Tu fixes l'assiette depuis bientôt une minute. Tu n'as pas cillé. Elle est vide et le restera tant qu'Astoria n'aura pas dénié montrer son joli minois. Tu as fait un pari avec ton rival. Ou plutôt contre ton rival. Mais pour toi, cela représente bien plus. C'est un pacte avec la mort que tu as signé. C'est elle que tu veux et tu n'accepteras pas l'échec. Le serveur te demande si tu souhaites reprendre un apéritif. Tu réponds à la négative. Tu sais qu'elle va arriver. Elle a accepté. Le petit sourire railleur qu'elle t'a adressé signifiait clairement qu'elle viendrait pour – à défaut de te faire plaisir – avoir toute la liberté de te bafouer. Mais tu es confiant. Tu la connais mieux qu'elle ne le pense.

A ta droite, des roses blanches. C'est la première chose qu'elle remarque en entrant. Ses yeux s'illuminent d'étoiles. Une fraction de seconde – certes – mais tu les as aperçues. Ton cœur fait un bond dans ta poitrine tandis que tes centres nerveux s'efforcent de garder le contrôle. Elle est vêtue d'une robe noire très simple. Noir. Tu y vois comme un signe. C'est grotesque mais cela ravive tous tes espoirs. Néanmoins, tu te reprends. Tu t'es promis de ne pas refaire les mêmes erreurs. Astoria est tombée amoureuse de l'homme fier et sûr de lui que tu étais durant la quasi-totalité de ta scolarité. Elle n'accepterait de faire à nouveau face à une lopette. Tu le conçois parfaitement et comptes t'en tenir à ce que tu as décidé.

Il y a une semaine, tu as ruiné son prétendu mariage. Tu as humilié Blaise Zabini, son fiancé en lui rappelant que c'est la grande sœur d'Astoria qu'il voulait épousée. Mais Daphné est morte et il s'est rabattu sur celle qui a toujours été dans l'ombre. Et cela te met hors de toi, car tu es le premier a avoir perçu la beauté d'Astoria. Tu veux tout faire pour la récupérer. Tu ne la considères pas comme un objet, loin de là. Tu sais qu'elle est libre, elle te l'a fait comprendre en toutes circonstances. Et c'est peut-être aussi un peu pour ça qu'elle te fascine tant. Elle n'a jamais été réellement soumise à toi, elle a, à maintes reprises, marqué une totale indépendance. Et tu appliques à merveille le fameux dicton qui veut que l'on suit les personnes qui nous fuient.

Tu te lèves, prends sa main et y déposes tes lèvres. Elle s'assoit sans un mot. Tu sais qu'elle ne se laissera pas impressionner par si peu. Qu'elle ne se laissera pas impressionner tout court, d'ailleurs. Mais tu n'es pas là pour ça. Tu veux lui prouver que ton amour est sincère, et surtout ! surtout lui rappeler celui qu'elle a longtemps eu pour toi. Que tu es véritablement cet homme torturé qu'elle a aidé – mais que tu peux aussi être drôle, attentionné, hésitant, autoritaire et colérique. Tu sais que tu n'es pas parfait, mais tu comptes tout faire pour t'approcher de la perfection qu'elle souhaite. Elle finit son verre. Le serveur arrive et vous demande ce que vous souhaitez manger. Dix minutes de silence – jusqu'à ce qu'il soit vaincu par vos fourchettes tapant les assiettes nouvellement posées devant vous.

Tu es moins enflammé que la dernière fois. Elle, toujours si détachée. Ton discours est posé, calme, soigné. Tu as eu le temps de le préparer et tu sais à quoi t'en tenir. Elle t'écoute attentivement, mange silencieusement. Astoria n'a jamais été bavarde. Elle a été élevée selon le principe qu'il vaut mieux être belle et se taire que l'inverse. Mais tu sais qu'elle est intelligente. Elle comprend parfaitement chaque terme, chaque sous-entendu et soupèse tes propos. Mais tu as tout prévu car tu la connais par cœur.

Lorsqu'arrivent les desserts, son autre prétendant commet l'erreur fatale de venir la chercher en lui faisant une scène. Elle ne dit rien et baisse la tête. Tu sais qu'elle n'en pense pas moins et que plus sa réaction se fera attendre, plus elle sera dangereuse.

Tu jubiles.