Yishe

Voai surgit dans la maison d'Aitama, son petit visage contracté de peur et d'excitation.

« Un homme blanc tombé du ciel », crie-t-il.

Puis il corrige avec hésitation :

« Un homme noir tombé du ciel.

– Blanc ou noir, Voai ? » demande Aitama, sans prêter vraiment attention à l'excitation du petit garçon.

Il lui arrive souvent d'entrer ainsi chez elle pour une plante, un insecte ou autre chose qu'il a vue et dont il veut lui faire partager la découverte. Mais ça, c'est nouveau. Elle délaisse la préparation de la boisson qui soulagera ses douleurs articulaires et se tourne vers Voai.

« Alors, noir ou blanc ? dit-elle.

– La tête blanche, le corps noir », répond l'enfant, qui a enfin réussi à mettre de l'ordre dans ses impressions.

Si Voai fait parfois preuve d'un peu trop d'enthousiasme pour ce qu'il trouve, il n'invente jamais. Il faut aller voir.

Elle déplie, en soupirant, ses vieilles jambes et suit le bambin qui trottine devant elle. Il se tourne et précise :

« Il est tombé et ne bouge plus. »

En passant, elle réquisitionne quatre hommes solides. S'il faut porter le « blanc tombé du ciel », ils ne seront pas trop de quatre. Ces blancs sont souvent grands et gros.

Quelques minutes plus tard elle s'accroupit près de l'homme. Voai a raison, il a la peau blanche et les cheveux couleur de paille, mais il est vêtu de noir. Et il n'est ni grand ni gros. Au temps pour elle. Elle le palpe rapidement de ses petits doigts habiles à ressentir les blessures et les maladies.

Douze fractures : côtes, vertèbres, jambe gauche, poignet gauche et bras droit. Il va falloir l'immobiliser rien que pour le déplacer jusqu'au village. Les organes vitaux ne sont pas touchés. La guérison des fractures va prendre du temps, mais ne devrait pas poser de problème. Cependant il y a autre chose. Comme un feu qui le dévore de l'intérieur. Un feu froid. Ce feu-là est en train de le tuer.

Trois des quatre hommes se sont mis à la fabrication d'une civière. Avec le quatrième, elle entreprend de tisser un filet de lamelles d'écorces. Puis de le rigidifier à l'aide de la nervure centrale de grosses feuilles. Ces mêmes nervures vont servir à faire des attelles provisoires pour les membres.

Ils ont glissé le filet derrière celui qu'elle a déjà nommé Yishe (Feu), faute de savoir son véritable nom. Il est couché sur le côté. Ils le font basculer précautionneusement dessus, puis l'attachent bien serré. Il gémit. Il s'est réveillé, il a les yeux ouverts. Il vaut mieux l'endormir à nouveau. Le transport et, une fois au village, les soins, risquent d'être douloureux.

Elle sort de la poche en cuir accrochée à sa ceinture une fiole faite d'une petite coloquinte et en tire une longue épine enduite d'un produit anesthésiant.