Pensées
Tu es la meilleure chose qui me soit arrivé. Presque trop tard, mais pas trop tard quand même. Juste à temps pour que je puisse t'aider avant de finir. J'ai brûlé mes dernières forces pour ça. Usant mon reste de vie à te veiller. Empoisonnant mon corps pour préparer ce dont tu avais besoin.
Je ne crois pas à toutes ces idioties de prédestination, mais je me demande pourquoi je n'ai jamais pu me décider à partir d'ici. Je l'ai souhaité tant de fois. Je me sens si étrangère dans ce village où je suis née. J'avais assez de courage pour tenter l'aventure, et assez de folie aussi.
Mais je suis toujours restée. À chaque fois quelque chose me retenait. Jusqu'à ce que la vieillesse m'enferme dans sa prison de douleurs et de faiblesse. J'ai eu l'impression de me réveiller vieille un matin sans avoir vu passer ma vie.
Pour tromper mon ennui, j'ai fait ce métier de guérisseuse. Et je suis assez douée pour ça. J'ai étudié les plantes, les animaux, toutes les substances que nous procure cet immense territoire. J'ai passé tant de temps à savoir à quoi ils pouvaient être utiles.
Je me préparais pour toi.
Tu m'as demandé de te suivre. Mais je suis si fatiguée. Que feras-tu de cette peau vide ? De ce fruit desséché, dont j'ai pressé les dernières gouttes pour te les offrir. Je n'arriverais même pas jusqu'à la plus proche ville. Je mourrais avant. Mais mourir en partant avec toi, c'est peut-être mieux que de rester ici où aucun être n'a jamais fait vibrer mon âme.
