Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Cette histoire a pour auteur Aurette (vous la trouverez dans mes auteurs favoris), avec pour relecteurs Hebe GB, Dressagegrrrl et astopperindeath. Moi, je traduis, sans en tirer d'autre profit que les éventuels remerciements de mes éventuels lecteurs.

Encore une fois, merci à tous les lecteurs et commentateurs !

Merci en particulier à blupou et clodina pour m'avoir permis d'éliminer une faute de frappe au chapitre précédent.

Faciliter le changement

Chapitre 3

Rogue se trouvait dans l'ascenseur bondé, sans se soucier des regards suspicieux qu'il recevait, attendant aussi patiemment qu'il en était capable d'arriver au troisième niveau.

La sorcière coincée contre lui, dont la poitrine pulpeuse lui écrasait le bras, avait l'haleine la plus atroce qu'il eût respirée depuis Macnair. Il finit par la gratifier d'une de ses expressions les plus malveillantes et dit :

« Vous êtes vraiment obligée de respirer ? »

Elle s'écarta avec un soupir de vexation qui faillit faire tomber la peinture des murs, et les autres occupants de la cabine jetèrent un regard noir de ressentiment à Rogue.

L'ascenseur s'arrêta au troisième niveau et le sorcier se fraya un chemin pour en sortir, renonçant au dernier instant à ensorceler quelques personnes lorsque les portes commencèrent à se fermer avant qu'il les eût atteintes. C'était sans doute une mauvaise idée de ne plus confisquer les baguettes des visiteurs à l'entrée. Avoir remporté la guerre offrait toutes sortes de tentations inattendues.

Il jaillit de l'ascenseur en grognant, rajusta ses robes et tapota ses poches, avant de s'éloigner du bureau du Département des Accidents et Catastrophes Magiques pour atteindre l'humble et discret Bureau des Demandes de Brevet pour les Potions.

Il ouvrit la porte et s'arrêta brutalement.

« Miss Granger ? »

Il regarda fixement les piles de livres qui formaient une barrière d'un mètre de long sur soixante centimètres de haut au-dessus du comptoir derrière lequel elle se tenait d'ordinaire. La tête de la sorcière surgit au sommet et ses yeux s'élargirent d'inquiétude. Elle ne prit pas la peine de déplacer les livres pour soulever le battant du comptoir, elle se contenta de passer dessous à quatre pattes. Rogue fit un pas en arrière, alarmé par la mine qu'elle avait.

La Miss Granger qu'il avait rencontrée en venant dans ce bureau la première fois était une jeune femme sûre d'elle et bien dans sa peau. La créature qu'il voyait à présent ressemblait à une folle furieuse, les cheveux quasiment dressés sur la tête et pleins de plumes, des taches d'encre sur le bout de ses doigts, ses robes et même sous son nez et en travers de sa joue.

« J'ai tout fichu en l'air, pas vrai ? Vous avez fait cette merveilleuse chose pour moi, par pure bonté d'âme, et je n'ai pas été à la hauteur de vos attentes ! Je suis désolée ! s'écria-t-elle en s'effondrant contre lui et en attrapant ses robes à pleines mains. Vous aviez raison ! Vous avez toujours eu raison à mon sujet ! Sauf pour dents, corrigea-t-elle alors que son visage passait instantanément du chagrin à l'irritation. Il y a une putain de grande différence entre une légère malocclusion dentaire et des incisives de lapin monstrueuses descendant sur le menton, vous savez ! Partez, conclut-elle après lui avoir tourné le dos pour repasser à quatre pattes sous le battant et disparaître derrière sa pile de livres. Laissez-moi tranquille. Ceci est la seule chose pour quoi je sois qualifiée. C'était cruel de votre part de m'offrir de faux espoirs », acheva-t-elle d'une voix brisée.

Le silence régna après ces derniers mots dramatiques. Rogue ferma la porte derrière lui et marcha jusqu'au comptoir, écoutant les sanglots étouffés qui venaient de l'autre côté des livres. En inspectant ceux-ci de plus près, il s'aperçut qu'ils formaient un mélange éclectique de manuels scolaires et de tomes plus profonds empruntés à la bibliothèque du ministère.

« Si vous avez terminé ? dit-il avec agacement.

– Vous êtes encore là ? demanda-t-elle tandis que sa tête jaillissait à nouveau au-dessus des livres. Oh, fit-elle en essuyant son visage avec sa manche et en répandant encore plus d'encre, vous voulez soumettre une nouvelle demande de brevet, c'est ça ? »

Sa tête disparut à nouveau avant qu'il eût pu l'arrêter.

« Miss Granger ! l'apostropha-t-il sur un ton très sec.

– Oui, monsieur ? répondit-elle en réapparaissant aussitôt, la frayeur dans les yeux.

– Avez-vous décidé quels ASPIC vous voudriez passer ? Vous avez réussi les tests pour les passer tous, sauf la divination. Vos résultats dans cette discipline sont abyssaux. »

Elle le regarda, bouche bée, avec des yeux de merlan frit, ce qui lui fit froncer encore davantage les sourcils.

« Tous sauf... ? »

Il vit ses yeux se révulser et entendit le bruit sourd qu'elle fit après avoir brusquement disparu à ses yeux. Il s'accroupit pour passer sous le comptoir et l'aperçut, étalée la face contre terre sur le sol.

« Miss Granger ? » l'appela-t-il en s'approchant d'elle.

Il jeta un sortilège de diagnostic pour voir si elle s'était fait de mauvaises blessures, puis passa un bras sous elle, la souleva, la retourna et finit par l'installer sur ses genoux. Il lui arrangea le nez d'un rapide Récurvite et la réveilla d'un Ennervatum.

« Miss Granger ? »

Elle ouvrit les yeux et regarda autour d'elle, désorientée, avant que ses yeux ne s'arrêtassent sur lui. Elle lui sourit.

« Bonjour, Simple Mr. Rogue, dit-elle d'une voix rêveuse.

– Bonjour, en effet, répondit-il en la faisant passer sans cérémonie de ses genoux au plancher. Pourquoi ne me montreriez-vous pas où est votre nécessaire à thé ? Vous avez l'air d'avoir besoin d'en boire une bonne dose. Quand avez-vous pris votre dernier repas ?

– Cela fait combien de temps que j'ai passé le test ? demanda-t-elle.

– Une semaine et demie, répliqua-t-il. Il a fallu un certain pour que chaque professeur de Poudlard corrige sa partie. Vous avez sûrement avalé quelque chose depuis ?

– Je ne pourrais pas en jurer. En fait, je crois que j'ai épuisé mes réserves de thé la semaine dernière et que j'ai constamment oublié d'en rapporter.

– Allons, Granger, déclara-t-il en se mettant sur ses pieds, il faut qu'on vous nourrisse. De toute évidence, vous souffrez d'un état hallucinatoire dû à la dénutrition. »

Après avoir fermé le bureau et lancé quelques sorts de protection, ils retournèrent à l'ascenseur et se dirigèrent vers les cheminées du réseau.

À leur arrivée au Chaudron Baveur, il trouvèrent des places dans un coin. Pour une fois, les regards mauvais qu'il recevait d'habitude s'étaient changés en observation stupéfaite de l'état de sa compagne. Elle finit par le remarquer.

« Si vous pouviez passer commande pour moi, je reviens dans une minute », dit-elle en rougissant furieusement.

Il la regarda partir vers les toilettes des dames avant de se tourner vers le serveur voûté et de lui commander deux menus du jour avec une théière. Il sortit l'évaluation de la sorcière et s'efforça de lisser les pages qui s'étaient froissées dans sa poche.

Le thé et deux tourtes à la viande arrivèrent au moment même où Miss Granger revint à table. Son estomac gargouilla bruyamment lorsqu'elle s'assit. Elle avait l'air infiniment plus humaine, et moins encrée, et ils se mirent à manger sans se soucier de converser. Ce ne fut qu'à l'arrivée de la seconde théière que Rogue se redressa et prit l'évaluation.

« Et si vous me disiez à quoi vous jouiez tout à l'heure dans votre bureau, Granger ? Vous ne pouviez certainement pas être aussi angoissée que ça : en dehors de vos résultats en divination – qui auraient été meilleurs si vous aviez simplement coché des réponses au hasard –, vous êtes à peine en dessous des dix meilleurs élèves sur cent dans votre plus mauvaise matière.

– De quelle matière s'agit-il ? demanda-t-elle d'une voix choquée et inquiète alors que son visage était déconfit comme si elle avait reçu un coup.

– Les potions, répondit-il en fronçant les sourcils.

– Oh, grands dieux. Je suis terriblement désolée, monsieur.

– Granger, la reprit-il en reposant les papiers avec dégoût, vous n'avez pas mis les pieds dans une salle de classe depuis plus de dix-huit mois. Vous vous êtes battue et vous avez remporté une guerre entretemps. Je ne vous ai donné aucun temps de préparation – en fait, je ne vous ai même pas donné le temps de tailler une plume –, vous faites encore partie des onze pour cent les meilleurs de toute la population magique, et vous êtes désolée ?

– Mais ce n'était qu'un pré-test. Je suis sûre que ce n'était pas aussi abouti que les ASPIC eux-mêmes. Et d'ailleurs, c'est la première fois que j'ai un résultat aussi mauvais. C'est terrible.

– En réalité, Granger, je vous ai donné une version tronquée des épreuves des ASPIC, sans la partie pratique. Ce n'était donc pas plus facile. Et si vous vous sentez terriblement mal d'être dans les premiers onze pour cent en potions, je ne vais pas me soucier de vous informer que vous êtes dans les trente-deux plus mauvais pour cent en divination.

– Oh, la divination ne compte pas. C'est une matière bien trop idiote pour que je lui accorde la moindre importance. »

Il leva un sourcil devant un mépris aussi complet pour l'un des aspects de son éducation. Après avoir été témoin de son effondrement complet pour des sujets dont on pouvait dire qu'elle les maîtrisait sans même faire d'effort, c'était d'autant plus perturbant.

« Alors, sur quoi voulez-vous vous concentrer ? lui demanda-t-il en lui tendant ses résultats.

– Pas la divination, évidemment, dit-elle en parcourant la feuille du regard. Je ne peux pas prendre toutes les autres ?

– Vous pouvez, si vous êtes masochiste. Ça vous demanderait une quantité ridiculement importante de temps et d'énergie. N'y a-t-il pas un domaine dans lequel vous aviez pensé vous spécialiser ? Un type de magie qui vous intrigue ? Un sujet qui vous attire ?

– Eh bien, je m'étais intéressée aux moyens d'annuler les sortilèges de mémoire et d'oubli », répondit-elle sur un ton détaché.

La tactique aurait pu fonctionner s'il n'avait pas été mis au courant de son histoire. En l'occurrence, il vit le léger tremblement de sa lèvre, avant qu'elle la coinçât sous ses dents, et le petit resserrement autour des yeux qui laissait présager de nouvelles larmes.

« C'est une noble vocation. Il vous faudrait d'abord faire des études de guérisseur, pour lesquelles vous auriez besoin des potions, de l'arithmancie et des sortilèges, puis vous feriez bien de songer à une spécialité en défense contre les forces du mal, puisqu'il y a tant de passerelles entre les sorts d'annulation des dommages dus aux maléfices et les soins des dommages liés aux sortilèges accidentels et que la magie noire s'intéresse à tout ce qui touche l'esprit bien plus que les autres disciplines.

– Combien de temps pensez-vous qu'il me faudrait avant d'atteindre le degré de compétence nécessaire pour soigner les traumatismes mémoriels ? »

De nouveau, elle avait posé la question d'une voix détachée, théorique, presque sur le ton du caprice, et il se rendit compte du point auquel elle était habituée à minimiser ce qu'elle avait perdu pendant la guerre.

« Je ne suis pas là pour vous materner, Granger. Atteindre le niveau d'expertise dont vous parlez vous demanderait au moins dix années d'études intensives, alors qu'il est bien connu et établi que les traumatismes mémoriels deviennent permanents après deux ou trois mois au plus. Il n'y a rien que vous puissiez faire pour sauver vos parents. Cependant, si vous voulez essayer quand même et sauver quelqu'un d'autre sur votre chemin... »

Ses mots moururent quand elle perdit le contrôle de la façade qu'elle avait affichée. Les yeux de la sorcière se remplirent des larmes qu'elle avait contenues et sa mâchoire trembla tandis qu'elle s'efforçait de contrôler sa bouche.

« Je ne savais pas, dit-elle doucement. Je croyais que je les sauvais. Je ne savais pas que ce serait permanent. »

Elle se reprit, les bras serrés sur le ventre, les épaules rentrées. Elle détourna le visage quand le serveur revint à leur table pour emporter les assiettes.

« Deux brandys et l'addition, s'il vous plaît », lui intima Rogue.

Quand il fut partit, l'ancien professeur regarda la jeune sorcière et observa avec fascination la façon dont elle luttait pour garder ses émotions sous contrôle. Quelle drôle de fille, pensa-t-il. Elle pouvait facilement se laisser aller à la panique pour une mauvaise note – si c'était une matière qu'elle considérait comme importante – et pourtant, elle faisait tout son possible pour ne pas réagir quand on parlait des gens qu'elle aimait et qu'elle avait perdus. Il soupira et fit appel à son expérience de directeur de Serpentard.

« Vous les avez vraiment sauvés, Miss Granger. Le Seigneur des Ténèbres avait vraiment ordonné leur mort, et la vôtre aussi, d'ailleurs, ajouta-t-il en hochant la tête solennellement tandis qu'elle lui jetait un coup d'œil stupéfait. Je conçois combien cela vous blesse de ne pas pouvoir contrer les dommages qu'ils ont subis, mais au moins, comprenez bien que ce que vous avez fait n'était pas inconscient. Je suis vraiment désolé que vous ayez perdu vos parents. Pour ainsi dire, ils sont morts, de fait. Mais en même temps, il y a en Australie deux personnes plutôt heureuses de leur vie, non ? »

Elle acquiesça et avala bruyamment sa salive avant de se tourner vers le serveur. Elle s'empara de son brandy et de l'addition, l'arrachant même aux doigts de Rogue.

« C'est pour moi, Mr. Rogue. Je ne peux pas vous rendre ce que vous avez fait pour moi, non seulement en vous arrangeant pour que je puisse passer les examens, mais en me rendant ma confiance en moi, qui avait été salement amochée. J'étais tellement sûre d'avoir eu raison de faire ce que j'avais fait. Mais quand la guerre a été finie et que tout est revenu à la normale en quelques mois seulement, j'ai eu l'impression que j'avais fait une erreur colossale. Personne ne m'avait jamais dit que mes parents avaient réellement été des cibles. Ça semblait juste être une précaution logique puisque je m'apprêtais à partir en cavale. Vous m'avez permis de mieux accepter cette décision et peut-être que ça m'aidera à supporter leur perte. À une meilleure compréhension et aux seconde chances ! » s'exclama-t-elle en levant son brandy.

Il leva son propre verre en réponse et le vida.


Hermione était assise à son petit bureau dans son minuscule appartement et passait en revue sept années de botanique avec plaisir. Elle s'étonnait et s'enthousiasmait de voir tout ce qui lui revenait en mémoire. Elle remplissait rouleau sur rouleau de notes. Il n'y avait pas d'épreuve pratique en botanique, aussi se concentrait-elle pour noter les points sur lesquels elle aurait besoin de revenir avant de passer l'examen en juin.

Elle fut interrompue par des coups bruyants frappés à sa porte qui la firent sauter en l'air et incitèrent Pattenrond à lui enfoncer ses griffes dans les cuisses. Elle chassa son animal de ses genoux, se leva et sortit sa baguette.

« Hermione ! On sait qu't'es là ! »

Elle sourit et courut jusqu'à la porte qu'elle ouvrit en grand.

« Ron ! Harry ! Entrez! »

Elle embrassa ses amis qui pénétrèrent sans son appartement, remplissant le petit espace au maximum de sa capacité.

« Bon sang. Regarde un peu cet endroit », dit Ron.

Les deux hommes fixèrent le fatras de rouleaux et de bouts de parchemin, et les piles de livres accumulées sur chaque surface disponible.

« Hé, Harry, regarde ! fit Ron en désignant du doigt le planning de révision coloré accroché sur le mur au-dessus du bureau, ce qui fit ricaner puis rire aux éclats les deux sorciers.

– Ça fait remonter des souvenirs, pas vrai ? ajouta Harry. Seigneur, Hermione, t'as mangé quelque chose ? D'habitude, tu oubliais de manger quand on en arrivait à ce point.

– Oui, répondit-elle en riant et en hochant la tête. Rogue m'envoie des messages par Patronus à midi et à six heures du soir si je ne lui en envoie pas un moi-même d'abord. Je suis loin d'être aussi terrible que je l'étais d'habitude quand nous étions à l'école. D'accord, concéda-t-elle devant le regard sceptique de Ron, je n'étais pas bien organisée quand tout ça a commencé, mais je me suis beaucoup améliorée dans les semaines qui ont suivi. En fait, je vais vous le prouver. Laissez-moi prendre mon sac et allons grignoter un morceau ensemble.

– D'accord, je meurs de faim, approuva Ron. On peut se faire un curry ?

– Pas de problème, il y a un restau juste au coin. »

Elle sortit sa baguette et envoya sa petite loutre gambader à l'extérieur.

« Tu es vraiment obligée de dire à Rogue que tu as mangé ? s'enquit Harry.

– Crois-moi, confirma Hermione en rougissant. Après la seconde fois où il m'a trouvée à moitié en train de délirer à cause du manque de nourriture, il m'a servi une leçon longue, féroce et humiliante. Il vaut beaucoup mieux lui envoyer un message que de le voir apparaître en personne. »

Elle ferma le verrou et ils sortirent de l'immeuble.

« Alors, qu'est-ce qui vous amène jusqu'à mon humble foyer de manière aussi inattendue par un magnifique samedi ? leur demanda-t-elle une fois qu'ils furent assis et qu'ils eurent commandé les boissons et l'apéritif.

– On a un week-end de relâche, répondit Harry, alors on le passe au Terrier. On s'est dit qu'on allait passer te voir avant d'aller retrouver Ginny à Pré-au-Lard tout à l'heure. Tu as l'air bien, Hermione. Heureuse, tu vois ? »

Elle rougit et, en guise de distraction, sortit sa paille de l'emballage en papier.

« Allez, parle-nous de Rogue, dit Ron, ce qui lui valut un regard agacé de la part de Harry.

– Qu'est-ce que vous voulez que je vous en dise, de Rogue ?

– Le bruit court que vous êtes ensemble. C'est vrai ?

– Rogue et moi ? s'étonna Hermione en s'étouffant avec sa gorgée d'eau. T'es sérieux ? C'est quoi, ce bruit ? Il vient de qui ?

– De Rita Skeeter, murmura Harry. Tu ne lis toujours pas le journal, hein ?

– Seulement les pages sport du lundi pour savoir où vous en êtes. On a parlé de moi dans le journal ? Avec Rogue ? Le monde sorcier doit n'avoir vraiment rien à penser pour aller s'imaginer que nous sommes ensemble.

– Ça a commencé il y a quelques semaines, expliqua Harry. Quand tu as été prise en photo, avec l'air plutôt bouleversé, en sa compagnie, au Chaudron Baveur. On s'est tous les deux fait du souci pour toi jusqu'à ce qu'on reçoive ta lettre. C'était l'après-midi où il t'a parlé de tes parents. Les ragots sont ressortis de temps à autre depuis. Mais hier, une autre photo est parue et c'est revenu en pleine force. »

Ron fouilla dans sa poche et en sortit une page de journal froissée qu'il lissa avant de la lui tendre. La légende disait: « La Belle qui dompte la Bête ? Ou la Bête qui corrompt la Belle ? » La photo la montrait avec Rogue, chez Fleuri et Bott, jeudi après-midi. Il faisait face à l'appareil et s'inclinait vers elle en lui tendant un exemplaire de Dégâts des Ténèbres, un guide pour la torture mentale. Tandis qu'elle regardait, l'Hermione de la photo ouvrit l'ouvrage, faisant ainsi apparaître le titre dans la prise de vue. Ce qui fit cligner des yeux à Hermione ne fut pas le livre – la lecture en avait été suggérée après leur conversation ce jour-là au Chaudron Baveur – mais l'expression que Rogue arborait alors qu'elle se penchait pour commencer à lire. Il souriait. Pas d'un petit mouvement des commissures des lèvres, comme il en avait l'habitude, ni de la mine aussi sarcastique que supérieure qu'il affichait d'ordinaire quand elle se montrait idiote. C'était un sourire authentique. Un sourire détendu, heureux.

« Grands dieux, dit-elle.

– Ouais, c'est en gros ce qu'on a dit aussi, marmonna Ron. Alors... c'est quoi, l'histoire ? »

Hermione leva les yeux de la photo. Harry et Ron avaient tous les deux un air soucieux, mais ses garçons attendaient d'avoir tous les faits en mains avant de juger précipitamment. Après une année à courir à la recherche des Horcruxes, ils avaient atteint entre eux trois un degré de compréhension qui était parfois troublant. Elle leur sourit.

« Il n'y a pas d'histoire. Je reconnais, admit-elle en montrant la photo, qu'on dirait qu'il y en a une, mais ce n'est tout simplement pas vrai. En réalité, je ne vois pas Rogue très souvent. Mes révisions se font surtout par correspondance. Il vient au bureau de temps en temps à cause de se brevets et nous passons en revue un certain nombre de choses à ces moments-là, mais sinon, tout se fait par hiboux interposés. Nous nous sommes rencontrés à la librairie jeudi dernier parce que je voulais son opinion sur l'épreuve pratique de DCFM et qu'il avait dit qu'il y avait plusieurs bons livres entre lesquels choisir. Ce livre-là... commença-t-elle avant de soupirer. Rogue sait que je voudrais faire des études de guérisseur pour pouvoir peut-être un jour sauver des gens comme mes parents. Ce livre-là contient plein d'informations sur les raisons pour lesquelles l'esprit subit si facilement des dégâts. Il n'est pas du tout en train de me corrompre. Et en ce qui concerne son expression... Je ne sais pas quoi dire. Je ne l'avais jamais vu sourire comme ça avant, ça, je peux vous l'affirmer.

– Peut-être qu'il venait de lâcher un vent, dit Ron, s'attirant les regards réprobateurs des deux autres. Quoi ? Les gens disent toujours ça quand les bébés sourient. C'était peut-être la même chose.

– Je crois qu'il doit bien aimer se rendre utile, dit Harry. La photo a simplement saisi ce qu'il voulait que personne ne voie. Nous savons que Rogue est plus profond que ce que nous pourrons jamais en dire. Franchement, réfléchis un peu. Pourquoi t'aide-t-il ? Il n'y a rien à y gagner pour lui. Peut-être que toute cette merde Serpentard n'était qu'un écran de fumée.

– Je pense que tu pourrais bien être tout près de la vérité, Harry », répondit-elle.

Elle posa la photo sur la table et il regardèrent tous Rogue sourire quand elle se plongea encore une fois dans le livre.

« Eh bien, dit Ron, s'il ne veut pas que les gens sachent qu'il est un type sympa dans le fond, il doit être méchamment furieux, juste là. »


Rogue était méchamment furieux. Les hiboux larguaient régulièrement des Beuglantes depuis que cette fichue photo était parue dans le journal du matin la veille. Il avait renoncé et se contentait de laisser la fenêtre de la cuisine ouverte, tandis qu'il avait placé un sortilège d'Impassibilité sur la porte de son laboratoire pour ne plus avoir à entendre la cacophonie du courrier braillard qui atterrissait sur sa table.

Les lettres étaient agaçantes en elles-mêmes mais ce qui le mettait vraiment en colère, c'était lui-même. Il s'était autorisé un seul fichu moment de fierté manifeste pour son élève et il avait été surpris par un appareil photo. Flitwick pouvait s'extasier tant qu'il voulait sur un étudiant brillant sans que personne ne songeât à l'accuser d'être un pervers. Minerva n'avait jamais pleuré ses louanges ou sa fierté. Dans toutes ses années d'enseignement, lui n'avait jamais offert le moindre compliment à un élève, en dehors d'occasionnelles manifestations publiques de soutien à un enfant de Mangemort, et même alors, il s'était toujours félicité de sa capacité à rester subtil et indirect.

Mais il avait suffi d'un seul petit moment d'autosatisfaction et il avait attiré la honte sur lui-même, ainsi que la ruine sur la réputation de Granger. Tout l'intérêt de cet exercice était de lui donner un nouveau départ pour qu'elle pût trouver un travail décent. Maintenant, son nom était traîné dans la boue parce qu'il s'était permis de se montrer fier de la façon dont elle s'efforçait de faire flèche du mauvais bois dont elle avait hérité.

Il était plus que probable que la jeune fille ne fût même pas au courant du scandale. Il savait qu'elle ne prenait jamais la peine de lire le journal. En tout cas, son agaçante loutre avait eu l'air tout à fait contente quand elle était rentrée en gambadant lui annoncer que la sorcière partait déjeuner avec le douteux duo. Il s'était demandé comment interpréter la coïncidence. Dans ses lettres, elle les mentionnait à peine et il était certain qu'elle ne les avait pas revus depuis le début de la saison de Quidditch. Maintenant, ils étaient partis déjeuner ensemble et lui, il évitait sa propre cuisine.

Il jura avec force et se mit à frotter vigoureusement son établi quand il fut interrompu par le tintement de ses sortilèges de protection. Il leva la tête et plissa les yeux en regardant l'escalier qui montait du sous-sol.

Il alla ouvrir brusquement sa porte d'entrée, la baguette toute prête, mais il la baissa quand il vit qui se tenait là.

« Bon après-midi, Minerva. En voilà, une surprise. Entre, ajouta-t-il en ouvrant la porte en grand.

– Bon après-midi, Severus. Je me suis dit que j'allais enfin accepter ton offre de venir prendre le thé.

– Quand ai-je été assez bête pour la faire ?

– Je crois que ça doit faire six ans, maintenant, et tu avais bu. »

Il lui fit un sourire sarcastique et la conduisit dans son salon, mettant une pile de livres par terre pour lui faire de la place.

« Je mets en route la bouilloire », dit-il avec un regard éloquent en levant les deux sourcils.

Encore une fois, un hibou franchit la fenêtre pour lâcher une enveloppe rouge dans le panier qui se trouvait sur la table et Rogue jeta aussitôt un sort, faisant accidentellement disparaître le panier aussi, par excès de zèle. Il disposa le nécessaire à thé sur un plateau et ajouta un gâteau moldu au gingembre avant de rapporter le tout dans le salon.

Il mit le plateau sur la table basse devant le canapé et s'assit dans son fauteuil.

« Alors, dis-moi. Qu'est-ce qui amène la directrice de Poudlard jusqu'à mon humble demeure ? Es-tu venue m'implorer d'accepter un poste de professeur maintenant que je suis devenu fameux pour mes qualités de tuteur ?

– Tu sais que je t'aurais embauché si j'avais pu, Severus, répondit Minerva en fronçant les sourcils. Le conseil d'administration ne m'a même pas laissée finir mon discours, expliqua-t-elle en se penchant pour verser deux tasses de thé et ajouter de la crème et du sucre avant de lui en tendre une. Je ne suis pas Albus : je ne prétends pas pouvoir jouer ton jeu. Tu sais très bien pourquoi je suis ici.

– Et pourtant, j'éprouve le besoin de te l'entendre dire à voix haute, rétorqua-t-il avec un air de mépris.

– Très bien. Pourquoi Hermione, Severus ? Cela ne te ressemble pas du tout d'aider quelqu'un sans y gagner quelque chose pour toi.

– Cela ne me ressemble pas ?

– Ne fais pas le malin avec moi. Tu es bien trop Serpentard pour faire quoi que ce soit sans raison. Durant toutes les années où j'ai travaillé avec toi, je ne t'ai jamais vu développer le moindre intérêt personnel pour un élève. Pourquoi maintenant ? Pourquoi Miss Granger ? »

SEVERUS ROGUE ! TU AURAIS DÛ RECEVOIR LE BAISER DES DÉTRAQUEURS ! ON AURAIT DÛ JETER TON CORPS SANS ÂME DU HAUT DES MURS D'AZKABAN ! NE T'APPROCHE PLUS DE CETTE INNOCENTE JEUNE FILLE OU JE VIENDRAI TE POURCHASSER ET M'OCCUPER DE TOI EN PERSONNE !

Rogue laissa la Beuglante terminer son propos avant de jeter un sort de mutisme autour d'eux.

« Est-ce que cela exprime tes sentiments, Minerva ?

– Qu'est-ce que c'était que ce truc, bon sang ? demanda-t-elle, visiblement secouée.

– Une lettre de fan. J'en reçois plus que d'habitude depuis deux jours. Pas autant qu'au moment où j'ai reçu mon pardon officiel, ceci dit.

– Non, mon garçon, cela n'exprime pas du tout mes sentiments. Je ne suis pas là pour que ça saigne, seulement pour éclaircir les choses. Tu as frappé là où ça faisait mal quand tu m'as fait comprendre que je n'avais jamais pris la peine de me renseigner sur les raisons pour lesquelles Miss Granger n'avait pas répondu à l'offre du collège. J'avoue qu'en plus d'avoir eu les mains pleines avec les réparations et la préparation de l'année à venir, je me suis sentie quelque peu atteinte dans ma fierté qu'aucun des membres du fameux trio en or ne se soit soucié de revenir finir son éducation dans l'école qui avait été presque détruite pour eux.

– Pour eux ?

– Oh, d'accord, pour nous tous. Mais tu ne peux pas dire que Mr. Potter n'a pas été la raison principale de l'attaque de l'école.

– Si, je peux. Minerva, je t'assure que si Potter était mort avec sa mère et son père, l'école serait tombée presque vingt ans plus tôt. À cause d'élèves comme Miss Granger.

« Minerva, continua-t-il en posant son thé sur la table et en se penchant plus près, je vais m'expliquer une fois pour toutes avec des mots simples, comme vous préférez, vous autres Gryffondor. J'ai fait ce que j'ai fait pour me racheter de ce que j'avais causé quand j'avais le même âge que Miss Granger. J'ai fait ce que j'ai fait pour que des élèves comme Miss Granger aient une chance de pouvoir se battre dans notre monde. J'ai fait ce que j'ai fait parce que c'était la chose à faire, et pas pour insidieusement tenter d'y gagner je ne sais quoi.

« Je reconnais que, lorsque j'ai vu Miss Granger reléguée dans cette minuscule cellule qu'elle appelle bureau, ça m'a beaucoup amusé. Cette fille a toujours été une emmerderesse de première, de mon point de vue. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas été furieux de constater que ce boulot grotesque qu'elle fait est le mieux qu'elle puisse espérer dans notre monde. Même moi, je peux admettre qu'elle représente ce que nous avons de meilleur. Et l'idée qu'elle se soit vu refuser un avenir ? Je peux accepter que ma capacité à trouver un travail soit nulle à cause de mes actions et de mes choix mais je n'ai pas frôlé la mort dans cette fichue cabane pour que la meilleure élève qu'on ait vue depuis des décennies ne puisse rien être d'autre qu'une foutue fonctionnaire de l'administration.

– Bien, voilà une explication plutôt claire de la situation dit Minerva qui reposa sa tasse sur la soucoupe ébréchée, prit sa cape puis s'arrêta et se tourna vers Rogue. Sauf le sourire. Severus, je peux compter sur les doigts d'une seule main le nombre de fois où je t'ai vu sourire et encore, je n'aurais pas besoin de tous les utiliser. Es-tu vraiment sûr que tu n'as rien d'autre à me dire ?

– Tout ce que mon malheureux choix d'expression faciale voulait dire, grommela Severus en fronçant les sourcils, c'est que je suis plutôt fier de la façon dont elle fait face aux défis qui sont devant elle. Rien de plus.

– C'est tragique vraiment, conclut Minerva après l'avoir fixé un bon moment avant de céder. Il a fallu que tu perdes ton travail pour te rendre compte du point auquel enseigner peut être gratifiant. Tu as toujours été une créature perverse, Severus. »

Il lui répondit par un reniflement de mépris et se leva pour la raccompagner jusqu'à la porte.


Note de l'auteur : Et qu'il ait fait ce qu'il a fait n'a aucun rapport avec la gentillesse qu'elle a montrée à son égard...

Note de la traductrice : un chouette long chapitre, non ? J'aime beaucoup les relations entre les membres du trio, à la fois plus mûres que pendant leur adolescence mais typique des liens particuliers qui les unissent depuis toujours. L'intrigue avance, n'est-ce pas, même si on semble encore bien loin d'un amour ardent entre nos deux protagonistes... J'aime aussi l'idée que le sourire de Rogue soit un événement digne d'être relaté dans le journal !

Le système de pourcentage (être dans les n meilleurs pour cent) est apparemment la façon normale dont on classe les étudiants, au moins aux États-Unis. D'accord, on s'en fiche de le savoir, mais ça explique pourquoi Aurette a utilisé ce système ici (elle est américaine).

Et vous, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?