Samedi 27 décembre 2027
Je suis à nouveau fiancée.
Telle était la surprise d'Emmett. Avec l'aide d'Alice et de ce faux jeton d'Eward, ils m'ont bandé les yeux, puis Emmett ma prise dans ses bras et s'est mis à courir. J'entendais juste le bruit de ses respirations et le frôlement de ses pas dans la neige. Il m'a ensuite déposé sur le sol, et retiré le bandeau de mes yeux… Nous étions dans une clairière, qu'il avait pris soin de décorer de milliers de petites loupiotes. Au centre, il avait installé une petite table, deux chaises et un vieux tourne disque des années 70.
Quand je me suis aperçu qu'il avait mis un costard, j'ai commencé à avoir des doutes…Et j'ai remercié intérieurement Alice pour son cadeau d'extralucide.
Cela va faire bientôt cent ans que j'ai rencontré Emmett, mais il m'étonnera toujours. En vrai gentleman, il m'a proposé une chaise, servit un verre de champagne (qui n'avait mauvais goût), mis en marche une vieille valse lente et m'a invité à danser.
Puis, comme l'aurait fait un garçon de mon époque (celle de ma vie d'humaine, s'entend.) il s'est agenouillé et m'a demander en mariage.
Carlisle et Esmée ne se sont marrié qu'une seule fois, mais il réitèrent leurs vœux tous les cinquante ans environ. Alice et Jasper se sont déjà remarié une fois, ma tornade de sœur ne trouvant pas d'autres occasions d'organiser une fête (Le L'union d'Edward avec Bella remonte à vingt ans maintenant, et Renesmée n'a pas encore réellement pris de décision concernant son mariage.)
J'aime Emmett. Car il me connaît mieux que je ne me connaîtrais sans doute jamais. C'est flagrant, comment parfois les opposés s'attirent. J'aime tout chez lui. Ses traits harmonieux et réguliers, ses cheveux noirs et ondulés, ou encore la petite fossette qui apparaît au coin gauche de ses lèvres lorsqu'il sourit.
Mais ce que j'aime surtout, c'est sa façon d'être. Cet émerveillement de petit garçon dans ce grand corps d'homme.
Et bizarrement, mon amour pour lui est réciproque. Il m'aime comme je suis. Fragile et forte, douce comme parfois froide, brisée mais reconstruite.
Je me souviens très bien du jour de notre rencontre, quelques années après la seconde guerre. Edward et moi devions nous retrouver à la frontière de l' Alaska, puis rejoindre le clan de Tania et des siens. Je roulais lentement vers le nord, en prenant mon temps. Je me souviens mettre arrêté quelque part dans les rocheuses. J'avais faim. Je me mis rapidement en chasse, quand soudain je fus frappé par une odeur méconnaissable entre toutes, du sang humain. Je me mis à courir, et découvrit un homme à terre, la gueule de l'ours à quelques centimètres de son visage. Je me souviens avoir tout d'abord noté qu'il était beau, avec son visage régulier entouré de boucles noires. Je savais que le sauver reviendrait à lui faire découvrir ma nature, mais je compris aussi que je ne pouvais pas ne pas le sauver. Alors j'ai sauté sur l'ours, lui cassant la colonne vertébrale en prenant bien soin de ne pas lui faire de me prit qu'un instant, l'homme l'avait déjà bien amoché. Il l'avait presque… étranglé ? Comment un humain pouvait-il avoir autant de force ? Emmett était toutefois bien amoché, il avait une vilaine plaie au ventre. Son sang m'attirait, d'autant que son arôme était particulièrement alléchant. Je commençais à paniquer, tentant les gestes de premiers secours que m'avait appris Carlisle, prenant soin de ne surtout pas respirer. Je n'ai jamais bu de sang humain. Pas qu'il ne m'attire pas autant qu'il attirerait les autres, mais j'ai toujours réussi à résister. La seule fois ou je failli réellement commettre l'atrocité fut à la naissance de Renesmée… Mais ceci est une autre histoire.
Emmett, que je croyais inconscient, avait alors ouvert les yeux, d'un gris saisissant.
« Je suis mort ? Vous êtes un ange ? »
Je m'étais alors jurer de le sauver. Toutefois, même sans être médecin, je savais qu'il n'en avait plus pour très longtemps. Mais le transformer me répugner. J'avais peur aussi, terriblement peur. Résister à l'odeur du sang était une chose, mais lorsqu'on y avait goûté, on ne pouvait plus s'arrêter. Edward m'avait si bien décrit la sensation que je ne voulais pas risquer de le tuer. Je n'étais pas prête, et il sentait trop bon.
Alors, sans réfléchir, j'avais déchiré la veste que je portais et tentais tant bien que mal de stopper l'hémorragie. Puis, je l'avais soulever du sol et pris dans mes bras, je n'avais jamais porté d'humain, mais il me semblait tout de même lourd !
Je me mis alors à courir, tout en faisant un rapide calcul. J'étais à environ mille six cent kilomètres de notre maison d'alors,dans le sud de l'état de Washington. Le voyage en voiture me prendrait environ deux jours, et je savais qu'il ne tiendrait pas d'ici là. Je décidai donc de courir. Et alors que je filai à travers bois, réfléchissant à un itinéraire qui me permettrai d'éviter les villes, il m'avait soufflé, au creux de l'oreille.
« Vous devriez vous couvrir mademoiselle, vous risquez d'attraper froid… »
Et là, j'avais éclaté de rire, sidérée par cet homme agonisant qui s'inquiétait pour moi.
« Je m'appelle Rosalie, Rosalie Hale. »
« Enchanté de vous connaître, avait-il soufflé avec difficulté, je vous avoue que je m'attendais pas à avoir d'ange gardien… et encore moins un qui soit aussi joli que vous… »
J'avais ris à nouveau, accélérant encore ma course, ne le quittant pas des yeux alors qu' il retombait dans l'inconscience.
Je ne m'arrêtais qu'une poignée d'heure plus tard, dans un minuscule village des rocheuses. L' état d'Emmett, dont j'ignorai alors le nom, empirait. Je m'aperçu qu'il était glacé, et que son contact avec ma peau n'arrangeait pas les choses. Tout doucement, je le laissait donc quelques minutes au pied d'un arbre, l'emmitouflant le mieux possible. Je rejoignais alors le village à toute vitesse, ne prêtant aucune attention aux regards étranges des passants et à mes vêtements déchirés. Je rentrais dans la boutique la plus proche, achetais le parka le plus grand que je trouvais, et une gourde que je remplie rapidement. Par chance, le vieux vendeur avait une ligne téléphonique, et il accepta volontiers de me laisser passer un appel.
Par chance, Carlisle était chez nous, cet après midi là, et je pus lui expliqué la situation en quelques mots, sous les yeux éberlués du vendeur.
« Ne vaudrait-il pas l'emmener à l'hôpital le plus proche ? » me demanda t – il.
« J'y ai déjà réfléchi, mais je pense qu'il ne survivra pas. Ses plaies sont vraiment affreuses, Carlisle, et profondes… »
Ces mots, je les pensais vraiment. Et en les prononçant, je pris conscience de ce que je voulais réellement dès la première seconde ou je l'avais vu. Le transformer pour ne pas le perdre. Pour l'avoir à mes côtés. C'était terriblement égoïste de la part de quelqu'un qui regrettait chaque jour sa vie humaine, de penser à ôter celle de quelqu'un d'autre…
« Je ne veux pas qu'il meurt, Carlisle, mais je veux lui laisser le choix… »
« Parles en lui en chemin, si il se réveille. Je vais appeler Edward, pour qu'il ramène ta voiture. Hydrate le, surtout, et veille à ce qu'il n'est pas trop froid. Les blessures ne saignent plus ? »
« Non, mais je pense qu'il a une hémorragie interne. Je l'ai laisser seul, Carlisle, j'y vais. Je vais faire le plus vite possible. »
Les heures qui suivirent me parurent les plus longues de mon existence. L'état d'Emmett s'aggravait. Il reprit conscience vers Seattle, et je tentais alors de lui expliquer ce qui aller se passer. Nous nous arrêtâmes dans une clairière, non loin de la ville, qui à l'époque, n'était pas aussi étendue.
Je commençai à fatiguer. La faim se faisait de plus en plus grande, même si cela faisait plusieurs heures que j'avais coupé ma respiration.
Je suivais les conseils de Carlisle à la lettre, le forçant à boire, et veillant à ce qu'il n'ait pas trop froid.
Il se réveilla à se moment là, désorienté.
Je tentais alors de lui expliquer ce qui allait se passer. Je bafouillais. J'avais peur de sa réponse, sans doute.
« Vous me demandez de choisir entre mourir et passer plus de temps avec vous, Rose ? »
Je me souviens avoir rougi bien que ça soit impossible.
« J'avoue que j'ai du mal à vous croire réelle… Vous êtes la perfection réincarnée en femme… l'absolu que j'ai toujours recherché. Je sais que l'on ne se connaît pas, mais j'ai l'impression de vous connaître depuis toujours. Alors, quand vous me demandez de choisir entre la mort et un futur dont je ne perçois pas les contours mais qui semble être avec vous, je me dis que je ne suis pas si malheureux que ça… »
Je fus émue au delà des larmes que je ne pouvais verser. Eblouie par les paroles d'un homme qui ne me connaissait pas mais dont je savais qu'il voyait au delà de ma beauté.
Le bouclier dont je m'étais enveloppé depuis ma renaissance vola en éclat. Et je sentis pour la toute première fois mon cœur mort battre la chamade pour quelqu'un.
Je le repris alors dans mes bras, et me mis à courir aussi vite que je pouvais. Les dernières heures ne furent que des arbres et des forêts que j'avais l'impression de survoler. Je me dirigeai grâce à mes sens, laissant pour une fois la partie sauvage de mon être prendre le dessus, pour me déplacer plus vite encore.
Lorsque j'aperçus enfin les lumières de notre maison, je n'entendais que les battements du cœur d'Emmett, qui se faisaient de plus en plus lents. Carlisle et Esmée m'avaient entendu approchaient, et m'attendaient sur le perron.
Je montais alors à l'étage et déposais doucement Emmett sur mon lit, Carlisle s'activant déjà autour de nous.
Esmée me tendit un pull, et je me rendis compte que mes vêtements partaient en lambeaux, et que j'avais des centaines d'écorchures.
Je la remerciais doucement, puis me tournais vers Carlisle qui occultait Emmett.
« Tu vas pouvoir le sauver, Carlisle ? Je t'en prie… »
« Vu son état, je vais devoir le transformer… Lui en as-tu parlé… ? »
J'hochais la tête, préférant passer sous silence la déclaration qu'il m'avait faite, prise de doutes. Et si-il me détestait, après sa transformation ? Je n' en avais jamais voulu à Carlisle, mais j'ignorais tout de lui… Pouvais-je réellement choisir à sa place ?
« Rose… ? » C'était la voix douce et inquiète d'Esmée qui me sortit de ma torpeur.
« Il m'a dit qu'il était d'accord… mais… je ne sais pas si il a bien cerné ce que je lui ai dit… il était à la frontière de l'inconscience et… »
« Je sais que c'est un choix difficile, que tu regretteras peut-être. J'aimerai te protéger en prenant cette décision à ta place mais c'est à toi qu'elle appartient, car il est en train de mourir, Rose… »
Je fermais les yeux. Puis l'entendit grogner de douleur. Une douleur qui n'était rien comparée à celle qu'il allait subir si je choisissais de le transformer.
« Rose… » me pressa Carlisle.
« Vas-y. »
J'ouvris les yeux, fixant le visage de cet homme que j'aimais déjà, priant pour qu'il survive.
« Tu vas tenir le coup ? »
J'hochais par l'affirmative, répondant par un sourire à la pression que fit Esmée sur mon épaule avant de quitter la pièce.
Carlisle approcha alors ses lèvres du coup d'Emmett, et le mordit.
Celui-ci ouvrit brutalement les yeux, son corps se tendant sous la douleur soudaine. Je me souvenais de ce que j'avais ressenti durant ma transformation, et en quoi crier ne soulageait en rien la douleur.
Emmett ne cria que lorsque son cœur eut son dernier battement. Il écouta longtemps Carlisle lui expliquer ce qu'il était en train de devenir, ne me quittant que rarement des yeux. Le dernier jour, Edward me rejoignit et me proposa de prendre le relais à son chevet, mais je refusais. Je voyais dans ses yeux qu'il ignorait rien des doutes et des peurs qui me transperçaient.
« Il ne regrette rien, pour l'instant, Rose. » me chuchota Edward. « Ses pensées sont étrangement sereines… Et tu n'en quittes aucune. » Reprit-il, amusé.
Je souris, et me retournai vers Emmett quand celui-ci me serra la main.
Main que je n'ai jamais quitté depuis.
