Arrivés devant le bureau d'Evelyn, Johnson prévint son secrétaire que le Général était là. Mr Corbin relégua l'information par l'interphone. Evelyn ne répondit pas, elle se contenta d'actionner le mécanisme de la porte. Kaidan entra dans la pièce, la porte se referma derrière lui. La femme lui tourné le dos, elle examinait un datapad.
- Vous arrivez trop tard, dit simplement Evelyn sans se retourner.
La voix de la femme glaça le sang de Kaidan. Ce n'était pas elle, ça ne pouvait pas être elle, elle était morte… Mais sa voix… sa voix était la même que celle de la femme qu'il avait aimé. C'était impossible.
- Eh bien Général, on a perdu sa lang…
Evelyn s'était retournée et en voyant l'homme en face d'elle, elle n'avait pas pu finir sa phrase. La bouche ouverte, elle ne savait pas quoi dire. Kaidan était dans le même état. Inconsciemment, leurs pas comblèrent le peu d'espace qui les séparaient. Evelyn pleurait, Kaidan, lui, n'arrivait pas à émettre un son. Ils se regardèrent quelques secondes, n'arrivant pas à croire ce qu'ils avaient sous leurs yeux. 13 ans à croire que l'un comme l'autre était mort, 13 ans à… Evelyn se jeta dans les bras de Kaidan.
- Je… je n'arrive pas croire que...que tu sois vivant, pleura t-elle.
- Je te croyais morte, 13 ans à te croire morte…
Désormais, ils étaient deux à pleurer.
Doucement, ils se séparèrent l'un de l'autre afin de pouvoir se regarder. Evelyn n'avait pas changé. Ses cheveux noirs étaient les mêmes, sa bouche était toujours aussi sensuelle et ses yeux…Ses yeux avaient gardés la même intensité. Un bleu gris à vous couper le souffle à chaque fois que vous les croisiez.
- Tu…tu es restée la même que dans mes souvenirs. Tu es magnifique…
Evelyn lui offrit un sourire.
- Et toi…malgré quelques cheveux blancs…tu es resté le même…
Kaidan posa son front sur celui d'Evelyn. Ils restèrent quelques minutes ainsi, à sentir la chaleur de l'autre, à essayer de croire que tout ceci n'était pas qu'un rêve, à enfin pouvoir se pardonner. Au bout d'un moment, Evelyn se détacha de lui et lui prit la main.
- Viens, sortons, on sera mieux.
Evelyn ouvrit la porte derrière son bureau qui donnait sur un petit jardin avec un banc au plein milieu. Elle s'y assit, imitée par Kaidan. Un silence gêné s'installa. Evelyn le brisa très vite.
- Alors ? Général hein ?
Kaidan sourit.
- Ouais, on dirait…
Le silence retomba.
- Kaidan…
C'était la première fois qu'elle disait son nom. Il se sentit chavirer. Son cœur qui s'était brisé en apprenant sa mort commençait à rassembler le morceaux tel un puzzle sous une couche de poussière depuis 13 ans.
- Dis-moi quelque chose, le supplia t-elle.
- Tu veux que je commence, c'est ça ?
- Oui, répondit-elle en lui prenant la main.
- Tu n'as pas changé, sourit-il.
Son sourire s'effaça et il soupira.
- Je crois que ça a été pire que la première fois où je t'ai cru morte. Sauf que là je ne pouvais accuser personne. Tu avais décidé de te sacrifier et je ne pouvais rien y faire… Durant presque un mois j'ai été en soins intensifs, j'étais mal en point mais j'ai réussi à survivre. J'ai essayé de nombreuses fois de te rejoindre ou du moins là où je croyais que tu te trouvais. Mais j'étais bien entouré. Liara, Garrus, Tali, Joker et surtout le docteur Chakwas veillaient sur moi. Au bout de quelques mois, je me suis dit que tu n'aurais pas souhaité que je me laisse dépérir et que tu aurais sûrement aimé que je continue à vivre, pour toi. J'ai mis de nombreuses années à me remettre de ta disparition, presque quatre ans en fait. Mais je ne t'ai jamais oublié. Aujourd'hui, je vis encore dans ton appartement à la Citadelle. A un moment, j'ai voulu déménager parce qu'il me rappeler trop ton souvenir mais je n'ai pas pu m'y résoudre…
Kaidan eut un sourire à ce souvenir. Il continua.
- Alors je me suis plongé dans le travail. Je ne vivais plus que pour ça. Et me voilà Général. Je n'ai ni femme ni enfant. Je n'arrive pas. Je crois que je n'y arriverais plus, pas après ce qu'on a vécu…
Tout le long de ses explications, Kaidan avait regardé ses mains, presque gêné de parler de ça. Il ne l'avait pas fait depuis des années. Mais il avait fini de parler et quand il releva la tête pour regarder Evelyn, il vit qu'elle pleurait. Les larmes qui ruisselaient sur son visage lui firent mal. Avec un sanglot rauque, elle se jeta dans ses bras et enfouit son visage dans le cou de Kaidan.
- Kaidan…Je suis tellement désolé…
Il la serra contre lui, et embrassa ses cheveux. Ils avaient la même odeur que dans ses souvenirs…
- Eve…Ça va aller, ne t'inquiète pas, on est ensemble maintenant.
Evelyn se détacha de lui et essuya ses larmes. Avant qu'elle ait pu ouvrir la bouche, son secrétaire lui demanda si elle pouvait venir, apparemment, on avait besoin d'elle quelque part.
- J'arrive Corbin, répondit-elle.
Elle se leva du banc et tourna la tête vers Kaidan.
- Tu veux venir avec moi ? Lui demanda t-elle.
- Ça dépend où tu te rends, il faut que j'aille prévenir mes hommes de la situation.
Evelyn hocha la tête et se rendit au bureau de son secrétaire avec Kaidan sur ses talons.
- Que se passe t-il Corbin ?
- Eh bien des colons essaye de forcer la barrière qu'on a mise autour des corps des pirates. Ils veulent voir si il pourrait y avoir des ressources qui les intéresseraient dans leur vaisseau.
- Mon vaisseau est juste à côté, intervint Kaidan.
- Très bien, j'y vais en compagnie du Général. Corbin, vous restez ici, je vous informerais de la situation plus tard.
Evelyn et Kaidan partirent donc en direction du problème.
Durant le trajet, Kaidan lui posait des questions sur la colonie. Comment vivaient-ils ? Comment arrivaient-ils à subvenir à leurs besoins ? Comment fonctionnait la colonie ? Evelyn se fit un plaisir à répondre à toutes ses questions. L'un comme l'autre pourrait passer une éternité à s'écouter, cela faisait trop longtemps qu'ils avaient été séparés. Au bout d'un moment, Kaidan déclara :
- Je me demande comment tu fais.
- Comment ça ?
- Eh bien tout ça, fit-il en écartant les bras pour montrer la colonie. Tu as toujours préféré te battre plutôt que de diriger. Tu ne tenais pas assez en place pour ça.
- Oh mais je n'ai pas changé mes habitudes, sourit Evelyn. Je m'entraîne tous les matins à 6h, comme il y a 13 ans.
- Je me disais aussi, rigola Kaidan. N'empêche, je ne t'aurais jamais vu à la tête d'une colonie même une petite comme celle-là.
- C'était…nécessaire, si je dois dire. Je t'expliquerais tout plus tard mais pour l'instant, on est arrivé.
En effet, les colons étaient amassés derrière les barrières. C'était une petite foule mais Evelyn et Kaidan durent se frayer un passage. Les corps des pirates gisaient encore sur le sol. Evelyn se dirigea vers Peter, le chef de la sécurité sur la colonie.
- Pete, qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi ne rentrent-ils pas chez eux ?
- Ils ne veulent pas bouger Evelyn, tu devrais leur parler, ils t'écouteront peut-être.
Evelyn hocha la tête et se dirigea vers la foule.
- Ecoutez-moi, fit-elle en interpellant les colons, on ne peut pas faire ce que vous voulez faire. On ne peut pas dépouiller leurs corps et leur vaisseau. On ne peut pas parce que ce serait leur ressembler.
Evelyn avait l'intention de toute la foule, elle continua.
- Dépouiller des corps pour s'enrichir ? Voler, piller pour s'enrichir ?
- Mais c'est eux qui sont venu ! Protesta quelqu'un. C'est eux qui ont voulu nous dépouiller ! Moi je dis que c'est un juste retour des choses !
- Ce n'est pas une raison, répliqua Evelyn, si tu fais ça alors tu ne vaux pas mieux qu'eux. On s'est installé sur cette colonie pour être en dehors de tout ça justement !
Elle appuya sa phrase en désignant les corps des mercenaires.
- Allez plutôt rassurer vos enfants, vous valez mieux que ça.
Evelyn se tut et regarda la foule. Peu à peu, elle se dispersa. Son discours avait fait sensation.
Kaidan s'approcha d'elle.
- Tes discours sont toujours aussi sensationnelle Eve.
Peter, le chef de la sécurité foudroya du regard le Général ce qui ne lui échappa pas. Kaidan fronça les sourcils.
- Pourquoi le chef de la sécu me regarde comme ça ? Demanda t-il à Evelyn.
Elle rit.
- Parce que la première fois où il m'a appelé Eve, j'ai failli l'étrangler.
- Pourquoi ? Tu n'aimes pas ce surnom ?
- Si au contraire mais à l'époque et même encore aujourd'hui, tu es le seul à pouvoir m'appeler comme ça.
Kaidan sourit, en clair ce Peter était jaloux.
- Tu ne devais pas aller parler à tes hommes ? Demanda Evelyn au bout d'un moment.
- Ah si, pardon, j'y vais.
Kaidan se dirigea donc vers son vaisseau tandis qu'Evelyn demanda à Peter de mettre les corps des pirates dans leur vaisseau et de le brûler. Le chef s'exécuta non sans lui avoir jeté un regard perplexe à propos de Kaidan. Il trouvait bizarre qu'il la tutoie et qu'il l'appelle par son surnom alors qu'elle n'a jamais voulu que lui l'appelle comme ça. Mais le Général Alenko avait une très bonne réputation alors il laissa tomber.
Kaidan revint quelques minutes plus tard. Il informa à Evelyn qu'il avait ordonné à ses hommes de retourner à l'Alliance et que, lui, il resterait ici pour aider les colons.
- Mais on n'a pas besoin d'aide ici Kaidan, objecta t-elle.
- Je le sais parfaitement mais je ne peux pas repartir maintenant.
- Et pourquoi ?
- Tu le sais aussi bien que moi Eve, répondit-il en souriant.
Avant qu'elle ait pu répliquer, Peter vint à leur rencontre.
- C'est terminé Evelyn.
- Merci Pete.
- Je suis sûr que David aimerait voir le Général., quand je l'ai vu tout à l'heure, il…
- Oh merde David ! S'écria Evelyn. Qu'elle heure est-il ?
- Presque 19h30 mais…
- Euh…Désolé je dois y aller, je lui avais promis de le rejoindre pour dîner. Pete, sois gentil, trouve une chambre pour le Général.
- Très bien mais…
Evelyn lança un regard désolé à Kaidan et partit en courant laissant les deux hommes en plan.
- Qui est David ? Demanda Kaidan.
- Je suppose qu'elle vous le dira demain, répondit Peter, aller, venez.
Quand Evelyn rentra chez elle, son fils l'attendait à table les bras croisés.
- Désolé David, je suis en retard. Il ne fallait pas m'attendre.
- J'en avais assez de manger tout seul, j'ai préféré t'attendre.
Elle lui sourit puis s'installa à table en face de son fils.
Le repas se déroula en silence, Evelyn était dans ses pensées et elle ne pouvait rien dire à David pour l'instant. Il avait grandi dans l'idée que son père était mort et maintenant voilà qu'il était vivant. Evelyn n'arrivait toujours pas à le croire, Kaidan était de retour.
Au moment du dessert, David déclara :
- Je crois que ça aurait été la même chose si j'aurais mangé tout seul…
Sa mère leva la tête de son assiette.
- Je suis désolé mon chéri, j'ai eu une dure journée et il y a des choses dont je ne peux pas te parler.
- Mouais, tu as l'air plus ailleurs que d'habitude, marmonna t-il.
Evelyn ne dit rien, elle ne pouvait pas le blâmer.
- Alors ? Comment était le Général ? Changea de sujet David.
- Tu le rencontreras sûrement demain. Il est resté à la colonie mais ses hommes sont partis.
- Partis ? Mais pourquoi est-il resté ?
- Je te dirais tout demain, je te le promets.
- Pourquoi pas maintenant ?
Evelyn lui lança un regard équivoque, celui qui disait que la discussion était finie. David leva les mains en l'air.
- D'accord, j'attendrai demain.
Sa mère soupira, Kaidan avait bouleversé sa vie, désormais elle était obligée de changer ses plans pour son fils. Elle avait prévu de lui dire toute la vérité à sa majorité mais…
- Parle-moi de ton fusil que j'ai vu tout à l'heure. Je n'en avais jamais vu un en vrai.
Evelyn sourit.
- Je l'ai eu bien avant ta naissance. C'est un fusil sniper, le meilleur de tous. Une veuve noire.
- Tu m'apprendras à m'en servir ? Demanda David ravi.
- Tu sais très bien que non, je ne veux pas te voir avec une arme dans les mains.
- Mais maman…
- D'ailleurs, l'interrompit-elle, où as-tu trouvé celle que je t'ai confisqué ?
- Je l'ai trouvé par terre, quelqu'un avait dû la faire tomber et ne l'a pas récupérer.
David mentait, elle le savait mais de toute façon il ne lui dirait pas où il l'avait déniché. Elle n'insista pas même si elle n'était pas dupe.
- Je peux te poser une question ? Lui demanda t-il.
- Je t'écoute, répondit-elle légèrement soupçonneuse.
- Pourquoi m'apprends-tu à me battre et à utiliser mes pouvoirs biotiques alors que tu ne veux même pas que je touche à une arme ?
Evelyn soupira, cette fois-ci, elle ne pourrait pas esquiver la question.
- Ce n'est pas la même chose David…Il faut bien que tu sache te défendre non ?
- Sur une petite colonie comme celle-là ? Je ne vois pas l'intérêt, déclara t-il en croisant les bras.
- L'attaque des pirates aujourd'hui montre pourtant tout le contraire.
- C'est la première qu'on ait eu depuis qu'on est installé ici maman ! Encore une fois, tu ne me dis pas la vérité.
- Ne joue pas à ce jeu là avec moi David ! Tu sais que tu perdras ! Je t'ai donné une réponse, peut-être qu'elle ne te satisfait pas mais c'est la seule que je te donnerai pour l'instant !
David se leva brusquement de table et partit dans sa chambre, furieux. Evelyn soupira et mis sa tête dans ses mains. Elle ne savait plus quoi faire avec lui. Il rêvait de bataille, il voulait devenir soldat comme son père mais Evelyn refusait. Il rêvait de devenir comme le commandant Shepard qui n'était autre que sa mère. C'était son héroïne, il croyait qu'elle avait péri lors de la guerre contre les Moissonneurs sauf qu'il vivait avec elle sans même le savoir. Ces derniers temps, la relation qu'elle avait avec son fils s'étiolait, il voulait des réponses qu'elle ne pouvait pas lui donner.
Evelyn savait comment ça aller se passer, il resterait enfermé dans sa chambre toute la soirée et demain matin il viendrait la rejoindre à 6h pour leur entraînement quotidien. Ça se passait toujours comme ça.
Evelyn se leva de table en soupirant et se dirigea vers sa pièce secrète. Son bureau était collé à ses appartements et la seule pièce qui communiquait avec le bureau et la maison était cette pièce dont personne ne connaissait l'existence comme sa vraie identité. C'était ici qu'elle entreposées tout les souvenirs de son passé. Ses armes, des bouts de son ancienne armure, des photos récupérées à partir de son Omnitech. Il y avait aussi son violon, les dessins qu'elle avait fait durant ces 13 dernières années. La plupart représentait Kaidan, ses anciens amis, Garrus, Liara Tali,…Il y avait aussi des portraits de son fils et plein de petits objets qui montraient qu'elle n'avait rien oublié de son ancienne vie, qui montraient que le commandant Shepard était toujours là, enfouie quelque part.
En marchant dans la pièce, elle posa son regard sur son violon, depuis combien de temps n'avait-elle pas joué ? Elle prit l'objet dans ses mains, s'assit et joua. Ses doigts circulaient aléatoirement sur les cordes mais au fur et à mesure qu'elle jouait, elle se rendit compte que l'air que diffusait l'instrument était celui qu'elle avait joué un jour pour Kaidan et qui était devenu leur air à eux.
Voilà pour ce second chapitre ^^ Merci pour les reviews et les vus, ça fait plaisir ;)
Le prochain chapitre la semaine prochaine.
