Lost Angel

Chapitre 9

Yoshiki poussa un léger gémissement avant de se retourner et de se retrouver contre une masse tout aussi endormie que lui. Le blond se blottit contre elle avant de se rendre compte que ce n'était absolument pas normal qu'il y ait quelqu'un d'autre qui partageait son lit. Lentement, il ouvrit les yeux et découvrit avec surprise que la couleur de sa couette n'avait rien d'habituel. Ce n'était de toute façon pas la sienne. Ajouté à cela son mal de crâne et son estomac barbouillé... Il en avait passé une nuit d'ivresse hier soir, quoi qu'il ne lui semblait pas avoir bu tant que ça. Il n'avait de toute façon pas de souvenir précis de ce qu'il avait bien pu faire. Juste des flash, des bribes d'évènements étranges et peu réalistes.

Une fois un peu plus réveillé, le commissaire reporta son attention sur la personne partageant son lit. Il ne voyait pas grand chose sauf peut-être des cheveux sombres dépassant de la couette. L'allure générale quant à elle, n'avait rien avoir avec celle d'une charmante jeune femme qui aurait pu le ramener chez elle. Ce constat lui noua l'estomac, d'autant plus qu'il était nu sous les draps. D'ailleurs, en regardant un peu plus attentivement autour de lui, il pu apercevoir trainner ici et là ce qui avait été ses vêtements de la veille.

« Ô mon dieu ! Hurla Yoshiki en reconnaissant son meilleur ami endormi à côté de lui. »

Au le cri du commissaire, le brun se réveilla en sursaut, bondissant presque hors de son lit pour être prêt à parrer à l'éventuel catastrophe qui avait déclanché ce cri.

« Ô mon dieu, répéta Yoshiki qui s'était assis dos au mûrs et qui s'était pris la tête entre les mains. Dis-moi que ce n'est pas vrai.

- Pardon ? S'étonna l'autre. »

Inquiet, il vint s'asseoir à côté de lui et posa une main sur son épaule tout en lui adressant un regard compatissant sans comprendre le pourquoi de l'état du blond.

« Quelque chose ne va pas Yoshiki ?

- Dis-moi que c'est pas vrai...

- De quoi ?

- Mais comment tu peux être aussi calme ! S'énerva Yoshiki en lui empoignant le haut du pyjama. »

Le brun lui adressa d'abord un regard stupéfait, rempli d'incompréhension, avant d'exploser de rire, ce qui agaça passablement le commissaire qui lui rétorqua séchèment :

« Parce que tu vas me dire que ça te fait marrer peut-être ?

- Yoshiki, mais non. Tu ne crois quand même pas qu'on... »

Il ne termina pas sa phrase tant il riait, ce qui n'était pas vraiment le cas de son vis à vis qui pourtant ne fit aucune remarque, préférant attendre plus d'explication qui peut-être le rassurerait.

« Parce que tu crois que je serais en pyjama s'il s'était passé quelque chose entre nous hier soir ? répliqua le brun une fois son fou rire passé.

- Oh ! Après tout, je ne sais pas comment tu es après l'amour. Y'en a qui aime fumer juste après l'avoir fait. Toi t'aimes peut-être porter un pyjama pour dormir, rétorqua Yoshiki en se détendant enfin. Quoi qu'entre nous c'est pas très sexy, tu pourrais faire un effort.

- Et bien la prochaine fois, pour pimenter notre vieux couple qui bat de l'aile, j'opterais pour une nuisette si mon vieux pyjama de célibataire ne te fais plus bander, se moqua le brun en s'installant plus confortablement à sa place.

- Pfff... t'es bête quand tu t'y mets. En tout cas, ça n'explique pas ce que je fous à poile dans ton lit !

- Parce que d'habitude tu ne dors pas en tenu d'Adam chez toi ?

- Oui mais je le fais chez moi, rétorqua Yoshiki d'un air boudeur. Je t'en suplis, dis-moi que je n'ai pas fait tout ce dont je me rappelle.

- Comme je ne sais pas de quoi tu te rapelles, je ne peux pas vraiment t'aider. En tout cas, je peux t'assurer une chose, tu embrasses du tonnère, se moqua-t-il une dernière fois avant de quitter le lit pour prendre la direction de la cuisine. Au faite mon coeur, ça sera du thé ou du café ce matin ?

- Vas-y fous-toi de ma gueule ! Ma vie est foutue ! S'exclama Yoshiki en se prenant la tête entre les mains ce qui fit rire un peu plus l'autre. »

Une dizaine de minutes plus tard, Yoshiki était toujours allongé sur le dos et se lamentait encore sur son sort tout en maudissant ce sale type étrange qui lui avait fait boire dieu sait quoi, et qui était responsable de son comportement si étrange de la veille. Et il en avait tellement honte ! Il s'était comporté comme une vraie chienne en chaleur et avait littéralement allumé son meilleur ami. D'ailleurs c'était une chance pour lui qu'il l'ait accompagné car un autre n'aurait peut-être pas été aussi délicat et aurait même pu accepter ses avances. Or le brun était hétérosexuel et n'était le genre à profiter de ce genre de situation. Yoshiki n'était pas non plus gay mais les deux coktels aphrodisiaques lui avaient littéralement fait tourner la tête.

Après un profond soupir, le blond décréta qu'il avait suffisamment ruminé sa honte et puis tant que son ami ne prenait pas mal son comportement de la veille, c'était le principal. Quoi qu'il sentait déjà que le brun le taquinerait toute la journée avec ça. Mais dans le fond, il le méritait bien et cela lui servirait de leçon. Jamais plus il ne gouterait des coktels bizarres préparés par un type bizarre.

Sur cette résolution sage et pleine de bon sens, Yoshiki décida de quitter le lit pourtant si confortable de son ami, pour s'en aller prendre une bonne douche tiède. Et il en avait besoin car il n'était pas très en forme ce matin. Malheureusement pour lui, sa journée ne serait pas de tout repos notamment son premier rendez-vous. Ce dernier était programmé pour midi. Il n'était que huit heures du matin. Il avait donc tout son temps pour se préparer psychologiquement à cette confrontation qui dans d'autre circonstance, aurait pu être agréable. Mais il savait qu'elle ne le serait pas. Son intuition et sa grande connaissance de la psychologie féminine le trompaient rarement dans ce genre de cas. Enfin, y penser maintenant ne servait à rien. Il verrait bien le moment venu.

Dans la cuisine, Yoshiki trouva son ami devant les fourneaux. Il terminait leur petit déjeuné et y mettait le coeur à l'ouvrage. Faire la cuisine pour quelqu'un d'autre que lui, devait lui faire plaisir. Yoshiki en était convaincu rien qu'en regardant le léger sourire rempli de sérénité qui était dessiné sur ses lèvres. Vraiment, c'était injute de l'avoir séparé si longtemps de Dahlia. Un homme comme lui ne méritait pas un tel chatiment.

Pour signaler sa présence, Yoshiki se racla la gorge et l'autre se retourna vers lui en souriant :

« Tu t'es décidé à sortir du lit ou tu en avait assez de m'attendre ?

- Vas-y continue de te foutre de moi, grogna Yoshiki en s'instalant sur une chaise. Je me vengerais.

- J'y compte bien.

- Au faite, je me suis servi dans ton armoir. J'ai un rendez-vous tout à l'heure et je me vois mal remettre les même vêtements.

- Je pense bien, surtout si c'est une femme que tu vas voir, répliqua-t-il en lui servant une tasse de café fumante.

- C'est effectivement une femme que je vais voir, mais enlève-moi ce sourire tout de suite de ton visage parce que ce n'est pas une potentiel conquête, rétorqua Yoshiki en portant son café à ses lèvres.

- Elle est si laide que ça ?

- C'est surtout une gamine à mes yeux.

- Elle est si jeune que ça ?

- C'est Yuna-chan, soupira Yoshiki.

- Oh... »

Le blond releva les yeux vers son ami pour le voir pâlir à ce prénom. Dans le fond, le commissaire s'y était attendu et aurait aimé éviter le sujet qui visiblement restait sensible malgré les années.

« Tu la vois souvent ?

- Quelque fois, répondit Yoshiki qui aurait bien aimé changer de sujet.

- Elle va bien ?

- Oui, tu n'as qu'allumer la télévision pour t'en assurer par toi-même. Tu peux être fier d'elle.

- Je le suis. Mais j'aimerais savoir si elle va réellement bien et si ce n'est pas un sourire de façade. Surtout avec ce qui se passe...

- Tu sais, j'aimerais qu'elle m'invite à déjeuner pour m'annoncer qu'elle va enfin se marier avec son chinois.

- Hong-kongais.

- C'est pareille pour moi, soupira Yoshiki. Bref...

- Tu crois qu'elle pense que l'Immitateur est en faite le Vampire de Tokyo ? Demanda le brun d'un air très inquiet.

- J'en ai bien peur... »

Il y eut un silence entre eux. Il n'était pas spécialement lourd. Il était juste étrange mais normal en vue de l'évocation de ce qui s'était passé 10 ans plus tôt. Finalement, ce fut Yoshiki qui brisa le silence. Puisqu'ils y venaient, autant crever l'abcès jusqu'à bout. Peut-être qu'après, ils se sentiraient tout les deux mieux.

« Je supose que tu ne l'as pas revu depuis ?

- Pas depuis le procès du Vampire de Tokyo si c'est ce que tu veux savoir Yoshiki, répondit-il avec un sourire rempli de tristesse. Quand je dois avoir affaire à elle pour des subventions ou autre chose, elle m'envoie son secrétaire. Un charment garçon, très prometteur lui aussi. Il s'appelle Aki si je m'en souviens bien. Mais nous ne nous sommes jamais revu elle et moi, depuis ce qui s'est passé. Je crois qu'elle m'évite comme la peste et elle a bien raison si tu veux mon avis.

- Je ne comprends pas pourquoi elle t'en veux ! lachant le blond en même temps qu'un profond soupir rempli d'agacement. Vous étiez si proches !

- C'est justement ça problème Yoshiki. J'étais proche de tout le monde. Et je n'ai rien vu alors que j'étais le mieux placé pour le faire. J'aurais du comprendre que c'était lui, le Vampire de Tokyo. J'aurais dû mieux comprendre mes élèves. Je les aurais peut-être toutes sauvées.

- Tu n'es pas responsable de ce qui est arrivé, déclara Yoshiki d'un air grave.

- Quelque part si. J'étais plus que leur professeur. J'étais leur confident. Elles avaient toutes confiances en moi. Une confiance presque aveugle. J'étais un peu leur papa à toutes. J'ai voulu avoir un rôle plus important dans leur vie que celui de simple professeur principal. Je voulais sans doute combler le vide que Dahlia avait laissé dans ma vie. Je les ais toutes aimé comme mes filles. Je voyais en elles Dahlia dans quelques années. Et j'ai moi-même conduit certaines d'entre elles à la mort Yoshiki. Ça jamais je ne pourrais me le pardonner.

- Je t'interdis de dire ça.

- C'est moi que leur ai dit qu'elles n'avaient pas à avoir peur de lui. Que c'était un homme bien...

- Tu ne pouvais pas savoir. Il était aussi leur professeur. Vous étiez collègues. C'était un jeune homme que tu connaissais bien. Tu n'aurais jamais pu deviner ce qu'il faisait dans sa cave avec vos élèves.

- Pourtant j'aurais du comprendre quand je voyais leurs poignets bandés ou dissimulés par de gros bracelets. Ou encore quand elles me posaient des questions étranges sur la souffrance, sur l'art, sur l'amour. Mais je n'ai rien vu. Pourtant tout était sous mes yeux. Ça a été mon premier échec. Le second, c'est bien sûr quand j'ai pris sa défense à lui, au lieu de les protéger elles. J'ai même apporté un témoignage favorable pour lui.

- Tu as dit la vérité aux jurys. Tu n'allais pas non plus inventer des choses ! Ce n'était pas de ta faute s'il était toujours apparu comme quelqu'un de bien à tes yeux.

- Yoshiki, toi qui était assis avec elles et qui leurs chuchotaient d'être fortes au moment de témoigner. Toi qui les as toutes rencontrés, ces pauvres petites filles terrorisées. Tu sais ce qu'elles ont vécu. Connaître le tribunale à leur âge. Avoir peut-être été une victime potentiel du Vampire. Avoir connu sa cave et son couteau... Elles en porteront les marques physiques et psychologique toute leur vie. Et moi, je n'étais même pas avec elles le jour du procé, alors qu'elles avaient besoin de moi. Ça, Yuna-chan me l'a clairement dit. Au lieu d'être avec elles, j'étais avec lui. Ça a été mon seconde échec. Je n'ai pas échoué en tant que prof mais dans le rôle que je m'étais donné. Je n'ai pas su les protéger comme j'aurais dû. Elles avaient confiance en moi et j'ai trahis cette confiance.

- C'est pour ça que tu as démissionné et que tu as allé enseigner dans un lycée public ?

- Oui. C'était le moins que je pouvais faire après avoir échoué deux fois.

- Toshi...

- Donc si tu en as l'occasion. Dis-lui que je suis encore une fois sincèrement désolé.

- Oui, murmura Yoshiki en allant chercher sa main pour la lui serrer. Je le lui dirais à elle et à toutes celles qui me contacteront, car j'ai bien peur que ce ne soit qu'un début...

- Yoshiki, dis-lui aussi qu'il ne faut pas qu'elle fasse une fixation sur lui. Il était malade. Il s'est fait soigner. Ce n'est pas lui ce nouveau tueur en série.

- Je sais. »

Les deux hommes se sourirent puis changèrent de sujet de conversation, même s'ils gardaient encore en tête cette terrible affaire qui avait fait trembler Tokyo dix ans plus tôt. Et l'un comme l'autre en gardaient les cicatrices au plus profond d'eux. Cette affaire les avait meurtrie dans leur chair et les avait déchiré. Aujourd'hui encore, Yoshiki ne comprenait pas pourquoi le brun avait pris le défense du Vampire de Tokyo il y a dix ans. Et il continuait encore de défendre cet homme qui ne le méritait pas. Seulement, poser des questions ne serviraient à rien car Yoshiki connaissait déjà les réponses. Tout comme il savait déjà ce qui l'attendrait à ce fameux déjeuné. De ce fait, il redoutait le moment où sa montre sonnerait midi et qu'il aurait à entrée dans la Blue Moon.

Le Blue Moon, était un petit restaurant discret où on y mangeait bien mieux que dans les grandes enseignes. Yoshiki le connaissait bien et il lui rapelait tellement de souvenir. Des souvenirs vieux de dix ans pour la plupart mais pas seulement. Malgré les années ils semblaient intactes, un peu comme si ce restaurant s'était figé dans l'espace et le temps afin de mieux préserver chacun d'eux, bons ou mauvais.

À présent qu'il était face à ce batiment, une foule de souvenir lui revenait en mémoire. Il aurait bien aimé en oublier la plus grande partie. Tout comme il aurait aimé que Mei soit avec lui aujourd'hui, comme elle avait pu le faire dix ans plus tôt lorsqu'ils avaient emmené tous les deux Yuna-chan ici, pour lui changer les idées et surtout pour l'écouter leur raconter son histoire. En y pensant, Mei lui avait apporté un soutien inestimable durant toute l'affaire du Vampire de Tokyo. Dix ans plus tard, Yoshiki sentait qu'il avait à nouveau besoin d'elle, malheureusement, l'avoir à ses côtés était impossible car la pauvre femme avait complètement perdu la raison. Elle ne voulait même plus le voir et y penser le fit sourire amerment. Finalement, la seule chose qu'il avait pu sauver de cette époque c'était son lien avec sa petite Dahlia et c'était elle qui lui permis de récupérer l'amitié de son père...

Sa montre sonna midi alors qu'il franchissait le pas de la porte du Blue Moon. Elle était déjà là. Elle l'attendait à une table du fond avec un léger sourire imprimé sur les lèvres. À cet instant, Yoshiki eu l'impression de faire un bond de dix ans en arrière. Mais n'avaient-ils emmené Yuna-chan dans ce restaurant ce fameux soir où elle était venu le trouver au commissariat pour tout lui dire, de ce qui lui était arrivé ? À l'époque elle sortait à peine de l'adolescence. Aujourd'hui, elle avait presque trente ans et n'était plus une enfant, même si le commissaire la verrait toujours comme tel. Peut-être parce que certaine chose s'était figée dix ans plus tôt. À moins que ce soit parce que Mei portait une affection démesurée à l'enfant que Yuna-chan avait pu être à l'époque.

« Bonjour Yoshiki, déclara-t-elle alors qu'il prenait place face à elle.

- Bonjour Yuna-chan. Tu vas bien ?

- Comme les sondages, répondit-elle avec humour.

- Je n'ai pas lu les derniers mais la dernière fois ils étaient bons. »

Elle eut un léger sourire. Le blond y répondit puis reporta son attention sur la carte. Son choix fut vite fait et un serveur vint prendre leur commande. Lorsqu'il se retira, Yuna releva presque timidement ses yeux vers lui, comme si elle avait peur de croiser son regard qui avait toujours su lire en elle comme dans un livre.

« Et toi Yoshiki, comment vas-tu ?

- Bien. Très bien même. »

Elle eut un nouveau sourire. Elle semblait hésitante et ne savait sûrement pas par quoi commencer. C'était une facette d'elle, qu'on ne voyait jamais lorsqu'elle apparaissait à la télévision pour un discoure. Elle paraissait aux yeux du monde si forte. Yoshiki lui, connaissait ses faiblesses et sa fragilité. Mei et lui n'avaient-ils pas passé des soirées entière à la rassurer avant le procès du Vampire de Tokyo ?

« Il s'inquiète beaucoup pour toi, déclara finalement le commissaire. »

Yuna lui adressa un regard rempli d'incompréhention avant d'une lueur n'éclaire ses yeux en même temps qu'un sourire géné se dessinait sur ses lèvres.

« Oh... tu parles de Sensei ? Fit-elle aver embarras.

- Qui veux-tu que ce soit d'autre Yuna-chan ?

- Et lui, il va comment ?

- Il a retrouvé sa fille. Ils se sont réconsilliés.

- Vraiment ? C'est une bonne chose. Il aime tellement sa fille. Il n'arrêtait pas de m'en parler... Dahlia, sa fleur préférée. Je supose que son jardin doit en être plein.

- Oui. Il n'a pas changé.

- C'est justement pour ça que je ne veux pas le voir, déclara-t-elle d'un air sombre. Ou plutôt que je ne peux pas le voir. Il n'a sûrement pas changé de position sur cette histoire et je ne veux plus culpabiliser pour ce que j'ai fait.

- Tu as fait ce qu'il fallait Yuna-chan, et il a été le premier à le dire.

- Mais c'est justement ça le problème Yoshiki. Il a été le premier à nous dire qu'il fallait qu'on parle et le jour du procès, on l'a trouvé dans les témoins à décharge ! C'était presque de la trahison.

- Mais ça ne l'était pas et tu le sais.

- Je ne veux plus parler de ça.

- Alors de quoi veux-tu parler Yuna-chan.

- Tu sais qu'il a été libéré.

- Le Vampire ?

- Et peu de temps après, ça a recommencé.

- Oui, mais ce n'est pas lui. Et tu le sais pour avoir lu mon rapport préliminaire sur la question, puisque tu es la Directrice de la Sécurité Public National et que c'est toi qui m'avais demandé cette première expertise. Qu'attends-tu de moi Yuna-chan ? Qu'ici je te dise l'exacte contraire de ce qui est écrit dans mon rapport. J'aimerais te faire ce plaisir mais c'est impossible car ça serait traverstire la vérité. Je n'enverrais pas un innocent en prison.

- Un innocent, répéta-t-elle avec un sourire amer. Un innocent qui a quand même tué des dizaines de jeunes filles !

- Il a payé son erreur. C'est tout le principe de la justice Yuna-chan. Elle nous donne une seconde chance une fois qu'on s'est racheté auprès de la société. C'est ça la justice.

- Oui mais dix ans en clinique, ce n'est pas cher payé je trouve.

- Que veux-tu que je te dise ?

- Alors tu ne feras rien Yoshiki ?

- Je ferais mon travail et rien de plus.

- Je veux un état de l'avancé de l'enquête chaque semaine sur mon bureau.

- Et bien vous l'aurez Madame la ministre d'État.

- C'est ton dernier mot Yoshiki ?

- Non. Il te demande pardon aussi.

- Qui ça ? S'énerva-t-elle. Le Vampire ?

- Non.

- Sensei...

- Oui.

- Et bien je crois que je vais continuer de lui causer beaucoup de soucis et j'en suis sincèrement désolée. »

Yoshiki aurait aimé lui répondre quelque chose mais le serveur revenait déjà avec leurs plats. Yuna pour sa part se leva et lui déclara qu'elle avait un rendez-vous ailleurs mais qu'elle avait été ravie de le revoir. Le blond voulu ajouter quelque chose mais elle s'en allait déjà payer l'addition. Tout ce que le commissaire pouvait faire c'était déjeuner, seul et rongé par l'inquiétude pour cette inconsciente qui ne l'avait pas du tout rassuré par ses dernières paroles.

Dehors une voiture l'attendait. Yuna marcha rapidement vers elle et monta du côté passager. Au volant se trouvait un jeune homme brun adepte des percings mais vêtu avec beaucoup d'élégance. Il la regarda un moment, l'observant attentivement afin de connaître le résultat de cette entrevu, quoi que dès le début, il n'avait pas été très optimiste.

« Où allons-nous Madame ? Demanda-t-il enfin.

- Je rentre au cabinet, déclara-t-elle d'une voix monocorde. Toi, tu sais ce qui te reste à faire. Tu as carte blanche. Je te fais confiance Aki.

- Bien Madame. »

Le jeune homme démara la voiture et la racompagna au siège de la Direction de la Sécurité Public National. Elle le remercia, lui donna ses dernières instructions puis disparut dans le batiment officiel alors que lui repartait vers un tout autre lieu bien moins officiel. Il roula une vingtaine de minutes, évitant les rues trop bondées et préférant se garrer dans un parking public lorsqu'il ne fut plus très loin du lieux désiré, afin de ne pas trop attirer l'attention. Son trajet à pied ne lui pris qu'une dizaine de minutes. Il arriva alors devant un vieil immeuble datant de l'avant-guerre. Un véritable vestige du passé que les accros au patrimoine avaient tout fait pour conserver. Il n'y avait donc pas d'ascenseur mais Aki n'avait jamais été contre un peu de sport. De toute façon le bureau où il se rendait n'était qu'au premier étage. Il fut donc rapidement devant une porte dont la partie supérieur était vitrée. Il y donna un coup puis entendit une voix cassée et à moitié endormie lui dire d'entrée. Le jeune homme poussa alors la porte et pénétra dans ce qu'il pouvait qualifier du bureau type des détectives des films policiers des années 80. L'homme qui lui faisait face avait de toute façon des airs de cowboy, et la décoration de son bureau en disait long sur son penchant pour ce pays de l'outre Pacifique.

« Ouais ? Fit l'autre en se redressant de son siège pour allumer une cigarette.

- Vous êtes Taiji ?

- Lui-même, soupira le détective d'un air lasse. Qu'est-ce que je peux pour toi gamin ? »

Aki ne fit aucune réflexion sur cette appélation, qui l'agaça tout de même car il n'était plus un enfant loin de là. Il occupait même un poste des plus importants puisqu'il était le chef de cabinet de la ministre d'État chargé à la Direction de la Sécurité Public National. Enfin, Taiji n'était pas sensé le savoir surtout qu'Aki n'avait pas le look type du politicien. Il était déjà bien trop jeune et puis ses percing lui donnaient un air un peu trop punk que son élégant costume n'effaçait pas.

« J'aimerais connaître les faits et gestes d'un homme, déclara Aki.

- Un rival ?

- Un assassin. »

Le visage de Taiji s'assombrit et il s'instala un peu plus confortablement dans son siège avant de lui demander d'un air grave :

« Qui ça ?

- Je crois que vous le connaissez bien.

- Vraiment ? Fit le détective avec un sourire septique.

- Oui, c'est le Vampire de Tokyo. »

Le sourire de Taiji disparu immédiatement. Ce nom lui renoua même les entrailles et lui rapelait de vieux souvenirs qu'il aurait aimé oublier mais qui étaient bien présents et bien vivants au plus profond de lui. Comme le visage de toutes ces jeunes filles mortes, vidées de leur sang par ce terrible tueur qui avait fait trembler tout Tokyo dix ans plus tôt.