Cela faisait déjà un mois que Cassie s'était installée chez sa tante et Sherlock n'avait toujours pas renoncé au fait de la chasser de la maison. Le bras de fer n'en finissait pas et Cassie ne pouvait souffler tranquillement que lorsque Sherlock était occupé par une enquête ou une énigme car il passait le plus clair de son temps dehors. Les autres périodes où il restait à la maison, elle l'évitait autant que faire se peut. Durant la journée, elle partait travailler dans une bibliothèque universitaire. Et le soir elle s'enfermait dans sa chambre avec ses écouteurs. Les seuls moments où elle était obligée d'être face à lui c'était durant les repas que préparait sa tante. Heureusement que sa tante et John étaient là !

Or, autant cela se passait mal avec Sherlock, autant avec John ce fut ce qui s'approchait le plus possible d'un coup de foudre amical. Ils se sont très bien entendus dès le début et comme elle était engagée avec Mike, cela évitait toute ambiguïté dans leur amitié. Ils se racontaient au début leurs vies puis confessaient tout naturellement leur ressentis, leurs impressions sur les différents incidents qui ont jalonné leur vie. Leur amitié se transforma durant le laps d'un mois en une complicité naturelle. John était heureux d'avoir une présence féminine plus proche de son âge dans la maison, sans qu'elle soit sa petite copine avec son lot de reproches à cause de Sherlock. Cassie était heureuse quant à elle de pouvoir discuter de son travail et faire ainsi murir sa réflexion. Un point de vue externe ne pouvait qu'être bénéfique lors du travail de conceptualisation et d'interprétation des résultats. Mais cela lui faisait surtout du bien de parler des problèmes qu'elle avait dans sa relation avec Mike, le point de vue d'un homme pouvait l'aider à sauver sa relation. Mike se trouvait à Paris à cause de son travail et l'éloignement lui était pénible, il l'était pour les deux. Mais elle avait beau lui expliqué que c'était pour son travail, pour lui sa place était avec lui et il ne comprenait pas son acharnement à jouer des parties de poker à Londres. N'avait-elle pas recueilli assez de données avec toutes les parties qu'elle avait disputées ? Alors, elle lui expliquait pour la énième fois que tout ce qu'elle avait fait jusque-là était fait pour la mener à ces tournois à Londres, et puis ne l'avait-elle pas suivi à Paris à cause de sa carrière à lui. Le temps était venu qu'il la soutienne à son tours. Ce n'était pas évident mais comme il n'avait plus que 5 mois à tenir, il lui promettait d'être patient. John comprenait l'importance de cette recherche aux yeux de Cassie, et il lui répéta ce qu'elle lui avait dit lors de leur premier déjeuner ensemble : si Mike l'aimait vraiment il devait patienter ces 5 mois. S'il ne le faisait pas c'est qu'il n'était pas fait pour elle.

Ils prenaient désormais les petits déjeuners ensemble avec Mme Hudson, dans sa petite cuisine, et cela changeait John du taciturne et obsessionnel Sherlock du matin, quand il ne le trouvait pas en train de disséquer une partie de l'anatomie humaine. Les affres de la guerre avaient eu tendance à le traumatiser plus qu'autre chose, et la dernière chose qu'il avait envie de voir le matin, ou même à une autre partie de la journée, était bien des parties de l'anatomie humaine.

Sherlock quant à lui observait d'un mauvais œil l'amitié grandissante entre les deux, se disant que ce n'était pas comme cela qu'elle aurait envie de quitter la maison. Les coups de feu et le fait de jouer au violon la nuit ne réveillaient plus personne depuis l'histoire des boules quies, et cela l'agaçait hautement : mais pour qui se prenait-elle pour venir à ce point perturber sa routine ! John hurlant et râlant en plein milieu de la nuit faisait partie des petits rituels qui lui permettaient de tromper son ennui. Maintenant même durant la journée, quand il recommençait ses crises John se contentait, quand il ne sortait pas de la maison, de rejoindre Cassie, loin de lui. Il avait bien essayé de les rejoindre une ou deux fois, mais cette pimbêche l'ignorait royalement et n'adressait la parole qu'à John et Mme Hudson. Et c'était l'une des choses qui le rendaient fou, car il avait l'habitude qu'on le critique, qu'on s'attaque à lui mais il n'avait jamais eu l'habitude à de l'indifférence. Jamais, on l'aimait ou on le critiquait, mais on en aucun il n'avait croisé quelqu'un qui l'ignorait. Et pour Sherlock, cela était perturbant au point où il commença à regarder Cassie d'une manière différente. Certes, elle était toujours la personne qui s'était incrustée sans sa permission, mais il finit par s'habituer à sa présence : sa démarche féline, son parfum léger mais entêtant, son habitude de chantonner le matin quand elle descendait prendre son petit-déjeuner, son rire quand John lui disait quelque chose d'amusant. Tout cela, il l'avait remarqué, et il ne comprenait pas pourquoi il remarquait ce genre de détails insignifiants qui ne lui permettaient pas de se débarrasser d'elle. Néanmoins, il avait beau se dire tout cela, il n'arrivait pas à s'empêcher de reconnaitre son odeur que cela soit dans la maison, ou même dans la rue comme ce fut le cas la fois où il traversait un quartier de Londres à pied lorsqu'il reconnut son odeur et se trouva en train de la chercher du regard. Ce que c'était agaçant ! Elle avait envahi sa maison et là elle envahissait même sa tête. Irene avait envahi son esprit car elle le stimulait, elle était une énigme à elle toute seule, mais Cassie était ce qu'elle paraissait être et pour le peu d'information qu'il réussissait à glaner à son sujet, elle était loin d'être une énigme. Alors pourquoi ne l'ignorait-il pas comme elle l'ignorait ?

C'était cela le nerf de la guerre au final, on ne pouvait ignorer Sherlock, on ne pouvait que le détester ou le respecter mais sûrement pas l'ignorer. On n'ignore pas un génie de sa trempe.

C'était à la moitié du second mois de son séjour chez sa tante, que Cassie entra en claquant la porte derrière elle violemment. John et Sherlock étaient installés dans le salon quand ils la virent passer en pleurant dans les escaliers avant de rejoindre sa chambre dans un autre claquement de porte.

John se redressa alors du fauteuil et se dirigea vers les escaliers :

-Je crois qu'il vaudrait mieux la laisser seule. Dit Sherlock même s'il voulait savoir ce qui pouvait perturber le glaçon comme il se plaisait à la surnommer désormais. Néanmoins, il se doutait que cela devait avoir un rapport avec son petit copain. Les femmes pleurent toujours à cause de leur petit copain et rarement à cause du travail, et puis connaissant le caractère de cette dernière elle n'était pas du genre à pleurer à cause d'un supérieur.

- C'est ce que je veux vérifier car si elle a besoin de se confier je veux au moins lui montrer que je suis là pour elle.

Il frappa à la porte et attendit une réponse qu'il n'eut pas, il se hasarda alors à l'entrouvrir :

- Cassie, ça va ?

Elle était allongée sur son lit, lui tournant le dos :

- Non. Lui répondit-elle, la voix enrouée.

- Tu as besoin d'en parler ?

Elle se redressa alors et se tourna vers lui les yeux rouges :

- Entre.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Dit-il en s'installant sur le lit à côté d'elle.

- A ton avis. Dit-elle en le regardant, un amer sourire aux lèvres.

- C'est Mike ?

- Dans le mille.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Il s'est passé que cet homme, qui partage ma vie depuis plus de deux ans, est lassé par mes recherches et par mon ambition et qu'il préfère mettre fin à une relation avec une femme qui soit plus ambitieuse que lui au lieu de la soutenir. Puis elle soupira. Bon… ça c'est ce que je dis, lui sa version c'est les phrases bateau : tout était de ma faute, je l'avais délaissé alors que j'aurai dû choisir de rester avec lui au lieu de me décider à partir six mois à Londres. Il m'a fait ce discours après m'avoir posé un ultimatum : lui ou la phase finale de ma thèse.

- Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?

- A ton avis ?

- Tu l'as envoyé baladé.

- Exacte, je lui ai tout simplement dit qu'il me connaissait au final mal, et que l'homme qui me ferait renoncer à ma carrière ne foulerait jamais cette terre. Je lui ai dit qu'au final il se cherchait des excuses car il ne savait pas ce que c'était de soutenir quelqu'un d'autre que lui et que je méritais mieux que ça. Je suis partie en le laissant en plan dans le café.

- Eh bien ça a le mérite d'être clair.

Elle éclata alors en pleurs et se pencha vers John qui la prit dans ses bras :

- J'ai réussi à ne pas pleurer devant lui mais dès que je suis montée dans le taxi, j'ai commencé à pleurer, j'espérai me calmer avant de rentrer à la maison surtout que je ne voulais pas que Sherlock me voit dans cet état. Il en aurait jubilé. Je n'ai pas envie qu'il retourne cela contre moi, je ne serai pas d'humeur à supporter ses attaques aujourd'hui. Mais bon étant donné que tu es là cela veut dire que vous m'avez vu pleurer tous les deux. Dit-elle en soupirant.

- J'ai bien peur que oui mais ne t'inquiète pas, je l'empêcherai de t'embêter.

- Autant que tu arrives à l'empêcher de t'embêter ? Dit-elle en reculant légèrement et en le regardant dans les yeux.

Il ne put s'empêcher de sourire :

- J'essaierai en tout cas. Dit-il avant de la serrer de nouveau dans ses bras.

Elle pleura ainsi tout son saoul pendant un moment dans les bras de John. Puis elle s'arrêta et redressa la tête :

- Voilà deux ans de vie commune jetés à la poubelle. Allez, il ne mérite pas que je verse plus de larmes pour lui. Ce n'est pas bon pour moi. Il est bientôt l'heure du diner je vais descendre aider ma tante, cela m'occupera l'esprit. Merci pour le réconfort, j'en avais besoin et désolée pour ta chemise. Dit-elle en tentant d'essuyer les traces de rimmel.

- Bah ce n'est pas grave. Et puis les amis servent bien à cela.

- A sacrifier leur chemise sur l'autel des larmes des femmes ?

- Tout à fait. Dit-il en lui souriant et elle lui rendit son sourire.

Il quitta alors la chambre la laissant se changer. Il descendit les escaliers pour rejoindre Sherlock :

- Je suppose qu'elle a enfin découvert que son véritable petit copain l'a au final vraiment trompée.

- Non. Dit John en s'installant sur son fauteuil et ouvrant le journal du matin qu'il n'avait pas terminé de lire.

- Ça doit être cela et elle n'a pas voulu te le dire.

- Je ne vois pas pourquoi cela t'intéresse, cela fait plus d'un mois que tu te moques d'elle et que tu essaies de lui faire quitter la maison.

- Cela ne m'intéresse pas, je trouvais cela simplement ironique que l'histoire avec laquelle elle est venue nous piéger la première fois avait fini par la rattraper.

- Nous piéger ! Répéta John railleur avant d'abaisser son journal. Je te signale que ce n'est pas moi qu'elle visait mais toi et puis c'est toi qui te targue toujours de remarquer ce que je me contente d'ignorer. Et bien il faut croire que cette fois-là, le principal ignorant c'était toi!

Sherlock lui jeta alors un regard noir et ne répondit rien.

- Ah oui autre chose Sherlock, tu me feras le plaisir de ne pas être agressif avec elle ce soir au diner, je ne te demande pas de lui murmurer des mots doux mais si tu n'as rien à lui dire de gentil fais-moi le plaisir de la fermer ! Dit John en le menaçant du regard car il ne plaisantait pas.

L'heure du dîner vint et ils s'installèrent tous les quatre à table. Cassie faisait des efforts monstrueux pour d'une part ne pas pleurer et d'autre part pour garder un visage placide face à Sherlock, elle ne voulait vraiment pas recommencer à pleurer devant lui surtout si c'est à cause d'une énième phrase blessante. Non, elle allait tenir bon et tout irait bien.

Heureusement pour elle, sa tante avait commencé à raconter ce qui lui était arrivée durant la journée ce qui fait qu'ils en avaient pour un certain moment avant qu'un silence pesant puisse s'installer ou pire avant que Sherlock n'ouvre la bouche. Du moins s'il finissait par l'ouvrir cela serait pour s'attaquer à sa tante et avec un peu de chance il l'oublierait juste ce soir, le temps qu'elle digère la douleur. Ils en étaient à la fin du plat principal et sa tante s'apprêtait à leur servir le dessert quand le téléphone de Cassie sonna. Il était posé sur sa table, elle le souleva et vit qui l'appelait. Elle rejeta l'appel avant d'éteindre son portable.

- C'est le fameux petit copain. Dit Sherlock en regardant vers John.

Cassie serra les dents.

- Sherlock. Dit John en le foudroyant du regard.

- C'est Mike ? Demanda Mme Hudson.

Cassie acquiesça.

- Tu devrais lui répondre, peut-être qu'il veut s'excuser.

- Pas maintenant tantine, je n'ai pas envie de lui parler pour le moment.

- C'est parce qu'il vous a trompée. Dit Sherlock affirmatif, toujours aussi sûr de ses déductions.

Cassie serra les dents une seconde fois avant de répondre :

- M Holmes, je sais que vous vous y connaissez autant en relations amoureuses que moi je m'y connais en dissection de cadavres humains. Mais apprenez que les hommes ont d'autres raisons de rompre que celle de tromper leur femme.

Sherlock retint son sourire car elle lui adressait enfin la parole après plus d'un mois de silence.

- Oui, vous avez raison. Mais n'est-ce pas tromper que de refuser que son conjoint accomplisse l'œuvre de sa vie ?

Cassie se tourna vers John :

- Je ne lui ai rien dit. Dit John aussi surpris qu'elle.

- C'est une question de logique, vous vous installez à Londres, durant six mois pour vous occuper d'un sujet qui ne l'intéresse pas forcément. Rares sont les hommes qui n'auraient pas sourcillé.

- Vous êtes en train de me dire qu'il a raison de réagir comme cela ? dit Cassie en le regardant, son visage n'exprimait rien mais elle voulait savoir tout en se demandant si elle ne tendait pas le bâton pour se faire battre.

- En aucun cas, les femmes ont toujours soutenu leurs hommes dans leur travail, je ne vois pas pourquoi l'inverse n'est pas possible.

Cassie avait la bouche entrouverte tout autant que celle de John ou même celle de Mme Hudson. Ils en étaient ainsi littéralement bouche bée. Ils s'attendaient tous à ce qu'il fasse ce qu'il a toujours fait : balancer ne serait-ce qu'un mot cinglant. Mais non, c'était une 'gentille' phrase qui marquait qu'il était d'accord avec Cassie.

- Eh bien… Merci M Holmes. Dit Cassie car c'est tout ce qu'elle trouva à dire.

Il se contenta de lui sourire simplement puis se tourna vers Mme Hudson :

- Alors il vient ce dessert Mme Hudson.

- Euh oui bien sûr.

John quant à lui le regardait en se disant que décidément il était toujours aussi plein de surprises, il était certes capable du pire mais parfois aussi du meilleur comme la fois où il s'était excusé auprès de Molly. Bon certes là ce n'était pas des excuses mais il ne s'était pas attaqué à Cassie alors qu'il tenait une occasion en or. Sacré Sherlock…