Vengeance

Le Maître serre un peu plus le poignet d'Aitama dans ses doigts. Il lui suffirait d'une pression à peine plus importante pour briser les os fins et fragiles. Il plante ses yeux bruns dans les yeux noirs de la vieille femme.

« Donne m'en encore aujourd'hui », grince-t-il.

Elle soutient son regard sans faiblir.

« Non, répond-elle, tu n'as plus besoin d'un calmant aussi puissant. C'est un poison, on ne doit pas en prendre pendant longtemps. »

Depuis deux jours elle lui refuse l'antalgique qui lui procure ce sommeil sans rêves auquel il aspire tant. La boisson amère qui renvoie les tambours derrière un épais mur cotonneux. Il a tout essayé pour la convaincre ou la contraindre. Son pouvoir hypnotique est sans effet et même, humiliation suprême, la supplication n'a pas marché. Elle ne cède pas.

Il lâche son poignet rageusement. Il a besoin d'elle, il ne peut pas encore se permettre de l'abîmer. Et prend l'autre médicament qu'elle lui tend. Celui-ci est efficace contre la douleur, mais il ne peut rien contre les tambours. Il songe que, dès qu'il le pourra, il se vengera d'elle. En même temps que tous les autres habitants de ce village qui l'ont vu faible et dépendant. Cette pensée met un peu de baume sur sa colère.

En vingt jours, il a appris suffisamment leur langue pour comprendre et parler. Incapable de bouger, il n'a rien d'autre à faire qu'écouter les conversations. Aitama, Voai et même Sotto répondent volontiers à ses questions. Seule Ipyty reste distante. Elle le soigne quand il faut, mais ne semble pas l'apprécier.

Les autres habitants du village n'entrent jamais dans la maison d'Aitama. Il ne les voit que lorsqu'il peut faire quelques pas dehors, appuyé sur Sotto. Les enfants, à part Voai, restent à bonne distance. Les adultes lèvent les yeux vers lui avec curiosité, mais n'interrompent pas leur activité. Il ne supporte pas de ne pas être le centre de leur monde. La vengeance sera douce.