Remerciements à : Daniel Lipman et Ron Cowen, ainsi que Russell T. Davies, d'avoir créé une série aussi géniale, et à Epsylon, sans qui je n'aurais sûrement jamais pu m'en sortir.

Avertissements : - Si par un concours de circonstances improbables vous êtes parvenu jusqu'ici alors que vous considérez l'homosexualité comme une maladie mentale, il vous est vivement conseillé de rebrousser chemin et de ne pas revenir avant d'avoir un peu évolué.

Cette fic est classée M, pour des raisons qui vont vite vous sauter aux yeux. Donc si vous avez moins de 16 ans, je vous conseille également d'attendre quelques temps avant de lire cette fic.

A partir de là, vous êtes considérés comme prévenue chers lecteurs.

Résumé : C'est une variation effectuée à partir de la fin de l'épisode 3.04 de la série Queer as folk. Pour ceux qui auraient la mémoire qui flanche : après avoir été accusé, puis innocenté, dans une affaire de pédophilie, Brian reçoit la visite de Justin, venu lui rapporter le bracelet volé par son neveu ; à ce moment précis, la tension sexuelle entre les deux hommes est telle que l'on pourrait faire marcher un vibromasseur sans pile ; au lieu de céder à la tentation, Justin préfère retourner auprès d'Ethan. Quel cours aurait pris l'histoire s'il était resté ?

Chapitre 5

Le reste de sa journée semblait avoir été avalée par un trou noir. Brian ne se rappelait pas avoir prit sa voiture, il ne se souvenait pas non plus être allé au boulot, ou n'importe où ailleurs, il ne savait même pas comment il avait fait pour rentrer chez lui. Les seules choses qui occupaient son esprit, c'étaient la longue diatribe de Justin :

A chaque fois que j'essaie de me rapprocher de toi tu prends la fuite.

Pour toi tout ce qui ressemble de près ou de loin à une démonstration d'affection est un sacrifice.

Mais surtout la phrase qui revenait sans cesse :

Tu es tout pour moi.

C'était comme une petite mélodie entêtante, gravée dans sa mémoire, qu'il se repassait encore, encore, encore, encore et encore... La voix de Justin résonnait à ces oreilles, comme son odeur était imprégnée sur chaque parcelle de sa peau, comme son image bloquait ses iris et le rendait aveugle. C'était fou, c'était effrayant...

Oui, effrayant pour quelqu'un comme lui, qui avait toujours mis un point d'honneur à ne dépendre de rien, ni de personne, de constater que son bonheur et sa plénitude reposaient entre les mains d'une personne extérieure à lui-même.

Dans le fond, au plus profond de lui-même, Brian avait toujours eu de l'admiration pour Justin. Car ce dernier, du haut de ses dix-sept ans, avait fait preuve d'un courage et d'une force de caractère peu communs chez un homme de son âge. A dix-sept ans, il avait osé défier Chris Hobbs, son propre père, le lycée tout entier, afin de seulement s'approprier le droit d'être ce qu'il était. Lui, Brian Kinney, le maître incontesté de Liberty Avenue, avait attendu vingt-neuf, et que son père soit mourant, pour enfin l'affronter et lui montrer son vrai visage.

Oui, Justin avait un grand pouvoir, dont il ne mesurait même pas l'étendue. Le pouvoir d'évoluer parmi les gens, sans masque ni armure, avec pour seule arme la certitude d'avoir sa place dans ce monde. Le pouvoir d'exprimer ses sentiments, sans craintes ni faux-semblants, ni peur des conséquences _ ce dont lui-même, à trente ans passé, se sentait toujours incapable. Et surtout, et c'était ça le pire, Justin pouvait, d'un seul mot, le mettre _ lui, Brian Kinney _ à terre. C'était ça qui lui faisait le plus peur, et dont Justin ne se rendait même pas compte, l'effet que pouvait produire sa présence ou son absence : après avoir passé vingt-neuf années de sa vie, sans même savoir qu'il existait quelque part sur terre un blondinet grande gueule qui se permettrait de venir le défier, à présent il ne pouvait tenir plus de vingt-quatre heures sans savoir où il était, sans le voir ; sinon il devenait fou. Mais le pire, c'était de le voir sans pouvoir le toucher, l'embrasser ou le prendre dans ses bras, et de voir cet enfoiré _ c'était quoi son nom déjà : Yann, Erwan, Evan, Antoine... Oh ! Et puis, on s'en fout... _ faire tout ça à sa place.

Comme des envies de meurtre le prenait dans ces moments-là...

Mais décemment, il ne pouvait pas en vouloir à Justin...

Alors, oui il avait en quelque sorte prit sa revanche. Oh, pas contre Justin, non. Justin resterait toujours hors d'atteinte. Mais contre ces heures noires passées à essayer d'oublier ce petit vermisseau vicelard que le rongeait de l'intérieur.

Mais lorsque leurs regards s'étaient croisés la nuit dernière, et qu'il avait cru lire dans ses yeux une détresse semblable à la sienne... Cela avait été plus fort que lui, il s'était remis à espéré.

Tu es tout pour moi...

Il en était là de ses réflexions, allongé sur son canapé, à fixer les poutres du plafond, lorsque quelqu'un tambourina à sa porte.

Peu enclin à voir du monde, il ignora d'abords le bruit, mais la personne de l'autre côté de la cloison ne l'entendait pas de cette oreille et redoubla ses coups sur la paroi métallique, provoquant un bouquant de tous les diables. Fulminant, Brian quitta son canapé pour aller clairement dire à l'importun quel qu'il soit d'aller « se faire mettre ailleurs ! ». Mais à peine eut-il fait coulisser la cloison qu'il eut la mauvaise surprise de découvrir Dylan _ non, Erwan... Oh ! mais on s'en fout ! _ en gros le violoneux, de l'autre côté. Celui-ci affichait un regard noir et une expression meurtrière qui n'annonçaient rien de réjouissant.

_ Tu es sûrement la dernière personne à qui j'ai envie de parler en ce moment... Commença-t-il.

_ Ca tombe bien toi aussi, l'interrompit Brian.

Et il amorça un geste pour lui claquer la porte au nez, mais le brun trouva le moyen de se glisser à l'intérieur, manquant être coupé en deux lorsque la cloison heurta l'arrête du mur.

_ Je bougerais pas d'ici avant qu'on ait mis les choses aux points...

_ J'ai pas de compte à te rendre et je n'ai rien à te dire. Alors pour la dernière fois : fous l'camp !

Il tenta à nouveau de le mettre à la porte, mais le morpion était, semble-t-il, décidé à ne pas bouger.

_ Je suis venu te dire de laisser Justin tranquille...

Brian se figea net, comme si on lui avait vidé un seau d'eau froide sur la tête.

_ Si Justin à quelque chose à me dire, qu'il vienne me le dire en face, et je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi.

_ Tu ne le laisseras jamais en paix, n'est-ce pas ? cracha le brun. Pas parce que tu l'aimes, mais parce que l'idée qu'il ait pu te larguer pour moi te rend malade...

Ce rendait-il seulement compte qu'il mesurait deux têtes de plus que lui, et qu'il lui aurait été facile de lui faire fermer sa grande gueule. D'ailleurs, il mourait d'envie de le faire, il ne savait pas trop ce qui le retenait. Peut-être le regard inquiet de Justin courant derrière lui.

_ Justin est de taille à se défendre, protesta-t-il. Et qui te permet de dire ce que je pense espèce d'avorton.

Mais le missile était lancé et n'arrêterait pas sa course avant l'explosion.

_ Tu t'es bien servi de lui, t'en as profité tant qu'il t'amusait, et une fois que t'en as eu assez, tu l'as laissé de côté. Mais maintenant qu'il s'est trouvé un autre centre d'intérêt que toi, tu crèves de jalousie, et tu t'immisces entre nous et tu t'amuses à torpiller notre relation...

_ Et tu crois vraiment être le mieux placé pour me faire ce genre de reproche !

Brian poussa un rire jaune qui ressemblait plus à un hoquet de colère. Il s'empressa d'ouvrir la porte, sentant que ses nerfs ne tiendraient plus le coup très longtemps. Mais l'autre à côté n'en démordait pas :

_ Moi, j'aime Justin et je veux le rendre heureux. Toi, tu vas le sauter et le jeter une fois encore, parce que t'es qu'un sal manipulateur incapable d'aimer qui que ce soit. Tout ce que t'arriveras à faire, c'est terminer le travail que Chris Hobbs a commencé...

Cette fois, c'était le mot de trop. Il l'empoigna par les épaules de sa veste et le plaqua contre le mur extérieur de la porte. Le sang battait à ses tempes et il soufflait comme un bœuf.

_ Ecoute-moi bien espèce de petit merdeux, ragea-t-il. Tu crois peut-être qu'il suffit de pousser la sérénade pour prouver qu'on aime quelqu'un ; tu crois que tu aimes Justin mais tu ne l'as vu que dans ses bons jours. Tu t'es jamais retrouvé assis sur un banc d'hôpital à attendre qu'un médecin vienne te dire s'il avait la moindre chance de s'en sortir. Tu t'es jamais retrouvé le nez collé à une vitre en train de le regarder s'agiter dans son sommeil, en te demandant s'il n'est pas en train de revivre la scène, en luttant de toutes tes forces pour ne pas aller le réveiller pour le sortir de son cauchemar. Est-ce que tu as déjà été réveillé en pleine nuit parce qu'il venait de faire un cauchemar ? Est-ce que tu as déjà dû le serrer contre toi dans le noir, alors qu'il tremblait de tous ses membres, parce qu'il ne savait plus où il se trouvait ? Est-ce que tu as dû affronter son regard après qu'il ait appris qu'il ne pourrait peut-être plus jamais dessiné ? Est-ce que tu l'as déjà vu au bord du gouffre, prêt à se foutre en l'air, sans savoir quoi faire pour lui venir en aide ?

» Et tu veux que je te dise : tout ça n'a aucune importance, parce que la seule chose qui compte, ce n'est pas ce que j'ai pu faire pour lui ou ce que toi tu es près à lui donner. Tout ce qui compte, c'est ce que veut Justin...

Il relâcha le violoniste comme s'il avait tenu dans ses mains un objet particulièrement écœurant. Celui-ci lui jeta un dernier regard, l'air hébété, avant de filer vers le monte-charge sans demander son reste. Brian rentra dans son loft, sans même prendre la peine de vérifier s'il descendait bel et bien. Puis il claqua la porte avec humeur, sans plus un seul regard vers l'extérieur. S'il s'était donné cette peine, s'il avait jeté un regard vers la cage d'escalier, il aurait peut-être aperçu une silhouette noire affaissée contre le mur.

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Justin avait cherché Ethan toute la journée, laissé des tonnes de messages sur son portable sans parvenir à le joindre. Finalement, il s'était décidé à retourner à l'appartement de Brian, pour tenter une dernière fois de tirer les choses au clair. Mais une fois devant l'immeuble, il était demeuré statique, comme un animal paralysé par la peur et l'inquiétude, se demandant s'il seulement parler ou s'il allait encore céder et s'enfoncer dans ce jeu stupide et plutôt malsain qui, il le savait, ne le mènerait nulle part.

Lorsqu'il vit Ethan arriver, il crut d'abords que son cerveau malade avait grillé un nouveau circuit. Voyant qu'il entrait dans l'immeuble, profitant qu'un habitant ait ouvert la porte en grand pour sortir, il se précipita à sa suite. Mais il n'eut pas le temps de le rejoindre dans le monte-charge, et du prendre l'escalier. Arrivé tout en haut, il entendit très clairement les bruits d'une dispute. Inquiet, il avait accéléré le pas, puis une fois en haut il avait vu Brian plaquer Ethan contre le mur. Son premier réflexe fut de se précipité pour les séparer, mais la voix de Brian avait raisonné dans la cage d'escalier, et il s'était figé.

Pendant les minutes qui avaient suivi, il était resté prostré sur les marches, écoutant les paroles de Brian comme une musique qui lui viendrait de loin. Puis la musique s'était tue. Le bruit du monte-charge lui indiqua qu'Ethan repartait, et celui de la porte, que Brian était rentré.

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Note : Le prochain chapitre sera probablement le dernier. Je ferais peut-être une autre fic sur QAF, mais plus univers alternatif (= je garde certains personnages, dont notre couple favori, mais je change le contexte). Vous pouvez laisser des reviews pour me dire ce que vous en penser.