Auteur : kitsu34

Genre : yaoi

Origine : Yuyu Hakusho

Couple : Hiei x Kurama, bien sûr, mais pas tout de suite…

Disclaimers : rien à moi, si ce n'est les cinq ans passé depuis le tournoi pour la domination dans le Makai, à la fin du manga.

Réponses aux rewiews :

Merci à Masque ( j'ai essayé de faire plus long, mais chez moi, ça ne veut pas du tout dire que c'est mieux !), Naria03 (moi aussi j'aime bien rester dans une certaine forme de réalité ^^ et merci ! de me dire qu'on a l'impression que c'est la suite de l'animé ! C'est un très beau compliment !), koorimé (coucou miss ^^ Comment vas-tu ? En effet, je suis bien sadique avec Hiei ! Que veux-tu qui aime bien châtie bien ^^ !), Akira Yasuo (merci pour les descriptions, car c'est pour elles que je m'applique le mieux ^^), Sadgodess (oui, la vie peut être cruelle… Surtout chez moi ^^), Petit Poussine (coucou ^^ Comment va ? Voici enfin la suite, après mes problèmes de connexion !), ma Shunelodie et White Fox From North (kisous, Whity ^^ Excuse-moi de l'absence ! J'ai eu beaucoup de mal à régler mon problème de freebox : l'alimentation a laché et il a fallu que j'attende que Free m'en renvoie une ! Mais normalement c'est réglé ^^).

Note : Lentement mais sûrement je finirai toutes mes fics… Hem… Lentement j'ai dit… Spéciale dédicace pour ma White Fox qui me soutient envers et contre tout. Je dois avouer, Whity, que j'étais bien près d'abandonner, cette fois… Heureusement que tu es venue pointer ton petit museau blanc sur ma page…

C'est parti !

Cinq ans après

Renaissance

Le ciel bas, chargé de nuages fuyants et sombres, s'illuminait de brefs et fulgurants éclairs. Un vent violent soufflait en rafales brusques et secouait les frondaisons des arbres gigantesques. La forêt semblait parcourue de frissons incessants.

Le Makai était décidément un monde âpre et sauvage, non dépourvu toutefois d'une certaine beauté, songea-t-il. Il s'arrêta, fatigué de sa très longue marche.

Un rire moqueur le tira de sa contemplation.

« -Ben alors Kuwa ! T'es déjà crevé? Putain, tu vas même pas tenir les éliminatoires ! J'aurais dû prendre quelqu'un d'autre dans l'équipe !

-Enfoiré ! Tu vas voir un peu si j'te chope !

-Bah voilà de l'énergie ! Je vois qu't'as pas besoin de pause et de toutes façons, on est presque arrivés.

-Ca fait trois jours que tu dis ça !

-Oui, sauf que cette fois, c'est vrai ! »

Trois putain de jours pour arriver jusqu'ici ! Ce connard d'Urameshi allait l'entendre quand ils seraient arrivés et qu'il aurait repris son souffle ! Trois jours de marche ! Et pas mal d'emmerdes aussi, heureusement évitées ou résolues par une bonne bagarre !

Kuwabara promena un instant son regard sur la foule qui commençait à apparaître de tous les détours du chemin. Ça faisait déjà un moment que l'afflux avait commencé. Depuis la dernière grosse bourgade, les files de yohkais s'épaississaient. Ils allaient tous au même endroit. Le même qu'eux.

Dans les rangs, les coups d'œil spéculateurs jaugeaient, évaluaient. Mais aucune bagarre n'éclatait, chacun se réservant pour le tournoi.

Il n'y avait décidément que la perspective d'une bagarre générale pour le pouvoir et la domination qui pouvait ainsi cadrer les yohkais et les empêcher de se battre entre eux sans but.

Il eut un léger sourire. Ça lui rappelait vraiment beaucoup cet imbécile heureux d'Urameshi. Et dans une moindre mesure, cette teigne de Hiei.

A la pensée que dans quelques heures il allait les revoir, une incroyable bouffée de chaleur et de joie l'envahit. Comme lorsqu'on ouvre la porte d'entrée d'une maison bien chauffée en pleine tempête de neige.

Il sentit aussi une boule descendre dans sa gorge jusqu'à venir se loger au creux de son estomac. Un soupir lui échappa et il ferma brièvement les yeux.

Une joie intense l'habitait mais elle se mêlait d'une certaine tristesse aussi. Quelque part, ça faisait mal. Il ne le comprenait pas très bien, mais il s'était attendu à ce phénomène. Après tout, quand on a eu si profondément froid, la chaleur commence par faire mal avant de réchauffer.

Perdu dans ses pensées, il ne s'était pas rendu compte que la file ralentissait et qu'ils arrivaient dans une vaste clairière. Il percuta brutalement le dos gigantesque d'un yohkai et s'attira un beuglement indigné et menaçant ainsi qu'un second éclat de rire de Yusuke.

Au milieu de la clairière, se dressait majestueusement le stade. Noir, grandiose et menaçant, l'édifice représentait d'une manière frappante ce monde si étrange encore pour lui. Après tout, il ne le connaissait pas. Il ne s'y était rendu qu'une seule fois, à la poursuite de Sensui…

Il regarda autour de lui, cherchant un visage connu. Une foule bigarrée se pressait autour du stade. Il y avait de tout : des monstres énormes, musculeux et parfois grotesques, mais aussi de petites silhouettes, assez proches de l'aspect humain. Certains yohkais étaient même beaux ou élégants, s'aperçut-il avec étonnement, avant de secouer la tête et de se reprendre en souriant à la pensée d'un certain yohko à la chevelure écarlate.

Après tout, l'habit ne faisait pas le moine, dans le Makai non plus, à en juger par Hiei et Kurama. Ils n'étaient pas vraiment d'un physique impressionnant et pourtant ils avaient tous deux une puissance effrayante. Sans parler d'Urameshi, de Jin ou de Toya…

Il sourit encore. Il allait les revoir tous.

Il n'arrivait pas encore à réaliser le tournant si brusque que venait de prendre son existence. Exactement comme à cette époque-là, presque neuf ans plus tôt, lorsque Urameshi s'était fait renverser par une voiture.

Si on lui avait dit, encore quatre jours avant, qu'il se retrouverait dans le Makai pour participer à un nouveau tournoi de monstres au lieu d'aller tranquillement bosser dans son bureau d'Osaka, il ne l'aurait vraiment pas cru.

Mais voilà, c'était encore une fois sans compter Urameshi…

- - - - -

Les lumières avaient commencé à s'allumer et à éclairer la ville. Comme des lucioles dans un ciel d'été. Le bourdonnement incessant des voitures contribuait à faire ressembler l'enchevêtrement d'acier et de verre à un bois frissonnant d'insectes.

En tout cas, c'était vraiment l'image qui lui venait quand il contemplait la ville du haut des quarante étages du building où se situait son bureau.

La pièce était petite et banale, comme toutes les autres de l'étage. Rien ne différenciait ce bureau, son bureau, de ceux de ses collègues. Il n'avait rien mis, rien apporté de sa vie dans ce petit box rectangulaire et neutre.

Qu'aurait-il d'ailleurs pu apporter ? Des photos ? Pour cela il aurait fallu que sa vie comprenne des gens qu'il ait envie de voir chaque jour, des amis proches, une fiancée, une femme ou des enfants.

Mais il n'avait rien de tout cela. Il était seul depuis maintenant de longues années. Bien trop seul…

Le front appuyé sur la vitre ruisselante de pluie, l'image fugitive d'un visage dansa un instant devant ses yeux et effaça la ruche illuminée s'étendant sous ses pieds. Un visage délicat au teint de porcelaine fragile… Un visage aux immenses yeux d'un rouge profond et magnifique.

Sans qu'il s'en aperçoive, ses poings se serrèrent convulsivement sur la vitre. Comme pour attraper l'image fuyante. Pour la retenir et la serrer contre lui. Presque pour accomplir enfin, ce qu'il avait regretté toutes ces années de n'avoir pas fait.

Quand il en était encore temps…

Il releva la tête et son regard, égaré dans sa mélancolie intérieure, se durcit. Sa mâchoire se contracta et il s'écarta résolument de la fenêtre en larmes.

Un soupir de lassitude et de regret mourut dans l'obscurité de la pièce et il ouvrit la porte d'un geste sec.

Aussitôt l'un de ses collègues l'interpela joyeusement. L'espace d'un instant, il eut envie de faire comme s'il n'avait pas entendu et de poursuivre sa route, pour rentrer chez lui.

La journée était terminée et il avait envie de rentrer et de s'affaler dans le canapé de son confortable appartement. Pour il ne savait quelle raison, il était d'une humeur étrange aujourd'hui. Tourné vers le passé, presque comme si celui-ci était sur le point de percuter son présent…

Et comme à chaque fois qu'il contemplait le chemin parcouru ces dernières années, il sentait un indéfinissable regret lui serrer la gorge.

Il avait pourtant bien réussi sa vie jusque là. C'était même inespéré du point de vue de ceux qui le connaissaient depuis longtemps. Qui aurait dit, à l'époque du collège et du lycée, qu'il réussirait si bien ses études supérieures et qu'il trouverait un si bon poste…

Sans doute personne… Pas même lui-même, songea-t-il avec un sourire d'autodérision amusée.

Oui, il était le modèle du salaryman qui a réussi et s'est trouvé un bon job.

Et pourtant, depuis qu'il s'était installé à Osaka, quelques mois plus tôt, il sentait comme un vide intérieur incompréhensible, un gouffre sombre qui s'agrandissait au fil du temps. Au fond, il savait qu'un autre chemin aurait été possible. Un chemin plus difficile, bien plus douloureux sans aucun doute, plein d'incertitudes. Mais illuminé de leurs présences à tous.

« -Hé, Kuwabara-kun ! Tu viens avec Michizuki-san et Fukushima-san prendre un verre? Allez, c'est le week-end ! Tu ne vas pas rentrer t'enterrer chez toi si tôt ! Pour faire quoi ? »

Il s'arrêta net. En effet, rentrer chez lui pour faire quoi ? Personne ne l'y attendait…

Une nouvelle fois, l'image fantomatique d'une longue chevelure bleutée dansa devant son regard. Il secoua la tête et se retourna avec un sourire éclatant.

« -Bien évidemment, je viens ! Tu ne crois quand même pas que je vais vous laisser faire la tournée des bars sans moi ! Qui sait ce qui pourrait arriver si je vous laissais seuls tous les trois ! Vous risqueriez de ne jamais rentrer chez vous sans le grand Kuwabara pour vous ramener ! »

Il se dirigea d'un pas assuré vers ses trois collègues qui l'attendaient en riant. Il était d'humeur finalement, à chasser tous les fantômes du passé. Ca ne servait à rien de se lamenter sur ce qui aurait pu être, comme disait Chizuru, ce n'était pas ça qui faisait changer le présent !

Avec de grands éclats de rire, les quatre jeunes hommes coururent sous la pluie.

- - - - -

La clé crissa dans la serrure mais la porte refusa de s'ouvrir. Il dut s'y reprendre à trois fois avant de pouvoir pénétrer dans son appartement.

Il était tard et les bruits se faisaient feutrés dans la nuit. Il s'adossa un instant à la porte d'entrée, sans ôter ses chaussures ni son manteau… Sans même allumer la lumière.

Il était fatigué.

Fatigué de sa vie creuse et monotone. Fatigué de retrouver tous les soirs cette pièce obscure et déserte. Fatigué d'aller s'abrutir avec des collègues dans des bars.

Il n'avait aucun problème de socialisation, il le savait. Les gens l'aimaient bien. Ses collègues l'appréciaient. Jusqu'aux commerçants de son quartier qui le connaissaient et lui parlaient amicalement.

Et pourtant il était fatigué de lui-même et de ce qu'il était devenu. Déjà. Il avait à peine vingt-trois ans et pourtant l'impression d'avoir déjà raté sa vie.

Il avait choisi la voie sûre et raisonnable. La voie qui aboutissait à une place dans la société humaine.

Mais peut-être avait-il eu tort…

La lumière qui inonda brutalement la pièce agressa violemment ses yeux, habitués à présent à l'obscurité de l'appartement.

Mais avant qu'il ait pu s'alarmer, s'inquiéter du fait que la lumière impliquait une autre présence chez lui, la voix qui s'éleva le ramena immédiatement des années en arrière.

Instantanément, il la reconnut. Il la connaissait si bien qu'il n'avait même pas besoin de voir son visage et son sourire gouailleur, d'une force et d'une chaleur irrésistibles.

« -Ben alors, c'est à cette heure-là qu'tu rentres ? Franchement, ta sœur serait drôlement déçue de voir à quel point son petit-frère se dévergonde loin de chez elle ! »

Yusuke.

Et les images défilèrent. Une foule d'images pour une foule de gens. Hiei, Kurama, Botan et Genkai. Le Makai et les combattants du tournoi devenus des amis. Puis les visages de leurs ennemis dont il se souvenait, à sa grande stupéfaction, avec une précision surprenante : Suzaku et Byakko, les frères Toguro et Sensui.

A peine une année de sa vie… Mais si riche, si débordante, en regard de sa vie actuelle.

Et le dernier visage, le seul qu'il ait retenu tout ce temps.

Yukina…

Et tandis que le rire clair de Yusuke s'élevait, il sentit son être se défroisser, et s'étirer lentement jusqu'à le remplir à nouveau. Son visage et son regard s'animèrent, comme un masque de chair que le sang irrigue à nouveau.

« -Putain Urameshi ! Qu'est-ce que tu fous là ? Et comment t'es entré ? Et arrête de rire comme une baleine ! De quoi tu ris exactement, abruti !

-Si tu voyais ta tête, mon pauvre Kuwabara ! C'est incroyable ce que le temps ne t'a pas changé ! T'as toujours l'air aussi con !

-Quoi tu vas voir un peu si j'ai l'air con ! Je vais te flanquer une bonne raclée, tiens, pour avoir forcé ma porte, enfoiré !

-Allons, allons, Kuwa ! C'est plus de ton âge, ces choses-là. Tu risquerais de te faire mal, enfin.

-T'as le même âge que moi, idiot, je te signale !

-Mais moi je ne suis pas devenu un homme raisonnable avant l'âge, enfermé dans un bureau ! Ca vieillit vite ces trucs-là tu sais. Ca file des rides. Ca ramollit.

-Connard ! J'vais t'montrer si je suis ramolli ! Attrape donc ça !

-A la bonne heure, je suis bien content de voir que t'as toujours la pêche ! C'est bon pour moi, ça. Allez, viens un peu là ! »

Après quelques échanges amicaux, ils s'écroulèrent en riant dans le canapé du salon. Pourquoi Yusuke était-il venu ? Pourquoi maintenant et pas à la mort de Keiko ou lors de l'enterrement de Genkai ?

A vrai dire, Kuwabara s'en fichait. La morne grisaille de sa vie venait d'être balayée et il lui semblait se réveiller d'une longue attente.

Juste parce qu'un grand con avait décidé de passer le voir aujourd'hui. Incroyable comme Yusuke avait toujours eu ce pouvoir-là, sur lui.

Il se leva et sortit deux verres du bar, ainsi qu'une bouteille de saké. Les deux amis trinquèrent avec bonne humeur au bon vieux temps.

Puis ils parlèrent. Longtemps. Du passé et des amis éloignés ou perdus. Yusuke lui raconta sa poursuite acharnée des tueurs de Keiko puis sa vie dans le Makai. Kuwabara raconta à Yusuke la fin de ses études, comment il avait postulé sans trop y croire pour ce poste incroyable et comment il l'avait obtenu, sans trop savoir comment.

Ils parlèrent aussi des autres, Hiei et Kurama. Et dans ce qu'ils ne dirent pas, ils parlèrent aussi, à leur façon, de celles qui avaient disparu. Keiko, Genkai et Yukina…

Au point du jour, alors que la fatigue, malgré la joie, se faisait sentir, le ton de Yusuke se fit soudain plus grave. Aussitôt l'attention de Kuwabara s'éveilla. Il sentait obscurément que le moment de rattraper ce qu'il avait manqué était venu. L'occasion unique de combler ce gouffre sombre en lui. C'était maintenant ou jamais. Il le sentait.

« -Kuwa, ça m'a fait plaisir de venir te voir. Vraiment. Je regrette de ne pas être venu après… Mais sur le moment, je ne pouvais pas. Les souvenirs, tu comprends…

-Ouais. Moi pareil de toutes façons…

-Hmm ?… A ce point ? Je pensais pas que tu tenais tant à elle… Je veux dire, c'était juste un amour d'adolescent.

-Comme toi et Keiko.

-C'est vrai. Excuse-moi. J'ai jamais été très malin et ça s'est pas arrangé avec le temps… Enfin, ce que je veux te dire, c'est que je suis venu avec un but précis. J'ai une raison d'être là, tu t'en doutes.

-J'me doute bien qu'c'est pas pour mes beaux yeux. T'as toujours été un mec direct, qui va droit à ce qui l'intéresse, sans s'embarrasser de nuances, comme Kurama.

-Ouais, t'as tout compris ! En fait, le tournoi recommence.

-Quoi ?!! Me dis pas qu't'as encore été invité ?!!

-Non, pas celui-là. L'autre. Celui pour la domination du Makai. Cette fois, c'est un tournoi par équipes, pour désigner les gouverneurs de provinces sous les ordres d'Enki.

-Hmm, je vois. Et ça t'intéresse vraiment cette fois. C'est pas qu'une question de force. Je me trompe ?

-Non, pas du tout. Tu as raison. Il faut bien que je fasse quelque chose de ma vie, au bout du compte. Et si je suis trop con pour gouverner seul un pays entier, m'occuper d'une province, c'est dans mes cordes. Alors, je veux y participer et je veux y participer avec mon équipe !

-Tu veux dire…

-Ouais ! Toi, moi, Hiei et Kurama, comme au bon vieux temps ! »

Comme au bon vieux temps… La boule de chaleur se mit à irradier dans le ventre de Kuwabara à ces mots. Et il sut immédiatement.

« -Je suis bien conscient que tu as beaucoup de raisons de refuser : tu as un boulot et tu as bien réussi et…

-C'est d'accord ! On part quand ?

-… Quoi ? Si vite ? Ben merde ! Moi qui pensais que j'allais devoir discuter et y passer la nuit, comme pour les deux autres ! J'avais même préparé mes arguments !

-Tu as déjà vu Hiei et Kurama ? Qu'est-ce qu'ils ont dit ?

-Ben… Hiei est d'accord et Kurama a dit qu'il y réfléchirait, mais je suis sûr qu'il va venir. Tu le connais, il dit jamais clairement les choses.

-Tu les as vus ? Comment sont –ils ? Ils ont changé ?

-Euh… Ben… J'ai pas trop fait gaffe. Ah si, Hiei était dans un sale état. Ermite, et tout. Mais bon, je lui fais confiance pour réagir. Ah, je crois qu'il a un peu grandi aussi, mais je suis pas trop sûr. Il faisait sombre.

-Et Kurama ? J'ai appris pour sa famille. Mais à l'époque j'ai pas pu le voir. Il s'était coupé du monde et ne voulait plus voir personne. Et puis ensuite, le temps a passé et c'était trop tard. Il avait déménagé et je n'ai pas pu trouver son adresse…

-Ouais, il habite une chouette résidence maintenant. Il est riche. Et il a changé. Il est, comment dire, plus adulte.

-Ben, c'est normal. Il a pris plus de cinq ans, hein, comme nous.

-Mais non ! Il est plus inquiétant, plus dangereux.

-Dangereux ? Kurama ? Comment ça ?

-Ben, j'ai ressenti la même chose que quand il s'est transformé en yohko face à Karasu, tu sais. Sauf qu'il a toujours son apparence humaine. Ah, à part les yeux. Ils ne sont plus exactement verts. Ils sont presque dorés maintenant. Je me demande si son côté yohko s'est développé… Enfin la seule chose importante c'est qu'ils vont venir tous les deux !

-Bon, on part quand alors ? Demain ?

-Et ton boulot ?

-Bah, on s'en préoccupera au retour. J'dirai qu'j'ai été malade !

-C'est une idée. Mais t'es sûr que…

-Urameshi ! C'est ma vie, c'est moi qui décide ! On part demain.

-Ok, c'est toi qui vois. Enfin, demain c'est maintenant, alors je propose qu'on dorme jusqu'à ce soir et qu'on profite de la nuit pour passer le portail.

-Ca marche. Fais de beau rêves ! »

En sentant son esprit se détacher légèrement de son corps engourdi pour s'élever joyeusement vers le pays cotonneux des songes, Kuwabara sentit l'allégresse l'inonder. Il avait enfin l'impression que son attente se terminait, qu'il saisissait sa destinée à bras le corps.

Il s'endormit paisiblement, habité de la certitude inébranlable d'avoir, cette fois, fait le bon choix. Le seul choix. Sa seconde chance.

- - - - -

« -Eh Kuwa ! Bouge-toi ! Si tu restes planté là, on ne risque pas de trouver les deux autres. Allez ! Amène-toi ! »

Kuwabara eut un frémissement tandis que son esprit revenait au moment présent avec le cri de Yusuke. Il eut toutes les peines du monde à suivre le mazoku au beau milieu de la foule de monstres de plus en plus dense.

Soudain, Yusuke poussa un cri de joie et fonça vers quelqu'un, bousculant de nombreux yohkais sur son passage. Ralenti par les mécontents, qui ne se souciaient pas de savoir s'il était responsable de la bousculade tant qu'ils avaient la possibilité de lui en coller une, Kuwabara perdit complètement de vue son compagnon.

Pestant et grommelant, il commença à chercher ce grand con de Yusuke. Mais il dut vite se rendre à l'évidence : ce ne serait pas facile de le retrouver dans cette cohue.

Soudain, il lui sembla que la foule se faisait moins dense, moins menaçante et surtout moins bruyante. Les voix rauques et gutturales, rêches comme du papier de verre, des yohkais baissèrent jusqu'à devenir murmures.

Comme des murmures de crainte, ou d'admiration. Kuwabara en profita pour essayer de se repérer. Mais, alors qu'il tâchait de s'orienter en regardant le stade, une voix s'éleva, grave et mélodieuse :

« -Kuwabara-kun ! Par ici ! »

En entendant son nom, il se retourna brusquement.

Ses yeux s'agrandirent et il ouvrit puis referma la bouche avant d'avoir pu prononcer un son.

Devant lui, la foule s'était écartée presque respectueusement, pour laisser place à la personne qui s'avançait sourire aux lèvres. Les yohkais chuchotaient entre eux et les regards admiratifs luisaient, suivant le jeune homme qui s'approchaient à grands pas.

Un beau jeune homme, à la peau très blanche, douce et scintillante comme de la nacre. De longs cheveux écarlates, aux volutes sauvages laissées libres dans le vent violent du Makai. Et de grands yeux à la couleur indéfinissable, à mi-chemin entre l'émeraude et l'or.

Kuwabara sentit sa gorge se nouer douloureusement et son estomac se réchauffer quand il fit deux pas en avant pour serrer la main blanche et racée qui lui était tendue. Une main fine et délicate, dont la force surprenait.

Kurama.

Il releva la tête et contempla le mélange de grâce et de puissance qui lui faisait face. Il comprenait à présent ce qu'avait voulu dire Yusuke en parlant de Kurama. En effet, émanait de lui ce troublant mélange de force démoniaque et de charme doucereux qui s'était révélé face à Karasu.

Mais avant qu'il ait eu le temps de rendre son salut à Kurama, un cri les fit tous deux tressaillir.

« -Whaou ! Kurama ! Je savais que tu viendrais ! Je savais qu'on pouvait compter sur toi ! Rusé renard va ! Pourquoi tu dis jamais directement les choses, hein ? Il faut toujours que tu finasses !

-Bonjour Yusuke. Je n'ai pas besoin de dire directement les choses, enfin, puisque tu le fais pour moi. Comment vas-tu, Kuwabara-kun ? Ca fait vraiment longtemps qu'on ne s'est vu… Je me suis souvent reproché de ne pas t'avoir contacté ces dernières années… J'espère que tu ne m'en veux pas trop et que tu me permettras de me rattraper lorsque nous serons rentrés chez nous. Ca me ferait très plaisir de t'avoir à dîner un soir. Qu'en dis-tu ? Je pourrais te présenter des personnes intéressantes.

-Merci Kurama. Avec plaisir. Et non, bien sûr, je ne t'en veux pas ! Tu avais ton lot de problèmes et je l'ai bien compris. Et à présent, comment vas-tu ?

-Je vais bien, merci. »

Le ton du yohko restait amical mais sa voix s'était légèrement durcie. Visiblement, Kurama n'entendait pas étaler ses états d'âme. Du moins, pas pour l'instant.

Kuwabara se tourna vers Yusuke qui semblait vraiment ravi. Le regard brun du mazoku passait constamment de lui à Kurama avec une intense satisfaction.

« -Eh Urameshi ! Pourquoi tu t'es barré tout à l'heure ? T'avais vu quelqu'un ?

-Mmmh ? Ah oui ! Hiei. Il arrive. Il était juste derrière moi… »

A ces mots, Kuwabara se redressa de toute sa taille pour regarder derrière Yusuke. C'est qu'il avait grandi ce con ! Il était presque aussi grand que lui, à présent. Il avait même du mal à regarder par-dessus son épaule, remarqua-t-il mortifié.

Trop occupé à scruter la foule, Kuwabara ne vit pas Yusuke regarder Kurama avec intensité.

Le mazoku aurait juré avoir vu le yohko tressaillir à la mention du nom de Hiei. Mais s'il avait peut-être laissé échapper une infime marque d'intérêt, Kurama, à son habitude, se reprit très vite et se détourna légèrement.

Il se tint en retrait, son regard d'or et d'émeraude circulant doucement sur la foule bigarrée qui les encerclait sans manifester autre chose qu'une attente polie teintée d'ennui.

Le visage de Yusuke se durcit légèrement tandis que son regard se faisait orageux. La partie s'annonçait plus difficile que prévue…

Mais au moment où il guettait le yohko et désespérait d'attirer l'attention de Kurama sur Hiei qui arrivait, les murmures de la foule se firent plus forts.

Intrigué lui-même, Yusuke se retourna au moment où Kuwabara poussait une véritable exclamation.

« -Mais… Mais… Il est plus nain maintenant ! »

Il ne s'en était pas du tout rendu compte le mois dernier, quand il avait retrouvé Hiei au milieu des ruines du stade précédent, mais le yohkai avait beaucoup changé lui aussi. Saisi d'étonnement, Yusuke contempla Hiei qui se dirigeait vers eux. Il avait grandi. Il avait mûri. Et il était beau. Beau comme jamais.

Il était d'une taille moyenne à présent, avec un corps harmonieux, parfaite alliance de la force et de la souplesse. Sous le tissu fauve de sa peau aux reflets dorés, jouaient des muscles fermes, aux courbes douces et parfaites. Son visage, que l'âge avait allongé, avait gagné en charme et en sensualité, ce qu'il avait perdu de douceur enfantine. Maintenant, ses yeux de sang ne semblaient plus trop grands mais juste adaptés à son visage. A leur place. C'était comme si, à partir de ce qu'était Hiei autrefois, un peintre avait redessiné les lignes et les couleurs et, d'une esquisse, avait fait un tableau magnifique. Pas une nuance, pas une courbe, pas une ligne ne venait briser l'harmonie.

Hiei était beau. Tout simplement.

Kuwabara et Yusuke n'en revenaient pas ! Un léger hoquet juste derrière lui, lui fit tourner la tête. Un fin sourire glissa rapidement sur les lèvres de Yusuke.

Immobile, le corps tendu sous la surprise, et ses grands yeux verts pailletés d'or encore agrandis, Kurama regardait Hiei venir à leur rencontre.

Sa bouche entrouverte, la lueur admirative de ses regards disaient assez combien cette transformation surprenante le ravissait.

Mais le yohko dut sentir le regard amusé du mazoku sur lui car les yeux verts se tournèrent vers Yusuke et se glacèrent en rencontrant le regard brun moqueur. Comme un avertissement.

Yusuke se tourna rapidement vers Hiei que Kuwabara venait déjà de chambrer en remarquant que sa taille restait tout de même largement inférieure à la sienne. Il était encore trop tôt pour affronter directement Kurama. Il fallait d'abord réussir à contourner ses défenses avant d'attaquer. Il avait le temps. Le tournoi devait durer douze jours.

Yusuke remarqua avec amusement à nouveau que les regards admiratifs qui glissaient sur lui de toutes parts ne semblaient pourtant pas toucher Hiei. S'il avait changé physiquement, son caractère était bien resté le même : pleinement conscient de sa force, de ses capacités physiques et spirituelles mais profondément inconscient de ses charmes et de sa beauté. C'était déjà comme ça, il avait cinq ans. Et il allait aussi falloir changer cela…

Yusuke poussa un profond soupir en se prenant la tête à deux mains tandis que Kurama s'avançait et saluait Hiei. Les deux yohkais se regardèrent. Aucun mot ne fut prononcé. Seuls les yeux se parlèrent. Yeux de sang contre yeux d'émeraude et d'or. Un bref instant.

Puis les yeux écarlates de Hiei fuirent en coin comme il se détournait à moitié, tandis que les yeux d'or un instant adoucis et étrangement tremblants redevenaient froids comme le métal dont ils semblaient faits.

« -Super les gars ! Nous voici tous réunis, comme au bon vieux temps ! C'est reparti, comme il y a cinq ans ! »

Mais la joie de Kuwabara n'était pas communicative. Kurama plissa un instant ses yeux d'or et Yusuke put voir affleurer sur son visage le vestige vite enfui de son mépris et de sa supériorité de yohko millénaire. Hiei, quant à lui, haussa significativement les épaules, tandis que ses yeux de sang lançaient un regard en coin vers Kurama et que son visage s'assombrissait.

Yusuke regarda ses trois coéquipiers se frayer un passage dans la foule en se passant la main dans les cheveux.

La partie était loin d'être gagnée avec ces deux-là…

- - - - -

Fini. En fait, je sais que ce chapitre n'est pas très intéressant, mais il était nécessaire.

Kurama et Hiei ont eu leur chapitre, alors c'était le tour de Kuwabara. Je l'aime bien ce personnage. Il est loin d'être juste un grand imbécile. Souvent c'est lui qui réagit dans les moments les plus graves. Et puis, le temps l'a fait mûrir, lui aussi.

Je voulais vraiment montrer que tous ont été atteints par le passage des années et qu'ils ont tous une très bonne raison de participer au tournoi… Pour Kuwabara, c'est d'échapper à la monotone routine de la vie quotidienne… Et je pense que nombreux seront ceux qui pensent la même chose que lui, n'est-ce pas ? Moi, en tout cas, si j'avais une pareille opportunité, je n'hésiterais pas….XD