Chapitre 2 :

Une fois arrivés à la messe tous se mirent en place. Ce fut une très belle messe de noël, émouvante, comme chaque année. Le sermon d'Antonio portait sur l'amour, la tolérance, le pardon et le partage. Carmen le complimenta intérieurement, il semblait si passionné en disant tout cela, comme si ses paroles l'habitaient. Elle scruta l'église pour voir tous ces visages connus, et d'autres qui l'étaient moins, sourires et approuver le discours de son fils. Son regard s'arrêta sur la femme qu'elle avait devant elle, enfin un peu décalé quand même puisqu'elle pouvait distinguer l'énorme sourire qui barrait son visage. Et dire que cette femme allait bientôt devenir sa belle-fille, que Dieu lui vienne en aide ! D'ailleurs pourquoi souriait-elle de la sorte ?! Certes le sermon d'Antonio était pénétrant mais ça ne lui était pas destiné personnellement ! Alors elle observa de plus près Antonio, qui lui, jetait régulièrement des coups d'œil à Gabi. Etrange. Il y'avait peut-être un message subliminal caché dans cela. Non elle devait rêver ! Mais c'était assez curieux pour devenir suspect, selon elle.

Une fois la messe terminée, Antonio se mêla aux paroissiens, qui le félicitèrent tous dans l'ensemble. Puis la foule se mit à se disperser, Carmen voulu rester mais en fut empêcher par Ricardo qui lui proposait de la raccompagner.

-Tu viens Gabi ?

Evidemment cela signifiait aussi être en présence de Gabi.

-Non. Je vais aider Antonio à remettre un peu d'ordre.

-Voyons c'est une messe qui a été tenue ici, pas une réception, ça ne peut pas être si désordonné que ça ! Et puis si ça se trouve Antonio ne va rien faire du tout, une sœur peut le faire ou l'y aider !

Antonio entendant son nom, se rapprocha.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-Gabi tient absolument à t'aider à ranger.

-A ranger !?

-Oui, tu sais avec…

-Oh oui bien sur, un peu d'aide ne serait pas de refus.

Carmen y vit là une opportunité de laisser Gabi pour la soirée et d'être un peu en compagnie d'un de ses fils, au « détriment » de l'autre, mais à ça elle n'y avait pas réfléchi. Après tout qu'est-ce que Gabi pouvait bien faire à Antonio si on les laissait seuls ? Rien ! Et puis en ce moment il n'y avait pas moyen de parler à Ricardo sans que Gabi ne fasse son apparition d'une façon ou d'une autre, alors elle n'allait pas laisser passé cette chance.

-Viens Ricardo, ta fiancée a décidé de faire preuve de bonté pour une fois !

Personne ne releva, ça convenait à tout le monde que ça se passe ainsi, sauf Ricardo qui n'avait pas la moindre idée de ce qui se tramait dans la tête de son frère ou de Gabi, pas plus que dans celle de sa mère d'ailleurs.

-Ok, amusez-vous bien à jouer les fées du logis alors !

De nouveau à l'intérieur de l'église, Gabi se permit un moment de répit, puis chercha Antonio des yeux et le vit disparaitre aux contours du couloir, elle arriva dans son bureau au moment où il enlevait sa soutane. Elle baissa les yeux.

-C'est bon Gabi, tu peux les relever je suis décent.

-Tu vas où ?

-Eteindre les cierges. Ce n'est pas toi qui voulais m'aider !?

-Si si c'est juste que….

-Ricardo avait raison, il n'y a pas grand-chose à faire.

Et c'était vrai, alors elle s'assit au premier rang pendant qu'elle le regardait éteindre un à un les cierges.

Antonio la rejoignit quelques minutes plus tard, ils observèrent silencieux le Christ en face d'eux.

-Tu crois qu'il nous a pardonné ? Ou qu'il nous pardonnera un jour ?

-Tu parle de quoi ?

-Du baiser. Du fait qu'on ait fait l'amour. Les deux, je crois.

Antonio releva la tête d'un coup et scruta la pièce, paniqué à l'idée qu'on l'ait entendu.

-Antonio on est tout seul !

-Oui, pardon.

-Alors ?

-Oui. Je pense que oui il nous a pardonné. On pensait qu'on allait mourir là-bas.

-Et pour le baiser ?

-Tu le regrettes ?

-Non ! Justement. Tu crois…. Est-ce que c'est mal d'avoir envie de recommencer ?

-Je ne pense pas. Nous sommes humains Gabi, fait de chair et de sang, avoir envie fait parti de nous.

-Alors pourquoi ça fait si mal !?

-Je ne sais pas. Peut-être que c'est un test.

-Alors dans ce cas on l'a réussi ou on a échoué ?..... Et si une partie de nous savait que nous n'allions pas mourir là-bas ?

-Que veux-tu dire ?

-Avec le recul je me dis que c'était logique qu'on vienne nous secourir, on aurait jamais du en douter, alors peut-être que si on en a douté c'est que quelque part ça nous arranger.

-Peut-être bien Gabi.

-Tu regrettes qu'on ait fait l'amour ?

-Non, pas un seul instant. Et toi ?

-Bien sur que non ! Pourtant cela aurait sans doute été plus simple si on éprouvait un tant soit peu de remords.

-Sans doute mais, Gabi, sache que t'aimer est l'une des plus belles choses qui m'est était donné de faire, sinon la plus belle. Ca m'a souvent fait réfléchir et ça continue encore. T'aimer m'empli d'une façon que Dieu n'atteins pas et je ne sais pas ce que ça signifie.

-Alors peut-être devrais-tu te poser la question.

-Peut-être qu'on devrait tous les deux se la poser.

Et leur regard se reporta de nouveau sur le Christ, sans leur apporter les réponses qu'ils attendaient.