Quand vint enfin le moment de sa « libération » (pour repos forcé de deux semaines, avait bien précisé Carson), ce n'est pas vers ses propres quartiers que McKay se dirigea, mais vers ceux de son amant. La porte n'était pas verrouillée, il entra, et comme il n'y avait personne, il s'allongea sur le lit pour attendre. Il ne devrait pas y en avoir pour longtemps, puisque l'heure du dîner venait juste de passer…
Lorsque Sheppard rentra dans ses quartiers, il était épuisé. Il avait passé tout son samedi à s'entrainer avec Ronon et Teyla… enfin, surtout à s'essouffler en courant et à prendre des coups ! Il n'alluma pas la lumière, mais malgré la pénombre ambiante, il remarqua la silhouette sur son lit.
John se figea et fixa un instant l'homme qui regardait le plafond.
« Il ne m'a pas entendu entrer ? »
- Bonsoir, Sheppard…
« Ah bah faut croire que si ! » Il se racla la gorge – un chat ayant apparemment décidé d'y faire un tour.
- Bonsoir, McKay…
Il attendit, mais Rodney n'esquissait pas le moindre mouvement, et John ne savait pas comment agir. Il poussa un soupire à fendre une pierre et décida de feindre l'ignorance jusqu'à ce que le scientifique se décide.
Il enleva son tee-shirt trempé de sueur et ses chaussures, puis se dirigea vers la salle de bain pour faire couler l'eau du bain. Il revint dans la chambre et s'assit sur le lit pour enlever ses chaussettes. Puis il tourna la tête vers l'autre homme, qui n'avait toujours pas bougé d'un iota. Re-soupire.
- Ecoutez, McKay…
C'est alors que le scientifique se redressa. Le militaire se tut, dans l'expectative. Rodney s'installa à genoux derrière lui, posa ses mains sur son dos, et commença à lui masser les épaules. D'abord tendu, John se laissa finalement aller au bien-être. Il fallait reconnaitre que le scientifique était tellement doué qu'il était impossible de résister !
- Je refuse.
Sheppard rouvrit les yeux, se demandant si son cerveau embrumé par la fatigue n'avait pas imaginé ce qu'il avait entendu, mais la voix repris.
- Je refuse de changer d'équipe et je refuse de briser notre couple.
Le militaire avala difficilement sa salive. Rodney se colla à John, lui entourant le torse de ses bras. Chacun pouvait sentir le cœur de l'autre battre la chamade.
- Et vous ne m'avez toujours pas expliqué pourquoi…
Aucun des deux ne bougea ni ne dit mot pendant plusieurs minutes. Le silence était seulement troublé par le bruit de l'eau coulant du robinet de la baignoire. Quand l'arrêt automatique s'enclencha, Rodney relâcha son étreinte et se leva, puis se postant devant John, il l'invita à en faire de même en lui tendant la main.
Le militaire regarda ladite main, perplexe.
- Il y a un bain chaud qui nous attend, autant en profiter.
Sheppard ouvrit la bouche, la referma, fronça les sourcils, et soupira derechef.
- Vous allez vous irriter la gorge à force de soupirer comme ça.
John fixa Rodney dans les yeux, tentant d'y trouver un indice sur la façon dont il devait répondre à l'invitation… mais pour une fois, le visage de McKay semblait totalement impassible.
« Non, c'est plutôt un mélange de trop de choses en même temps… »
Ne sachant que faire, il se décida à obéir au scientifique. Il prit la main tendue, se leva, et se laissa entrainer dans la salle de bain.
Quand Rodney voulu enlever sa veste, il grimaça de douleur. John l'aida à se déshabiller, remarquant au passage la cicatrice laissée par la balle, et ne put s'empêcher de l'effleurer du bout des doigts.
Un frisson parcourut le scientifique à ce contact, et un léger sourire apparu furtivement.
Puis le militaire enleva ses propres vêtements pendant que le Canadien se glissait dans l'eau chaude, avant de l'y rejoindre.
John s'installa dans le coin opposé de celui de Rodney, mais ce dernier vint s'asseoir contre lui. Il se cala entre les jambes du militaire, dos contre son torse, et pencha la tête en arrière en fermant les yeux, ne réagissant pas à ce qu'il avait dû sentir de l'état de l'autre homme.
L'Américain en avait arrêté de respirer ! En effet, cette promiscuité lui était difficilement supportable… surtout pour une certaine partie de son anatomie, qui avait décidé contre son gré de réagir positivement à la présence de l'autre homme.
- Vous m'avez manqué, Sheppard, ces quatre derniers jours. J'aurais aimé que vous veniez au moins prendre des nouvelles. J'allais vraiment mal et j'aurais eu besoin de vous.
John relâcha son souffle, ferma les yeux et entoura le torse de Rodney de ses bras. Celui-ci pris ses mains jointes dans les siennes. Ils restèrent un long moment ainsi, puis John brisa le silence d'une voix d'outre-tombe.
- J'ai fait ça parce que j'ai peur.
Un tressaillement de son compagnon lui indiqua qu'il avait entendu, et l'absence d'autre réaction l'incita à continuer.
- J'ai peur de m'engager, j'ai peur de me faire prendre, j'ai peur de tout perdre. » il soupira « Je sais qu'avec elles, je ne risque rien. Ce ne sont que des coups d'un soir, pour certaines je ne connais même pas leur nom. Elles n'ont pas d'importance pour moi, elles me permettent juste de me rassurer.
Il s'arrêta, attendant que son compagnon réagisse.
- Vous vous êtes protégé ?
Sheppard se tendit. La voix de McKay était d'une froideur qu'il n'avait encore jamais entendue. Il eut un petit rire nerveux.
« En même temps, je l'ai bien mérité… »
- Ce sont des femmes vivant dans des sociétés de type médiéval ou post-apo, bien sûr que je me suis protégé, je ne suis quand même pas si inconscient…
- Tant mieux, au moins, j'aurais pas risqué de choper une saloperie à cause de vous !
Là, le ton du scientifique était tellement amer que le militaire en eut la gorge serrée. Il n'osa plus rien dire, attendant que McKay relance la conversation.
Mais celui-ci se décolla de lui et se retourna pour lui faire face. Rodney était maintenant à genoux devant lui, les mains posées de chaque côté de sa tête, et avait les yeux fixés sur le regard baissé du Colonel.
- John, regarde-moi.
Surpris par le tutoiement, Sheppard obéit. Ce qu'il vit dans les yeux bleus lui serra le cœur, mais il se força à ne pas s'en détourner.
-Je t'aime, je te l'ai déjà dit. Et je refuse que tu me quittes par culpabilité. Même si ça me fait mal, je veux te garder. Mais j'ai encore besoin de savoir une chose…
Le militaire eut du mal à articuler sa question tant il avait du mal à retenir ses larmes.
- C'est-à-dire ?
- Vas-tu continuer de coucher avec des femmes, ou es-tu capable d'arrêter pour moi ?
La question avait été murmurée, comme une supplique, pleine d'espoir.
C'en fut trop pour John, qui se détourna de Rodney, le repoussa et sortit du bain. Il se laissa tomber sur son lit, attrapa son traversin et commença à sangloter dedans. Peu après, une serviette chaude fut posée sur lui, et le côté du lit bougea lorsque Rodney s'assit dessus. Puis le militaire sentit les doigts du scientifique lui caresser doucement les cheveux.
John commença alors à répéter en boucle des « désolé » tel une litanie. Au bout de quelques minutes, il réussit à se calmer. Il attendit d'avoir complètement recouvré ses moyens avant de se tourner vers l'autre homme. Celui-ci enleva alors sa main et attendit.
« Je lui dois la vérité… »
- Je ne peux rien vous promettre, Rodney, parce que je ne sais vraiment pas si j'en suis capable.
Le Canadien hocha la tête et ferma les yeux. Il resta un moment sans bouger, puis se glissa dans le lit.
- Heu ?
- Je vous l'ai dit, vous m'avez manqué, et je voudrais juste passer la nuit avec vous.
Le militaire hésita un instant, soupira et le rejoignit sous les draps.
- Okay…
Rodney lui fit un chaste baiser, puis posa sa tête contre le torse de John, qui le prit dans ses bras.
Mais Sheppard avait une question qui lui brulait les lèvres. Il se mit une claque mentale pour s'encourager et se lança.
- Rodney, …
- Non, je ne vous ai pas encore pardonné. Il me faudra du temps.
« Le v'là télépathe, maintenant… »
- Et puis, j'ai deux semaines de repos forcé, au moindre effort ça me fait un mal de chien de respirer.
- D'accord, Rodney.
McKay se colla un peu plus à Sheppard, et s'endormit. John mit un peu plus de temps, mais bercé par la respiration du scientifique, il finit lui aussi par sombrer de fatigue.
NdlA :
Le chapitre 21 est en cours d'écriture... mais ma muse semble s'être encore barrée en congé sabbatique en plein milieu...
