Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Cette histoire a pour auteur Aurette (vous la trouverez dans mes auteurs favoris), avec pour relecteurs Hebe GB, Dressagegrrrl et astopperindeath. Moi, je traduis, sans en tirer d'autre profit que les éventuels remerciements de mes éventuels lecteurs.
Encore une fois, merci à tous les lecteurs et commentateurs !
Faciliter le changement
Chapitre 5
Deux semaines plus tard, un message du secrétariat du ministre arriva chez Hermione pour la convoquer à une audience. Elle soupira, mit de côté les candidatures qu'elle avait préparées, ferma son bureau et se dirigea vers l'ascenseur.
Elle fit le trajet jusqu'à la pièce du quatrième niveau et frappa à la porte qu'on lui avait indiquée. Les battants s'ouvrirent et elle fut aussitôt aveuglé par l'éclair d'un flash.
« Je vous ai déjà averti, Mr. Bozo. Si vous ne cessez pas, je vous ferai sortir de la pièce », grommela le ministre tandis qu'Hermione clignait des yeux pour chasser les points lumineux qui dansaient devant ses yeux.
Autour d'une large table se trouvaient Kingsley Shacklebot, Minerva McGonagall, Filius Flitwick, Septima Vector, trois autres personnes qu'elle ne connaissait pas, deux qu'elle se rappela avoir vus surveiller les examens, Pascal Richter, du conseil d'administration, et, au bout de la table, Rogue, Rita Skeeter et un photographe au mauvais sourire.
Un des hommes qu'elle ne connaissait pas se leva.
« Merci d'être venue, Miss Granger. Je suis Flechter Miles, et à mes côtés, vous voyez Phyllis Pringle et Alden Goblande, dit-il en présentant ses collègues qui firent un léger hochement de tête l'un après l'autre. Le ministre a saisi le Magenmagot pour qu'il se prononce sur cette plainte et nous sommes donc ici pour voir s'il y a eu des actes répréhensibles. Notre mission est soit de classer l'affaire, soit, le cas échéant, d'engager la procédure. Prenez place, je vous prie. »
Hermione s'assit sur la chaise qu'il lui montrait, entre McGonagall et le ministre, puis jeta un œil nerveux tout autour de la pièce. La directrice et ses anciens professeurs lui firent des signes de tête rassurants. Kingsley avait l'air d'avoir avalé un crapaud. Skeeter semblait sur le point d'assister à une exécution en ayant oublié son popcorn. Les membres du Magenmagot affichaient l'expression indéchiffrable qui convenait en la circonstance. Quant à Rogue... il restait complètement impassible, le regard fixé sur ses mains posées sur la table devant lui. Il ne leva pas les yeux vers Hermione une seule fois.
« Miss Granger, commença Mr. Miles. Mr. Rogue a refusé de répondre à toutes nos questions, et nous n'avons pas l'autorité suffisante pour l'y contraindre à cet instant. Nous avons entendu l'opinion de vos professeurs sur vos capacités. Nous avons aussi parlé avec les surveillants et nous avons établi de façon satisfaisante qu'on n'avait rien pu observer de répréhensible, qu'il n'y avait eu aucun changement dans les protocoles utilisés d'ordinaire pour les examens et qu'à aucun moment les copies n'avaient quitté leurs mains du moment où elles leur avaient été remises par les élèves jusqu'à celui où elles avaient été corrigées. La seule question qui se pose encore, c'est la possibilité de moyens magiques pour améliorer vos notes ou peut-être même l'utilisation éventuelle de Polynectar qui aurait permis à Severus Rogue de passer en réalité les examens à votre place.
– C'est grotesque ! s'exclama Hermione dont la tête s'était brusquement redressée et dont la mâchoire en tombait. Pourquoi diable aurait-il fait une chose pareille ? Comment pouvez-vous même avoir eu cette idée ? C'est le truc le plus débile que j'aie jamais entendu !
– Néanmoins, Miss Granger, il a été porté à notre attention que la seule différence dans votre comportement remarquée par vos anciens professeurs était un calme presque surnaturel dont nous avons été informés qu'il ne faisait aucunement partie de votre caractère dans des conditions normales d'examen. Pourriez-vous nous fournir une explication ?
– Je... je... commença-t-elle en regardant dans salle pour voir ses professeurs baisser les yeux de honte. Je suis plus âgée, à présent, dit-elle en jetant un coup d'œil à Rogue (qui ne semblait ne tenir aucun compte de sa présence) avant de redresser les épaules. Avant, j'avais toujours peur que les gens ne me trouvent pas à la hauteur si je ne leur prouvais pas ma valeur. Je ne suis plus vraiment comme ça. Enfin, la plupart du temps. J'étais complètement terrifiée à l'idée de passer la première épreuve. Mais Mr. Rogue m'a aidée à me calmer ce matin-là, et après, c'était facile.
– Si je puis me permettre ? intervint Rita Skeeter. Après tout, je représente l'intérêt public et c'est une audience informelle... se justifia-t-elle avant de se taire pour attendre que Mr. Miles discutât avec ses deux collègues et lui fît part de son approbation par un hochement de tête. À quelle heure avez-vous quitté votre domicile londonien afin d'arriver à l'école à temps le premier jour ?
– J'ai quitté la maison à sept heures du matin et j'ai transplané depuis une ruelle près de la rue principale.
– Il est donc plausible de supposer que, si Mr. Rogue vous a rassurée, c'est qu'il avait passé la nuit chez vous ? À vous instruire, peut-être ?
– Non ! cracha Hermione qui se reprit quand McGonagall lui donna un petit coup dans la jambe avec la pointe de sa chaussure. Je lui avais envoyé un hibou le soir précédent dans lequel je lui faisais part de combien je doutais de réussir et il m'a répondu au matin. J'ai reçu son hibou vers cinq heures et demie du matin.
– N'est-ce pas vraiment tôt ?
– Non, c'est l'heure à laquelle je me lève d'ordinaire.
– Mr. Rogue est donc au courant de votre heure ordinaire de lever ? demanda Skeeter avec une lueur de triomphe dans le regard.
– Pendant mes révisions, répondit Hermione en plissant des yeux noirs vers cette femme atroce, je lui envoyais souvent un hibou le matin avant de partir pour le travail et un autre le soir en rentrant à la maison. Je suis certaine qu'il n'a pas eu de difficultés pour deviner l'information nécessaire à partir de mon comportement habituel. Vous essayez d'insinuer des choses sur ma relation avec Mr. Rogue qui vous permettraient de vendre votre journal mais qui n'existent tout simplement pas. Je vous assure qu'il n'a rien été d'autre qu'un mentor pour moi et que pour lui, je n'ai rien été d'autre qu'une agaçante et occasionnellement amusante taupine. »
Les professeurs rirent discrètement autour de la table en se faisant de petits signes de tête et les oreilles d'Hermione s'enflammèrent.
« Et pourtant, continua Skeeter, s'il n'y avait rien de plus dans cette relation, pourquoi auriez-vous un tatouage de quelques mots écrits de la main de Mr. Rogue ? N'est-ce pas un peu extrême pour quelqu'un qui prétend n'être qu'une élève ? Vous ne pouvez pas nier, même si l'emplacement est, dirons-nous, trop délicat pour que vous nous le montriez. J'ai le témoignage écrit et signé du tatoueur chez qui vous êtes allée avec vos amis. Non seulement il se souvient de votre conversation, mais c'est un ancien élève lui-même, et il a reconnu l'écriture qu'on lui demandait de reproduire. »
Hermione blêmit et les têtes de toutes les personne présentes pivotèrent dans sa direction. Elle jeta un œil vers Rogue et vit une expression de choc absolu sur son visage. Serrant les poings de colère frustrée, elle sentit des larmes d'humiliation lui monter aux yeux.
« Sale garce ! siffla-t-elle. Ça n'a rien à voir. C'est un geste qui ne concerne que moi et je n'ai pas l'intention de l'expliquer à qui que ce soit. Je ne répondrai plus aux questions de cette femme répugnante, déclara Hermione aux membres du Magenmagot.
– Miss Granger, dit Madame Pringle après s'être éclairci la gorge, pouvez-vous nous expliquer comment il est possible qu'une élève qui a manqué sa dernière année d'école et n'est pas revenue étudier avec les autres dans le même cas, une élève qui, en fait, n'a même pas commencé à réviser pour ses examens jusqu'au début du mois de février de cette année, comment il est possible que cette élève reçoive un Optimal à onze de ses ASPIC ? Vous pouvez certainement voir que c'est de nature à faire naître un doute, pour le moins ? »
Hermione ouvrit la bouche pour répondre mais une autre voix intervint.
« Je peux répondre à cette question, dit Rogue. On vous a montré le dossier scolaire de Miss Granger. Vous avez vu le pré-test qu'elle a passé sans aucune préparation et qui lui aurait valu trois Optimaux, sept Efforts Exceptionnels, un Acceptable et un Troll dans une matière qu'elle a abandonnée en troisième année, après dix-huit mois loin de tout environnement académique. On vous a raconté comment elle a résolu, lors de sa première année, une énigme de logique destinée à empêcher des sorciers adultes d'accéder à une certaine partie du château. On vous a raconté comment elle a préparé avec succès, lors de sa deuxième année, une potion du programme de septième année. On vous a raconté comment, lors de sa troisième année, elle a reçu l'autorisation d'utiliser un Retourneur de Temps pour pouvoir continuer à suivre toutes les matières possibles. Vous avez entendu qu'on a toujours parlé d'elle comme de la plus brillante sorcière de sa génération pendant toute sa scolarité et vous savez pertinemment que c'est en partie grâce à l'intelligence, la loyauté et la détermination de Miss Granger que Potter a pu vaincre le Seigneur des Ténèbres. Il saute aux yeux de tous ceux qui lui ont fait cours que Miss Granger est un génie. Si vous mélangez son intellect et sa volonté et que vous ajoutez son esprit de compétition, vous obtenez sans problème une élève en mesure de maîtriser le programme demandé en moins de six mois.
« Cette discussion est fondée sur des arguments fallacieux, continua-t-il. Chaque année, des élèves qui ont été scolarisés dans leur famille et n'ont jamais mis les pieds à Poudlard sont autorisés à passer leurs examens et personne ne s'interroge sur leurs notes. Je vous assure que l'aide que j'ai apportée à Miss Granger a été minime. J'ai facilité son insertion dans la session de cette année et je lui ai indiqué la bonne direction quand elle ne pouvait trouver l'information dont elle avait besoin. À aucun moment je n'ai appris à Miss Granger quelque chose qu'elle ignorait. Je n'ai fait que confirmer ou infirmer ses propres recherches. Je n'ai été qu'un conseiller d'études et sous-entendre davantage que cela, même à la lumière de sa conception étrange du souvenir permanent, c'est vous faire honte à vous-mêmes et rabaisser les capacités d'une jeune fille qui est sans doute l'élève la plus douée que nous ayons vue en plusieurs générations. »
Rogue n'avait jamais levé les yeux de la table pendant son discours. Il ne vit donc pas que les larmes inondaient le visage d'Hermione, que la main de McGonagall était venue serrer celle de la jeune sorcière et qu'elle avait souri pour apporter son soutien à l'évaluation qu'il avait donnée des capacités de leur élève, ni que Vector et Flitwick avaient eux vigoureusement hoché la tête. Quand il eut fini de parler, il croisa simplement ses mains et conclut lui aussi d'un hochement de tête.
La pièce resta silencieuse un moment, puis le troisième membre du Magenmagot prit la parole.
« Il me semble que le moyen le plus simple pour régler cette affaire est d'organiser une nouvelle session d'examens pour Miss Granger, avec des conditions de contrôle renforcées. Si elle obtient encore les notes qu'elle a déjà obtenues, alors, elle aura fait ses preuves sans laisser planer l'ombre d'un doute. Je propose que nous lui fassions passer les épreuves la semaine prochaine, après avoir d'abord vérifié l'absence de toute magie noire, nous être assurés que du Polynectar n'est pas utilisé et qu'elle n'a eu aucun contact avec qui que ce soit entre maintenant et le moment de l'examen. Je crois que nous devrions enfermer Miss Granger avec ses manuels jusqu'au moment opportun. »
Le sang d'Hermione ne fit qu'un tour quand il lui parut enfin clairement que tout ceci ne la concernait pas, elle, mais Rogue. Elle se leva.
« Non, dit-elle d'une voix douce. Mr. Rogue a eu tort de dire qu'à aucun moment il ne m'avait appris quelque chose que j'ignorais. Savez-vous ce qu'il m'a appris et que personne d'autre n'aurait pu m'apprendre ? Je n'ai pas à faire mes preuves auprès de qui que ce soit d'autre que moi-même. Je n'ai pas à faire ce que je ne veux pas faire. Il m'a appris que rien d'autre ne compte, du moment que je sens que je fais ce qui est bien. Je ne repasserai pas ces épreuves pour vous faire plaisir. Je sais que je les ai passées. Je sais que j'ai mérité mes notes. Mes professeurs le savent. Mes amis le savent. Je n'ai pas à vous le prouver. Je n'ai rien à prouver à personne. »
Elle fit demi-tour et se dirigea vers la porte mais s'arrêta et se retourna.
« Et une dernière chose : si j'avais couché avec Severus Rogue pendant tout le temps où j'ai révisé pour cet examen, ça n'aurait rien changé à mes notes et ça n'aurait été l'affaire de personne d'autre que nous. Je me fous royalement de ce que vous pouvez penser. Vous me rendez malade. J'en ai fini avec tout ça. »
Elle hocha brièvement la tête en direction du ministre et de ses anciens professeurs, s'inclina vers Rogue qui la regardait avec un mélange de surprise et d'une émotion non identifiable, avant de pivoter sur ses talons et de sortir de la pièce.
Quand elle regagna son bureau, elle souleva son paquet de candidatures, chacune des vingt-sept soigneusement complétée par une copie de ses résultats aux ASPIC, et éclata en sanglots.
Severus Rogue était sans connaissance à la table de sa cuisine. Il avait un bras autour d'une bouteille vide de brandy et l'autre pendait dans le vide sur le côté. Près de sa tête, un morceau de papier journal froissé palpitait en suivant le rythme de ses respirations inflammables. La feuille montrait la photographie d'un homme aux cheveux noirs se penchant pour murmurer à l'oreille d'une femme qui se retournait lentement vers lui. Leurs visages n'étaient pas distincts mais l'image faisait passer une sensualité tout à fait envoûtante. Même pour ceux qui savaient que cela n'était jamais arrivé.
Rogue entra dans le Bureau des Demandes de Brevet pour les Potions et s'arrêta aussitôt pour parcourir la pièce du regard. Cela faisait presque trois mois depuis sa dernière visite. Il avait décidé de venir ce jour-là sur l'impulsion du moment, sachant qu'il ne viendrait jamais plus s'il continuer à laisser l'idée de franchir ce seuil devenir encore plus pénible.
Il laissa la porte se fermer toute seule derrière lui avec un clic qui résonna bien trop fort dans la pièce vide.
Tout avait l'air de faire partie d'une ode au désordre. La plupart des plantes qui remplissaient la pièce auparavant avaient succombé faute de soins. Les murs, les tapis et les bureaux présentaient tous un état de Sortilège en Délabrement : leurs couleurs et textures d'origine commençaient à apparaître derrière les améliorations que leur avait apportées Miss Granger. Tout cela faisait naître chez l'observateur un sentiment d'abandon que Rogue tenta d'étouffer.
Sur le comptoir, il y avait deux blocs-notes et un petit panneau dont les instructions lui demandaient de choisir le bon formulaire, de le remplir et de le laisser sur le meuble en partant. Il se dit que le ministère avait finalement compris que n'importe qui pouvait faire ce travail en un quart d'heure à la fin de la journée et qu'on ne s'était pas soucié de trouver un remplaçant à Miss Granger.
Il prit le formulaire adéquat et s'interrogea pour savoir s'il irait jusqu'à la cafétéria pour le remplir. Cette pièce était trop déprimante. Pour finir, il décida qu'elle valait pourtant bien n'importe quel autre endroit. Au moins, il n'y avait personne pour le fixer longuement du regard, comme c'était généralement le cas lorsqu'il sortait dans des lieux publics.
Cela faisait dix minutes qu'il remplissait son papier (il expliquait les utilisations de sa potion régénératrice pour le larynx) lorsque la porte s'ouvrit à nouveau. Il leva les yeux vers cette distraction et se figea avant de bondir sur ses pieds.
« Miss Granger ? Que faites-vous ici ? »
Elle s'arrêta net, et son regard quitta le livre qu'elle était en train de lire lorsqu'elle était entrée.
« Mr. Rogue ! Vous êtes venu déposer une nouvelle potion ? lui demanda-t-elle tandis que le petit sourire qu'elle avait eu en le voyant disparaissait bien vite.
– Selon toute apparence. Je vous ai posé une question, Miss Granger. Pourquoi êtes-vous ici ? »
Elle fronça les sourcils et lui tourna le dos. Il fut frappé en constatant qu'elle avait l'air aussi fanée que la pièce. Son estomac se serra de colère quand il la vit faire son chemin jusque derrière le comptoir, poser son livre et lever le menton, sur la défensive face à lui, avant de rencontrer son regard.
« Je crois que nous avons déjà établi en plusieurs occasions que je travaille ici et je n'aime pas avoir à me répéter.
– Pourquoi ? insista-il avec rudesse en se rapprochant du comptoir. Ne faites pas semblant de ne pas me comprendre. Pourquoi êtes-vous encore ici ? »
Il observa une vive lueur de fureur éclairer ses yeux avant que cette expression s'effaçât elle aussi. Elle se baissa et ouvrit un tiroir qu'il ne pouvait voir, puis plaça sur le comptoir devant lui un épais rouleau de parchemin, attaché avec un ruban.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.
– D'après mes derniers calculs, ce sont les cinquante-deux explications qui détaillent en mots choisis les raisons pour lesquelles je suis considérée comme pas assez qualifiée, pas assez conforme au profil recherché, pas assez recommandable ou d'autres motifs qui me rendent inapte à être embauchée. Je les ai reçues avant d'arrêter d'envoyer des candidatures. Il y a encore quatorze réponses que j'attends. Vous pouvez les lire si vous voulez, lui dit-elle en tapa du doigt sur le paquet. Certaines d'entre elles sont plutôt amusantes.
– Non, merci, je me passerai de cet honneur. J'ai une pile semblable chez moi, répondit-il avant de grimacer et de se passer la main dans les cheveux pour se calmer et éviter une réaction qui l'aurait fait passer pour un imbécile. Alors, fit-il après une profonde inspiration suivie d'une lente expiration, ils vous ont laissée vous dessécher ici, après tout ? Et Minerva ?
– Le conseil d'administration a posé son veto à l'apprentissage qu'elle m'avait proposé, en arguant de ma moralité douteuse. Les nouvelles règles mises en place par le ministère après le mandat de Dumbledore et le vôtre lient à peu près complètement les mains de la directrice. Les relations qu'elle a tenté de faire jouer pour m'aider font partie des lettres dont j'attends encore la réponse. Je soupçonne qu'ils ne veulent pas insulter Minerva en refusant tout de go de m'embaucher.
– Je suis vraiment désolé, Miss Granger, dit-il en donnant lui aussi un petit coup avec le doigt sur la pile, tout en ayant l'impression que son estomac était rempli de plomb.
– Ne le soyez pas. Je ne le suis pas. Je ne regrette rien. Ceci n'est pas la fin pour moi, expliqua-t-elle en désignant de la main la pièce. J'attends le bon moment, c'est tout. Le taux de change entre les mondes magique et moldu est en ma faveur. Mon plan est d'économiser sur mon salaire le plus possible dans l'année qui vient puis de quitter cet endroit et de repartir de zéro dans le monde moldu. Je veux déménager en Australie. J'ai entendu dire qu'il y a là-bas un cabinet de dentistes avec deux personnes charmantes qui sont peut-être à la recherche d'une secrétaire. Il se trouve que je sais qu'elles adorent les histoires de pauvres malchanceux.
– Vous allez partir ? demanda-t-il. Et Potter, et Weasley ? Vous les laisserez derrière vous, eux aussi ?
– Ron et Harry seront toujours mes amis. Ils soutiennent ma décision. Je continuerai à leur écrire et à leur rendre visite de temps en temps, ça ne changera rien entre nous.
– Vous démissionnez, dit-il avec brusquerie. Pourquoi faire une telle chose ?
– Je vais vous montrer », répondit-elle en riant.
Il fut choqué lorsqu'elle se mit à défaire les boutons de sa robe en passant de son côté du comptoir. Il recula rapidement de plusieurs pas avant de se rapprocher un peu quand elle souleva le vêtement pour révéler un tee-shirt et un jean moldus. Elle souleva le tee-shirt de quelques centimètres et passa un pouce dans sa ceinture pour baisser un petit peu le pantalon.
Là, sur son ventre à la peau blanche et lisse, étaient écrits les mots « Alors ne le faites pas », à l'encre noire, de la main de Rogue.
Il sentit sa bouche devenir sèche.
« Pourquoi faire une telle chose ? Parce que je le peux. Il ne reste rien pour moi ici, sinon une vie entière à essayer de faire mes preuves auprès de gens qui ne veulent pas me laisser la moindre chance. Je n'ai pas à subir ça. C'est ce que vous m'avez montré. »
Il leva la main pour suivre le tracé des lettres du doigt mais la ramena brusquement vers lui quand il se rendit compte de ce qu'il s'apprêtait à faire. Il leva les yeux vers la sorcière lorsque les mots qu'elle avait prononcés parvinrent à s'imposer à son esprit au-delà du fait qu'elle était désormais marquée à vie par son écriture. Il sourit. Il vit qu'elle écarquillait les yeux et cela le fit sourire davantage. Il recula et fit un geste pour lui signifier de se rhabiller.
« Vous êtes une jeune femme remarquable, Miss Granger. J'applaudis des deux mains votre façon de raisonner.
– Tant mieux, ça me fait plaisir, répondit-elle en reboutonnant sa robe et en retournant derrière le comptoir. J'avais l'intention de discuter avec vous, au fait. J'ai lu les informations concernant vos potions brevetées. Je sais, s'excusa-t-elle avec un mouvement vague de la main quand elle le vit se renfrogner, je suis une fouineuse. Mais vous avez sûrement une idée précise du point auquel on s'ennuie, ici. En tout cas, êtes-vous conscient que vos brevets doivent bientôt être renouvelés ? Certains de ceux que vous avez déposés en premier ont déjà dépassé la date sans que vous vous en occupiez et sont définitivement tombés dans le domaine public. Mais vous en avez huit qui arrivent à échéance rien que cette année. Si jamais vous remplissiez les bons formulaires, déclara-t-elle en se penchant au-dessus du comptoir avec une expression presque malveillante, non seulement vous continueriez à détenir ces brevets pour les vingt prochaines années mais vous seriez en mesure de renégocier les termes de vos droits. Par exemple, si vous voulez les faire passer de la catégorie « utilisation gratuite, domaine public » à la catégorie « propriété privée », c'est maintenant qu'il faut le faire. Si, à une date ultérieure, vous vouliez de nouveau les passer dans le domaine public, vous pourriez le faire n'importe quand. C'est intéressant, non ? Non seulement les gens seraient forcés de voir combien leurs vies se sont améliorées grâce à vous ces vingt dernières années, mais en plus, vous deviendriez un homme incroyablement riche, presque du jour au lendemain.
– Vous êtes quelqu'un de très vindicatif, Granger, remarqua-t-il en la regardant avec un sourire aussi malveillant que celui qu'elle arborait.
– Vous venez juste de piger ça ? Vous êtes en train de regarder la fille qui a foutu le feu à vos robes en première année parce qu'elle croyait que vous jetiez un maléfice au balai d'un de ses amis.
– C'était vous ? Je n'en avais pas la moindre idée.
– Non, répondit-elle en le fixant droit dans les yeux. Vous n'en avez pas la moindre idée.
– Miss Granger, si j'avais voulu de l'argent, je ne les aurais pas classées dans le domaine public il y a vingt ans. Mon intention était que ces potions aident à soulager certains des dommages que j'ai infligés par les choix que j'ai faits au cours de ma vie.
– Oui et regardez tout le bien que ça vous a valu. Je ne vais pas essayer de vous convaincre de faire des choses contre votre nature. Ce dont je parle, c'est simplement de tirer un peu sur la corde pour leur faire comprendre le pouvoir que vous avez sur eux et la façon dont vous en avez vous-même limité l'exercice.
– Je ne changerai pas le statut des potions qui sont une question de vie ou de mort.
– Je n'aurais pas pensé à vous le suggérer.
– J'aurais besoin d'aide pour remplir tous les formulaires nécessaires et pour m'occuper des termes des contrats à suivre. Je n'ai aucune patience pour ce genre de choses.
– Les formulaires, c'est fait, et les contrats aussi, déclara-t-elle en sortant de sous le comptoir et en posant devant lui une épaisse enveloppe qui lui était adressée. Il ne manque plus que votre signature.
– J'aurais besoin d'organiser mon propre atelier de production s'il faut que je prenne en charge la préparation des potions pour un large public.
– Si vous avez besoin d'aide, j'ai du temps libre.
– Pas assez, répondit-il en la regardant tandis que son estomac se serrait à l'idée des prochains mots qui allaient sortir de sa bouche. J'aurais besoin d'engager un apprenti. Au moins pour toute l'année à venir.
– Je connais un génie que cela pourrait vous intéresser de considérer, dit-elle, les joues rouges et les yeux brillants.
– Vraiment. Dans quel délai ce génie peut-il commencer ?
– Maintenant ? couina-t-elle.
– Sottises, nous devons d'abord remplir une demande d'apprentissage et vous devez faire des recherches pour établir le contrat. Vous pourriez aussi bien laisser le ministère vous payer pendant que vous faites cela et que moi, je termine de remplir cette demande de brevet.
– Très bien ! Je m'y mets tout de suite, dit-elle en se précipitant vers la porte avant de retourner, la main sur la poignée. Est-ce que je vous ai déjà dit combien vous êtes merveilleux ?
– Ad nauseam », répondit-il.
À neuf heures pile le lendemain matin, Rogue ouvrit sa porte et fut accueilli par un ficus violoneux agonisant, un lierre à feuilles panachées moribond et la plus affreuse pendule à coucou du monde.
« Vous vous moquez de moi, dit-il à la plante qui lui faisait face.
– Vous m'avez offert un boulot, répondit le végétal. Ça fait partie du lot. Vous m'avez sauvée, maintenant, je dois les sauver, eux.
– Ne me faites pas regretter cet arrangement, Granger.
– Vous ne le regretterez pas. Je vous le promets. »
Il ouvrit plus largement la porte et elle passa devant lui d'un pas dansant. De dos, elle ressemblait à un sac-à-dos ambulant avec des cheveux frisés et une longue jupe imprimé indien.
« Qu'avez-vous apporté d'autre ?
– De la paperasse, surtout. Je me suis dit que la priorité absolue était de travailler sur le contrat et ensuite de déterminer quels brevets vous allez d'abord récupérer. Je dirais votre version améliorée du Veritaserum. Le brevet expire dans deux semaines et en reprendre le contrôle ne fera de tort à personne sauf aux Aurors, qui ne perdront pas de temps pour accepter de payer. L'ancienne formule comporte des défauts irrémédiables. J'ai regardé ça la nuit dernière.
– Évidement, vous avez regardé ça. Je me demande ce qu'on dirait dans le journal si on savait quelle mauvaise influence vous avez sur moi. »
Elle gloussa et il ferma la porte.
Et voilà ! Les choses avancent rapidement, n'est-ce pas ? On comprend mieux pourquoi Minerva n'est pas d'une grande aide, pourquoi le journal a voulu noircir le caractère d'Hermione (Rita est un adversaire de taille) et quelle est l'évolution réelle des sentiments de Rogue (et ce, alors qu'aucun mot ne décrit vraiment lesdits sentiments : c'est là qu'on voit que c'est bien écrit ; mais il y a loin de la coupe aux lèvres, je vous préviens tout de suite).
Hermione a un grand moment de gloire, et un très chouette tatouage. Et Aurette n'oublie pas à quel point cette jeune sorcière peut se montrer revancharde quand on l'énerve. Certains risquent de regretter de l'avoir pour ennemie...
Une remarque ? Une critique ? Un éloge ? Une question ? N'hésitez pas à laisser vos impressions !
