Peur
La douleur le tire de l'inconscience. À peine. Il flotte. Ce qu'il voit et entend est déformé et il ne sait pas si c'est un rêve, un cauchemar ou la réalité. Il entend des voix qui marmonnent un langage inconnu. Voit passer des formes à peine humaines, avec des jambes démesurées et de toutes petites têtes grimaçantes.
On tire sur ses membres, on le secoue. On le tourne dans tous les sens. Il veut crier, ordonner « laissez-moi ». Est-ce lui qui a poussé ce faible vagissement ? Il découvre un horrible visage penché sur lui. Fripé, brunâtre avec de petits yeux noirs. Une voix perçante, chuintante sort d'une bouche comme un trou qui semble vouloir l'aspirer. Dans ce monstre il reconnait une femme, une affreuse vieille femme.
Elle brandit une longue épine qu'elle pointe vers lui comme une menace. Il a un hoquet de peur lorsqu'il sent une piqure au cou. Avant de sombrer à nouveau, il a le temps de penser que, après avoir triomphé d'adversaires bien plus coriaces, il va mourir maintenant des mains d'une vieille sauvage primitive.
Il émerge à nouveau. Il souffre et son corps est consumé par l'énergie bleue qui le tue de plus en plus rapidement. Les tambours éclatent dans son crâne, si forts qu'ils semblent vouloir percer les os. Il fait sombre. Il y a juste une faible lueur à sa gauche. Il n'arrive pas à tourner la tête pour voir ce que c'est. Il est ligoté si serré, qu'il ne peut pas faire un mouvement.
La peur le submerge et fait cogner ses deux cœurs quand l'horrible visage surgit encore près de lui. Il est impuissant à lui échapper. La bouche en trou noir se tord. Elle lui parle, elle lui montre quelque chose. Encore une épine. Noire, luisante de poison. Elle le pique avec, sur tout le corps. Il sent chaque coup d'épingle qui instille dans ses veines un feu plus brûlant encore. Un tourment plus grand que ce qu'il vit déjà.
