Lost Angel

Chapitre 10

Six heures du matin. C'était bien parce qu'il était sur une nouvelle affaire qu'il se montrait si matinale. D'habitude, il n'était pas levé avant 11h. D'ailleurs son agence de détective n'ouvrait que l'après-midi pour ne fermer qu'aux environs de minuit. Là, il s'en allait ensuite rejoindre les bras de Morphé pour tenter d'oublier les sombres fantômes d'une vieille enquête qui n'avait jamais été totalement résolue pour lui.

Cette affaire, il s'en souvenait comme si c'était hier. À l'époque, il était dans la police et bossait en équipe avec un type remarquablement brillant mais au sale caractère. À eux deux, ils formaient une équipe de choc un peu spéciale dans la mesure où ils donnaient l'impression de ne pas se supporter. À dire vrai, leurs relations avaient toujours été très ambigües et compliquées depuis leur rencontre. Cette affaire, celle du Vampire n'avait pas arrangé les choses et jamais Taiji ne pourrait oublier cette sombre histoire où la lumière n'avait pas éclairé tous les éléments. D'ailleurs, c'était avec le Vampire que sa carrière dans la police avait pris fin. Dès l'instant où le jugement avait été prononcé, il avait tendu sa lettre de démission à celui qui avait été coéquipier dès leur rentré à l'école de police. Leur amitié avait ainsi pris fin, en même temps que la terreur du Vampire de Tokyo. Toute réconciliation était impossible, mais il était curieux de le revoir, même il se doutait qu'il ne serait pas le bienvenu dans son ancien commissariat. Mais peut-être parce que cette triste enquête n'avait été qu'un début dans la dégradation de leur relation et que bien autre chose les séparait.

Il s'arrêta devant une enseigne qui lui était familière. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres et un prénom apparu dans son esprit. Celui d'une femme pour qui, il avait beaucoup d'affection. D'ailleurs, cela faisait longtemps qu'il n'était pas allé la voir, mais la savoir dans un asile psychiatrique lui faisait mal et le rendait fou de rage. Dans ces moments là, il n'avait que des envies de meurtre à l'égare d'un certain type qui avait pourtant, quelque part, était son meilleur ami, même s'ils n'avaient jamais eu de mot doux l'un pour l'autre. Non, ils avaient toujours préféré la compétition et les chamailleries. Ils n'avaient jamais su s'entendre mais cela avait été leur manière de s'aimer, dans une certaine mesure.

Il poussa la porte de la patisserie et un son de cloche se fit entendre alors que l'air climatisée lui chatouillait le visage. Il referma la porte derrière lui et avança vers l'homme derrière le comptoire, qui releva la tête vers lui tout en s'écriant :

« Bienvenu au Sweet... Oh ! Taiji ! Ça faisait longtemps !

- Oui et je suis surpris que ce soit toi que je retrouve derrière le comptoire, rétorqua le détective avec un petit sourire canaille. Tu es tellement fauché que tu fais la caisse maintenant ? Ajouta-t-il en venant s'accouder au comptoire.

- T'es bête. Je remplace juste mon employé qui est malade, répliqua l'autre avec un large sourire jusqu'aux oreilles.

- En tout cas, ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu sans costume mais je dois avoué une chose.

- Laquelle ? Fit l'autre d'une voix suave.

- Tu as toujours l'air d'une chienne en chaleur, Jui. »

Une grimace se dessina sur le visage de son vis à vis et Taiji éclata de rire tout en allumant une cigarette.

« T'es prié de pas fumer dans un espace climatisé, lacha séchement Jui. Et puis que me vaut ta viste pas très courtoise ?

- Le plaisir de voir tes belles jambes ?

- Vas-y fous-toi de ma gueule. Les années t'ont pas réussi. Tu fais toujours les mêmes réflexions pourries.

- C'est pour ça que tu m'aimes non ?

- Crève ! Rétorqua Jui en lui adressant un doigt d'honneur.

- Quelle jolie manière de traiter ses clients. Bon aller sers-moi comme d'habitude. Tu t'en souviens, non ? »

Le visage de Jui pâlit subitement. Celui de Taiji devint simplement plus sérieux comme pour lui montrer que ce n'était pas une plaisanterie. Le châtain le compris et déglutit bien malgré lui, ce qui étonna Taiji qui commençait à se dire, que Jui avait été bien plus boulversé par cette vieille histoire qu'il ne l'aurait cru. Peut-être sa sensibilité trop profonde ? Le détective ne voyait que cela, puisque le châtain ne s'était jamais retrouvé mellé directement à l'affaire du Vampire de Tokyo.

« Jui, murmura Taiji en tendant la main vers lui pour lui remettre une mèche derrière l'oreille. Ça va ?

- Tu vas reprendre contacte avec ce type ? Demanda le châtain d'une voix légèrement étranglée.

- Qui ça ?

- Ce prof. »

Taiji ne répondit pas. Son visage s'assombrit alors que des images du passé lui revenaient en mémoire, mais il les chassa rapidement lorsque Jui lui tendait sa commande. Le détective le remercia et lorsqu'il voulu payer, Jui se contenta de lui répondre :

« C'est pour moi. Seulement, fais attention à toi. Je n'ai jamais su sentir ce type et même s'il se fait passer pour mère Thérésa, je n'ai jamais été dupe et je ne le suis toujours pas.

- Ne t'en fais pas pour moi, répondit Taiji en lui adressant un sourire rassurant. »

Jui y répondit faiblement mais ne se sentit pas tranquille pour autant. Il en venait même à regretter d'avoir croiser ce vieil ami aujourd'hui. À croire que c'était leur destin de se retrouver après tant d'année, eux, mais aussi peut-être les autres, car dans le fond, cela s'annonçait comme un terrible et sinistre prologue.

À travers la vitre de la porte de sa boutique, Jui regarda Taiji s'en aller alors que deux enfants de primaire entraient dans sa patisserie. Le châtain poussa un profond soupir puis détacha les yeux du détective pour servire ses deux jeunes clients qui venaient sans doute prendre leur goûter avant d'aller à l'école.

« Bon les gosses, je vous sers quoi ?

- On est pas des gosses, rétorqua l'un d'eux. Moi c'est Haru et mon pote c'est Ankou. Et Hiroto, il est pas là aujourd'hui ?

- Les gosses sont chaque année plus insolents, gromela Jui pour lui-même.

- Hiroto-san n'est pas malade, hein ? Fit Ankou d'une petite voix timide mais tellement inquiète.

- Il a juste attrapé froid. Il sera là demain, ne t'en fais pas, répondit Jui avec un sourire rassurant qui fit retrouver à Ankou le sien. »

OoOoO

Un paquet en papier se posa lourdement sous son nez et le fit sursauter. Un léger ricanement résonna à ses oreilles et lorsque Kaoru releva les yeux, il fut stupéfait de reconnaître l'homme qui se tenait face à lui. Il en resta d'ailleurs bouche bée pendant plusieurs secondes, durant lesquelles il se demandait s'il ne faisait pas erreur sur la personne.

« Hé bien Kaoru, quand on se fait offrire un petit déjeuné, on dit merci, répliqua Taiji avec son habituelle air moqueur.

- Sempai..., lacha l'inspecteur incapable d'aligner plus de deux mots à la suite tant la surprise était de taille. »

Et il avait de quoi être surpris. Après tout, Taiji n'était-il pas parti d'ici en claquant la porte et en jurant de ne plus jamais y remettre les pieds ? C'était il y a dix ans et depuis, beaucoup de chose avait changé, alors que d'autres étaient toujours les mêmes. Taiji, lui, semblait avoir vieilli prématurément et il n'y avait qu'à faire une comparaison avec Yoshiki qui semblait rester indéfiniment jeune alors qu'ils avaient presque le même âge. Mais trop de soucis avait marqué le corps de l'ancien inspecteur qui aux yeux de Kaoru, garderait toujours cette aura particulière que même sa démission et sa déchéance n'avait pas terni.

« Sempai, que faites vous ici ? Fit Kaoru à voix basse tout en jetant un regard inquiet vers le bureau de Yoshiki. Vous êtes devenu suicidaire ?

- Oui moi aussi je suis content de te revoir Kaoru. Ça fait un bout de temps depuis la dernière fois et je vois que tu as eu le droit à une promotion !

- Parlez-moi fort s'il vous plait... il va vous entendre...

- J'en conclu que Yoshiki est ici. Yoshiki ! Yoshiki ! »

Kaoru n'eut le temps de ne rien faire sinon, de prendre une mine horrifiée alors que Taiji se dirigeait d'un pas ferme et pressé vers le bureau du commissaire tout en l'appelant par son prénom. Une fois face à la porte, il l'ouvrit à la volet et déclara avec insolance :

« Yoshiki vieille branche, prêt à te faire doubler ? »

Le blond se figea avant de se crisper et de relever lentement son regard vers l'intrus qui venait d'oser faire irruption dans son bureau. Lorsqu'il reconnu le sourire canaille de son ancien coéquipier, son sang ne fit qu'on tour alors qu'il se levait d'un bond comme un chat près à sauter sur sa proie. Mais avant même qu'il n'eut le temps de se jeter sur Taiji pour l'entrangler, Kaoru s'était précipité vers lui, bousculant au passage en Sempai, pour empécher son commissaire de le tuer.

« Commissaire, calmez-vous ! Il vous provoque, ne tombez pas dans le panneau.

- T'as pas changé Yoshiki, soupira Taiji en allumant une cigarette. T'as toujours été un exité. Attention, un jour tu finiras enfermé dans une cellule capitonné, ajouta-t-il froidement.

- Connard, je vais te faire la peau ! Hurla le blond.

- Non commissaire, c'est pas une bonne idée. Par pitié Sempai, ne jetez pas de l'huile sur le feu, suplia Kaoru.

- Bon, mon petit Kaoru, puisqu'il n'y a que toi de civilisé ici, je te laisse ma carte. Appelle-moi après ton service, c'est important, fit Taiji en glissant sa carte de visite dans la poche de la chemise de l'inspecteur. Sur ce, bonne journée.

- Ouais, c'est ça ! Casse-toi avant que je ne te sorte d'ici avec mon pied au cul ! Hurla Yoshiki sous les éclats de rire du détective visiblement peu conserné par ses menaces.

- Reprenez-vous commissaire, répliqua Kaoru qui le retenait toujours le temps que l'autre s'en aille. Ce n'est pas le moment.

- Qu'est-ce qu'il voulait lui ?

- Aucune idée.

- Et tu vas l'appelé ?

- Moi ? Heu... et bien je...

- De toute façon, tu fais ce que tu veux, ça ne me regarde pas, rétorqua le blond visiblement véxé.

- Commissaire...

- Bon, laisse-moi, j'ai encore du boulot, ronchonna Yoshiki en se défesant de son étrinte qui avait servi jusqu'ici à retenir ses envis de meurtre. »

Une fois seul dans son bureau, Yoshiki s'enfonça dans son fauteuil, face au dossier qu'il consultait précédement, avant que cet homme ne fasse irruption ici pour une mystérieuse raison, mais le blond se moquait bien de ses motivations. Il se doutait que si après tout ce temps, Taiji venait le voir, c'était sans doute pour enfoncer le couteau dans la plaie. En y pensant, un profond soupir traversa ses lèvres. Si une réconciliation avait pu être possible avec son ami d'enfance, elle était impossible avec Taiji. Trop de chose les séparaient et ils s'étaient bien trop fait de mal pour cela. De toute façon, le blond ne pourrait jamais lui pardonner ce qu'il lui avait fait. Et pourtant, bien malgré lui, il ne put s'empécher de regretter l'époque où ils étaient tous ensemble, tous les cinq.

Comme chaque fois qu'il y pensait, ses yeux se posèrent sur le cadre qui était posé dans un coin de son bureau. Il le prit et regarda longuement la photographie qu'il contenait. C'était une vieille photo que le temps et un certain pliage avaient abimé mais pour rien au monde Yoshiki ne la changerait. Cette photo les représentait tous. Lui et Mei. À sa droite, se trouvait une marque de pliage. Elle datait de l'époque où il avait rompu tous comptacte avec le père de Dahlia. Ce dernier se trouvait d'ailleurs à ses côtés, sur cette photo, et cette ligne qui déformait l'image, les séparait. Elle était le souvenir de leur rupture, mais c'était aujourd'hui du passé.

Un nouveau soupir traversa ses lèvres. Il retira délicatement la photo du cadre et la déplia complètement. Ils étaient cinq sur cette photo mais jamais il ne pourrait accepter que les deux autres personnes dissimulées par un pliage, ne puissent être visible. Elles ne comptaient plus pour lui. L'une d'elle, était bien évidement Taiji qui se tenait à côté de Mei. L'autre, c'était la mère de Dahlia...

OoOoO

Elle était assise près de la fenètre. Son regard, semblait perdu vers l'horizon, vers le parc et sa verdure où les autres pensionnaires se promenaient. Mais elle, elle n'y allait jamais. Elle en avait bien entendu le droit, mais elle ne sortait jamais. Elle ne le faisait que lorsqu'une infirmière l'y conduisait en fauteuil roulant. Là encore, elle restait stoïque face à la beauté du jardin aménagé avec goût, à la française. Au finale, elle ressemblait à une poupée de porcelaine que rien ne semblait pouvoir tirrer de sa rêverie. Elle était définitivement dans un autre monde.

La voir ainsi, lui faisait beaucoup de mal. Ne pas la voir, le tuerait sans doute. Quelque part, il se sentait coupable. Il avait l'impression que c'était de sa faute si elle était ainsi. Il n'avait pas su la protéger comme il aurait dû le faire. C'était pourtant son rôle et il avait échoué lamentablement. Quand elle avait eu besoin de lui, il n'avait pas été là. Il était sûrement en train d'écumer un bar ou de boire sa dernière bouteille dans une ruelle sordide. Son passé le faisait frissonner mais pas autant que l'état de cette poupée figée dans le temps. Seule sa beauté n'avait pas dépéri. C'était une maigre consolation mais il s'en contentait tout en gardant l'espoir de la voir un jour revenir à la vie.

Comme chaque fois que son sentiment de culpabilité devenait insuportable, toute sa haine et sa colère se dirigeait vers Yoshiki, le véritable responsable de son état. Car il avait échoué lui aussi et il avait trahis sa confiance. C'était à lui qu'il avait confié Mei, et voilà où le pauvre se trouvait aujourd'hui...

« Bonjour Mei. Regarde, je t'ai apporté tes fleurs préférés. Des Dahlias. Je sais que tu les adores. Je sais que ça fait longtemps que je ne suis pas venu. Tu sais ce que c'est, le boulot me prend beaucoup de temps. Je suis sur une nouvelle affaire. C'est drôle, j'ai l'impression qu'elle me ramène 10 ans en arrière. Peut-être parce que j'ai vu Jui aujourd'hui. Tu sais, il a vraiment bien réussi sa vie. Encore un que ta gentillesse aura touché. Il m'est reconnaissant pour ce que j'ai fais pour lui, mais j'ai rien fait, c'est toi qui m'a tout soufflé. Je n'ai fais que te faire plaisir en l'aidant. Tu as toujours eu un coeur gros comme une montagne. Bon, je... je vais mettre les fleurs dans de l'eau. »

Il se leva et la regarda longuement. Elle n'avait pas bougé, ni elle, ni son regard. L'avait-elle seulement entendu ? Cette question lui donna un léger pincement au coeur mais il ignora cette vague de tristesse qui tentait de s'emparer de lui. Il alla simplement mettre les fleurs dans un vase pour qu'elles ne se fanent pas et peut-être qu'en revenant auprès de Mei, il retrouverait le courage de lui faire la conversation, tout en sachant qu'il s'agirait d'un long monologue.

Il trouva un vase auprès d'une infirmière qui lui proposa d'aller le remplire pour lui. Il acquiesça tout en la remerciant et la regarda s'enfoncer dans un couloir avec les fleurs. Lui, il resta près de la porte menant à la salle de détente où Mei regardait toujours par la fenètre.

« Tonton Taiji ? »

Le détective sursauta et tourna son regard vers une jeune femme qui se tenait timidement debout, face à lui. Il mit un certain temps à la reconnaître, sans doute parce qu'elle était encore trop jeune lorsqu'il l'avait vu pour la dernière fois.

« Non de Dieu ! Dahlia ! S'esclama-t-il en la prenant dans ses bras. C'est fou comme t'as poussé depuis la dernière fois.

- C'est normal, on ne s'est pas vu depuis des années !

- Laisse-moi te regarder un peu, répliqua-t-il en la détachant de lui. Tu es belle comme un coeur et tu respires la gentillesse. Tu es le portrait craché de tes parents.

- Merci. »

Il y eut un petit moment de silence, durant lequelle les yeux de la jeune femme se posèrent sur Mei. Taiji suivit également son regard et son sourire s'effaça.

« C'est gentil que tu sois passé la voir, déclara Taiji d'une voix qui se voulait rempli d'assurance.

- C'est papa qui m'a emmené. Si j'avais su plus tôt pour tante Mei... Je suis désolé tonton je...

- Ne t'en fais pas. Dis-moi, où est ton père ?

- Dehors, dans la voiture.

- Je vais aller le voir. Profites-en pour aller voir ta tante. Ça lui fera plaisir, j'en suis sûr. »

Elle acquiesça puis entra dans la salle de détente où les patients recevaient généralement leurs visiteurs. Taiji la regarda avancer timidement vers Mei qui était toujours aussi perdu dans sa réverie. Inconciement, il avait le naïf espoir qu'elle se réveil grace à la présence de Dahlia, malheureusement, elle resta de marbre comme à son habitude.

Après avoir poussé un profond soupir, Taiji prit la direction de la sortie. Il ne mit pas longtemps à retrouver son vieil ami sur le parking. Ce dernier se tenait debout contre sa voiture et ne semblait pas surpris de le voir. Il avait sans doute apperçu sa moto dans le parking.

« Ça me fait plaisir de te revoir Taiji, déclara le brun avec un sourire amicale.

- Tant que tu ne tentes pas de me tuer comme cet hystérique, ça me va, plaisant-il.

- Yoshiki m'a raconté au téléphone votre rencontre. Je te demande pardon pour lui.

- Tu n'as pas à le faire. Et puis au moins, je sais qu'il m'en veut toujours, ma vengence n'aura pas été inutile.

- Aucun de vous deux n'est responsable de ce qui arrive à Mei. J'aimerais tellement que vous l'admettiez et que vous fassiez la paix. Que nous redevenions une famille, comme avant. »

Un sourire désabusé se dessina sur les lèvres de Taiji qui après quelques secondes de silence déclara :

« Après ce qu'il lui a fait ? Tu plaisantes ? Mei n'a jamais été aussi malheureuse de sa vie qu'avec ce type. Il me l'avait promis, le jour de leur mariage. Il m'avait dit : Taiji, je te jure de prendre soin d'elle. Et moi, je l'ai cru parce qu'elle semblait heureuse au début. Elle ne le connaissait pas vraiment. Moi non plus, je crois.

- Taiji, tu exagères. Yoshiki aimait et aime profondément Mei. Il ne lui aurait jamais fait de mal intentionnellement.

- Dans ce cas, ce mec est bon à enfermer. »

Le visage de Taiji s'assombrit, celui de son vis à vis également.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda prudement le brun.

- Demande à ton ex-femme. Elle te le dira peut-être à toi, combien Yoshiki est mauvais et dangereux.

- Avec tout le respect que je lui dois et toute l'affection que je peux encore avoir pour Kaori, elle n'est pas très bien placée pour parler de Yoshiki puisqu'elle le déteste.

- Pas suffisamment en tout cas, pour se dispenser de couvrire ses crimes.

- Taiji, sois plus clair. J'ai du mal à croire que Yoshiki puisse être tel que tu me le décris.

- En tout cas, si Mei est comme ça, c'est bien pour une raison et un jour, j'aurais le fin mot de cette histoire.

- Taiji, Mei s'est faite internée suite à une dépression car elle ne suportait sa stérilité naturelle et qu'elle voulait avoir des enfants. Personne n'est responsable de cela. Il faut que toi aussi tu l'admettes. Tu n'est pas responsable et Yoshiki non plus. Ce sont des choses qui arrivent. Vous ne pouviez pas la protéger contre ça. »

Taiji baissa la tête et il posa la main sur son épaule. Contre toute attente, un léger sourire se dessina sur les lèvres du détective, ce qui surpris le brun qui l'interrogea du regard.

« J'avais pas bu la veille où j'avais rendez-vous avec elle. Je la soupsonnais d'être au courant de la galère où j'étais mais elle connait ma grande fierté et n'a rien dit. Mais elle m'offrait toujours de sois disant cadeau en déclarant que tel truc lui rappelait notre enfance ou lui avait fait penser à moi. Elle m'invitait souvent à manger. Elle était heureuse ce jour là. Moi j'avais pas bu. J'avais pris sur moi comme chaque fois que je devais la voir. Ce jour là, après avoir déjeuné au Blue Moon, on a fait les magasins. Les magasins pour bébé. Je pensais au début que c'était pour Dahlia. Elle était folle de ta fille et passait son temps à lui acheter des trucs mais cette fois-ci c'était trop petit pour Dahlia. Si elle n'avait rien acheté, j'aurais conclu qu'elle rêvait simplement devant tous ces trucs de bébé qui la faisaient fondre. Mais elle a acheté tout un tas de vêtement qu'ensuite, je n'ai jamais vu chez eux. Elle ne me l'a jamais dit clairement, mais arrivé à la caisse, elle a posé son doigt contre ses lèvres et m'a dit : Yoshiki ne doit pas le savoir, pas tout de suite. Je crois qu'elle était enceinte. Je crois que Yoshiki lui a fait quelque chose. Je crois que ce salaud l'a rendu folle. Je sais qu'il lui faisait vivre un cauchemar même si je n'arrive pas encore à me l'imaginer et que je n'ai pas encore fais toute la lumière sur ce qui s'est passé. Je suis désolé, c'est ton meilleur ami, mais je te jure que je le détruirais pour ce qu'il a osé lui faire. »

Le brun était devenu très pâle et il ne su quoi répondre tant la confusion troublait son esprit. Il ne savait même pas quoi penser de ce que Taiji venait de lui dire. Mais une chose était sûr, le détective était très sérieux. Sa menace n'était pas faite en l'air et Yoshiki aurait à se montrer très prudent à l'avenir.

OoOoO

Il était tard. Taiji revenait d'un rendez-vous qu'il avait fixé par téléphone à Kaoru. Il avait été boire un verre dans un bar mais le détective n'avait pas bu d'alcool. Il s'était juré d'arrêté et avait tenu la promesse qu'il avait fait à Mei, ce fameux jour où il avait été lui rendre visite pour la première fois à l'hôpital. Cette terrible journée, jamais il ne pourrait l'oublier. La voir ainsi, l'avait presque détruit mais paradoxalement, c'était le choc qui lui avait fallu pour se décider à remonter la pente et aujourd'hui il avait retrouver une vie normal, ce qui était loin d'être le cas de cette pauvre Mei.

Il était presque arrivé dans son bureau quand, il s'arrêta net dans les escaliers. Il y avait quelqu'un, assis sur le palier. C'était Jui. Il l'attendait. Il aurait mieux fait de lui téléphoner, après tout, il avait son numéro de portable. Au lieu de cela, il avait préféré l'attendre ici sans rien dire. Lorsqu'il l'apperçu, Jui se leva et lui adressa un léger sourire avant de lui demander :

« Alors, tu as été voir ta soeur ? Questionna timidement Jui. »

Taiji ne répondit pas. Il se contenta d'ouvrir la porte de son bureau pour le faire entrer. Après avoir allumé la lumière, il mis en route la machine à café et alluma une cigarette. Jui le suivit à l'intérieur et pris place sur une chaise face au bureau. Taiji ne le regarda pas, il resta près de sa machine à café, les bras croisés et le regard baissé.

« Taiji ?

- Un jour, quand j'aurais de l'argent, beaucoup d'argent, je la ferais sortir de là bas et je m'en occuperais moi-même. Et elle finira par guérire.

- Je n'en doute pas, fit le châtain avec un léger sourire. Tu es un grand frère responsable.

- Je ne l'ai pas toujours été, soupira Taiji. J'aurais dû voir que je ne pouvais pas la laisser entre les mains de Yoshiki.

- J'ai beaucoup de mal à croire que c'est lui qui lui a fait ça.

- Qui veux-tu que ça soit d'autre ? »

Jui baissa les yeux tout en commençant à mordiller l'ongle de son pouce droit. Chaque fois qu'il faisait ça, c'était qu'il brulait d'envie de dire quelque chose de dérangeant. Taiji ne le savait que trop bien.

« Jui, vas-y. Dis-le.

- Le prof peut-être ?

- Arrête de faire une fixation sur lui. C'est un brave type et c'est pas parce que tu ne le suportes pas que tu dois le manger à toutes les sauces.

- Mais heu... ce type me fait peur... Il est bizarre !

- Tiens, bois ça au lieu de raconter des conneries, rétorqua Taiji en lui tendant une tasse de café. »

Le châtain s'empara de sa tasse tout en lui adressant une mou boudeuse qui fit rire Taiji. Décidément, malgré les années, s'il y en avait bien un qui ne changerait pas c'était bien Jui.