Docteur !

Le Docteur a laissé le TARDIS prendre les commandes pour le conduire où elle veut. Il vient d'échapper de justesse à la mort en sauvant une planète de neuf milliards d'habitants. La routine quoi. Il bâille en s'étirant sur le siège de la salle de commande. Cela fait plusieurs mois qu'il n'a plus de compagnons et la solitude commence à lui peser.

Sa mâchoire reste bloquée en position ouverte, tant son étonnement est grand, quand il entend le téléphone du TARDIS sonner. Personne n'a ce numéro. Personne de vivant en tout cas. Ses anciens compagnons l'appellent plutôt sur le téléphone portable quand ils ont besoin de lui. Et ce n'est pas arrivé depuis très, vraiment trop longtemps.

Il tend la main au dessus du combiné, hésite à le prendre. Puis il décroche et prononce un « Allo ? » prudent et circonspect.

« Docteur ! »

La voix familière et cette façon de prononcer son nom dans un souffle, lui hérisse les poils sur la nuque.

« Maître, dit-il, comment as-tu … ?

– Tu en as mis du temps à répondre ! Pas le temps pour les explications. Viens tout de suite. Je suis …

– Attends, interrompt à son tour le Docteur, avec un peu de vanité, ne me dis pas où tu es, j'ai installé un nouvel appareil dans le TARDIS, je peux tracer ton appel et te retrouver à deux mètres près. Ne raccroche pas.

Il commence à manipuler les instruments de la console sans s'apercevoir qu'il rit tout seul. Ses yeux bleus pétillent de joie et il fourrage toutes les cinq secondes dans son épaisse chevelure roux foncé, l'ébouriffant encore plus que d'habitude.

Il ne veut pas songer au fait que : Maître égale gros ennuis à venir.

Il ne veut voir qu'une chose : le Maître est vivant.

Lorsqu'il ouvre la porte du TARDIS, après matérialisation, il n'aperçoit que des arbres, la végétation touffue d'une forêt tropicale et se dit qu'il a dû louper son arrivée. Mais une voix l'interpelle d'un ton acide.

« De l'autre côté imbécile ! »

Il contourne la boite bleue et ce qu'il voit manque le renverser de saisissement. Le Maître est presque nu, portant juste un pagne de cuir autour de la taille. Sa peau a bruni, ce qui fait ressortir encore plus sa chevelure claire. Il tient quelque chose dans les bras. Une femme, une très vieille indienne, ridée et ratatinée, habillée d'une robe bleue délavée. Derrière lui un autre indien, un homme pas beaucoup plus grand que lui, mais gras et massif.

En deux pas, le Maître est près de lui et lui tend la vieille femme inconsciente en disant :

« Tiens-la moi cinq minutes. »

Puis il retourne vers son compagnon. Le Docteur voit les deux hommes s'étreindre silencieusement. Puis le gros indien se détache. Et se détourne brusquement, s'éloignant d'un pas souple et rapide.

Le Maître attend qu'il ait disparu pour revenir vers le Docteur, et reprend son fardeau. Il se dirige vers la porte et la franchit en remarquant au passage :

« Tu t'es régénéré.

– Deux fois déjà depuis que … Mais toi tu n'as pas ch … »

Il n'achève pas sa phrase. Certes, il n'y a pas eu de changement physique, mais l'autre changement est spectaculaire. Depuis quand le Maître se préoccupe-t-il de quelqu'un d'autre que lui-même ? Depuis quand porte-t-il des vieilles femmes dans ses bras ? Depuis quand embrasse-t-il de gros indiens pour leur dire au revoir ?