Chapitre V : Guet-Apens sur l'Euphrate.

Le lendemain matin, tous mes pilotes étaient présents à la cérémonie en mémoire de Steve. Jerry et Jimmy durent soutenir Mike, qui était plus que marqué par la disparition de son ami… Après cette émouvante cérémonie, je remis sa feuille de mission à Mike… Rapatrier le corps de Steve, puis deux semaines de perm bien méritées chez lui… Il rentrerait justeà temps pour la grande bagarre… Il me salua réglementairement, puis me serra la main avec effusion…

Merci, Andy. J'oublierai jamais ce que tu as fait pour moi… A bientôt alors ?

C'est ça, Mike, et repose toi bien…

Après le départ de Mike, je regagnai mes quartiers ou, sortant mon carnet de feuilles, j'écrivis une longue lettre à Flo…

"Très chère Flo,

Si je t'écris aujourd'hui, c'est parce que je ressens le besoin de parler à quelqu'un du drame qui vient de se jouer ici… Et je sais que tu pourras me comprendre mieux que quiconque…

Je viens de perdre un de mes meilleurs pilotes. Il a été tué au-dessus de Bagdad. Le pire, c'est qu'il laisse une veuve et un orphelin au pays… En tant que chef d'escadrille, j'ai du leur écrire… j'avoue que jamais écrire une lettre ne fut si éprouvant pour moi… Comment donc aller leur expliquer à ces gens que Steve est mort dans une guerre absurde voulue par un connard de tyran mégalomaniaque ? Oh oui, Flo, je l'avoue sans détours, j'ai pleuré sa mort. Car ce pilote, sans le savoir, était plus qu'un ailier. Il était devenu avec le temps un de ceux en qui je savais pouvoir faire confiance sans retenue… Mike a accompagné ses restes en Virginie, ou il passera une perm de deux semaines près des siens… Il était au bout du rouleau…

Mais la mort de Steve me rappelle que moi aussi, comme tous les autres, je pourrais être descendu un jour ou l'autre… et cela me fait froid dans le dos, maintenant… Car depuis que je te connais, j'avoue que j'ai parfois peur de ce qui pourrait m'arriver, car je te laisserais alors seule… Dès que c'est fini ici, j'espère pouvoir rentrer au pays et obtenir une affectation à Elmendorf, bien que je n'y croie pas vraiment car on m'avait déjà proposé pour le commandement d'une escadrille à Lakenheath, en Grande-Bretagne, équipée de F-15 C Eagle. J'espère que mes parents vont bien et tu leur remettra mon bonjour et, surtout, rassure-les, car ils doivent être aux quatre cents coups avec ce que la télévision passe comme images…

J'espère bientôt pouvoir avoir une permission de trois semaines que je viendrai passer près de toi.

A bientôt donc, Flo,

Je t'embrasse,

Andy.

Dharan, 6 février.

Cela faisait deux semaines que Mike était parti, et il rentrerait d'ici quelques jours. Je menais ce jour-là une nouvelle patrouille d'interdiction dans la région de Bassorah quand Grass Seed m'appella…

Janus Leader de Grass Seed, formation ennemie dans vos neuf heures, volant vite et bas… IFF négatifs, interceptez.

Wilco, Grass Seed. Janus One à tous, suivez-moi, il y a du Mig dans l'air….

Etonnant, me disais-je, que les Migs opèrent à basse altitude… d'habitude, ils volaient vers 5 à 7000 pieds, pour pouvoir plonger s'ils repéraient nos chasseurs… Peut-être des pilotes voulaient-ils passer en Iran, qui sait ?

Cinq minutes plus tard, j'étais dans le dos des irakis, 3000 pieds plus haut.. J'identifiai deux Migs 29 et deux Su-25 Frogfoot, volant au ras des dunes… Ce ne semblaient pas être des débutants, car les deux Fulcrums nous repérèrent rapidement et, virant vers nous, lâchèrent quatre missiles coup sur coup…

Atoll Atoll ! Break !

Mes quatre F-15 dégagèrent tout en émettant des cartouches leurres, brouillant les têtes chercheuses infrarouge des missiles… J'alignai le leader des Migs 29 que je shootai d'un Aim-9, tandis que Jerry, qui n'était pas en reste, descendait le n° 2 iraki au canon…

Il attaqua ensuite les deux Su-25 restant avec Janus Quatre, chacun d'entre eux en descendant un…

Good kill, Jerry.

C'était Juste, leader, ils ont failli nous avoir, ces cons…

Je sais. Janus One à Grass Seed, menace éliminée. Demande vecteur pour reprendre la mission…

Janus One de Grass Seed, retour à la base, Black Jack arrive pour vous relever. Good Show, boys, Over.

Thanks, Grass Seed. Rentrons à la Base, Out.

Roger, Out.

7 février 91.

Ca aurait pu être une journée comme les autres… Je menais une nouvelle patrouille d'interdiction aérienne de quatre Eagle sur le Delta de l'Euphrate, avec Jimmy, Jerry et Douglas comme ailiers…

Nous tournions en rond depuis une heure, à la recherche d'un hypothétique Mig à nous mettre sous la dent quand le pire arriva… Je ne sais pourquoi, mais ce connard d'Iraki arriva à flouer et notre Awacs, et nos radars de bord, et il déboula plein tubes derrière notre formation, lâchant deux missiles infrarouges coup sur coup… Jerry fut le premier à remarquer l'ennemi…

Haa ! Fox Fox Fox ! Atoll inbound, Break Janus One !

Je dégageai aussi serré que le permettait la réserve de vitesse de mon chasseur, mais le missile parvint à suivre mon virage, fonçant droit vers mes réacteurs. En un quart de seconde, je pris ma décision et tirai la poignée d'éjection, mon siège me catapultant hors de mon Eagle qui, une seconde plus tard, se transformait en une boule de feu… Quelque chose me toucha, puis je sombrai dans le néant….

Je me réveillai deux jours plus tard à l'hôpital militaire de Dubaï, Jerry assis à mes côtés… Voyant que je revenais à moi, il sortit et héla une infirmière…

Nurse, le Major revient à lui…

J'arrive Captain. (car Jerry avait entre temps été promu à ce grade)…

Il revint à mon chevet… J'essayai de me redresser, mais la douleur qui fusa dans mon dos et mes jambes me retint d'essayer plus avant… J'essayai de parler…

Jerry ? Que … Qu'est-il arrivé ?

Vous avez été touché par les débris de votre chasseur, sir, et vous êtes à l'hôpital militaire de Dubaï depuis deux jours… Ne vous tracassez pas, j'ai prévenu votre famille. Vous serez rapatrié d'ici quelques jours en Alaska pour votre convalescence… Trois mois de congés, qu'il a dit le docteur… Ah, le voilà justement…

Enfin, vous êtes réveillé ! Vous pouvez vous vanter d'avoir la carcasse la plus résistante qu'il m'ait été donné de voir… Dame, une volée d'éclats dans les jambes, les bras, une sérieuse estafilade au front, sans compter une fracture du bras droit et une légère commotion cérébrale… Vous pouvez vous vanter d'avoir eu du pot… A une seconde près, m'a-t-on dit, et vous étiez tué par le Missile Irakien…

Ah ? Et pour combien de temps en ai-je avant de pouvoir revoler ?

Tout doux, Major.. Pas si vite… Vous ne revolerez pas avant au moins cinq mois… Vous avez besoin de repos et d'air pur… Vous êtes originaire d'Alaska, je crois ?

En effet, pourquoi ?

Si j'étais vous, je prendrais des congés bien mérités et j'irais me ressourcer là-bas, sans compter que votre famille et vos amis doivent vous attendre… Ah, j'oubliais, le Général Sinclair est passé tantôt… Il m'a demandé de vous dire à votre réveil que vous étiez promu au grade de Lieutenant-Colonel, et que l'Air Force vous avait choisi pour commander le 453rd TFS basé à Lakenheath. Félicitations, Colonel.

Je dois dire que cette révélation m'avait secoué… Dame, Colonel à trente ans, c'était fort jeune… Je demandai alors à Jerry de me raconter la fin du combat que j'avais manqué, étant inanimé, suspendu à mon parachute…

En fait, le Mig, car il s'agissait d'un Mig, essaya de shooter Jerry au canon après m'avoir descendu, mais c'était sans compter sur Jimmy qui le descendit d'une rafale de canon en plein dans le cockpit. Il revint ensuite vers mon point d'éjection et tourna autour de ma position jusqu'à ce qu'un Sea-King de la Navy, escorté par quatre F-14 Tomcats de l'Ike, ne vienne me repêcher et me mener à Dubaï ou je fus opéré à l'hôpital militaire.

Trois jours plus tard, j'étais rapatrié en C-5B Galaxy vers la base aérienne de Travis, en Californie, d'ou je rentrai en Alaska avec un C-130H Hercules d'Elmendorf AFB. Je passai encore quelques semaines à l'hôpital militaire de la base, puis, le bras déplâtré, je pus enfin rentrer chez moi pour une long congé de maladie. Oncle Chuck était venu me chercher à la sortie de la base avec son Van et m'amena chez mes parents ou je passai trois jours à me reposer avant mon départ pour Damby Lake. Mes parents étaient fortement émus… Ils avaient eu une peur terrible en apprenant que j'avais été abattu au-dessus du golfe persique... Puis arriva l'annonce de mon sauvetage, et enfin ils apprirent que j'avais été blessé.

Père surtout semblait marqué, mais comme nous étions restés distants depuis mon départ pour Colorado Springs, alors qu'il aurait voulu que je poursuive mes études afin d'avoir un diplôme d'ingénieur dans le pétrole, comme lui… Jamais il n'avait compris, et moi, de mon coté, je crains de n'avoir jamais voulu sinon lui pardonner, au moins comprendre ses motivations… Mais j'avais le même caractère que lui, ce qui nous condamnait à nous opposer toujours… Trois jours plus tard, Chuck vint me chercher et me conduisit à Damby Lake. Flo m'avait bien prévenu qu'elle avait, avec l'aide de son père et de Chuck, amélioré le chalet que j'avais construit lors de notre crash… En fait, de cette petite cabane, il ne restait rien… Mais à côté s'élevait une élégante cabane de bucheron. Dame, Jack et Chuck avaient bien fait les choses… Au rez-de-chaussée se trouvaient un vaste living, une cuisine spacieuse ainsi qu'un bureau étudié spécialement pour moi, avec une vitrine pour mes modèles réduits, des murs en lambris ou je pourrais afficher mes posters et photos d'avions et de pilotes, sans oublier un bureau ou trônait un ordinateur flambant neuf. Chuck avait installé plusieurs simulateurs de vols, de celui du Cessna au dernier nés des simulateurs de F-16 et de F-15. A l'étage se trouvaient trois chambres, sans oublier une superbe salle de bain. À côté de la 'maison' se trouvait un garage ou Flo avait remisé sa Jeep Chrysler, et au fond de ce garage se trouvait un atelier ou je pourrais bricoler sur mes maquettes d'avions…

Alors que je descendais du Cessna de mon oncle Chuck, Flo accourut et me tomba littéralement dans mes bras… Elle m'arracha un gémissement de douleur. Mon épaule était en effet encore douloureuse... Dame, c'était pas moins de quatre éclats que l'on en avait extrait… Elle me regarda, remarqua la balafre qui ornait l'extrémité gauche de mon front, et les larmes lui vinrent aux yeux… Je la serrai tendrement dans mes bras, tentant de la réconforter. Oncle Chuck, comprenant ce qui se passait, nous laissa seuls et porta mes bagages à l'intérieur. Je regardai Flo dans les Yeux…

Mon Dieu, Flo, comme c'est bon d'être près de toi… J'ai cru un moment que je ne te reverrais jamais …

Oh, Andy, J'ai eu si peur pour toi… Pourquoi dois-tu prendre tant de risques…

C'est mon métier, Flo… Mais dis-moi, qu'est-ce que la maison a changé… Elle est devenue magnifique… aucune comparaison avec la cahute que j'avais construite à la va-vite…

Je sais… Tu aimes ?

Et comment… Et toi, comment vas-tu ?

Ben… Si on excepte la frousse que tu m'as faite, je vais à peu près bien… Oh, serre moi fort, Andy…

Je la serrai contre moi, et l'embrassai tendrement. Mon oncle, sortant de la maison, toussota… Je me retournai aussi sec…

Chuck… Tu restes un peu avec nous ?

Ce serait pas de refus, mais j'ai encore du travail… Je passerai apporter le courrier, okay ?

D'accord, Chuck ! A bientôt, alors ?

C'est ça… Bonnes vacances, les amoureux…

Il remonta dans le Cessna et décolla, cap au sud…

Les quatre mois que je passai près de Flo furent les plus merveilleux de ma vie… Nous restions souvent le soir, au salon, à écouter les flammes crépiter dans l'âtre… Je n'avais besoin de rien d'autre… sa présence seule me suffisait, et elle le savait… Nous nous promenions parfois le long du lac, quand le temps était clair, mais en cette période de l'année, le blizzard soufflait la plupart du temps, nous tenant cloîtrés dans notre maison… Chuck nous rendit visite amenant même ma mère avec lui lors… J'étais étonné que mon père accepte qu'elle viennent me voir avec mon oncle, lui qui semblait avoir horreur de tout ce qui touche aux avions. Pour ma part, je découvrais le bonheur d'être près de l'être aimé, et comme rien ne venait nous distraire, nous nous sentions on ne peut plus proche l'un de l'autre… Un jour que j'étais un peu taciturne, Flo me demanda à quoi je pensais…

Flo… Je repars pour l'Europe dans un mois déjà… j'espère pouvoir venir te revoir, mais je ne sais quand cela pourra arriver… Chuck m'a apporté mon courrier hier… La lettre de l'Air Force, c'était ma nomination comme chef du 453rd fighter squadron basé à Lakenheath, en Grande-Bretagne. Je dois y aller, c'est mon devoir…

Je comprends… Mais je t'en conjure, Ne me laisse pas seule trop longtemps… je ne sais que faire loin de toi…

Promis ! Dès que possible, je m'arrange pour te faire venir en Angleterre, pour rester près de moi, pour toujours…

Un mois plus tard, je rentrais en Europe ou je prenais le commandement de mon squadron de chasseurs.

*

**

Deux semaines plus tard, je me trouvais sur le tarmac de Lakenheath AFB, en Grande Bretagne. Jerry m'y avait rejoint en tant que second de flight alors que Jimmy prenait le commandement de l'escadrille de Bitburg. Après plusieurs mois de prise en main, mes pilotes étaient tous au top-niveau… En effet, nous n'allions pas tarder à partir pour Nellis ou nous devions participer aux exercices « Red Flag ».

Deux semaines passèrent comme l'éclair et, bientôt, une partie des pilotes allaient partir pour Nellis AFB, dans le désert du Nevada, afin de participer à l'exercice Red Flag… Pour la première année, j'allais mener une escadrille lors d'un de ces exercices mythiques… Ayant déjà participé à deux Red Flags avec mon ancienne escadrille de Bitburg, je connaissais le stress et les contraintes imposées aux pilotes par ce genre d'exercices… mais ce serait la première fois que j'aurais de telles responsabilités…

Mais avant de partir pour le Nevada, je devais encore frôler la mort de bien près… On se dit toujours que cela n'arrive qu'aux autres, mais on ne se rend pas compte que cela peut arriver à soi même, et parfois plus vite qu'on puisse s'y attendre…

Ce matin là, je menais un vol de surveillance des côtes des cornouailles avec deux de mes jeunes pilotes, Dave et Tommy. Ils serraient bien la formation, et semblaient voler "just right". C'est alors que les ennuis s'enchaînèrent… Le brouillard, souvent dense en Grande Bretagne, décida de se lever incontinent et le paysage fut soudain couvert par une purrée de pois à couper au couteau… On n'y voyait pas à vingt mètres… Je donnai l'ordre de grimper et nous émergeâmes trente secondes plus tard à 15000 pieds, en plein soleil, mais ne voyant rien dessous qu'une mare blanchâtre…

J'appelai le contrôle immédiatement…

Uxbridge ? Silver Fox One appelle… Somme perdus dans le brouillard ! demandons vecteur pour Lakenheath !

Bien reçu, Silver Fox. Prenez le cap 027, grimpez à 22000 pieds et contactez le contrôle de LN sur la fréquence 643.2, over !

Wilco, Uxbrige ! en grimpée vers cap 027 à 22000 pieds. Passe sur fréquence LN, out !

Roger, Silver Fox ! Out !

Je passai rapidement sur la fréquence du contrôle de la région de Lakenheath et m'identifiai :

Lakenheath Control, Silver Fox Appelle ! Demande guidage radar sur la piste 36, à vous !

De LN, Roger ! Prenez cap 021, descendez à 12000 pieds, rappelez en approche !

Bien reçu, LN Contrôle ! Descendons à 12000 pieds, cap 021 !

Descendant progressivement à 12000 pieds, je réduisis ma vitesse et adoptai une formation lâche afin que l'un de mes ailiers ne risque pas de me rentrer dedans… J'oubliais que mon n° trois n'avait guère d'expérience du vol sans visibilité… Un hurlement retentit sur les ondes tandis que par réflexe, je tournais la tête à gauche…

Attention, Leader ! Break à droite ! Vite !

Mon numéro trois, complètement affolé, percuta mon chasseur juste derrière le cockpit… Il s'éjecta immédiatement tandis que les débris enchevêtrés des deux F-15 tombaient en tournoyant vers le sol… J'essayai d'atteindre la commande d'éjection mais, balotté dans l'avion par les chocs, je ne parvenais à l'activer… Alors que je commençais à croire que j'allais y rester, je parvins à tirer la manette basse et le cockpit disparut, remplacé par le vent glacial qui me fouetta le visage… pas pour longtemps, cependant… Un choc violent et mon siège éjectable me projeta loin des débris des deux F-15 qui continuaient de dégringoler vers la campagne anglaise… Le choc d'ouverture de mon parachute me ramena à des considérations plus terre à terre : comment ne pas me casser la gueule à l'atterissage dans la purée de pois qui me cacherait le sol jusqu'au dernier moment…

Je ne sais comment je fis, mais la neige dût jouer un grand rôle en amortissant ma chute… Le parachute, gonflé par le vent, me tira sur deux cent mètres dans un pré recouvert d'une mince couche de givre avant qu'une barrière en bois ne vint arrêter cette partie de cross-country improvisée… Je détachai mon parachute, le roulai en boule puis, l'ayant sommairement rangé dans sa housse, je pris le chemin approximatif de la base… Bientôt, une Bentley me croisa… Son chauffeur, intrigué, fit demi-tour et, arrivé à ma hauteur, il stoppa et sortit de son véhicule… Je ne vous cache pas sa surprise en aperçevant un pilote trempé de la tête aux pieds, tout crotté de bouse de vache, et trainant son parachute derrière lui… Il m'embarqua et me ramena chez lui, à quelques centaines de mètres de mon point de chute. Après les présentations d'usage (mon hôte s'appelait Jonathan Merril), je me sèchai et m'enveloppai d'une chaude couverture avant de téléphoner à la base afin de rassurer tout le monde sur mon sort… Alors que j'étais en pleine conversation avec Jerry, on frappa à la porte… Mon hôte ouvrit et eut la surprise du siècle en voyant s'encadrer dans la porte un autre pilote US crotté de la tête aux pieds, et trainant lui aussi son parachute derrière lui… C'était Tommy…

Excusez-moi, sir, mais j'ai dû sauter en parachute et j'ai atterri dans un pré non loin d'ici… pourrais-je téléphoner à ma base à Lakenheath pour les rassurer ?

Je demandai à Jerry d'attendre deux secondes puis, passant la tête par la porte, je lui dis :

Don't worry, Tom ! J'ai Jerry en ligne, je le préviens…

Je n'aurai pas besoin de vous dire qu'il en resta bouche bée… j'annonçai à Jerry que nous étions tous deux sains et sauf et qu'un habitant des environs s'offrait à nous héberger pour la nuit et à nous ramener à la base le lendemain matin… après avoir laissé sècher nos combinaisons de vol, nous nous rhabillâmes pour le souper… Notre hôte avait bien fait les choses, et nombre de victuailles s'étalaient sur la table…

Alors que nous conversions de choses et d'autres, j'en vint à parler de la bataille d'angleterre… Notre hôte nous appris avoir été pilote dans la RAF à cette époque, et ce dans une escadrille d'élite basée à Biggin Hill… Il parla de ses amis pilotes qui avaient été tués à l'époque, puis parla de son chef… Quand il prononça le nom du Squadron Leader Mc Kittrick, je me souvins des histoires que mon grand-père maternel me racontait quand j'étais enfant, et entres autres du Flight Lieutenant Merril ! Je lui dis alors :

tiens tiens… Vous connaissiez bien Mc Kittrick ?

Si je le connaissais ? C'était le meilleur chef que j'aie eu… Je le perdis de vue en 43 quand il prit le commandement d'une escadrille de Hawker Typhoon…

Eh bien, je suis son petit-fils…

Le visage de mon hôte devint blanc comme linge… me scrutant attentivement, il opina du chef…

En effet, vous lui ressemblez bien… J'ai conservé ce portrait de lui… On dirait que la tradition s'est perpétuée… Il avait deux frères je crois ?

En effet… Le premier a été tué à Dieppe en 42 au commandes d'un Typhoon, le second en 44 lors d'un raid en Allemagne… Il pilotait un Lancaster… Seul mon grand-père à survécu… Il vit à Juneau avec ma grand-mère…

Cela fait si longtemps… J'aurais tant aimé le revoir…

Si ce n'est que ça, je peux tout arranger… Je vous y emmène lors de ma prochaine permission. Je prendrai le Learjet du Squadron, c'est tout… Vous logerez chez lui… Je resterai quelques jours là-bas puis me rendrai chez ma fiancée à Anchorage , car cela fait longtemps que je l'ai plus vue… Je vous reprendrai au retour

Je ne sais comment vous remercier, Monsieur…

Bah, Appelez-moi Andy, comme tous mes hommes, et c'est moi qui suis votre obligé, ne l'oubliez pas…

Après un bon repas et une bonne nuit de repos, je quittai Jonathan en lui promettant de venir le voir de temps en temps…