Anniversaire de la mort du Seigneur des Ténèbres. Tu juges particulièrement ridicule de fêter « l'anniversaire » d'un décès, mais c'est une décision du ministère. On ne conteste pas les décisions du ministère, surtout lorsque l'on est dans une posture aussi désagréable que la tienne. Ta mère a sauvé la vie d'Harry Potter et il l'a vaillamment proclamé lors du procès de ta famille. Mais cela n'empêche pas ton nom d'être maudit chez les anciens fidèles à l'Ordre du Phoenix qui vous trouvent faux jeton chez les ex - ou pas - Mangemorts qui vous considèrent désormais comme des traitres et chez la population qui vous craint toujours autant.
Tu soupires.
À ton bras, une charmante demoiselle, brune, à la silhouette allongée. Elle est belle et gracieuse. Tu te comportes en vrai gentleman avec elle, mais les choses sont bien claires dans ton esprit : elle ne vaudra jamais Astoria. L'élue de ton cœur autrefois gelé se tient à quelques mètres. Tu la salues d'un hochement de la tête. Elle semble boudeuse et te jette un regard noir. Elle est seule. Entourée de son père et de sa mère, elle est superbe, comme toujours. Elle a relevé ses cheveux en un chignon lâche particulièrement élégant. Quelques mèches folles encadrent son visage. Ses yeux sont maquillés légèrement à contrario de sa bouche soulignée de rouge vif. Tu as envie de te saisir de ses fines lèvres.
Le bal est ouvert par Potter, Weasley, et d'autres « héros » de la guerre. C'est ridicule, mais tu ne dis mots. Lorsqu'enfin les traitres de ton genre sont autorisés à se rendre sur la piste, tu y invites ta cavalière. Tu la mènes d'une main de fer. La danse a fait partie de ton éducation et tu as conscience de combien les femmes raffolent du contact de tes paumes chaudes dans leur dos. Kathleen ne fait pas exception à la règle. Cependant, elle sait à quoi s'en tenir. Tu l'as rencontrée dans un bar il y a peu et lui a proposé un petit marché. En voyant la tête d'Astoria à l'instant, tu réalises que tu as eu raison. La jalousie est un sentiment fourbe.
Kathleen plante ses yeux noisette dans tes prunelles grises. Vos visages tendent l'un vers l'autre et te rappellent de nombreux souvenirs liés à la cadette des Greengrass. Celle-ci s'approche d'ailleurs dangereusement de vous – tu l'observes d'un œil. Tu la connais si bien que tu sais exactement ce qu'elle va faire. Kathleen s'y attend également. Elle n'achève pas votre connexion. Il n'a jamais été prévu que vos lèvres se touchent. Elle se tourne vers Astoria au dernier moment et lui offre un sourire carnassier.
- C'est douloureux, n'est-ce pas ?
À cet instant, la jeune blonde semble comprendre. Elle te jette un regard noir, mais elle s'avoue vaincue et admet sa défaite. Au fond, tu espères qu'elle est aussi heureuse que toi lorsque vos mains se retrouvent enfin. Vous vous éloignez discrètement. Elle t'embrasse fougueusement.
- Crétin.
Sa paume rebondit sur ta joue. Tu t'y préparais. C'est un doux plaisir.
Elle se love dans tes bras et te murmure :
- Je veux un enfant de toi.
Maintenant.
