Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, je me contente simplement de les emprunter. Merci beaucoup à Kris pour sa relecture !
Un grand merci à Lillybulle, Para-san, Kris et PoseidonDemon pour leurs reviews !
Chapitre VII
Mais c'est pas possible, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Fujisaki ? Pianiste ? Le cousin de Seguchi ?
Qu'est-ce qu'il fait là ? Il a une guitare… Mais alors, lui aussi est musicien ? Il fait partie de ce groupe ?
Les deux garçons se faisaient face, un air de stupéfaction absolue peint sur le visage. K et Noriko observaient la scène avec de grands yeux, Sakano était resté figé par la surprise sur le pas de la porte, quant à Shûichi il ne cessait de regarder tour à tour chacun des deux garçons de l'air inspiré d'une poule qui aurait trouvé un couteau.
« Hey, mais vous avez l'air de déjà vous connaître ! s'écria soudain K avec bonhomie. Tu es un ami de Hiro, petit ? Enchanté, moi c'est K ! »
Suguru ne lui accorda pas même un regard, cependant que Sakano, outré, sifflait : « K ! Il s'agit du cousin de monsieur le Directeur ! »
« Suguru, mais… enfin, qu'est-ce que ça veut dire ?! éclata Hiroshi. Tu… c'est vrai, tout ce qu'il vient de raconter ? »
La stupeur n'avait pas encore fait place à d'autres émotions, il était encore sous le coup de ce que Sakano venait d'annoncer avec tant de fierté ; Suguru, son petit Suguru Ritsuda, n'était pas celui qu'il avait prétendu être.
Et la colère prit le pas sur tout le reste.
« J'arrive pas à croire que tu ais pu me monter un bateau pareil ! enchaîna-t-il sans laisser le temps au garçon de répondre. Tu m'as bien pris pour un imbécile, hein !! Tu m'as même donné un faux nom ! Et comme un crétin que je suis, j'ai tout gobé !! »
Il était si blessé et furieux qu'il en avait oublié les autres. Pas un seul instant il n'avait douté de la sincérité de Suguru, et ses mensonges lui faisaient l'effet d'une véritable trahison.
« Hé, Hiro… Qu'est-ce qu'il te prend ? » demanda Shûichi qui ne comprenait toujours rien, de même que les autres. Suguru n'avait toujours rien dit, partagé entre stupeur et indignation. Certes, il n'avait pas joué franc-jeu avec Hiroshi… mais lui non plus, à ce compte !
« Il me prends que ce… ce gamin s'est bien payé ma tête, voilà ce qu'il me prend ! » cracha le guitariste, livide de colère. C'était donc si douloureux d'être trahi par la personne que l'on aimait ? Il avait l'impression d'avoir été poignardé en plein cœur.
« Ça suffit maintenant ! cria Suguru, tiré de son état de choc par les paroles blessantes d'Hiroshi. J'avais mes raisons pour agir ainsi ! Et à ce que je sache, vous aussi m'avez menti !!
- Mais enfin, calmez-vous tous les deux ! intervint Noriko qui, bien que dépassée par les événements, tentait de garder la tête froide. Ce n'est certainement pas en criant que vous allez arranger quoi que ce soit ! »
Sakano, qui n'avait pas bougé du seuil, paraissait sur le point de défaillir.
« Je… Je vais prévenir monsieur le Directeur… » balbutia-t-il d'une voix mourante. Suguru se retourna vers lui d'un geste brusque.
« Laissez mon cousin en dehors de tout ceci, ce ne sont pas ses affaires ! » aboya-t-il. Non mais, qu'est-ce qu'ils s'imaginaient tous ? Il n'était plus un gosse !
« Ça suffit, kids, dit posément K en tirant son magnum de son holster. On a bien ri mais maintenant c'est terminé, alors vous allez me faire le plaisir de discuter comme des personnes civilisées, sinon ça finira mal. » Pris dans un rai de lumière, le canon luisant de l'arme brilla d'une lueur menaçante.
« Et pour commencer, depuis quand est-ce que vous vous connaissez, tous les deux ? s'enquit Noriko, essayant de calmer le jeu et d'instaurer un dialogue.
- Pff, si tu t'attends à ce que ce menteur te dise quelque chose de sincère, tu peux toujours courir, Noriko, répondit Hiroshi d'un ton de mépris.
- Si c'est pour me faire insulter, je préfère encore m'en aller ! » rétorqua Suguru, ulcéré et tout aussi profondément blessé que le guitariste. Il aurait voulu plaider sa cause, expliquer ce qui l'avait poussé à dissimuler la vérité… mais pas dans ces circonstances, et pas dans l'état de colère où il se trouvait. « Bonne journée à tous ! »
Et sans attendre, il quitta le studio, bousculant au passage Sakano qui semblait pétrifié.
« C'est ça, qu'il s'en aille, c'est ce qu'il a de mieux à faire », laissa tomber Hiroshi dont le visage était complètement défait. Encore effaré, Shûichi leva des yeux interrogateurs vers son ami et demanda doucement :
« Hiro… C'est… C'est lui, Suguru ?... Le Suguru ? »
Car il ne pouvait pas y avoir d'autre raison à la fureur de son camarade. Shûichi le connaissait bien, et d'après ce qu'il avait compris de la dispute, il ne pouvait s'agir que d'une histoire dans ce genre.
Le guitariste hocha la tête sans rien dire, le visage orageux. Il tira nerveusement une cigarette de son étui et l'alluma.
« Désolé, mais j'ai vraiment plus la tête à la répète. C'est pas la peine que je continue dans ces conditions… à demain, lâcha-t-il en ramassant ses affaires.
- Mais… Nakano… commença le producteur, catastrophé.
- Laisse, ça ne sert à rien, l'arrêta K. Autant le laisser se calmer. »
Consterné, Shûichi le vit disparaître à l'angle du couloir. Totalement abattu lui aussi, il retourna dans le studio.
« Shindô, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'écria Sakano en le saisissant pas un bras. Tu es au courant de quelque chose ?
- Hé ben… d'après ce que j'ai compris… ce Suguru est le petit ami de Hiro », déclara-t-il tout naturellement. Ce n'est que lorsqu'il se retrouva face à trois paires d'yeux inquisiteurs qu'il se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de ne rien dire.
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Hiroshi avait mis un long moment à se calmer, ulcéré par la manière dont Suguru avait agi avec lui. Dire qu'il l'avait cru vulnérable ! Il avait l'air aussi roué que son illustre cousin, Tôma Seguchi.
Qu'il lui ait caché son identité au début… soit. Mais après qu'ils aient commencé à se voir régulièrement, après qu'il lui ait avoué qu'il l'aimait ! Sans doute un petit jeu de gamin trop gâté qui devait s'ennuyer.
Le jeune homme n'aurait su dire s'il était plus en colère que malheureux de ce qu'il percevait comme une trahison. Suguru l'avait bien eu avec sa réserve et son air grave un peu mélancolique ! Un faux-jeton de première, oui, et rien d'autre. Jamais encore il n'avait souffert autant après une rupture. Il ne sortait pourtant avec Suguru que depuis… une journée ? Tout était allé si vite entre eux, néanmoins il avait terriblement mal.
Hiroshi avait fini par se réfugier dans le parc où Shûichi avait fait la rencontre de Yûki. Les deux garçons s'y rendaient souvent pour discuter, mais là il était seul et il avait besoin de réfléchir. Une fois sa colère retombée, il put enfin envisager ce qu'il venait de se passer sous une autre lumière.
Que savait-il de Suguru, en fin de compte ? Pas grand-chose. Et du véritable Suguru Fujisaki ? Absolument rien en dehors des quelques lignes qu'il avait parcourues d'un œil distrait quelques semaines auparavant, et dont il avait oublié le contenu.
Le jeune garçon devait certainement avoir eu ses raisons pour agir ainsi. Peut-être dans le but de se protéger ? Après tout, lui aussi avait tu pas mal de choses le concernant, à commencer par le fait qu'il faisait partie de Bad Luck. Mais tout de même, le sentiment d'avoir été trahi s'attardait au fond de son cœur.
Le guitariste ne rentra chez lui qu'en fin de journée. À l'instant où il déverrouillait la porte de son appartement, il songea soudain que c'était la première fois depuis des jours que Suguru et lui ne s'étaient pas donné rendez-vous. Que pouvait bien faire le garçon en cet instant ? En dépit de sa rancœur, un élan de tristesse le parcourut.
Bien évidemment, Shûichi lui avait à nouveau laissé des quantités de messages. Il avait conscience d'avoir agi de façon injuste avec son meilleur ami, après tout Shûichi n'était en rien responsable de ce qui avait eu lieu, néanmoins il n'avait pas envie de lui parler – ni à lui ni à personne d'autre. Il lui envoya toutefois un SMS pour l'assurer que tout allait bien et qu'il serait au travail dès le lendemain.
Ceci fait, le jeune homme s'assit devant son ordinateur. Il ne s'en servait pas souvent, principalement pour envoyer des mails ou rechercher des partitions, mais cette fois c'était autre chose qu'il voulait.
Il entra « Suguru Fujisaki » dans la zone de recherche et valida.
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Après avoir quitté le studio, Suguru était rentré directement à l'appartement. Il savait que son cousin allait sans nul doute très mal prendre l'incident, et pour peu qu'il en arrive à certaines conclusions, sa colère n'en serait que redoublée. D'un autre côté, il n'était pas le responsable légal du garçon, et si des choses ne lui plaisaient pas… tant pis.
Comme à chaque fois qu'il était sous le coup d'une vive émotion, Suguru prit place devant le piano et commença à jouer. Seule la musique était en mesure de l'apaiser, de l'aider à calmer le bouillonnement d'émotions qui avaient envahi son esprit. Peu importait le morceau, n'importe lequel faisait l'affaire, c'était l'acte de jouer qui agissait sur ses sentiments.
Oui, il avait eu tort de mentir à Hiroshi. Il en avait eu conscience très tôt, mais sa peur avait été la plus forte, et ensuite il était trop tard. La réaction du guitariste était la preuve qu'un aveu de sa part aurait tout gâché. Cependant, il aurait bien fallu un jour ou l'autre qu'il avoue qu'il repartait en Amérique, non ? Sa lâcheté avait causé sa perte, et c'était tant pis pour lui.
Suguru poussa un lourd soupir et cessa de jouer. Sa colère était passée. Les propos d'Hiroshi à son encontre l'avaient profondément blessé, même s'ils étaient en grande partie mérités, et même si le jeune homme, lui aussi, avait joué un jeu semblable au sien. À présent qu'il avait la tête froide, ne subsistait plus qu'une immense tristesse, le sentiment amer d'un véritable gâchis. Était-il encore temps de rattraper les choses ? Mais dans quel but, en fin de compte ? De toutes les manières, leur histoire était vouée à prendre fin dans peu de temps.
La sonnerie de son téléphone portable le fit tressaillir. Hiroshi, peut-être ? ne put-il s'empêcher de penser en décrochant. Mais c'était Tôma. Bien évidemment, les choses n'avaient pas tardé à remonter jusqu'aux oreilles du directeur de N-G.
« J'ai eu vent de ce qu'il s'est passé tout à l'heure, déclara Tôma sans préambule après le « Allô ? » de son cousin, et à sa voix on sentait qu'il était très mécontent. J'avoue être très surpris, Suguru, je ne me serais jamais attendu à un tel comportement de ta part. »
Le garçon se tendit. Il ne connaissait pas très bien son cousin, mais celui-ci avait la réputation de ne pas faire dans le détail quand quelque chose lui avait déplu.
« Que s'est-il passé exactement ? Un problème avec Nakano, apparemment ? »
Savait-il ? Était-ce une façon de le mettre à l'épreuve – prêcher le faux pour savoir le vrai ?
« Je… tiens à m'excuser. J'ai sans doute réagi de manière excessive. J'ai été surpris, c'est tout.
- Vraiment ? Après ton départ, Nakano a quitté la répétition, et à l'heure qu'il est il n'est toujours pas revenu. Il n'est pas avec toi, par hasard ? »
Le cœur de Suguru fit un bond dans sa poitrine. Tôma savait.
« Non, il n'est pas avec moi. Pourquoi devrait-il y être ? répondit-il, tentant un coup de bluff.
- N'essaie pas de me prendre pour un idiot, Suguru. Je me doutais bien qu'il devait y avoir quelque chose dans ce genre, sauf que je n'aurais jamais pensé qu'il puisse s'agir de Nakano. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé tout à l'heure… et à la vérité, je n'ai pas vraiment envie de le savoir. Ce qui m'importe c'est que tu as deux récitals en novembre et que ce n'est pas le moment de perdre ton temps à des… histoires sans intérêt. »
L'on ne pouvait s'y méprendre : il s'agissait bien d'un avertissement. Prenant une profonde inspiration, l'adolescent répondit :
« Ce n'est pas la première fois que je donne un récital, monsieur Seguchi. Dans ce cas, j'estime être assez grand pour savoir ce que j'ai à faire. »
Tôma ne répondit pas immédiatement, mais quand il le fit, il y avait une note d'amusement au fond de sa voix.
« Ah oui ? Justement, j'ai demandé à ton agent, Ôda, de passer à la maison en début d'après-midi afin de parler un peu de la manière dont vont se dérouler les répétitions avec le professeur Ueda. J'ai la nette impression qu'il se fait du souci pour toi… Il faut dire aussi qu'il ne t'a pas beaucoup vu ces derniers temps, étant donné que tu étais occupé à… d'autres choses… »
Suguru crispa les doigts sur son téléphone. Son cousin savait d'instinct frapper là où cela faisait mal. Il n'aurait pu trouver pire punition.
« Enfin, au vu de ce qu'il s'est passé ce matin, je gage que… cette liaison ridicule est terminée, n'est-ce pas ? poursuivit le directeur de N-G. Bien, je vais te laisser. Passe un bon après-midi, Suguru. »
Le jeune garçon raccrocha d'une geste rageur. Fumiki Ôda… Il n'avait certainement pas besoin de subir la présence de ce raseur ! Pourquoi ne le laissait-on jamais libre de vivre sa vie comme il l'entendait ?
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L'après-midi fut interminable. Si Suguru avait espéré une brève entrevue, il déchanta très vite. Ôda passa près de trois longues heures en sa compagnie, à lui parler de choses qu'il ne faisait même pas l'effort d'écouter. Son esprit revenait sans cesse sur la scène qui avait eu lieu le matin, et qui ne cessait de repasser en boucle dans sa tête. Il n'avait envie que d'une seule chose : qu'on le laisse enfin en paix.
Ôda partit sur le coup des 17 heures, laissant derrière lui un Suguru complètement déprimé et en proie à une violente migraine. Jusqu'à aujourd'hui, ç'avait été l'heure à laquelle il rejoignait Hiroshi, mais maintenant…
Le garçon prit une aspirine et ouvrit son journal dans lequel il nota simplement ceci :
J'aurais voulu que les choses se passent différemment. Avoir au moins l'occasion de m'expliquer… de lui laisser savoir que je l'aime sincèrement, et…
Il s'interrompit et raya d'un trait le mot « aime » pour le remplacer par « aimait. »
… qu'il a été le premier. Mais je ne crois pas qu'il voudra m'écouter, maintenant, et puis mon cousin a raison : quoi qu'il arrive, je dois repartir dans quelques semaines, notre relation n'aurait de toutes manières pas eu d'avenir.
Il replaça son cahier dans son sac, et il allait s'asseoir au piano quand son téléphone sonna. Il s'en saisit et jeta un coup d'œil au nom affiché sur le petit écran.
Hiroshi…
À suivre…