Guérison
Le Maître est assis sur une natte, adossé à Sotto. Le gros homme le tient fermement, mais avec douceur. Il ne se sent même plus humilié par cette position. Il a parcouru un long, un très long chemin depuis plusieurs lunes. Pendant tout ce temps, son corps a récupéré des forces et son esprit s'est lentement libéré. Les tambours ne sont plus qu'un bruit lointain.
Va-t-il pouvoir les faire taire définitivement ? Parce qu'il est arrivé au moment crucial, celui où tout à commencé. Il a remonté lentement le cours de sa vie, séance après séance. Elles se passent toujours de la même manière. Dans un lieu isolé de la forêt, Sotto s'assoit le dos à un arbre et il s'assoit lui-même entre ses jambes. L'homme le tient, pendant qu'Aitama glisse la petite boule d'hallucinogène dans sa bouche.
Il a comprit, dès la première fois, l'intérêt de la présence de Sotto. S'il n'avait pas été là à le tenir, il se serait probablement blessé, voire mutilé lui-même en se débattant. La plongée au fond de sa vie, au plus profond de son âme est terrifiante. Il a vécu mille morts, mille souffrances. Les mille morts et les milles souffrances de celles et de ceux qu'il a écrasés sur son passage dans sa quête d'un impossible but.
Il en sort brisé, la gorge brûlante d'avoir crié. Souvent couvert de bleus ou de griffures aussi, quand il a réussi à passer outre la force de Sotto. S'il a continué malgré tout, c'est qu'à chaque fois les tambours se font plus faibles et se taisent même parfois pendant plusieurs heures.
Il mâche la pâte au gout de plantes et …
Il fait nuit. Il marche au milieu d'hommes aux costumes flamboyants, sur un tapis d'herbes rouges. Devant lui, un enfant marche aussi. Il sent la peur de cet enfant. Sa peur et sa fierté. Son désir d'être brave, de ne pas fuir, de se montrer à la hauteur. De faire honneur à son père, à sa famille.
Il baisse les yeux s'attendant à se voir habillé en Time Lord, mais ses jambes sont nues. Il se tourne vers les hommes impressionnants qui n'ont pas l'air de remarquer sa présence. Ils s'arrêtent. Ils sont arrivés. Le Schisme Brut s'ouvre comme la gueule d'un animal vorace au milieu de la nuit. L'enfant se fige devant. Il a l'air fasciné, comme un oiseau devant un serpent.
Le Maître entend les tambours. Le rythme lointain qui se rapproche. Le petit Koschei va être pris au piège. Il s'accroupi près de lui et lui prend les épaules.
« Ferme les yeux, lui dit-il, tu as le droit de le faire, ferme les yeux et n'écoute pas, n'écoute pas les tambours, ils ne sont pas là, c'est une illusion, ne les écoute pas. »
Mais l'enfant ne peut détacher son regard du Vortex. Alors le Koschei adulte l'attire à lui. Il lui tourne doucement la tête pour rompre le lien qui semble attacher ses yeux au Tourbillon du Temps et lui bouche les oreilles avec ses mains. Le petit garçon se laisse aller contre lui et pleure doucement.
Pour une fois, le réveil n'est pas douloureux. Sotto le tient à peine, car il n'a pas eu besoin de lutter pour l'empêcher de se faire mal. Sa tête est vide de tout bruit. Il n'entend plus que les bruits extérieurs, les milles cris de la forêt.
