Chapitre VII : L'affaire de l'avion fantôme…
Kleine Brogel, Mars 1995…
Le lundi suivant le Week-end passé avec Wim et sa famille me réserva quelques surprises… Wim effectua quelques sorties avec mon F-15 tandis que je fis un long vol le long de la frontière Néerlandaise à bord d'un F-16 Belge. En fin d'après-midi, le commandant de la base nous appela dans son bureau :
Wim, Andy, je ne vous cacherai pas que vous êtes astreints au plus grand secret concernant ce qui va être révélé dans ce bureau. Tout ceci a été classé secret défense par l'USAF et ils ne nous ont refilé le bébé qu'à cause de votre présence ici… Depuis plusieurs mois, on remarque de fréquentes incursions aériennes dans le nord des Pays Bas. L'USAF a demandé qu'une de leurs escadrille soit sur place afin de repérer et intercepter les intrus.. Ils pensent à un trafic de drogue, ou quelque chose du genre. .. Ils ont décidé d'y envoyer trois paires de F-15 C. Vous commanderez ce groupe. Wim, vous serez sous les ordres directs d'Andy, vous et les six F-16 que nous allons envoyer en Frise. Vous aurez le commandement du détachement Belge, mais le commandement global sera entre les mains d'Andy. La durée maximale de la mission est de trois mois.
Quand partons-nous, Sir ?
Bonne question, Wim… Départ pour les F-16 dès 10 heures demain matin. Vous, Andy, vous les accompagnerez à bord de votre F-15. Vous retrouverez vos pilotes sur place.
Bien. Puis-je vous demander une faveur ?
Oui, Andy ?
J'aimerais disposer sur place d'un logement pour deux personnes… J'ai une personne qui devait venir bientôt d'Alaska, et je m'en voudrais de reporter à nouveau notre entrevue. Elle restera maximum trois semaines…
Bien, je contacte Leuwaarden dès que possible et j'arrange ça. Rompez, Messieurs.
Une fois rentré dans mes quartiers, je me mis à préparer mes bagages… J'empaquetai rapidement mes affaires qui, comme de coutume, étaient peu nombreuses et consistaient surtout, à part mon linge et mon nécessaire de toilette, en livres et revues aéronautiques et en disques de musique classique. J'écrivis alors à Flo pour lui annoncer mon changement d'affectation. En voici le contenu…
Chère Flo,
Je t'écris pour te signaler un changement de dernière minute… On vient de me confier le commandement d'une unité aérienne affectée à la recherche d'intrus en vol au-dessus de l'espace aérien Néerlandais, en Frise pour être plus exact. Je serai basé à Leuwaarden.
Même si j'ai ce changement de programme, ta visite n'est point remise en question… Juste qu'il te faudra te rendre à Eindhoven au lieu de Bruxelles. Je t'y attendrai avec un F-16 B belge qui me sera prêté par Wim, le commandant du 31e Squadron ou je suis basé actuellement. Tout est déjà arrangé pour ton séjour sur place. Tu logeras avec moi à l'intérieur de la base, dans un bungalow réservé aux pilotes hollandais et à leur famille. C'est à Wim que tu dois tout cela, car sans le fait qu'il connaisse fort bien le commandant de l'escadrille néerlandaise basée à Leuwaarden, nous n'aurions pu avoir ce bungalow.
Sinon, ce que je crains le plus est le développement de la tension qui se déroule en Ex-Yougoslavie… j'espère de tout cœur que cela ne se terminera pas mal pour ce magnifique pays mais, hélàs, je suis plus enclin à croire le contraire, surtout depuis que j'ai vu s'exprimer les dirigeants serbes sur CNN. Franchement, j'espère que nous n'aurons pas à intervenir, mais s'il me faut y aller, eh bien, j'irai…
J'espère que tu vas bien… Donne de mes nouvelles à mes parents et dis-leur que j'ai bien reçu leur lettre du mois passé. Tant que j'y pense, encore merci pour le recueil d'aquarelles que tu m'as envoyé… Mes amis pilotes ont été charmés par la beauté des paysages de notre pays natal… Je ne te savais pas si douée pour la peinture… Dommage que je n'aie aucun talent pour le dessin, car j'aurais pu rendre le ciel tel que je le vois, afin que tu découvres sa vraie beauté telle que nous, pilotes, nous la voyons…
A bientôt à Eindhoven,
Andy.
P.S. : Préviens moi de ton Heure d'arrivée à Eindhoven, afin que tu n'aie pas trop à attendre. Tu peux le faire à l'adresse Email de Wim : .be .
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Leuwaarden, trois jours plus tard…
Après avoir écrit à Flo, j'avais empaqueté mes affaires. Le lendemain, je remplis mon plan de vol pour Leuwaarden et, ayant chargé mes bagages dans la nacelle "Viper" fixée sous le fuselage de mon F-15, je décollai à la suite des six F-16 belges menés par Wim. Après deux heures de navigation sans histoire, nous nous posâmes sur la base militaire hollandaise. Le commandant de l'aérodrome nous attendait à la descente de nos avions…
Bienvenue à Leuwaarden, Messieurs. J'espère que votre voyage a été agréable… Maintenant, nous avons besoin de tout votre professionalisme, donc pas de distractions, pas de sorties intempestives… Ici, nous chassons les intrus, pas du vent. Bien compris ?
Yessir.
Bon. Vos quartiers se trouvent dans la partie Sud de la base. Allée Dix pour les Belges, Allée Onze pour les Américains. Le colonel Franklin et le commandant Peters logeront dans deux bungalows situés à la jonction des deux allées. Briefing demain dès dix heures tapantes à l'OPS Room. Elle se situe près de la tour de contrôle, et est donc facile à localiser. Rompez, messieurs. Colonel Franklin ? Commandant Peters ? Pourrais-je vous parler en particulier ?
Accompagné de Wim, je suivis le Commandant jusqu'à son bureau. Il nous y reçut avec un flacon de Soda, des biscuits et, fin du fin, un vrai Havane, son péché mignon… Wim ne fumant pas, il déclina l'offre. Pour ma part, je pris un cigare dans la boite et, ayant coupé le bout selon les règles de l'art, je l'allumai après l'avoir réchauffé légèrement à la flamme.
On dirait que vous vous y connaissez, Colonel, me dit le commandant…
En effet, sir. Mon père est lui aussi un grand amateur de Havane devant l'Eternel… Et il m'a refilé le virus…
Un soda, messieurs ?
Ce ne sera pas de refus, dis-je, car le voyage, s'il n'était pas vraiment stressant, fut tout de même éprouvant.
Bon… Voici le but de votre présence, nous dit-il en nous tendant une série de clichés satellites… Vous remarquerez que cette petite base désaffectée sur la côte allemande n'a plus servi depuis longtemps. Cette photo date de 90. Voici le même endroit hier…
Tiens… On dirait un hydravion… Pas un Beaver en tout cas… Peut-être… Mais oui, on dirait un Arado 190… Tu sais, Wim, ces hydravions utilisés par la Kriegsmarine Allemande pendant la seconde guerre mondiale… Mon grand père en avait abattu un au-dessus de la manche en rentrant d'une mission d'attaque sur la Hollande….
Wais, je vois. Je en savais pas que ton grand père avait été dans l'aviation ?
Si, Wim. Il faisait partie de la Royal Air Force pendant la seconde guerre mondiale. Il a participé à toute la guerre depuis l'invasion de la France jusqu'à la prise de Berlin… Après la guerre, il a émigré en Alaska ou il s'est marié avec la sœur d'un pilote américain qu'il avait connu en europe, et il se sont installés à Juneau. Ma mère est leur fille unique. Il s'appelait James McKittrick, et avait le grade de Group Captain en '45.
Ben… Et pour en revenir à cet Arado … Que pense-tu pouvoir faire contre un tel coucou… je suis déjà étonné qu'il ne soit pas en pièces détachées…
Ben… Je pense qu'une petite reconnaissance ne ferait pas de mal… Envoyer un F-16 à 5000 pieds, à environ 5 Miles de la côte, pour faire des photos obliques… Il ne faut pas passer trop près de cette base secrète afin de ne pas donner l'éveil à nos petits agneaux… Remontre moi un peu la photo, Wim ?, fis-je tout en allumant une Stuyvesant…
Okay, la voilà… Repéré quelque chose ?
Tu vois ces taches, là ? Ca te fait penser à quoi ?
Ben… La base serait en URSS, je dirais des SA-7…
Bien vu… Ce sont des SA-7… Je les connais, j'ai eu à faire à eux dans le golfe… Donc, prévenir le pilote du F-16 Recce de se tenir prêt à décamper s'ils tiraient un missile… Je ne pense pas qu'ils le feront, mais mieux vaut prévenir que guérir…
Le Commandant de Leuwaarden intervint alors dans notre conversation, nous montrant un point sur la carte d'état-major…
Vous voyez ce point, messieurs ? Eh bien, c'est ici que se trouve l'un des marchés de la drogue les plus important en Allemagne… Bremerhaven. Et il est situé à moins d'une demi-heure de vol de la base de l'Arado… Et cette même base est située à moins d'une heure de vol de notre côte, du moins pour ce genre d'appareil. Je pensais que nous pourrions l'intercepter avec une cargaison de drogue à bord… Cela autorisant alors une intervention des Allemands vers l'ancienne base…
J'ai une autre idée, sir, dit alors Wim…
Si cela implique la destruction de la base, c'est négatif, Commandant…
Non, il ne s'agit pas de cela… Je pensais qu'en arrêtant leur pilote pour une infraction mineure, ils auraient besoin d'un pilote de remplacement… Je ne parle pas l'allemand, mais j'aurais pu jouer le rôle…
Non, Wim… Moi, je parle allemand couramment, et de plus je connais bien le pays pour y avoir été basé près de cinq années… j'étais avant à Bitburg, et je menais les missions Zulu… Je connais donc bien l'Allemagne..
Bien, Colonel Franklin… Il me semble que vous soyez le meilleur choix… Nous allons arranger tout cela. A vous de revenir avec l'Arado et une cargaison de drogue… Cela prouvera la duplicité des occupants de l'ancienne base et permettra aux allemands d'opérer une rafle.
Yessir.
Après le dîner, qui fut frugal, je pris Wim à part… Je lui demandai d'aller chercher Flo à Eindhoven si je n'étais pas encore revenu de ma mission lors de son arrivée… Il me jura de prendre soin d'elle comme si elle était sa propre sœur…
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Après deux longues semaines de préparatifs, J'étais devenu le pilote des trafiquants de drogue… J'avais mené plusieurs vols de leur base vers Bremerhaven et Kiel… J'attendais avec espoir le moment ou je devrais voler vers les Pays-Bas afin de les ravitailler en drogue… Je me laisserais arrêter par les F-16 de Wim et me poserais à Leuwaarden… Là, je serais mis au secret le temps que l'on ait arrêté la bande… j'avais changé ma physionomie en laissant pousser ma barbe.. Mes cheveux étaient teints en noir, et ma barbe de même. Je ne manquais pas de la teindre chaque jour afin de masquer la partie neuve qui restait châtain… Arriva enfin le moment de me rendre aux Pays-Bas, non loin de Leuwaarden, pour ravitailler les trafiquants en marchandise…
Eh, l'pilote, on part dans dix minutes… prépare toi vite fait…
Okay, j'm'arrache…
Je me rendis alors au hangar afin de faire effectuer les pleins de l'hydravion. Alors que personne ne me surveillait, je sortis un petit boîtier de ma combinaison de vol… J'appuyai sur un bouton et le maintins enfoncé trois secondes avant de le relâcher et de ranger dans une poche cachée de ma combinaison. Je préparai alors mon plan de vol pour la région côtière proche de Leuwaarden. J'avais prévu un passage à 50 miles au large de la base, suffisamment loin pour ne pas éveiller les soupçons de mes employeurs, mais assez près pour permettre à Wim d'intervenir à temps et de m'intercepter. Une fois les pleins faits, je fis sortir l'hydravion que l'on mit à l'eau. Je montai au poste avant tandis que l'un des trafiquants prenait place derrière moi au poste du radio.
Trente minutes plus tard, nous étions posés dans une baie située à environ 70 nautiques de Leuwaarden. Deux embarcations nous accostèrent. Tandis que quelques hommes équipés d'arme de poing automatiques faisaient le guet, d'autres chargèrent une centaine de petits paquets dans le compartiment des munitions situé à l'arrière de l'appareil. Une fois le transbordement fait, mon "passager" leur remit une valise que je savais contenir une fortune en billets de 100 florins. Les barques s'écartèrent et je lançai les gaz, dirigeant le nez de mon avion vers le large. Arrivé à une vitesse suffisante, je tirai le manche et l'appareil déjaugea. Je mis le cap à l'Est - Nord-Est, espérant que les F-16 de Wim interviennent avant que je n'aie quitté l'espace aérien hollandais. Alors que je me trouvais à peu près à dix nautiques de la limite des eaux territoriales, une paire de F-16 me dépassa, plein pot… Je hurlai dans la radio de bord…
Achtung ! Jaegers !
Descendez ! Cap au Nord… Il faut passer la limite des eaux territoriales…
Jawohl ! Mais c'est plus facile à dire qu'à faire… Scheisse, les voilà qui reviennent…
Wim, comprenant bien quel jeu je jouais, tira une rafale de semonce à raz du cockpit… Je basculai instantanément sur l'aile, virant à l'Est… Il refit une passe et toucha cette fois le flotteur droit… j'appelai à nouveau mon passager…
Accrochez-vous, ça va barder.. Y nous a eu, j'dois vomir le zinc ou on va y rester…
Nein, il faut jeter la camelote par-dessus bord…
Trop tard… on touche… Aaargh…
Le flotteur gauche, endommagé par le tir du Falcon, se brisa à l'amerissage, nous envoyant gracieusement valser dans les instruments de bord… Mon harnais amortit la majorité du choc, mais mon infortuné passager n'eut pas cette chance… Les sangles de son harnais se rompirent et il donna la tête la première dans le bloc radio, le réduisant par là-même au silence… L'appareil flottant encore, j'étais rassuré sur notre sort, surtout que les F-16 tournaient sans cesse autour de nous… Un hélicoptère Hollandais vint nous récupérer ainsi que notre encombrante cargaison… Il nous mirent au secret, confisquant la drogue… Wim vint me voir le soir même…
Eh bien, mon vieux… Je peux te dire que t'as joué serré… Les petits gars de Bremerhaven doivent être aux quatre cent coups…
Pas grave… J'ai vu le commandant il y a une heure… à l'heure qu'il est, la base allemande a dû être investie par la Polizei… Ils doivent tous croupir sous les verrous… Il ne me reste qu'à attendre qu'on me relâche aussi…
C'est pour ça que je suis la… Tu est libre comme l'air.
Merci, Wim.. Des nouvelles de Flo ?
J'oubliais de te l'dire… J'ai été la chercher hier à Eindhoven… Elle t'attends à la base, mais j'tiens à te prévenir… elle est pas de bonne humeur, surtout depuis que l'commandant lui a dit ou tu étais…
Crénom de … La tuile, quoi… Je sens que je vais encore avoir droit à une scène sur les risques que je cours chaque jour… Comment lui faire comprendre que j'aime ce métier autant qu'elle, et que si je ne volais plus, ce serait signer mon arrêt de mort…
Te bîle pas… J'ai préparé l'terrain pour toi… à propos, t'as du remarquer que je pilotais un biplace hollandais, ce matin…
Yep, je me suis demandé pourquoi, d'ailleurs, surtout qu'il portait les marquages de l'escadrille de Leuwaarden ! Un pilote hollandais vous aurait accompagnés au poste arrière ?
Ben non ! Figure toi que j'avais promis à Flo qu'elle pourrait m'accompagner… Elle a assisté à toute la scène…
QUOI ???? Oh Fuck you, bloody bastard ! ! ! Ca, tu vas me l'payer, et cher encore …
Tout doux, ou bien y vont décider de t'garder pour de bon… Flo est dans la voiture, elle t'attends et je voudrais surtout pas la décevoir…
Dix minutes plus tard, je pouvais serrer Flo dans mes bras… Wim m'avait bien fait marcher, car si elle était mécontente au sujet des risques que je prenais, elle ne le montra pas… En fait, elle me tomba littéralement dans les bras, sous les yeux amusés d'un Wim fort content de lui… La soirée se déroula dans la bonne humeur… Mes pilotes furent heureux de rencontrer Flo, et cela fut réciproque… Elle serra toutes les mains, marquant un temps d'arrêt devant Jimmy… Elle s'approcha de lui, lui posant un chaste baiser sur la joue en lui murmurant :
Pour avoir sauvé Andy dans le Golfe… Jamais je n'oublierai ce que nous vous devons, Captain.
Je m'avançai alors, me composant une mine un peu jalouse…
Eh, Jim, pas touche ! Tu vas finir par fendre le cœur de tes belles admiratrices anglaises…
Cette réplique fut suivie d'un éclat de rire général tandis que l'intéressé rougissait jusqu'aux oreilles… Je passai mon bras par-dessus l'épaule de Flo, lui murmurant quelques mots, puis nous nous dirigeâmes vers le salon de repos ou nous allions assister à un événement rare : Jimmy avait accepté de nous donner un concert de Jazz. Deux des pilotes de Leuwaarden, l'un trompettiste et l'autre pianiste, avaient accepté de l'accompagner, tandis qu'il jouerait de la clarinette. Wim, excellent joueur de Banjo, compléta le Quartet. La soirée s'écoula au son des airs de Shillepoort, de Count Basie et de Louis Amstrong. Soudain, Wim s'avança vers moi…
On va jouer un air que tu adores, Andy… Je pensais que tu aimerais chanter le "Blue Skies" pour Flo, j'me trompe ?
C'est que… Allez, je sens que les autres vont encore ruer dans les brancards si je n'y vais pas…
Trente secondes plus tard, j'étais sur scène, acclamé par mes pilotes, ceux de Wim, et tout ceux de l'escadrille de chasse de Leuwaarden… Alors que les musiciens commencaient à jouer, j'entonnai le Blue Skies :
Blues Skies, Smiling at Me,
nothing but Blues Skies, Do I see ….
Trois minutes plus tard, la fin de l'air était accueillie par un concert de Bravos et de Hourras… Je fus bien obligé d'en chanter une autre… Ce n'est qu'après avoir chanté "Begin the Begine", "Fools Rush In", "Day and Night" et "Time After Time" que les gusses me laissèrent un peu souffler… Flo était abasourdie… Elle ne se doutait pas de mon don pour le chant…
Alors que je sirotais un café et grillais une cigarette avant de remonter sur scène, Flo me demanda en quatimini…
Andy ? Je ne savais pas que tu chantais si bien…
Ben.. C'est que j'adore je Jazz et le Swing… J'ai toujours chanté, tu sais…
Ben… Je ne t'ai jamais entendu chanter pourtant…
Je suis timide, tu le sais, et je n'osais pas chanter devant toi… peur d'avoir l'air con…
Ben tu n'avais pas besoin d'avoir peur… tu chantes comme un dieu… J'ai presque cru que Sinatra était sur scène, et pas toi…
Ben merci du compliment, Flo… Tu veux un autre café…?
A ce moment, Jimmy s'approcha de moi, me rappelant que j'entracte touchait à sa fin… Je remontai sur scène et repris mon "tour de chant"…
*
**
Deux semaines plus tard, je reconduisais Flo à Eindhoven, puis je rentrais à KB. Je devait théoriquement y passer encore deux mois avant de retrouver mes ailiers US à Lakenheath… Mais alors que je taxiais, je vis accourir un planton qui nous cueillit, Wim et moi, à notre descente d'avion…
Colonel Franklin ? Commandant Peeters? Le colonel vous attend à son bureau. Je vous y emmène…
Que se passe-t-il, sergent ? , fit Wim
Ben, j'ai oui dire que douze F-16 du 31e squadron partait pour Amendola dans le cadre des opérations OTAN sur l'ex-Yougoslavie… Il paraîtrait que les Serbes auraient bombardé Sarajevo…
Merde, ça recommence comme en Irak…
Je le crains aussi, Sir…
Nous vous suivons, sergent… Caporal ?
Yessir ?
Occupez-vous des zincs, nous risquons de repartir à tout moment…
Aye Aye Sir !
Dix minutes plus tard, une Stuyvesant au bout des lèvres, j'écoutais le Colonel Dejongh, commandant de la base de Kleine Brogel, nous détailler notre ordre de mission… Douze F-16 du 31e Tiger Squadron devaient rejoindre la base d'Amendola, située dans le sud de l'Italie. Par Jimmy, rentré dare-dare à Lakenheath, je savais que le squadron de F-15 E devait rejoindre Aviano pour participer aussi aux missions au-dessus de la Bosnie… Je m'attendais à cette guerre, mais espérais quand même qu'on éviterait le pire.
Messieurs, fit le Colonel après avoir tiré une bouffée de son havane, je ne vous cacherai pas le danger que courront les pilotes participant à ces missions. Wim, comme vous êtes marié, vous êtes libre de refuser, bien que je compte sur vous pour diriger le squadron que nous allons envoyer à Amendola…
Inutile de me présenter les risques, Sir, j'accepte la mission.
C'est donc reparti comme en 90, alors…,fis-je.
En un sens, oui, Major Franklyn… C'est à dire que les opérations se passeront principalement dans les airs. Les soldats au sol n'ont pour objectif que de protéger la population. Vous, par contre, vous aurez à vous battre, car il est toujours plus facile de toucher une cible du type que vous rencontrerez là-bas des airs… Votre objectif est d'interdire le suvol de la Bosnie à tout appareil n'appartenant pas à l'OTAN…Car il y aura des MiG's, je ne me cache pas de le dire…
Mwais… Donc, on peut s'attendre à des dégâts…
Certes… Vous ne serez cependant pas seuls à Amendola. Vous y serez rejoint par une escadrille de F-16 C néerlandais de Volkel et deux escadrilles américaines de Spandgalhem… Nos F-16 n'étant pas équipé de l'électronique équipant les versions C et D, nous nous cantonnerons à des missions de type CAP. Je viens de reçevoir par ailleurs un message de l'Etat-Major de l'OTAN vous confiant le commandement des chasseurs basés à Amendola, Major…
Tiens… Je pensais partir avec mes ailiers de Lakenheath pour Aviano ?
Non, Colonel. Le Général Sinclair, qui commande la base OTAN d'Amendola, vous a expressément demandé pour ce poste. Et cette fonction s'accompagne d'une promotion au grade de Lieutenant-Colonel…
Eh ben… Vais-je voler sur F-16 ou sur F-15 ?
Vous volerez sur un F-16 C de Spangdalhem qui sera mis à votre disposition. Un pilote américain vous l'a amené ce matin, et on vient d'y peindre votre identification. Bien. Il vous reste donc trois heures avant de décoller. Décollage du 31e à 17 heures, ETA à Amendola à 19 h 30, avec ravitaillement en vol au-dessus de la méditerranée…
