Sherlock se calmait. Certes, il n'avait pas arrêté d'être lui-même avec Cassie mais il n'était plus agressif comme avant. Quant à Cassie, elle apprenait à moins l'ignorer. Elle ne le faisait que quand il balançait des phrases cinglantes comme d'habitude sans se rendre compte de la portée de ses mots. C'est ainsi qu'il comprenait qu'il avait dépassé les limites. Dès lors il se débrouillait pour changer de sujet et ce n'est qu'alors qu'elle lui adressait de nouveau la parole. Cassie avait alors compris que c'était ce qui s'approchait le plus de ce que les gens appellent des 'excuses'. Et cela le rendait plus humain à ses yeux. Elle commença à apprécier sa compagnie quand il n'était pas trop dans la mouvance 'je dis tout ce qui me passe par la tête sans faire le tri dans la case 'tact' '.

John regardait leurs échanges avec amusement car autant il comprenait les réactions de Cassie autant il ne comprenait pas pourquoi Sherlock avait commencé à faire des efforts pour ne pas exagérer, et surtout pour apprendre quand est-ce qu'il fallait ne pas ouvrir sa bouche. Il ne commença à cerner les raisons de Sherlock qu'après l'affaire Stanivla.

Stanivla était un riche homme d'affaire. Il avait créé une entreprise qui fabriquait des microprocesseurs, des cartes mères, des cartes graphiques… C'était l'une des plus grandes sur le marché. Le problème c'est qu'il se méfiait de ses employés ces derniers temps les soupçonnant d'espionnage industriel car le protocole de sécurité avait été violé. Etant de nature méfiante, il avait mis au point, grâce à ses talents d'ingénieur, un système de sécurité qui s'enclenchait dès que quelqu'un voulait accéder aux données sensibles. Il était le seul à connaitre l'existence et le fonctionnement de ce système. Ce dernier verrouillait tout le système informatique et informait immédiatement Stanivla par un sms.

-Cela ne veut pas dire pour autant que c'est l'un de vos employés. Lui fit remarquer Sherlock.

-Je ne dis pas que le voleur est forcément un de mes employés, ce que je crois c'est qu'un de mes employés est au moins complice. Car le voleur avait accédé avec une grande facilité à la pièce que j'ai sécurisée à coup de plusieurs millions en engageant les meilleurs en termes de sécurité. Ce qui me fait surtout douter c'est que le voleur connaissait l'emplacement des caméras, or il n'y avait pas de plan car je les ai placées moi-même et personne, hormis les quelques personnes qui accédaient à cette salle, ne connaissait l'emplacement des caméras. Le voleur connaissait tous les éléments constituant mon système de sécurité : l'emplacement des caméras, des détecteurs de chaleur et de mouvements, les scans rétiniens, les empruntes palmaires…

-Vos soupçons se sont donc focalisés sur qui ?

-Nous sommes quatre ingénieurs à travailler dans cette salle. J'aurai besoin que vous enquêtiez sur eux.

Stanivla, qui devait partir le soir même pour un voyage d'affaires de trois jours, leur avait fourni tous les éléments qu'il avait en sa possession et qui pourraient les aider à trouver le coupable après son retour. Sherlock devait passer trois jours plus tard au bureau de Stanivla pour interroger les trois personnes.

Néanmoins, au matin du jour de rendez-vous, Stanivla fut trouvé assassiné. Ce qui au début sembla pour Sherlock n'être qu'une banale affaire d'espionnage industriel se transforma en une enquête sur un meurtre.

John et Sherlock partirent à son domicile, lieu du meurtre, et y trouvèrent Lestrade :

-Tiens, qu'est-ce qui me vaut cet honneur ?

-C'est notre client. Enfin, c'était. Dit Sherlock en étudiant la scène du crime car le corps avait déjà été enlevé. D'après ce que je vois, on lui a tiré dessus. Etant donné l'emplacement et les morceaux de cervelles que je vois éparpillés un peu partout, je dirai une balle en pleine tête, ce qui suppose que le tireur sait viser. Une seule balle tirée, je n'en vois pas d'autres dans le mur ou sur les meubles. Dit Sherlock en faisant le tour de la pièce. Pas de trace de combat, et il était debout face à la porte ce qui implique qu'il connaissait peut-être son agresseur car il n'a pas pensé à fuir ou à se cacher derrière son bureau. La personne doit être celle qui a tenté de voler les informations confidentielles.

-Comment cela ?

-Il avait besoin de mes services pour démasquer un de ses employés qui faisait de l'espionnage industriel.

-Eh bien, je crois que l'employé a compris qu'il le soupçonnait et qu'il a voulu détruire tout élément qui pouvait l'incriminer. Le bureau a été fouillé et le coffre-fort forcé. Dit Lestrade.

-Stanivla gardait tout dans son entreprise, il était assez paranoïaque pour ne rien laisser d'aussi important chez lui. Dit Sherlock.

-Il est donc reparti bredouille.

-C'est ce que je pense.

Sherlock donna à Lestrade le nom des trois personnes que soupçonnait Stanivla pour qu'ils puissent tous les deux les interroger et vérifier leur alibi.

Cela leur prit la journée. Le premier ingénieur s'appelait Marc Lanson. Il était petit trapu et myope. Il avait 43 ans et cela faisait plus de dix ans qu'il travaillait pour Stanivla. Il semblait assez perturbé par sa mort. Il était resté au bureau durant une grande partie de la nuit, les caméras pouvaient l'attester.

Le deuxième ingénieur était une femme nommée Catherine Sherman. La cinquantaine et travaillait depuis vingt ans au sein de l'entreprise. Elle était assez forte de taille et était avec son mari le soir du crime.

Le troisième et dernier ingénieur s'appelait Thomas Mattis. Il avait le plus solide alibi car il se trouvait aux Etats-Unis. Des trois il semblait être le moins suspect à condition qu'il n'y ait pas de complice.

Sherlock décida de rentrer à la maison pour étudier avec plus d'attention les documents fournis par Stanivla. Avec les nouveaux éléments recueillis grâce à l'interrogatoire des deux premiers ingénieurs, en attendant le retour du troisième, il espérait repérer plus d'indices.

Arrivés chez eux, il monta les escaliers comme d'habitude :

-Je te l'ai toujours dit, arrête de te contenter de voir les choses, observe-les. Dit-il en terminant d'enlever ses gants puis il s'arrêta net. Cassie était allongée par terre inconsciente en plein milieu du salon. Il accourut vers elle le cœur serré, le cœur paniqué :

-Cassie… Dit-il en se penchant sur elle et en la retournant pour prendre son pouls. Elle semblait évanouie. Elle n'avait aucune blessure évidente car elle ne perdait pas de sang. Son cœur battait.

John accourut à son tour et s'agenouilla pour l'examiner. Il lui tapota légèrement la joue et elle commença à s'éveiller à leur grand soulagement.

-Ça va ? Lui demanda Sherlock.

Elle le regarda quelques instants un peu étourdie puis elle comprit sa question et surtout elle vit son inquiétude :

-Oui… Dit-elle en tentant de se redresser, s'appuyant machinalement sur Sherlock. Enfin, même si j'ai l'impression d'avoir était piétinée par un troupeau de vaches.

-Je vais chercher ma trousse. Dit John en partant rapidement dans sa chambre où il rangeait son nécessaire de médecin.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? Dit Sherlock en l'aidant tout doucement à se redresser.

- Je ne sais pas M Holmes… Dit-elle en attendant de se rappeler de ce qui s'était passé.

-Arrêtez de m'appeler comme ça, dites simplement Sherlock.

Cela faisait déjà plusieurs jours qu'il se trouvait agacé quand elle l'appelait ainsi. Et il ne comprenait pas pourquoi. Aujourd'hui c'était la fois de trop, l'avoir vu ainsi l'avait grandement perturbé.

Elle le regarda quelques instants essayant de comprendre cette réaction qui ressemblait si peu à l'idée qu'elle se faisait de lui.

-Très bien… Sherlock. Cela lui fit bizarre.

Il soupira et se détendit :

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

-Quelqu'un m'a assommée.

-Comment ça ?

-Un homme a sonné vers les coups de 15h et je lui ai ouvert la porte.

C'est à ce moment qu'arriva John. Il prit sa lampe et commença à examiner ses pupilles, elles réagissaient bien. Il réexamina sa tête et pas de blessure. Juste une bosse mais rien de méchant. Il lui posa ensuite une série de questions pour voir si elle répondait bien et si sa mémoire n'était pas altérée.

-A première vue, tu ne sembles pas avoir de commotion.

-Très bien.

-Néanmoins, ce soir je dois te surveiller au cas où.

-Ne t'inquiète pas ça va, j'ai la tête dure ! Pas besoin de me surveiller. Cela n'empêche que j'ai besoin d'une aspirine et surtout d'un truc glacé pour ma bosse. Dit-elle en grimaçant car elle avait mal à la tête.

- Si John dit qu'il faut vous surveiller, il ne faut pas en discuter.

- Je parie qu'il a dû vous dire cela plusieurs fois sans que vous l'écoutiez. Dit-elle en le regardant avec un léger sourire.

- Ce n'est pas pareil, avec moi c'est une vraie mère poule.

-Eh ! Réagit immédiatement John, cela m'apprendra à m'inquiéter pour toi ! Puis il se tourna vers Cassie ne perdant pas de vue l'essentiel : je ne plaisante pas c'est soit ça soit je t'emmène tout de suite à l'hôpital.

-Oh mais attends, tu n'aurais pas oublié un petit truc ? L'interrompit Cassie, tentant de détourner la conversation de la notion même 'd'hôpital'.

- Quoi donc ?

- Ton rendez-vous avec Lise.

- Ce n'est pas grave, je l'appellerai pour annuler.

-N'est-ce pas déjà la troisième fois que tu annules ? Cette fille est super mais je pense que sa patience a des limites. Vas-y, passe la soirée et même la nuit avec elle. Moi, je vais bien, ce n'est qu'une méchante bosse.

- Dans ce cas-là je t'emmène tout de suite à l'hôpital car je ne te laisse pas sans surveillance.

- Oh non, pitié pas l'hôpital, j'en ai une sainte horreur.

- Tu n'as pas le choix car ta tante n'est même pas là pour te surveiller étant donné qu'elle ne rentre que dimanche matin.

- Moi je peux la surveiller.

Ils se tournèrent brusquement vers lui. Et là Cassie commença à se dire qu'au final l'hôpital ce n'était pas une si mauvaise idée que cela.

-Toi ? Tu es sûr ? Dit John surpris.

-Oui, je sais comment la surveiller et quels genres de questions je dois lui poser après avoir vérifié l'état de ses pupilles. Et s'il y a un problème, je t'appelle.

John se tourna vers Cassie car dès le moment où Sherlock se proposait de lui–même cela ne pouvait que se passer bien. Il ne put s'empêcher de sourire quand il vit la tête de Cassie. L'expression 'se trouver entre la marteau et l'enclume' lui allait parfaitement : l'hôpital ou Sherlock ?

Sherlock l'emporta de peu car il la vit soupirer, résignée. Elle devait vraiment détester les hôpitaux mais bon qui les aimait.

-Euh… si vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas.

-Non, quelle idée sinon je ne me serai pas proposé. Dit-il sur un ton condescendant.

Elle soupira une seconde fois regrettant déjà sa décision.

- Bon reprenez où vous vous êtes arrêtée.

- Cet homme se disait être un de vos clients à qui vous aviez demandé de vous attendre ici.

- Et tu l'as laissé entrer comme ça ? Demanda John.

- Tu me prends pour qui ! Je lui ai dit que vous n'étiez pas là et qu'il n'avait qu'à vous rappeler plus tard. C'est là où les choses ont basculé, heureusement que ma tante n'était pas là. Elle inspira profondément car cela n'était pas évident de se rappeler des événements qui marquent son agression : il m'a menacée avec une arme et m'a obligée à lui montrer le bureau de M Hol… de Sherlock. Se reprit-elle en jetant un rapide regard à Sherlock qui lui sourit et elle ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.

Pour Sherlock c'était un grand pas en avant car jamais elle ne lui souriait ainsi, elle se méfiait toujours de lui et là elle semblait lui témoigner bien plus de confiance qu'au début.

-Arrivés à l'étage, il m'a demandé où Sherlock mettait ses documents et je lui ai répondu que je ne le savais pas, que je n'étais que de passage ici pour voir ma tante. Son téléphone a sonné alors et je crois que c'est là où il m'a assommée. Malheureusement, je ne pourrai pas vous être très utile car je n'ai pas pu bien voir son visage, il portait un chapeau et des lunettes de soleil.

Sherlock sortit alors son téléphone et appela Lestrade lui demandant de passer immédiatement pour que Cassie puisse donner sa déposition et la description physique de son agresseur. Il en profita pour lui demander de vérifier quels téléphones avaient reçus un coup de fil durant la dernière heure dans le périmètre de son appartement. L'agresseur avait reçu un appel qui avait dû obligatoirement passer par une antenne relai et comme la plupart des téléphones possèdent désormais l'option GPS il leur serait facile de le repérer et surtout de remonter le coup de fil jusqu'à l'un des trois ingénieurs.

Lestrade arriva une demi-heure plus tard. Il prit la déposition de Cassie et quand il termina, il rappela le service qui s'occupe de retracer les appels téléphoniques, ils l'avaient repéré. Lestrade dut alors partir rapidement pour interpeller cet homme.

Cassie eut droit ensuite à toutes les attentions de John qui culpabilisait de la laisser, ce qui avait tendance à agacer grandement Sherlock :

-Arrête de t'inquiéter comme cela, elle sera entre de bonnes mains.

-Promets-moi de te contrôler et de ne pas faire ton Sherlock !

-Je n'ai pas le droit d'être moi-même ! C'est un comble ! Je vais m 'occuper d'elle toute la soirée, sans dormir et c'est encore à moi de faire des efforts.

-Ne t'inquiète pas John, s'il fait trop 'son Sherlock' comme tu dis je n'aurai qu'à l'ignorer. Dit-elle pour rassurer John et surtout pour arrêter leur prise de bec. Et puis ces derniers temps, je dois avouer que sa compagnie m'est assez 'sympathique', il est donc fort possible que je passe une bonne soirée. Dit-elle en lui souriant.

-Oui, je veux bien te croire, je trouve qu'il a fait pas mal d'efforts ces derniers temps.

-Arrêtez de parler de moi à la troisième personne je suis toujours là !

-Oui pardon. Dit Cassie.

-Merci !

-Bon, là je monte me préparer et je vais chercher Lise. S'il se passe quoique ce soit appelez-moi.

-Ne t'inquiète pas. Promets-moi de t'amuser et de profiter de ta soirée. Et tu n'as pas intérêt à m'utiliser comme excuse pour foirer ton rendez-vous ! Dit-elle menaçante.

John soupira avant de promettre :

-Je promets de m'amuser et de profiter de ma soirée.

-Le voilà mon John charmeur ! Dit-elle en le serrant dans ses bras avant de le laisser partir.

Elle revint sur le canapé que John avait transformé en lit temporaire pour que Sherlock puisse la surveiller correctement. La soirée risquait d'être longue car Cassie n'avait pas le droit de faire un effort intellectuel, elle ne pouvait donc pas travailler sur sa thèse, ni lire, encore moins regarder la télévision. Son cerveau devait se reposer et du coup avant de retrouver le sommeil elle devait donc faire la conversation à Sherlock… Surtout que c'était la première fois qu'ils se trouvaient tous seuls sans John ou sa tante qui faisaient tampon. Allez, courage, elle était une véritable pipelette, capable de communiquer avec tout ce qui était doué de parole…

-Alors racontez-moi : quelle a été votre meilleure affaire ? Dit-elle alors que Sherlock était en train de travailler sur son ordinateur.

-C'est tout ce que vous avez trouvé comme question pour entamer une conversation ?

-Vous commencez à faire votre Sherlock… Dit-elle sans vraiment s'énerver, car elle savait qu'il ne connaissait sincèrement pas où se trouvaient les limites.

Il se tut :

-Excusez-moi. Reprenons : ma meilleure affaire était l'affaire Moriarty.

-Le tristement connu Moriarty. Il a été un adversaire de taille d'après ce que j'en ai lu dans la presse et dans le blog de John.

-C'est peu de chose que de le dire. Dit-il nostalgique.

-J'y crois pas il vous manque ! Dit Cassie ayant observé le ton nostalgique.

-Eh bien, oui et non. Son esprit vif et dangereux me stimulait mais je suis bien content de le savoir mort. Vivant, il représentait un réel danger pour mon entourage et surtout pour John.

-John m'a raconté, entre autres, l'épisode de la piscine.

-Oui. Dit Sherlock en arrêtant de taper sur son clavier.

-Je trouve que votre amitié à tous les deux est très touchante, vous vous sacrifierez l'un pour l'autre ce qui est rare de nos jours. Quand on vous connait séparément, on se demande bien comment une telle amitié a pu naitre et puis quand on vous voit ensemble, cela semble si naturel, si simple. Dit-elle souriant. Elle trouvait leur amitié belle et le fait qu'un tel lien puisse exister lui mettait du baume au cœur étant donné tout ce qu'elle avait vu de destructeur dans la nature humaine depuis qu'elle fait ses études de psychologie.

-Il est vrai qu'on s'est tout de suite entendus.

-Il est vrai aussi que les gens ont soit tendance à vous aimer ou à vous détester, vous ne laissez pas les gens indifférents.

-Sauf vous. Dit-il en se tournant vers elle.

Elle ne put s'empêcher de sourire :

-La meilleure manière de me protéger. Il y a de cela quelques années j'aurai essayé de discuter avec vous, je me serai même disputées avec vous. Mais avec le temps j'ai appris que dans la vie il y a deux catégories de personnes : celles avec qui on peut communiquer car il y a un réel échange et celles avec qui cela ne sert à rien de communiquer car elles ne vous écoutent pas.

-Vous m'avez donc classé dans la seconde catégorie.

-Oui. Et cela m'a grandement facilité la vie.

-Et maintenant ?

-Sincèrement je n'en sais rien, vous avez fait des efforts ces derniers temps sans que je sache trop pourquoi. Alors j'ai décidé de vous donner en quelque sorte le bénéfice du doute. A ce sujet, pourquoi avez-vous mis de l'eau dans votre vin ?

-Il faut croire que je me suis habitué à votre présence.

Elle sourit alors touchée et il lui rendit son sourire, c'était devenu un réflexe chez lui, à chaque fois qu'elle lui souriait, il ne pouvait s'empêcher de faire de même. Quand elle souriait il était étrangement heureux surtout quand la petite fossette sur sa joue gauche apparaissait.

-Merci. Je sais que le fait que j'envahisse votre espace privé n'a pas été chose aisée mais ne vous inquiétez pas dans 3 mois je ne serai plus là et vous pourrez vous réapproprier l'espace comme avant. Dit-elle se voulant rassurante.

-Restez le temps qu'il le faudra. Dit-il en regardant son écran, il n'avait pas aimé l'idée qu'elle parte.

-Merci. Dit-elle en commençant à bailler. Je crois que c'est le moment de me reposer un peu. Dit-elle en s'allongeant sur le canapé.

-Dormez tranquillement, je vous réveillerez dans deux heures.

-Et si on se tutoyait après tout tu es en train de veiller sur moi.

-Si tu veux.

-C'est ce que je veux. Dit-elle en bayant une seconde fois avant de fermer les yeux.

Il la regarda quelques instants se demandant ce qui lui arrivait. Pourquoi le fascinait-elle ainsi ? C'était en train de lui bouffer le cerveau car il ne trouvait pas de réponse. Il décida d'appeler Lestrade pour savoir où en était l'enquête. Ce dernier lui dit qu'ils avaient arrêté l'homme à temps.

-… et vous ne devinerez jamais qui c'était !

-Thomas Mattis. Dit Sherlock.

-Je déteste quand vous faites ça.

-Cela ne pouvait être que lui. La description physique ne collait pas avec le premier ingénieur. Cela ne pouvait être que l'assassin de Stanivla ou Mattis. Et comme Cassie est encore vivante cela ne pouvait pas être le tueur professionnel car il n'aurait jamais laissé de témoin. Je suppose que vous aurez besoin de Cassie demain matin pour qu'elle puisse l'identifier.

-Oui, passez à 10h. Bonne soirée.

-A demain.

Il raccrocha puis se tourna après un rapide coup d'œil à Cassie : sa respiration était lente et régulière. Il se concentra de nouveau sur son ordinateur.

Cela faisait déjà deux heures, il se pencha sur Cassie et la toucha à l'épaule. Elle cligna légèrement des yeux et se réveilla.

-Cela fait deux heures.

Elle acquiesça de la tête et elle se redressa doucement. Sherlock s'installa face à elle et attendit que ses yeux se soient habitués à la lumière de la pièce. Il examina ses pupilles puis il lui posa les questions de routine auxquelles elle répondit docilement.

-Tu as l'air de bien réagir, tu peux te rendormir. Dit-il satisfait avant de repartir vers son bureau pour s'atteler de nouveau à ses travaux.

Cassie resta les yeux dans le vague encore un peu groggy. Elle se redressa et se dirigea vers la cuisine.

-Où vas-tu comme ça ?

-J'ai une petite faim. Dit-elle en se dirigeant vers le frigo.

Il se dressa alors brusquement et fonça vers la cuisine juste à temps pour refermer la porte du frigo avant qu'elle ne l'ouvre complètement.

-Mais qu'est-ce qui te prends ?

-A ton avis.

Elle resta à le regarder un instant ne comprenant pas, puis la réponse jaillit dans son esprit :

-Oh merde, j'avais oublié que c'était ton fameux frigo. Elle enleva la main de la porte se disant qu'elle l'avait échappé belle car à une seconde près elle aurait été face à je ne sais quelle partie de l'anatomie humaine. Je vais me servir dans celui de ma tante et merci. Dit-elle avant de descendre.

Elle revint quelques minutes plus tard, un yaourt à la main, le trouvant en train de travailler sur son ordinateur. Elle s'installa sur le fauteuil qui était à côté de lui et croisa ses jambes en tailleur :

-Tu travailles sur quoi ?

-Je compile des informations que j'ai consultées ces derniers jours dans mes différentes lectures.

Elle le regarda faire :

-As-tu toujours été comme ça ?

-Comment cela ? Sois plus précise.

-Aussi génial et aussi emmerdeur ! C'est vrai, tu as une intelligence et une vivacité d'esprit hors du commun, tout en ayant en même temps si peu de tact.

Il la regarda un instant se demandant si au final c'était un compliment ou une insulte :

-Eh bien, je crois que oui. J'ai toujours dit ce que je pensais sans me sentir forcé de passer par des conventions sociales inutiles qui pour moi ne sont qu'une perte de temps et d'énergie pour mon esprit.

-Je comprends. J'aimerai pouvoir faire de même… Dit-elle songeuse. Mais faire de même voudrait dire faire le vide autour de moi. Surtout si je n'ai pas la chance de croiser des gens comme John, ma tante ou même Lestrade qui voient au-delà de mon absence de tact. Tu as de la chance, John était la meilleure chose qui pouvait t'arriver. Dit-elle en reposant sa tête contre le fauteuil et en regardant le plafond, la psychologue en elle commençait à réfléchir aux rapports humains et au fait que certaines personnalités pouvaient se compléter. Etudier vos rapports à tous les deux serait un bon début de recherche sur l'apport des personnalités telles que celle de John aux personnalités de génies. Mais bon il est difficile d'étudier ou de quantifier ce genre de lien, c'est ce qu'on appelle l'alchimie.

-L'alchimie n'est pas une science, elle ne peut pas servir à expliquer des rapports humains.

-C'est une expression Sherlock. C'est ma manière de dire que cela n'a pas besoin d'être expliqué, c'est naturel. Mais, remarque, c'est compréhensible venant de toi, tu analyses et tu quantifies tout en termes scientifiques, en faits vérifiables. Or, s'il y a bien quelque chose qui peut échapper à la science c'est bien la complexité du comportement humain. Certes, je te l'accorde, dans la majorité des cas, les gens agissent suivant les mêmes schèmes. Toi tu as compris cela, et en partant de ce principe, tu prévois une ou deux ou plusieurs possibilités et tu établis alors plusieurs plans d'attaque. Or, étant donné ton esprit vif et analytique, tu t'es rarement trompé. C'est ce qui t'a conduit à considérer les gens comme étant une suite d'algorithmes faciles à cerner, te permettant ainsi de résoudre n'importe quel crime. Mais après, tu as commencé à t'ennuyer. Je pense que c'est pour cela que Moriarty t'a marqué car il a bouleversé ta théorie, il est l'élément inconnu qui n'avait pas d'équivalent. Néanmoins, tout cela ne renvoie qu'à l'aspect intellectuel des choses. Ton aspect émotionnel, tu l'as très longtemps mis de côté. Et puis il y a eu John.

C'est alors que Sherlock se leva de sa chaise puis se pencha sur elle en s'appuyant sur les accoudoirs du fauteuil :

-Serais-tu en train de m'analyser ? Dit-il en la regardant droit dans les yeux, n'appréciant pas le fait qu'on analyse sa manière de voir les choses.

Elle ne bougea pas, elle resta un moment fascinée par ses yeux :

-Non, j'essaie juste de te comprendre. A vrai dire je réfléchissais à voix haute. Si je t'ai blessé je m'en excuse. J'étais si loin de la vérité ?

-Non, pas vraiment. Et toi, qu'est-ce qui peut te pousser à t'intéresser autant à la psychologie humaine et au poker ?

-La capacité qu'ont les gens à mentir m'a toujours fascinée. J'ai toujours étudié les comportements humains et ce depuis mon enfance. Il était naturel pour moi de devenir psychologue comme ça l'était pour toi de devenir un enquêteur. Comme ça l'était d'ailleurs pour Moriarty d'être le destructeur qu'il était.

Ils étaient restés dans la même position, le visage de Sherlock au-dessus de celui de Cassie :

-Tu sais que tu as de très beaux yeux. Dit-elle en tendant la main vers son visage pour tracer du doigt sa mâchoire.

A sa grande surprise il ne bougea pas. Il semblait comme d'habitude tout aussi calme, ce qui prouvait qu'il l'avait en quelque sorte acceptée. En réalité, il sentit des frissons lui parcourir tout le corps quand elle le toucha ainsi : par une douce caresse.

-Tu as des traits très carrés. On dirait un aigle. Tu as de quoi plaire. Pourquoi n'es-tu pas intéressé par des relations amoureuses ?

-Parce que c'est une perte de temps et une source d'ennuis. Dit-il en essayant de se calmer.

-Quelqu'un d'autre aurait répondu qu'il n'avait pas trouvé chaussure à son pied ou qu'il ne croyait pas en l'amour ou même que c'était le genre à papillonner plus qu'autre chose. Toi tu restes pragmatique jusqu'au bout.

-Tu serais bien mal venue de me contredire avec ce qui s'est passé avec Mike.

-Ouch, celle-là elle a fait mouche, Sherlock. Il est vrai qu'en me basant sur mes propres expériences désastreuses, je devrais automatiquement me ranger de ton côté. Mais j'aime trop 'aimer' pour y renoncer. Pour moi il n'y a pas de plus belle chose que de tomber amoureux, de sentir les picotements dans le ventre, de se sentir heureux simplement parce que l'autre te regarde, te sourit, te touche… Rien que d'y penser j'en ai la chair de poule. Les moments où les hommes que j'aime me prennent dans leur bras sont les moments où je me sens le plus en sécurité et là je lâche prise. Dit-elle en fermant les yeux car elle se rappelait de ce sentiment de plénitude qui l'envahissait à chaque fois. Elle rouvrit ensuite les yeux et vit que Sherlock la regardait intensément : Tu ne sais pas ce que tu rates.

Sherlock ne dit rien, ne bougea pas car à ce moment-là il eut une violente, irrépressible envie de l'embrasser. Il se fit alors violence et se redressa. Il fallait qu'il s'éloigne d'elle car à ce rythme il ne contrôlerait pas ses gestes.

-Es-tu au moins déjà tombé amoureux ?

-Non.

Elle se tut car elle était d'un coup triste pour lui. A cause de son esprit, certaines choses lui étaient inaccessibles et c'était malheureux.

-Je suis désolée, je suis d'une curiosité maladive et je ne peux m'empêcher de poser des questions indiscrètes. Tu mènes ta vie comme tu l'entends et tu es sans doute plus heureux que moi. Tu fais quelque chose qui te plait et tu as John et des gens qui te soutiennent. Que demander de plus !

Il revint vers son bureau et s'installa sur sa chaise :

-Tu devrais aller te recoucher.

-Je n'ai pas sommeil. Dit-elle en recommençant à regarder le plafond. Ce qu'elle ne voulait pas dire c'est qu'elle avait fait un cauchemar où elle revoyait son agression sauf que cette fois-ci l'homme lui tirait une balle dans la tête. Elle n'avait vraiment pas envie de se coucher. Sherlock… Elle se tut quelques instants puis reprit: Pourquoi ne m'a-t-il pas tuée ? J'ai vu son visage et d'après ce que disait le lieutenant Lestrade cet après-midi, il avait tué ton client.

Sherlock se tourna vers elle et comprit pourquoi elle n'arrivait pas à dormir :

-Parce que ce n'était pas le même homme.

-Dans ce cas-là, je peux dire que j'ai eu beaucoup de chance.

Elle se redressa alors et se dirigea vers la cuisine pour jeter son pot de yaourt. Elle se dirigea ensuite vers le canapé pour essayer de se rendormir bien décidée à arrêter d'embêter Sherlock. Elle s'allongea et tourna le dos à Sherlock pour essayer de se couper de la pièce et surtout pour retrouver le sommeil. Elle entendit alors Sherlock pousser sa chaise et se déplacer dans la pièce. Puis elle sentit quelqu'un s'asseoir sur le canapé. Elle tourna la tête :

-Redresse-toi.

-Pourquoi ? Dit-elle en s'asseyant.

Il tendit le bras et la prit par les épaules avant de la rapprocher de lui :

-Mais qu'est-ce que tu fais ?

-Tu m'as dit que cela te faisait du bien d'être dans les bras des hommes. Je sais que tu as peur, comme ça au moins tu seras un peu plus rassurée.

Elle le regarda surprise et surtout touchée :

-Comment peux-tu être aussi adorable ! Décidément tu es plein de surprises… Dit-elle avant de déposer un léger baiser sur sa joue pour le remercier. Elle glissa ensuite son bras sur son torse pour se mettre à l'aise.

Quant à lui, c'était difficile de décrire les sentiments qu'il ressentait mais pour résumer il comprenait mieux ce qu'elle voulait dire par sentiment de plénitude.

-Je suis désolée de t'empêcher de travailler.

-Tu ne m'en empêche pas car mon esprit continue à fonctionner. L'essentiel c'est que tu ailles mieux.

Elle sourit et finit par s'endormir un moment plus tard. Sherlock en profita alors pour la mettre plus à l'aise en mettant sa tête sur ses genoux pour qu'elle puisse dormir allongée plutôt que dans la position semi allongée. Il aurait pu se lever et laisser sa tête reposer sur un coussin mais il n'en fit rien. Il aimait qu'elle soit ainsi si proche de lui. Il continua à veiller sur elle le reste de la nuit.

John quitta Lise vers 8h du matin. Il arriva chez lui vers les 8h30. A vrai dire il ne s'attendait pas vraiment à grand-chose mais il craignait que Sherlock n'ait poussé le bouchon un peu trop loin cette fois-ci. Au pire, Cassie se serait enfermée dans son mutisme habituel qui a l'air d'une efficacité redoutable sur lui.

Quand il arriva à l'étage, il se demanda s'il ne rêvait pas. Il pouvait s'attendre à tout sauf à cela et comment décrire ce 'cela'… Sherlock était allongé, endormi, sur le canapé, Cassie était quant à elle allongée à ses côtés. Il la serrait dans ses bras. Sherlock serrant dans ses bras Cassie… Il prit son portable et prit une photo. Il commençait à comprendre pourquoi Sherlock s'était calmé face à elle. L'inimaginable, l'inconcevable se réalisait enfin. Qu'en était-il de l'évolution de cet 'inconcevable' ? Il était bien trop tôt pour le savoir mais pour rien au monde il ne raterait une miette de ce lien qui se tissait.

Il se dirigea vers la table basse et s'assit dessus. Il les regarda encore quelques instants puis toucha l'épaule de Sherlock :

-Allez réveille-toi belle au bois dormant ! Dit-il en se retenant de rire.

-John ! Dit Sherlock réveillé en sursaut.

-Quand je te disais de veiller sur elle, je n'en espérais pas tant ! Dit-il en regardant en direction de Cassie.

Le sursaut réveilla à son tour Cassie qui ouvrit alors les yeux.

-Hey John… Tu es déjà rentré. Dit-elle en se redressant et en commençant à se frotter les yeux. Comment ça s'est passé avec Lise ?

-Très bien, la preuve je ne rentre que maintenant.

Cassie lui sourit :

-Contente pour toi.

-Je vois que pour vous aussi ça s'est bien passé. Dit-il en jetant un regard narquois à Sherlock qui le foudroya du regard.

-Oui, Sherlock a été un ange, il m'a surveillée, il a supporté mes bavardages et il m'a rassurée. Ça m'a vraiment touchée. Je le verrai et traiterai différemment à partir de maintenant. Encore merci. Dit-elle en prenant la main de Sherlock pour la serrer brièvement.

-Bon, approche que je t'ausculte une dernière fois pour la route.

Elle s'assit docilement et subit pour la énième fois les mêmes contrôles. Tout allait bien.

-Bon je vais me doucher et reprendre mon travail.

-Il faut qu'on retrouve Lestrade vers 10h pour que tu puisses identifier l'homme qui t'a agressée.

-Je ne suis pas sûre de pouvoir le faire à cause du chapeau et des lunettes.

-Focalise-toi sur sa voix et sur ce qui t'a marquée par rapport à sa carrure.

-Ok.

-Ne t'inquiète pas, tout se passera bien. Lui dit John pour la rassurer.

-Je ne suis pas inquiète. Dit-elle en souriant légèrement avant de se lever pour se doucher.

Quand elle ne fut plus à portée de voix, John se tourna vers Sherlock qui s'était levé pour ranger les documents de Stanivla.

-Qu'est-ce que c'était que ça Sherlock ?

-Quoi donc ?

- Toi allongé sur le canapé, serrant Cassie dans tes bras.

-Elle n'arrivait pas à dormir et cela la rassurait que je la prenne dans mes bras. Tu m'as bien dit de bien m'en occuper ! Il faudrait que tu saches ce que tu veux !

-C'est elle qui t'a demandé de la prendre dans tes bras ? John n'était pas dupe, Sherlock ne faisait que ce que 'lui' voulait bien faire, et personne ne pouvait le forcer à faire quoique ce soit.

-Non, mais tu connais les femmes, incapables de comprendre ce qui était le mieux pour elles.

-Tu veux dire que Cassie était incapable de comprendre que tu étais 'le meilleur pour elle' ? Dit John un sourire en coin.

-Oh la ferme ! C'est la dernière fois que je rends service. Dit-il en se braquant avant de faire demi-tour pour partir dans sa chambre.

John avait un sourire large digne du chat du Cheshire dans Alice aux pays des merveilles. Il avait de quoi taquiner Sherlock pour un bon bout de temps et cela lui permettrait de compenser tous les coups foireux qu'il lui faisait. Décidément la journée commençait très bien.