Tambours

Aitama et Ipyty ont démantelé le carcan de bambou et de lanières de cuir qui emprisonnait son torse et sa tête depuis trente jours. Il ne lui reste plus que les deux attelles au poignet et à la cheville gauche. Ces articulations ont besoin d'un peu plus de temps. Il s'appuie sur la béquille qu'il s'est lui-même fabriqué dès qu'il a été capable de se servir de ses deux mains.

Elle est faite de telle façon qu'elle lui permet de marcher sans l'aide de Sotto et aussi de se relever seul de sa couche. Regagner un peu d'indépendance serait presque le paradis. S'il n'y avait les tambours, qui cognent en permanence, maintenant qu'il n'a plus la drogue qui les éloignait. A nouveau il sent monter la colère contre Aitama.

Lentement il contourne la maison de feuilles pour gagner la forêt. Le sentier se perd rapidement dans le feuillage. Sur le sol spongieux et glissant sa progression devient chaotique. Il va lui falloir guérir complètement et reprendre des forces avant de pouvoir quitter ce lieu. Regagner enfin la civilisation.

Le dos appuyé à un arbre, il se laisse glisser au sol. Vont-ils s'arrêter ? Vont-ils jamais s'arrêter ? Plusieurs heures après il est toujours là, les fesses sur la terre mouillée, le crâne posé sur les genoux, serré dans ses mains. Des images de carnage passent dans sa tête. Il va brûler tout cet endroit au lance-flamme, tuer tous les habitants du village. Cautériser la plaie.

La nuit commence à tomber. Il sent une présence. « Laissez-moi tranquille, pense-t-il ». Les petites mains douces et sèches qu'il connait bien se glissent sous les siennes et se posent sur ses cheveux.

« Je peux t'aider pour ça aussi. Quelque chose te tourmente depuis très longtemps.

– Donne-moi la drogue amère.

– Non pas comme ça. Il y a un autre moyen. Mais seulement si tu le veux vraiment. C'est un parcours difficile. Je peux te donner le moyen, mais c'est toi qui devras faire le chemin.

– Qu'est-ce que c'est ?

– Un hallucinogène.

– Oh, ça, dit-il, déçu.

– C'est moi qui vais le concevoir spécialement pour toi.

Il sait ce que ça veut dire. Il n'aurait pas cru possible, pas par des moyens humains, de combattre l'énergie qui le tuait et pourtant elle l'a fait.