Titre : Essences opposées
Disclamer : Les personnages sont de JKR
Rating : M
Paring : Drarry
Résumé : Post Poudlard. Il ne va pas bien et cherche un refuge. Il finit par le trouver. Mais qu'elle sera sa surprise en y trouvant autre chose. Bien plus qu'une simple échappatoire à sa vie sans sens.
Note : Présence de slash, donc homophobes s'abstenir.
Je ne tiens pas totalement compte du Tome 7, ne l'ayant pas encore lu (honte à moi --")


Ceci est le dernier chapitre !!!

Il y a un épilogue qui arrivera dans une semaine.


Chapitre 10 : Peurs du futur

Harry se colla au corps tremblant de sa femme, ses mains se posant sur le ventre rond. Il caressa la peau nue sous ses doigts et huma les cheveux qui chatouillaient son nez. Il posa ses lèvres dans le cou de Ginny et lécha la chair frissonnante.

« Tu es si belle enceinte. » murmura-t-il.

Il leva les yeux pour rencontrer leur reflet dans le grand miroir de la salle de bain. Elle, nue et lui derrière, en boxer. Ses bras entouraient son corps blanc et aux formes généreuses. Depuis quelques jours, il la trouvait de plus en plus belle. Etait-ce la grossesse ou autre chose ? Peut-être les larmes et les bleus en moins.

Sous ses doigts, le bébé bougea, donnant un coup de pied qui fit grimacer Ginny. Harry, quant à lui, sourit et chercha d'autres contacts avec son futur enfant. Ses mains parcouraient le ventre sans pudeur, allant même jusqu'à frôler les poils du pubis. La future maman se détendait progressivement et s'appuyait contre le torse de son mari. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas touché ainsi. Avec tendresse et volupté, comme si il vouait un culte à son corps.

Harry n'allait pas plus loin dans son exploration, mais cela rendait Ginny si heureuse qu'elle en gémit. L'homme qu'elle aimait plus que tout semblait changer. Elle ignorait pourquoi et refusait de savoir. Si cela pouvait lui amener un peu de bonheur dans son couple et dans sa famille, elle acceptait tout. Même qu'il la trompe

Au bout de quelques minutes, Harry recula et retourna Ginny pour lui faire face. Lentement, il posa ses lèvres sur les siennes et murmura :

« Tu devrais prendre un bain. Ça te ferait du bien. »

« Ha … Harry, tu vas bien ? Depuis que tu es rentré ce matin, tu es bizarre. »

« Je suis désolé. »

Et il quitta aussitôt la salle de bain, évitant d'approfondir le sujet.

Sous la lumière vive de la pièce, Ginny se faisait couler un bain avec des gestes digne d'un automate. Son esprit était ailleurs, des années en arrière. Sous une arche blanche, devant un jeune homme brun aimant, contre un corps passionné.

Elle se glissa dans l'eau tiède et soupira d'aise. Elle sentait que son mari était différent. Moins violent, plus présent et cela l'effrayait. Parce qu'elle ignorait où tout cela allait les mener réellement. Au fond d'elle-même, elle savait qu'Harry se droguait encore. Alors pourquoi ce changement si soudain ? Le futur la terrifiait davantage.

Elle repensa aux tous premiers signes … il y a un mois et demi. Si peu de temps et tant de changements. Sa main attrapa le savon posé sur le rebord et elle commença à se savonner doucement. Sa peau lui semblait nouvelle et plus belle. Et elle savait pourquoi. Juste parce qu'Harry la frappait beaucoup moins.

Alors que Ginny était partagée entre laisser les choses se faire d'elles-mêmes et essayer de comprendre la raison de ce changement, Harry s'enfermait à double-tour dans la bibliothèque.

Il s'avança vers le buffet et en sortit une fiole. Un immense sourire illumina son visage. Cela ne faisait que quelques heures qu'il était en sa possession et il ne pouvait presque plus lutter contre son appel. Tout en s'allongeant sur le canapé, son regard se perdit dans les mouvements graciles de liquide.

Il en avait envie. Maintenant, tout de suite, sans plus tarder. Et en même temps, il luttait avec plaisir contre ce désir. Il voulait juste attendre le point critique, attendre de ne plus pouvoir résister.

Ses mains tremblaient et sa langue se délectait d'avance du futur plaisir. Alors qu'il retirait le bouchon, des flammes vertes jaillirent dans la cheminée, signe de l'arrivée d'une personne.

Qui ? Il bloquait l'accès à sa maison avec des sorts très puissants. Il cacha la fiole sous un coussin et se leva, prêt à hurler sur l'intrus. Mais il se retrouva face à Hermione qui tenait la main de ses deux fils. Et lorsqu'il vit leurs yeux apeurés, il refoula sa colère et s'avança vers eux pour les embrasser.

« Pourquoi tu mets toujours des sorts super compliqués sur ta cheminée ? » Râla Hermione en sortant de l'âtre.

« Pour éviter que tu me surprennes en boxer dans ma bibliothèque. »

« Harry, je t'ai déjà vu à poil, alors en boxer … »

« Pourquoi c'est toi qui as James et Albus ? »

« Ginny était fatiguée hier soir alors je lui ai proposée de prendre les garçons pour la nuit. Et toi, ta mission, ça s'est bien passée ? »

Encore un mensonge de plus.

« Oui. Oui. Petite affaire de rien du tout. »

« Bon, je repars, on va chez mes parents pour la journée et Ron est malade en plus. J'ai du boulot à la maison. Embrasse Ginny de ma part. »

« Pas de soucis. »

Hermione repartit avec la poudre de cheminette, laissant Harry avec ses deux fils. Ces derniers hésitaient entre enlacer leur père ou rester à une distance respectable. Ce fut Harry qui les prit dans ses bras et les embrassa tendrement.

« C'était bien chez Hermione ? »

« Oui. » répondit James en souriant à pleines dents.

« Maman ? » questionna Albus en attrapant la main de son frère, n'étant pas trop rassuré par le comportement de son père.

« Elle prend un bain. On va la voir ? »

« Oui ! » Crièrent les deux garçons.

Tout en sortant de la bibliothèque, Harry jeta un coup d'œil à la fiole entre deux coussins et se promit d'aller la rejoindre dès que ses enfants seraient avec leur mère. Quelques minutes.


OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Une faible lumière éclairait la chambre à coucher d'Astoria lorsque Draco passa devant. Il fronça les sourcils, s'étonnant de cela. Il était tellement rare que sa femme soit dans sa propre chambre et non dans celle de leur couple. Lors de son emménagement au manoir, ils avaient décidé, vu le nombre de pièces, d'avoir chacun leur chambre en plus de celle commune. Ainsi, pour diverses raison, une dispute, un couché tardif, l'autre avait toujours un endroit où dormir.

Draco frappa doucement contre le bois de la porte et attendit l'autorisation de rentrer. Mais rien ne vint. Avec précaution, il poussa la porte et découvrit sa femme endormie dans un fauteuil, devant des braises encore rougeoyantes.

Il s'avança jusqu'à elle et remarqua que son visage était crispé. Aussitôt, les évènements de la journée lui revinrent en tête, ainsi que ceux des derniers mois.

Comment en était-il arrivé là ?

Lui, un homme amoureux d'un autre homme depuis des années, marié à une femme idéale et père d'un petit garçon adorable.

Lui, isolé, ne sortant presque pas de son manoir, ne vivant que dans ses potions pour oublier sa vie imparfaite.

Il avait essayé d'être heureux, vraiment essayé. Mais il n'était pas assez fort pour se battre encore et encore, encore et toujours. Juste pas assez fort …

Draco s'accroupit devant sa femme et prit sa main dans la sienne, la serrant légèrement. Astoria remua un peu et entrouvrit deux petits yeux.

« Draco ? »

« Je t'ai réveillée ? Pardon. »

« C'est pas grave. » dit-elle en se relevant un peu et en passant sa main libre dans les cheveux de Draco.

« Astoria, je … Pardon. »

« De quoi t'excuses-tu ? »

« Je crois que je te dois des explications. »

Il se leva et alla s'asseoir dans un fauteuil à proximité. Ses mains se posèrent sur son visage fatigué aux traits tirés.

« Je ne sais pas trop comment commencer. J'ai peur de te blesser, de te perdre, de perdre Scorpius. J'ai peur de dire des horreurs. Je sais que ce que je fais n'est pas bien. Mais c'est plus fort que moi. Dis-moi Astoria, est-ce que je suis un monstre ? » demanda-t-il en relevant la tête et en ancrant son regard dans le sien.

Elle lui sourit doucement et répondit :

« Non, Draco. Bien sûr que non. J'ai juste du mal à te comprendre. Pourquoi tu ne me dis pas simplement ce que tu as sur le cœur ? »

« Parce que c'est horrible. »

« Je ne suis pas si sûre de ça. Tu l'ignores, mais le peu de fois où nous dormons ensemble, tu parles. »

Il se figea, son cœur s'arrêta une seconde pour repartir à une course folle.

« Draco ? Draco ? »

« Astoria, est-ce … est-ce que je suis un bon mari ? »

Elle sursauta légèrement à sa question, ne s'attendant vraiment pas à cela.

« Réellement ? Non. Ni un bon père. Mais je ne te reproche rien en ce qui concerne ton rôle de mari. Je sais que tu ne m'aimes pas et me considères plus comme une amie, une sœur. »

« Tu le sais ? »

« Je l'ai compris. Il y a un an de ça, lorsque nous nous sommes mariés, je commençais à tomber amoureuse de toi. Le jour tu étais l'homme de mes rêves. Mais la nuit, dans ton sommeil, ce n'était pas moi que tu appelais. Je n'ai jamais compris comment tu faisais pour passer du Draco que j'ai connu, à celui de la nuit. Une potion peut-être ? »

« Une potion en effet. Qui a cessé de fonctionner au bout d'une dizaine de mois. Je ne savais pas que je parlais la nuit. Et … que je l'appelais. »

« C'est ainsi que j'ai réalisé que tu ne serais jamais à moi. La seule chose que j'ai pu avoir de toi est notre fils. »

« Alors tu m'aimes en sachant depuis ce temps que ce n'est pas réciproque ? »

« Non. Ce fut dur au début. Et puis, avec le temps, j'ai appris à vivre avec. Si je reste avec toi, c'est non seulement pour Scorpius, mais aussi parce que je veux que tu arrêtes de vivre dans le déni et le mensonge. »

« Mais ce n'est pas bien ! Je suis un homme. Un homme !! Ça m'est interdit de par mon rang d'avoir ce genre de relation ! » cria-t-il d'un seul coup. « Tu le sais autant que moi. Un sang-pur se doit de se marier et d'avoir une descendance. Avec Harry, c'est impossible. »

« Je sais. Mais ... »

« Et puis il ne m'aime pas de toute façon. Je ne suis qu'un corps pour lui. Rien de plus. Enfin … »

Draco retomba lourdement dans son fauteuil. Il savait qu'il était plus que ça pour Harry. Mais il ignorait le terme caractérisant sa relation. Peut-être que ce dernier n'existait pas. Venant du Sauveur, ça ne l'étonnait même plus.

« Je te propose quelque chose Draco. Je reste vivre ici avec Scorpius. Tu peux aller faire ce que tu veux avec Harry, tu es libre. Mais … je veux juste que tu te souviennes que tu es père et que ton fils t'aime. Ne l'oublie pas. Je ne t'aime plus et ce depuis un moment. Mais tu restes le père de mon fils. Alors arrête de te cacher derrière cette barrière stupide des potions et agit en tant que tel. »

Mais lorsqu'elle tenta de croiser le regard de Draco, elle vit ce dernier tomber lourdement sur le sol.


OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Draco cligna des yeux plusieurs fois et ne put s'empêcher de sourire en voyant la scène qui s'offrait à ses yeux. Harry était allongé dans l'herbe verte, sous un soleil chaleureux, les yeux fermés. Une légère brise caressait son visage et les brins d'herbe alentours dansaient autour de son corps. Il s'avança vers lui et se pencha au-dessus de sa tête.

« Tu as mis du temps à venir. »

« Ce n'est pas moi qui contrôle ça. »

« Je sais. »

Harry s'assit et attira le blond contre lui, le serrant dans ses bras. Il tenta de cacher son tremblement, mais Draco s'en aperçut.

« Que se passe-t-il ? »

« J'ai peur Draco. » Chuchota-t-il.

« De ? »

« Du futur. Quand je suis rentré ce matin, j'ai trouvé Ginny magnifique, comme je ne l'avais pas vue depuis des années. J'ai cru que je pouvais retomber amoureux d'elle. Et puis Hermione a ramené mes fils de chez elle et j'ai eu envie de les embrasser et les gâter comme jamais. Pourquoi ? »

« Peut-être … que tu changes. »

« Non. J'ai toujours aussi mal et j'ai envie de mourir à tout instant. Encore plus qu'avant même. »

Ses paroles eurent l'effet d'un poignard tranchant chez Draco. Ce dernier serra Harry dans ses bras pour refouler les larmes qui menaçaient de couler.

Il n'était pas à lui et ne le serait jamais.

« Astoria sait tout. » lâcha-t-il brusquement pour changer de sujet.

« Tout ? Tu lui as dit ? »

« Elle le savait plus ou moins. Et elle a deviné la suite en te voyant arriver brusquement dans ma vie. »

« Et ? »

« Elle ne m'aime plus et accepte que je passe du temps avec toi. Je dois juste m'occuper de mon fils. Mais … »

« Tu as peur de reproduire ce qu'a fait ton père. Tu n'es pas comme lui Draco. »

« Je le sais. »

« Alors arrête de penser que tu vas être un mauvais père ! »

« Moi aussi j'ai peur du futur. »

Suite à cet aveu, Draco se détacha du brun et s'allongea. Harry fit de même tout en se perdant dans ses pensées. Ses retrouvailles avec Draco. Ses recherches sur l'Antagonis.

Cette dernière n'était plus sa priorité. Au début, il ne vivait plus que pour ça. Mais aujourd'hui, même si il en était dépendant, il pensait davantage à Draco.

Il n'arrivait toujours pas à mettre un mot sur leur relation. Il sentait au fond de lui un battement irrégulier, plus rapide. Mais trop faible pour se faire entendre et prendre le dessus sur les battements se ralentissant de jours en jours.

« Draco, l'Antagonis … tu … »

« Hum ? »

« Tu sais ce que c'est ? »

« Eh bien une potion. »

« Non, je veux dire comment on la trouve, pourquoi, à quoi elle sert. »

« J'ai quelques idées, mais rien de concret. »

Alors Harry se mit à lui raconter sa découverte et sa rencontre avec l'enstase et l'Antagonis. La boîte blanche, le rêve, les marques au sang rouge dans son dos. Tout jusqu'à leur rencontre.

« Et pourquoi je suis arrivé là ? » Demanda Draco.

« Je sais certaines choses, mais pas tout. Si j'ai bien compris, si lors de la première prise, l'utilisateur ne prononce pas le mot choisi, la potion trouve une seconde fonction. Elle lie d'une manière ou d'une autre le potionniste à l'utilisateur pour qu'ils s'entraident ou je sais pas trop quoi. Après j'ignore le reste, les informations étaient effacées. J'ai juste capté mort, âme, à prendre avec … entase. »

« Enstase tu veux dire. »

« Oui. »

« Effacées, tu veux dire ? »

« Dans la grotte, j'ai trouvé des inscriptions. C'est tout. »

Harry se coucha sur le côté et se mit à jouer avec la tige d'un pissenlit.

« Aussi, je crois que ça parlait de destin. Quelque chose d'inévitable. »

« Tu crois que tout ça était prévu ? »

« Plus ou moins. Ce serait une des caractéristiques de l'Antagonis. »

Un silence s'installa entre les deux hommes. Chacun réfléchissait aux derniers évènements. Draco tentait de ne pas espérer. Il savait que l'homme de son cœur ne serait jamais à lui.

Quant à Harry, il essayait seulement de ne pas pleurer. Mais ce fut plus fort que lui. Il bascula rapidement sur Draco, le plaquant au sol. Son visage s'enfoui dans son cou où ses larmes coulèrent librement.

Surpris, Draco mit un certain temps avant de réagir. Puis il posa sa main sur la tête d'Harry et l'autre dans son dos.

Ses gestes étaient là pour apaiser le brun, mais également lui. Une peur douloureuse lui faisait tourner la tête et lui vrillait le ventre alors qu'il suffoquait d'angoisse.

Harry posa ses lèvres sur les siennes et se mit à l'embrasser avec désespoir. Il ne trouvait pas les mots pour exprimer le tumulte en lui. Alors il espérait qu'au travers de cet acte, Draco comprenne.

Ses larmes se mêlaient au baiser, donnant une note salée à sa détresse, à ses peurs. Son désarroi en larmes.

Ses mains se posèrent sur les joues du blond pour approfondir leur échange. Il avait envie de crier, mais son souffle mourait dans la bouche de Draco. Prémices de ses envies.

A bout de souffle, il se détacha de Draco et colla son front au sien. Ses yeux remplis de larmes rencontrèrent ceux brillants de larmes du blond.

« Pardon. Pardon. Pardon. » dit-il en ponctuant ses excuses de baisers sur l'ensemble du visage qui lui faisait face.

Finalement, Draco immobilisa Harry en prenant son visage en coupe et l'embrassa doucement. Il comprenait, savait.

« Ça fait mal, mais je sais. » dit-il le poussant pour être assis.

Il se leva et tendit sa main au brun pour qu'il fasse de même. Les larmes qu'il retenait glissèrent en silence sur ses joues.

« Et en même temps je ne veux pas. Je t'aime trop pour que tu me quittes déjà. »

« Je ne peux plus vivre là-bas. Et je suis trop lâche pour me donner moi-même la mort. Même en risquant ma vie dans des missions, je m'en sors toujours. C'est le seul moyen de j'ai d'arrêter cette chute infernale. »

Harry n'en pouvait vraiment plus. Il venait de passer un mois et demi incroyable en la compagnie de Draco.

Un mois et demi de plus dans sa misérable existence.

Un mois et demi de plus dans ses dernières illusions.

Un mois et demi avec un homme incroyable.

Les yeux larmoyants, Harry fixait Draco sans pouvoir se retenir. Tant de choses entre eux, dites ou restées silencieuses, mais toujours cette envie de se confier, de partager.

Il se savait odieux, manipulateur, et c'était d'ailleurs pour ces raisons qu'il avait fait ce choix. Mais aussi parce que c'était devenu trop dur, beaucoup trop. L'extase n'avait plus de saveur dans le monde réel, et même ici, c'était encore trop fade pour lui plaire réellement. Parce qu'elle s'était transformée, devenue l'enstase.

Douleur, larmes, envie et désirs.

Rires, souffrance, haine et plus encore.

Parce qu'il y avait lui désormais.

Harry attrapa les mains tremblantes du blond et les baisa en plongeant son regard dans le sien. Si gris, si intense, il aurait pu l'aimer peut-être. Mais ce n'était pas le cas.

Draco n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'il allait partir pour toujours, et ne jamais revoir Harry. Plus il avait appris à le connaître, et plus ses sentiments à son égard s'étaient intensifiés.

Il l'aimait … comme un fou. Il était prêt à tout, même à le laisser partir, pourvu qu'il trouve un peu de joie dans sa vie. Il se plaisait à croire que ce serait le cas, qu'Harry allait être mieux ici que là-bas. Mais au fond de lui il doutait trop.

Il se rapprocha du brun et encercla sa taille de ses bras. Son visage n'était plus qu'à quelques millimètres du sien. Il sentait le souffle chaud contre sa peau, l'odeur masculine qui se dégageait de son corps, et il les imprimait au plus profond de lui, pour les garder à jamais. Son trésor.

Lentement, ses lèvres effleurèrent les siennes en une caresse aérienne. Appuyer plus était trop dur en sachant que se serait la fin.

Harry murmura contre sa bouche :

- Pardon de ne pas t'aimer comme toi tu m'aimes. Je reçois, mais ne donne jamais, j'en suis incapable.

Il refoula un sanglot et se détacha de Draco. Dans quelques secondes, l'un partirait et ne reviendrait jamais, tandis que l'autre resterait là pour l'éternité.

- Je sais Harry, je sais. Je … je sens que c'est la fin.

- Moi aussi. Au fait, je crois savoir ce que c'est … l'enstase.

A peine avait-il prononcé ce mot, que le monde autour de Draco tourbillonna pour devenir flou et disparaître. Il hurla et tendit le bras vers Harry dans une vaine tentative de rester avec lui.

Alors qu'il ouvrait les yeux sur le monde réel, il comprit quel avait été le mot choisi par Harry lors de l'incantation. C'est vrai qu'il ne l'avait jamais prononcé là-bas … l'enstase. Ce qui les avait unit … et séparé.

Tout était fini. D'ici demain, la mort inconnue du Sauveur de l'humanité ferait la une des journaux. Seul Draco saurait la vérité. Et au fond de lui, il savait que c'était mieux ainsi.

En effet, le soir même la nouvelle de son décès animait toutes les conversations. On ne découvrit pas la nature de sa mort et l'on en inventa une. Une grande cérémonie fut célébrée en son honneur, mais Draco savait qu'Harry aurait préféré un enterrement plus intime.

Sa vie ne changea pas beaucoup après ça. Laboratoire, potions, son fils et c'est tout. Un peu comme avant. Jusqu'à ce qu'une semaine après leur dernière rencontre, un hibou vienne déposer une lettre pour lui … une lettre avec l'écriture d'Harry. Draco fut surpris et, tremblant, il décacheta l'enveloppe, seul.

Une lettre adressée à lui.

Une lettre, la dernière écrite par Harry.

Cri du cœur, gris de tes yeux.

Tes grands yeux brillants.

Ta voix sanglotante.

Aujourd'hui encore me serrent le cœur

Je te cherche parmi les gens que je croise.

Je cherche quelque chose d'immuable.

Jamais je n'oublierai ce que tu étais ce jour là, perdu dans la foule des autres inconnus.

Certains sentiments ne changent pas avec le temps, et d'autres s'évanouissent.

J'aimerais te voir tout de suite et te serrer dans mes bras.

Ton sourire envoûtant.

Ton souffle aimant.

Un peu de toi entre mes mains et contre mon corps.

Un peu de nous au-dessus des autres.

Je veux que ton cœur batte avec le mien.

Au-delà du brouhaha éreintant de la ville.

Comme si on était plus fort ensemble.

Comme si j'étais moins faible avec toi.

Oui, mais tout ça n'était qu'un rêve. Un simple rêve fait une nuit.

Mes sentiments se sont évanouis, oubliés dans un tourbillon infernal.

Celui de ma chute.

L'enstase m'a attiré à toi, comme je sais qu'elle va nous séparer, qu'elle l'a même déjà fait.

Pardon de ce que je t'ai fait vivre …

Pardon d'avoir eu des rêves au goût de mensonge.

Pardon de ne plus être là …

Harry

Draco n'avait pas pleuré, il n'y arrivait pas. Il avait entre les mains les derniers mots écrits d'Harry. Des mots pour lui, des mots d'adieux.

C'était un beau rêve qu'il avait eu … mais sa vie n'en avait jamais été faite.


Epilogue dans une semaine avec une petite surprise peut-être ...