Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, je me contente simplement de les emprunter. Merci beaucoup à Kris pour sa relecture !
Merci beaucoup à tous ceux et celles qui auront laissé un petit commentaire, ainsi qu'à toutes les personnes qui auront suivi cette histoire jusqu'au bout !
Chapitre XVI
« … et donc, une fois le récital fini, tu l'as raccompagné à moto jusque chez toi et… vous avez passé la nuit à faire des cochonneries, c'est ça ? questionna Shûichi avec une avide curiosité. C'est pour ça que tu as l'air si crevé, avoue ! »
Hiroshi se moucha longuement et jeta un regard noir à son camarade.
« J'ai l'air crevé parce que j'ai pris froid hier soir, sous la pluie ! Juste au moment où je partais il s'est mis à tomber des cordes, et après je me suis gelé en l'attendant à la gare. J'aurais dû rester couché, je ne tiens plus debout.
- Tu es certain que c'est à cause d'un simple rhume ? insista Shûichi d'un air soupçonneux.
- Non mais, tu le fais exprès ou quoi ? Tu t'imagines que Seguchi m'aurait laissé embarquer son cousin sans rien dire ? Je te garantis, quand je l'ai vu débarquer dans la loge… J'ai cru que j'allais avoir un arrêt cardiaque. »
Le jeune homme ramassa le journal posé sur la table et, pour la dixième fois au moins, relut l'article dithyrambique consacré au récital de la veille.
« Écoute ça, Shû… « Comme à Kyôto deux jours auparavant, Fujisaki a joué avec une virtuosité époustouflante, mais si son interprétation, alors, était quelque peu mélancolique, elle a été hier éclatante de vie, vibrante d'un bonheur si intense et puissant qu'il n'a pas manqué de trouver un écho dans le cœur des 3600 personnes réunies pour l'écouter… » Tu imagines, Shûichi ? C'est moi qui ai inspiré tout ça ! Ah, qu'il est bon d'être aimé à ce point… » roucoula Hiroshi.
En effet, l'ensemble de la presse s'accordait pour louer l'excellence du récital donné la veille par Suguru. « Inspiré », « brillant », « passionné », tels étaient quelques-uns des qualificatifs qui fleurissaient dans les journaux. Tous étaient unanimes : le jeune pianiste avait produit une performance de très haut niveau.
« Il s'en va cet après-midi, fit remarquer Shûichi. Ça ne te met pas le moral à zéro ? »
Son ami poussa un profond soupir.
« Si. Ça va être difficile. Même si on va garder le contact, ce ne sera pas pareil… Enfin, c'est nous qui avons choisi d'essayer. Si ça ne marche pas… au moins nous n'aurons pas de regrets.
- Tu vas aller lui dire au revoir ?
- Son avion décolle à 14 heures. Ça ne te fais rien si je fiche – encore une fois – la répète en l'air ?
- Bah, c'est pas moi qui irai te dire quoi que ce soit sur le sujet… dit le chanteur en prenant le journal des mains d'Hiroshi. Bon, fais-moi lire cet article sur ton chéri à toi… »
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« C'est l'heure d'y aller, annonça Mika en ramassant sa veste. Le temps de passer prendre ton agent à son hôtel, et on y va. »
Suguru hocha la tête et enfila son manteau. Après la pluie de la veille, la température avait brutalement chuté.
« Alors ? Ce n'est pas trop dur de partir, maintenant ? questionna gentiment la jeune femme en se saisissant de son sac à main. Tu n'avais pas très envie de venir au Japon, il me semble, mais là… »
Suguru soupira et haussa les épaules avec fatalité.
« J'ai toujours su que je devrais repartir. Ces deux mois ont passé si vite, et en même temps si lentement… Mais Hiroshi et moi avons décidé de faire vivre notre histoire malgré tout, alors… nous verrons bien ! » acheva-t-il avec un sourire qui se voulait vaillant.
« Et puis, je vais retrouver mon petit frère, il m'a tellement manqué… J'imagine que ça a dû être encore plus difficile pour lui. »
Mika posa la main sur l'épaule de son jeune parent d'un geste réconfortant.
« Ce n'est pas comme si tu n'allais plus avoir du tout de contact avec lui. Et puis, dis-toi bien que ce sera un bon moyen de mettre vos sentiments à l'épreuve… Allez, on y va ? Si ça continue on va arriver en retard, ce n'est pas ce que tu cherches à faire, par hasard ? »
Suguru lui renvoya un pauvre sourire.
« Inconsciemment, sans doute… Mais je n'ai pas vraiment le choix, n'est-ce pas ? »
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Fumiki Ôda parlait, et Suguru ne lui prêtait absolument aucune attention, ce qui ne paraissait d'ailleurs pas troubler l'agent outre mesure. Une brassée des principaux quotidiens nationaux du Japon posés à côté de lui, il commentait les réactions de la presse après le récital du jeune pianiste.
« … et je pense que votre oncle Nobuo aura toutes les raisons d'être satisfait ! Il faut dire aussi que cette soirée a été grandiose, votre jeu n'avait encore jamais… »
Suguru consulta sa montre. Hiroshi l'avait assuré la veille qu'il viendrait lui dire au revoir avant son départ, mais l'heure avançait et il n'était pas là.
« … d'ailleurs monsieur Ueda m'a dit pas plus tard que ce matin que…
- Suguru ! »
Le garçon se retourna vivement en direction de l'appel. Hiroshi se dirigeait vers lui, essoufflé.
« Un accident à l'entrée de l'autoroute… J'ai cru que je n'arriverais jamais… »
Suguru sourit avec indulgence, l'air soulagé néanmoins.
« Ça ne fait rien. L'essentiel c'est que vous soyez là… »
Il se haussa sur la pointe des pieds et tendit le cou, réclamant un baiser, mais le guitariste recula la tête, à son immense surprise.
« Mais… Vous ne voulez pas m'embrasser ? s'enquit-il, un peu vexé.
- C'est pas ça, mais… J'ai un rhume terrible et je n'ai pas envie de te le coller. »
L'adolescent fronça les sourcils, incrédule, puis passa résolument les bras autour du cou du guitariste.
« Ça m'est égal, et puis ça me fera un souvenir du Japon, déclara-t-il avec fermeté. Alors ? »
Alors Hiroshi, sans trop se forcer non plus il faut le reconnaître, attira son petit ami contre lui et l'embrassa fougueusement sous le regard effaré de Fumiki Ôda qui n'était au courant de rien et faillit avoir une attaque.
« Bon voyage de retour, mon petit ange. Tu vas terriblement me manquer… murmura Hiroshi.
- Je vous promets de tout faire pour revenir ici rapidement, répondit Suguru, la gorge nouée par l'émotion. Au revoir, Hiroshi. »
Ils échangèrent un dernier baiser, puis le garçon et son agent s'éloignèrent. Hiroshi les suivit du regard jusqu'à ce qu'il aient disparu à sa vue puis s'en alla à son tour.
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Trois mois plus tard…
« Ça suffit, Shûichi ! Tu m'as bouffé tous mes sashimis ! La prochaine fois, tu n'as qu'à t'acheter deux bentôs rien que pour toi !! protesta Hiroshi en s'écartant d'un bond de son camarade dont les baguettes survolaient déjà leur prochaine proie.
- Mais j'aime les sashimis… geignit le chanteur d'un ton plaintif.
- Tous les midis c'est la même chose et j'en ai assez ! As-sez, tu comprends ?! »
La sonnerie de son téléphone portable sauva Shûichi d'un trépas sans doute assez violent.
« Allô ? Ah, Suguru ! Non, non, pas du tout, j'allais juste assassiner Shûichi… Et toi, comment ça va ? »
Depuis le retour du jeune pianiste à New York, les deux garçons avaient gardé contact grâce à Internet ; mais Suguru téléphonait régulièrement, comme en cette occasion.
Profitant de ce qu'il était distrait, Shûichi échangea un sashimi contre un maki puis se dépêcha de l'engloutir, l'air innocent.
« Oh oui, tout va bien, notre premier single est classé 36ème… Pas mal pour un début, non ? Et de ton côté ? »
Son forfait accompli, Shûichi termina son bentô avec gourmandise. Il y avait aussi un sachet de beignets, pour le dessert, mais en attendant qu'Hiroshi ait achevé de parler avec Suguru, il envoya un message plus que superflu à Yûki.
« … Une surprise ? Dans quel genre ? Comment ça, « vous verrez bien » ?! Écoute, mon ange… Bon, comme tu voudras. »
Ils discutèrent encore un petit instant puis Hiroshi raccrocha.
« Alors ? Tout va bien ? s'enquit innocemment Shûichi.
- Oui, ça a l'air d'aller… Encore que j'ai pas bien compris cette histoire de surprise dont il vient de me parler… Hé ! Mon dernier sashimi ! Tu me l'as bouffé, ma parole !! Non mais, tu me prends vraiment pour un débile ! Attends un peu, tu vas voir !! » s'écria-t-il en se lançant à la poursuite de Shûichi qui s'enfuyait déjà.
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Le lendemain matin, passant devant un kiosque à journaux, Hiroshi découvrit avec stupeur ce qu'était la « surprise » dont avait parlé Suguru.
« COUP DE THÉÂTRE DANS LE MONDE DE LA MUSIQUE CLASSIQUE : LE PIANISTE PRODIGE SUGURU FUJISAKI ARRÊTE SA CARRIÈRE » titrait un grand quotidien.
Sidéré, le jeune homme s'empara de l'un des journaux, lança une pièce au vendeur et, sans même attendre sa monnaie, repartit en trombes, sous le choc.
L'article en pages intérieures était succinct et se bornait à relater que, pour des « raisons personnelles », le jeune musicien mettait « entre parenthèses » sa carrière de concertiste. Pour se consacrer à quoi ? « Vous le saurez très bientôt », avait répondu le garçon à la question du journaliste.
Proprement assommé, Hiroshi passa la majeure partie de la journée à se demander ce qui avait pu motiver cette décision. Après le récital à Tôkyô, Suguru paraissait bien décidé à mener sa carrière vers de nouveaux sommets. Et tout à coup, cette décision de tout arrêter !
Sitôt qu'il avait un instant de pause, il tentait de contacter son petit ami, en pure perte : celui-ci demeurait injoignable, son téléphone renvoyait invariablement sur une messagerie, et il en fut ainsi tout au long de la journée.
Au matin du lendemain, c'est un Hiroshi au visage défait par une nuit blanche qui poussa – en retard – la porte du Studio 3.
« Hé ben, mon vieil Hiro, tu en fais une tête de zombie, l'accueillit Shûichi en lui tapant amicalement sur l'épaule. « T'as pas dormi de la nuit, ou quoi ?
- J'ai pas dormi de la nuit, confirma le jeune homme. J'ai pas réussi à joindre Suguru, je suis tombé à chaque fois sur sa messagerie… Il a peut-être eu un accident grave ! C'est pour ça qu'il a dû arrêter, et si ça se trouve il est à l'hôpital !
- Calm down, Hiro, lança K, placide. Tu commences à réagir comme Shûichi.
- C'est vrai, renchérit Noriko. Réfléchis un peu, s'il lui était vraiment arrivé quelque chose il ne t'aurait pas parlé de surprise…
- Ah… Oui, c'est vrai, convint le guitariste. Mais ça n'est tout de même pas normal.
- Ne t'en fais pas, je te dis, insista la jeune femme. Tu devrais plutôt te donner à fond pour cette répétition car ce sera la dernière que je vais faire avec vous.
- Ah oui, forcément… PARDON ?! glapit Shûichi, cependant qu'Hiroshi ouvrait des yeux aussi grands que des soucoupes.
- Bah oui, je vais retourner chez les Grasper, annonça Noriko. Mais ne vous inquiétez pas, je vous ai trouvé un remplaçant de grand talent. »
La porte du studio s'ouvrit soudain, laissant entrer Tôma Seguchi suivi de…
« Suguru ! s'écria le guitariste, stupéfait. Mais… Qu'est-ce que tu fais ici ? »
Levant la main pour l'empêcher de poursuivre, Tôma déclara posément :
« Bonjour à tous. Laissez-moi vous présenter mon cousin, Suguru Fujisaki, qui à partir de demain remplacera officiellement Noriko en qualité de claviériste de Bad Luck.
- Ravi de travailler avec vous ! » claironna Suguru en s'inclinant. Et comme Hiroshi paraissait toujours en état de choc, le jeune garçon lui bondit au cou et l'embrassa voracement sur les lèvres sans se soucier des autres occupants de la pièce.
« Alors ? Que pensez-vous de ma surprise ? souffla-t-il dans l'oreille du guitariste qui sentit un frisson lui courir le long du dos.
- J'en pense… beaucoup de choses, mais… pour l'instant, j'ai pas très envie de réfléchir, répondit Hiroshi en lui rendant son baiser de manière encore plus passionnée.
- Hé, oh, vous n'êtes pas seuls ! » protesta Shûichi, écarlate. Son ami se contenta de lui adresser un sourire béat sans cesser de serrer Suguru contre sa poitrine.
« Bien, je vous laisse donc travailler, annonça Tôma. Suguru, je compte sur ton talent et ton expérience pour poursuivre ce que Noriko a commencé, et conduire Bad Luck au plus haut de la gloire.
- Vous pouvez compter sur moi, monsieur Seguchi ! Bon, alors, comment est-ce que vous avez l'habitude de travailler ? Aujourd'hui, j'observe, mais demain il va falloir s'y mettre sérieusement ! déclara l'adolescent en claquant des doigts.
- Hiro… J'ai l'impression qu'il va être encore pire que Noriko… » gémit Shûichi en lançant vers son ami un regard de détresse.
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En fin de compte, Suguru n'assista qu'à la répétition du matin et partit aux environs de midi, car il avait beaucoup de choses à faire.
« Tu… Tu peux passer chez moi ce soir, si tu veux, proposa Hiroshi, le rouge aux joues.
- Chez vous ? Pour… Pour quoi faire ? demanda le petit musicien, tout aussi rougissant.
- Oh ! Juste pour… prendre un verre… et discuter de ce qu'il s'est passé depuis que tu es parti… comme on le faisait avant, dit précipitamment le jeune homme, désireux de dissiper toute sorte de malentendu.
- Ah ! Dans ce cas, c'est d'accord… À quelle heure puis-je passer ?
- Hé bien… » Hiroshi songea soudain à l'état dans lequel se trouvait son appartement, royaume du désordre.
« Heu… Vers 19 heures ? dit-il, estimant le temps qu'il lui faudrait pour un brin de ménage. On pourra se commander à manger et je te raccompagne après…
- Ça me va tout à fait, acquiesça Suguru. Bon, j'y vais. À ce soir. »
Il se haussa sur la pointe des pieds et déposa un baiser léger comme un souffle sur les lèvres de son petit ami.
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Hiroshi était rentré chez lui en tout hâte sitôt la journée de répétition achevée. Au bout d'une bonne heure de ménage, son petit appartement était redevenu présentable… Non qu'il ait été sale, mais Suguru ne lui faisait pas l'impression de quelqu'un qui aimait à vivre dans le chaos le plus total, ce qu'était à peu de choses près son logement avant qu'il ne se mette sérieusement à l'œuvre.
Il avait ensuite pris une douche, et il avait à peine fini de s'habiller que la sonnerie retentit à sa porte.
Il est là, songea-t-il avec une certaine excitation. Bon, tout est en ordre, de toutes façons.
Un bref coup d'œil à sa montre – 18h50, Suguru devait être du genre ponctuel ; Shûichi risquait bien d'en baver, en fin de compte.
« Bonsoir ! » s'écria-t-il, tout sourire, en ouvrant la porte. Il allait se jeter sur son invité quand il s'aperçut – juste à temps – que celui-ci n'était pas seul. Il tenait par la main un petit garçon de cinq ou six ans, à l'épaisse chevelure noire et aux yeux noisette, qui lui ressemblait de manière frappante.
« Mais… C'est… bredouilla-t-il.
- Voici Ritsu, mon petit frère, introduisit Suguru qui regarda ensuite l'enfant. Ritsu, je te présente Hiroshi Nakano, mon ami. Dis-lui bonjour, poussin, l'encouragea-t-il.
- Bonjour, enchanté de faire votre connaissance, déclara Ritsu d'un ton solennel. Le guitariste se mit à rire.
- Je suis tout aussi enchanté de faire la tienne, Ritsu Fujisaki. Mais entrez donc ! »
Seul petit problème, il mourait d'envie d'embrasser Suguru mais devant son frère il n'osait rien faire. C'était épouvantablement frustrant.
« Alors, heu… Tu es venu passer quelques jours au Japon ? finit-il par demander au petit garçon qui s'était sagement assis sur le canapé, à côté de son aîné.
- Non. Moi et Suguru on habite ici maintenant, comme avant, répondit Ritsu.
- C'est vrai ? Vous vous êtes installés ici ?
- Je vous avais dit que j'avais l'intention de revenir un jour. Il se trouve que j'ai décidé d'accélérer les choses. Et puisqu'à présent le fais partie de Bad Luck, il est logique que je réside au Japon, expliqua Suguru.
- Mais… Tu ne regrettes rien ? Ta carrière… Bad Luck n'est qu'un groupe qui débute, nous ne serons peut-être jamais autre chose qu'un feu de paille… Je suppose que tu as longuement réfléchi avant de prendre ta décision, mais… »
Suguru pressa doucement son index contre les lèvres d'Hiroshi pour le faire taire.
« Je sais parfaitement ce que je fais. Peu m'importe que Bad Luck ne soit pas très connu pour l'instant – il le deviendra. Et puis… j'ai voulu donner à notre histoire toutes les chances de réussir. Le regrettez-vous ? »
Hiroshi scruta les yeux noisette du garçon et n'y trouva rien d'autre qu'amour et confiance. Lentement, il lui effleura la joue, consumé par l'envie d'embrasser ses lèvres délicates au goût de miel. Mais il y avait Ritsu…
« Non. Pas une seule seconde… même si j'aimerais pouvoir te le montrer de manière un peu plus… physique… répondit le guitariste avec un coup d'œil à Ritsu.
- Vous avez tenu trois mois, un soir de plus ne va pas vous tuer… déclara Suguru d'un ton léger. Alors, qu'avez-vous prévu de bon à manger pour ce soir ? »
Si Hiroshi avait dû s'imaginer leurs retrouvailles, il ne se serait certes jamais représenté cette soirée calme, presque… familiale. Pourtant il était heureux, et même s'il aurait aimé quelques baisers et caresses… il se sentait curieusement comblé.
Et ce n'était que partie remise, en fin de compte. Se faire attendre, c'était se faire désirer, n'est-ce pas ?
« Bon, nous allons rentrer, déclara Suguru, voyant que Ritsu avait commencé à piquer du nez. Alors, tu as passé une bonne soirée, poussin ? »
Le petit garçon hocha la tête, l'air passablement ensommeillé.
« Ah, je n'avais pas vu qu'il était si tard, dit Hiroshi après un coup d'œil à sa montre. Comment allez-vous rentrer ?
- En taxi. Pour l'instant nous logeons chez mon cousin Seguchi, en attendant de trouver un appartement. Allez, Ritsu, habille-toi on s'en va.
- Chez ton cousin ? Alors… Je peux passer te chercher demain matin, qu'en dis-tu ?
- J'en dis que c'est une excellente idée… Et cette fois, plus besoin de nous cacher, souffla Suguru qui, profitant de ce que son petit frère était empêtré dans son manteau, déposa un rapide baiser sur les lèvres du guitariste, surpris mais ravi.
- À demain, alors ! Bonne nuit, Hiroshi ! »
Le jeune homme les regarda s'éloigner le long de la rue, un sourire attendri aux lèvres, sur lesquelles s'attardait le sucre de celles de Suguru.
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À peine assis dans le taxi, Ritsu s'endormit, appuyé au flanc de son frère. Suguru lui caressa les cheveux et, observant les lumières qui défilaient de part et d'autres de la voiture, il laissa son esprit vagabonder.
Il y a quelques mois de cela, j'aurais tout fait pour ne pas avoir à revenir au Japon. Ma vie n'avait plus aucun sens… Puis je l'ai rencontré, et il a bouleversé mon existence, du moins ce que mon existence était devenue. Avec lui à mes côtés, maintenant, je suis prêt à prendre un tout nouveau départ, me lancer dans une nouvelle aventure… dont cette fois, c'est moi et non les autres qui écrirai l'histoire au fur et à mesure.
FIN
