer un seul instant, que même sous l'influence d'un aphrodisiaque, son meilleur ami puisse aller jusqu'à l'embrasser, surtout avec autant de passion !

« Wah..., lacha le brun après ce long baiser presque forcé. Je comprends pourquoi tu as autant de succès auprès des femmes.

- J'en conclus que ça t'a plu.

- Je... je crois qu'il vaut mieux qu'on rentre à la maison maintenant.

- Mais je n'attends que ça, murmura Yoshiki après lui avoir donné un nouveau baiser. »