Remerciements à : Daniel Lipman et Ron Cowen, ainsi que Russell T. Davies, d'avoir créé une série aussi géniale, et à Epsylon, sans qui je n'aurais sûrement jamais pu m'en sortir.

Avertissements : - Si par un concours de circonstances improbables vous êtes parvenu jusqu'ici alors que vous considérez l'homosexualité comme une maladie mentale, il vous est vivement conseillé de rebrousser chemin et de ne pas revenir avant d'avoir un peu évolué.

Cette fic est classée M, pour des raisons qui vont vite vous sauter aux yeux. Donc si vous avez moins de 16 ans, je vous conseille également d'attendre quelques temps avant de lire cette fic.

Je dois avouer que je ne suis pas très satisfaite de ce chapitre qui pêche un peu trop dans le mélo-sentimental à mon goût. Et ça risque de ne pas s'arranger dans le prochain.

A partir de là, vous êtes considérés comme prévenue chers lecteurs.

Résumé : C'est une variation effectuée à partir de la fin de l'épisode 3.04 de la série Queer as folk. Pour ceux qui auraient la mémoire qui flanche : après avoir été accusé, puis innocenté, dans une affaire de pédophilie, Brian reçoit la visite de Justin, venu lui rapporter le bracelet volé par son neveu ; à ce moment précis, la tension sexuelle entre les deux hommes est telle que l'on pourrait faire marcher un vibromasseur sans pile ; au lieu de céder à la tentation, Justin préfère retourner auprès d'Ethan. Quel cours aurait pris l'histoire s'il était resté ?

Chapitre 4

Le temps passa et ils ne se retrouvèrent plus seuls tous les deux. A vrai dire, Justin faisait tout pour que ça n'arrive pas : il ne fréquentait plus le Babylon, prenait ses heures de service au Liberty diner aux horaires où il était certain que Brian serait retenu ailleurs, même pour rendre visite à Debbie, il passait un coup de fil avant pour être sûr qu'il ne serait pas dans les parages...

Mais s'il parvenait à contrôler cela, il en allait tout autrement du reste. Paradoxalement, s'il parvenait à fuir son ex, il s'attendait... non, il espérait à tout moment le voir apparaître devant lui. C'était ridicule. C'était pathétique. C'était complètement dingue ! Il ne pouvait pas fermer les yeux sans le voir. Combien de fois avait-il bousculé Ethan en pleine nuit parce qu'il s'était réveillé en sursaut au milieu d'un rêve érotique, dans lequel Brian le prenait dans un endroit insolite : sur une table du diner, alors qu'il faisait la fermeture ; dans des toilettes publiques ; sur la photocopieuse, au bureau de l'agence de pub ; même _ ça il se demandait vraiment quelle partie de son cerveau malade pouvait bien fantasmer là-dessus _ sur le bureau de la responsable des inscriptions de l'école des Beaux-arts...

En bref, depuis qu'il était certain de ne pas recoucher avec lui, il ne pouvait s'empêcher de fantasmer sur lui. Le comble, ce fut lorsqu'au beau milieu de ses ébats avec Ethan, le visage de ce dernier fut brusquement substitué par celui de son démon ; et ce fut à ce moment que Justin eut un orgasme.

Résultat des courses : il ne dormait plus, devenait schizo, et pour couronner le tout il ne baisait plus ; ni avec Ethan, ni avec personne.

Un après-midi, il avait pu s'isoler dans une des salles de l'école. Au calme et seul, il griffonnait sur son cahier à dessin, assis sur une chaise, les pieds appuyés sur la table face à lui, il se faisait basculer légèrement. Plongé dans une sorte de torpeur à mi-chemin entre la rêverie et ses heures de sommeil en retard, il sentit une main sur son épaule. Il ne sursauta pas : c'était encore un rêve. Encore une fois, son odeur monta jusqu'à ses narines, et il eut l'impression de s'enivrer. Machinalement, il appuya sa joue sur sa main pour sentir sa chaleur. Celle-ci glissa jusqu'à sa nuque, ce qui déclencha une vague de frissons le long de sa colonne vertébrale. Puis ses doigts s'emmêlèrent dans ses cheveux, lui massant le crâne. Une autre vint se poser sur son entre-jambe, puis passa sous son tee-shirt, tandis que la première se referma sur sa nuque. Des bras l'enserrèrent bientôt, et ses lèvres virent toucher les siennes dans un baiser tendre et passionné. Et sensuel. Et chaud. Et humide. Et... Hé, une minute !

Justin sauta en l'air comme s'il venait de recevoir un choc électrique. La chaise sur laquelle il était assis, ainsi que les croquis sur lesquels il travaillait, se retrouvèrent à terre. Lui, appuyé sur la table, la main sur le cœur battant, s'efforçait de faire retrouver à sa respiration un rythme normal.

_ Moi aussi, dit Brian, je suis très heureux de te voir.

_ Maisquestce... mais qu'est-ce... mais qu'est-ce que... Mais qu'est-ce que tu fais là ?

_ Etant donné que c'est moi qui paye, j'ai bien droit à une petite visite de temps en temps. Surtout que j'ai l'impression qu'on ne se voit plus souvent ces derniers temps.

_ C'est normal, je me donne assez de mal pour ça.

_ Et je peux en connaître la raison ?

_ Comme si tu ne comprenais pas, répliqua Justin avec humeur.

Brian esquissa un geste vers lui, mais il l'esquiva. Il marcha dans sa direction, il recula. Il parvint à lui saisir le bras, Justin se dégagea en s'exclamant :

_ Ne me touche pas !

_ Mais bordel, de quoi tu as peur ?!

_ De ce qui va immanquablement arrivé si tu me touches.

_ Ô Justin, je t'en prie...

Il le prit par les épaules et l'obligea à lui faire face.

_ On n'est pas dans un roman de Laclos, tu n'es pas Tourvelle(1) et ta réputation ne va en pâtir parce qu'on s'est parler.

Justin le repoussa brutalement. Et afin de se donner une excuse pour ne pas être obligé de le regarder dans les yeux, il se baissa pour ramasser les croquis éparpillés sur le sol.

_ Justin...

Aucune réponse.

_ Justin...

Toujours pas de réponse.

_ Justiiiiiiinnnnnnn...

Alors là laisse tomber.

_ Pfff... Tu es pathétique...

_ Ca, je n'ai pas besoin de toi pour le savoir. Je sais que je suis pathétique. Un mec avec le QI d'une huître pourra te dire que je suis pathétique. Oui, je sais que je suis pathétique. La grande question c'est : pourquoi ? Pourquoi est-ce que je m'impose ça ? Pourquoi, alors que je sais pertinemment que ça n'arrivera jamais, je continue bêtement d'attendre quelque chose de toi ?

_ Quoi ?

_ N'importe quoi ! Une déclaration, un mot, un regard ; quelque chose qui me dise que je compte pour toi, que le fait qu'on soit ensemble a de l'importance pour toi. Ca parait pourtant pas grand-chose, mais c'est déjà trop pour toi.

_ Tu veux que je te lise des poèmes, que je t'offre des fleurs, que je te chante la sérénade et je ne sais quelle autre connerie du même genre. Merde, à quoi bon être pédé si je ne peux même échapper à tous ces rituels ridicules et conventionnels...

_ Il ne s'agit pas de ça...

_ De quoi alors...? Tu voudrais que je renonce à ce que je suis, que j'abandonne ma carrière, que te sacrifie tout mon temps...

_ Tu vois... ! Tout le problème est : à chaque fois que j'essaie de me rapprocher de toi tu prends la fuite, tu fais tout pour mettre de la distance entre nous. Je te parle de sentiments, tu me parles de sacrifices. Je te demande de montrer ce que tu ressens et tu me sors tout un tas de clichés mièvreux dont je n'ai strictement rien à faire. Pour toi tout ce qui ressemble de près ou de loin à une démonstration d'affection est un sacrifice.

Justin marqua un temps d'arrêt. Il venait de parler pendant près de cinq minutes sans reprendre son souffle. Face à lui, Brian n'avait pas bougé d'un pouce et le fixait avec un air perplexe.

_ Alors que tu es tout pour moi, murmura-t-il dans un souffle, depuis le premier soir... Même maintenant, que je connais tous tes défauts, que je sais que je ne ferais que me détruire en restant avec toi. Je n'arrive pas... je n'arrive pas à me détacher de toi, à faire une croix sur le passé...

Les larmes lui montait aux yeux, ce qui ajoutait au pathétique de la scène _ histoire de rester dans le thème. Brian se tenait près de lui et prit sa tête entre ses mains. Justin renifla avant de reprendre d'une voix étranglée :

_ Dis-moi... Dis-moi que je perds mon temps, qu'il faut que ça s'arrête, il faut que...

Le reste de sa diatribe fut perdue lorsque Brian l'embrassa. C'était un baiser doux, sans brutalité ni empressement. Il lui caressait la joue, le serrant contre lui comme on presse contre son cœur un trésor que l'on croyait perdu. Ils restèrent ainsi pendant un long un très, très long moment. Ce fut le son d'une porte qu'on claque qui interrompit leur étreinte. Machinalement, Justin tourna la tête en direction du bruit et fut paralysé d'effroi lorsque son regard croisa celui d'Ethan, pétrifié devant l'embrasure de la porte, les yeux exorbités. Justin réalisa brusquement qu'il était encore cramponné à Brian et vis versa. Il s'écarta précipitamment comme s'il avait été piqué par une guêpe. Mais Ethan avait déjà pris la fuite.

Sans réfléchir, Justin se précipita dans le couloir à sa suite.

_ Ethan !

Il l'aperçut en train de courir vers le département de musique et se lança à sa poursuite.

_ Ethan ! Bordel, il court vite ce con... !

Ils durent traverser tout le département de musique, de danse, à la course à pieds avant de déboucher dehors. Là, Ethan fut bien obligé de ralentir l'allure pour ne pas être renversé par les véhicules qui entraient et sortaient du parking. Justin crut à un moment le rattraper, mais au moment où il parvenait à sa hauteur, une voiture vint lui barrer la route, il dû s'arrêter net et manqua passer sous les roues. La conductrice affolée, sortit en catastrophe de son véhicule.

_ Oh, mon Dieu ! Vous n'avez rien ? Je suis désolée, tout est allé si vite...

Justin la rassura le plus aimablement qu'il put. Lorsqu'il fut remis debout, Ethan avait disparu, et pas moyen de savoir dans quelle direction il avait pu partir. Résigné, il se dirigea vers l'entrée de l'école. Il croisa Brian, sur le perron, qui visiblement regagnait sa voiture. Ils ne dirent pas un mot, ne se regardèrent même pas dans les yeux. Pour Justin, c'était clair, tout était allé beaucoup trop vite : du jour où il était allé voir Ethan à son appartement, jusqu'à maintenant. Il avait besoin de réfléchir, d'être au calme, et surtout de faire le vide.

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1. réf très frenchie aux "Laisons dangeureuses", vous l'aurez compris.

Message perso pour Epsylon : Le chapitre 5 risque de mettre beaucoup de temps à venir car il est en cours d'écriture. En plus je peine à trouver un dénouement acceptable (si quelqu'un à des suggestions, je suis preneuse). Peut-être que je trouverais miraculeusement l'inspiration si tu publies la suite de ta fic...