Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Cette histoire a pour auteur Aurette (vous la trouverez dans mes auteurs favoris), avec pour relecteurs Hebe GB, Dressagegrrrl et astopperindeath. Moi, je traduis, sans en tirer d'autre profit que les éventuels remerciements de mes éventuels lecteurs.

Encore une fois, merci à tous les lecteurs et commentateurs !

Attention, le langage utilisé dans ce chapitre n'est pas toujours châtié...

Faciliter le changement

Chapitre 6

La pendule à coucou commença à piailler pour annoncer midi et fut aussitôt décrochée du mur par un maléfice qui l'envoya s'écraser sur le sol. Tout aussitôt, un autre sortilège la répara et la remit en place.

« Sérieusement, vous allez faire ça à chaque heure ? s'enquit-elle, vexée, en rangeant sa baguette dans sa manche.

– Oui », répondit-il sans lever les yeux de ses formulaires de brevet.

Elle leva les siens au ciel et revint à son contrat.

« Là, ça dit que je dois vous soumettre toute nouvelle potion que je créerais au cours de l'année à venir pour que vous en déposiez le brevet à votre nom. Ce n'est pas juste.

– Alors, sortez cette clause du contrat, répliqua-t-il d'une voix distraite. Pourquoi êtes-vous encore en train de lire ces vieux bouquins ? Nous avons déjà négocié votre salaire et les pourcentages que vous toucherez toute l'année, que reste-t-il à décider ?

– Mais cette histoire de l'apprentissage est tellement passionnante ! Et puis, je ne veux pas manquer quelque chose qui pourrait se révéler important. Par exemple, là, ça dit que j'ai droit à une chope de bière légère, un croûton de pain avec du fromage et un grabat par terre près de la cheminée. Et tiens, de la viande une fois par semaine. Voilà qui pourrait me permettre de faire quelques économies. »

Il leva la tête et lui jeta un regard irrité et agacé, puis fit un mouvement de baguette en direction de son garde-manger. Un petit pain blanc vola à travers la pièce, il l'attrapa, le rompit et lui en lança une extrémité.

« Je suis à court de bière, dit-il d'une voix pleine de mépris.

– Vous faites vos courses chez Tesco ? Et où est mon fromage ? demanda-t-elle en mordant dans son morceau de pain.

– Qu'y a-t-il de mal à faire ses courses chez Tesco ? Et puis, évitez de me tenter. J'ai une vieille croûte de parmesan qui pourrait laisser une jolie bosse entre vos yeux.

– C'est juste que je n'avais jamais eu l'impression que vous étiez du genre à aller dans une épicerie moldue, expliqua-t-elle après avoir gloussé et avalé son pain avant de s'étrangler avec. Je n'arrive pas à vous imaginer en train de faire un truc aussi banal que pousser un caddie.

– Oui, eh bien, le ministère n'apprécie guère qu'on emploie des sortilèges dans les endroits où des Moldus pourraient en être témoins. Et comme vous l'avez déjà remarqué, le taux de change est en notre faveur. La nourriture moldue coûte moins cher. Maintenant, retournez à votre travail. »

Elle le fixa encore un moment avec un petit sourire avant de se replonger dans ses livres.

« Est-ce que vous avez une idée du nombre de règles qui existaient au XVe siècle au sujet de la fréquence des faveurs sexuelles dues par un apprenti à son maître ? Il y a une section entière pour expliquer quand il n'est pas approprié de boire la rosée virile...

– Granger », grommela-t-il.

Elle rit et se remit au travail.


Hermione entendit frapper à sa porte et se dépêcha de poser sur la table les bols de biscuits apéritifs qu'elle avait en mains avant d'aller ouvrir.

Ginny la serra dans ses bras et lui donna deux bouteilles de vin en passant. Harry l'embrassa sur la joue et alla dans la cuisine poser les plats indiens à emporter qu'il avait apportés pour pouvoir les réchauffer plus tard. Ron s'avança avec un grand sourire, la serra contre lui et se précipita pour prendre la télécommande et allumer la télé. Sa nouvelle addiction était la série Robot Wars dont Hermione enregistrait les épisodes lorsqu'il les manquait pour cause d'entraînement ou de match au loin.

Le vin fut ouvert, les verres, remplis et distribués, et ils se mirent les uns les autres au courant de toutes les petites choses qui leur étaient arrivées dans les dernières semaines.

« Alors, Gin, est-ce que tu prévois encore de battre à plates coutures les Canons de Chudley à toi toute seule la semaine prochaine ? Je dois avouer que je n'ai jamais ressenti autant d'excitation à l'idée de voir un match. Je ne sais pas du tout qui encourager entre vous tous.

– Encourage les Harpies. Ginny va avoir besoin de tout l'aide qu'elle pourra avoir, dit Ron, la bouche pleine de chips.

– Je ne peux plus attendre, rétorqua Ginny. Ça va être bien marrant ! Humilier mon frère et, en plus, montrer à Harry qui va porter la culotte dans notre relation à partir de maintenant. Jusqu'à quel point une fille a-t-elle le droit de marrer ?

– Ça me rappelle un truc, intervint Harry en riant et en passant le bras autour des épaules de Ginny pour l'embrasser sur la joue avant de fouiller la poche de sa chemise. Et voilà ! s'exclama-t-il en tendant à Hermione deux billets pour le match des Canons contre les Harpies.

– Ah, super ! Mais pourquoi deux ? Est-ce que tu continues à entretenir l'idée aberrante que je peux me trouver un rencard en claquant des doigts ?

– Ben, fit Ron, peut-être pas pour un dîner romantique à deux, mais tu pourrais sûrement trouver quelqu'un pour un match de Quidditch. Y a des tas de mecs assez superficiels pour ça.

– C'est tellement vrai, commenta Ginny. À commencer par toi, par exemple, continua-t-elle en tournant le dos à son frère avec dégoût. Tu n'es pas obligée d'amener un rencard, Hermione, amène juste un ami.

– Amène Rogue, proposa Harry. J'aimerais beaucoup qu'il vienne.

– Tu te fous de moi, répondit Hermione en riant. Je peux déjà imaginer son expression au moment où je lui demanderai. En même temps, il me trouve déjà à moitié timbrée, quel est le risque ?

– Il essaie toujours de détruire ta pendule à chaque heure ? demanda Harry.

– Absolument. J'ai commencé à lui jeter un sortilège de mutisme quand je quitte le travail, sinon, il faut que je ramasse toutes les pièces quand je reviens.

– Est-ce que tu as déjà essayé de l'enchanter pour qu'elle fasse un autre bruit ?

– Ouais, c'est la première chose que j'ai essayée. Je lui ait fait jouer de l'opéra, Tosca, pour être précise. J'aurais cru que quelqu'un comme Rogue aimerait l'opéra.

– Pas tellement ? devina Ginny avec un rire.

– Pas tellement, confirma Hermione.

– As-tu pensé à renoncer et à jeter un sortilège de mutisme définitif sur l'objet du délit ? suggéra Harry.

– Jamais de la vie ! s'exclama Hermione. C'est bien trop marrant !

– Ça fait du bien de voir que tu te marres à nouveau, déclara Harry en lui souriant et en lui tapotant le genou.

– Bien dit ! renchérit Ron sans détourner son visage de l'écran.

– Alors, comment va le boulot, en dehors des moments marrants ? s'enquit Ginny.

– Eh bien, à vrai dire, c'est devenu de la folie depuis que les commandes ont commencé à arriver. La semaine prochaine, ce sera encore plus marrant quand les gens se rendront compte que Rogue détient aussi le brevet de la version améliorée de la Pimentine. C'est à ce moment-là que je suis sûre que ça sortira dans le journal. J'ai déjà écrit le communiqué.

– Tu es consciente, s'inquiéta Ginny en secouant la tête, que tu seras à nouveau mise en pièces dans la presse lorsque les gens comprendront que tu travailles pour l'homme qui tient leurs roubignolles dans un étau ?

– Je sais, répondit Hermione avec un sourire diabolique.

– Sincèrement, elle fait peur, cette fille, commenta Ron en riant et en tournant la tête pour la regarder.

– N'est-ce pas ? Rogue dit que je le perturbe au plus haut point.

– C'est vrai ? fit-il avec surprise. Tu fous les jetons même à Rogue ? Formidable !

– Combien de temps allez-vous garder la Pimentine en otage ? s'informa Harry.

– Un jour ou deux au plus, je crois. Tout le monde peut suivre la vieille recette pour préparer la potion dans sa cuisine et tout le monde verra qu'elle n'est pas aussi efficace... Il est complètement impossible que nous prenions en charge la production de Pimentine à nous tous seuls, ajouta-t-elle avec un haussement d'épaules presque innocent, et les gens pourraient faire un truc idiot si nous laissions l'affaire prendre trop d'ampleur. Je pense que si nous choisissons bien notre moment, ils auront juste le temps de prendre leur grande inspiration pour se mettre à hurler et que nous leur couperons l'herbe sous le pied en remettant la formule dans le domaine public et en prétendant que c'était une erreur administrative. Je suis certaine que viendra alors l'instant où un journaliste intrépide ira voir quels autres brevets Rogue détient et c'est là que ça deviendra réellement marrant.

– Tu te marres vraiment ? reprit Ginny en versant encore du vin. Et tout cette marrade, c'est légal ?

– C'est marrant à en être ridicule, répliqua Hermione en gloussant. La semaine dernière, j'ai avalé du Veritaserum par erreur et Rogue a franchement ricané en m'interrogeant sur toutes les choses atroces qu'on a faites à l'école.

– C'est affreux ! s'écria Ginny. Il aurait pu te poser des questions personnelles et alors, tu aurais été à sa merci !

– Il ne ferait jamais une chose pareille, rétorqua Hermione en secouant la tête. Il peut brandir la menace, oui, mais il est bien trop un gentleman pour le faire en vrai.

– Tu parles comme si tu en pinçais pour lui, remarqua Ron.

– Bien sûr que j'en pince pour lui ! Je m'en suis rendu compte il y a trois semaines. Je pense tout le bien du monde de lui. Ce n'est pas comme s'il allait s'en apercevoir. Il est trop occupé à concocter des potions. Tant mieux. C'est probablement une réaction exagérée au bonheur que je ressens. Un culte du héros poussé à l'extrême. Il vaut mieux que j'évite de me conduire comme une imbécile. Il n'a pas de bonnes relations avec les imbéciles.

– Alors, aucune chance que tes sentiments soient réciproques ? l'interrogea Ginny.

– Allons, sois sérieuse. Rogue, en pincer pour moi ?

– Pourquoi pas ? insista Ron sur la défensive. Tu es un beau parti !

– Je suis un beau parti qui est assez jeune pour être sa fille et une élève qu'il a littéralement tirée du ruisseau. Je doute sérieusement qu'il me voit autrement que comme une amie, au mieux. D'ailleurs, il se sent déjà terriblement coupable de ce qui est arrivé à ma réputation quand il a essayé d'intervenir pour m'aider. La dernière chose qu'il ferait serait de la souiller davantage.

– Eh bien, ça ne sera pas un point de discussion, dit Harry. Skeeter sait que c'est toi qui l'a dénoncée comme Animagus non enregistré. Une fois qu'elle aura eu vent du fait que vous travaillez ensemble toute la journée, seuls dans sa maison, il n'y aura plus que nous pour croire qu'il ne te souille pas de haut en bas, de bas en haut et en diagonale, trois fois par jour.

– Je sais, concéda Hermione en soupirant. C'est dommage, vraiment. Ça me ferait du bien d'être un peu souillée.

– Montre-lui tes nichons, conseilla Ron. Il te souillera le temps de le dire.

– Beurk, c'est dégueu, protesta Ginny en lui jetant un coussin.

– Quoi ? s'étonna Ron qui avait esquivé sans quitter la télé des yeux. Tout ce que je dis, c'est que si elle veut mettre Rogue dans son pieu, il faut qu'elle attire son attention sur ses nichons. Tu n'as pas besoin de vraiment les lui faire voir, il suffit que tu ne mettes pas de soutif. Tu rappelles cette fois dans la tente où tu n'avais pas réussi à trouver ton soutif ? Merlin, je me suis branlé comme un taré pendant des jours après avoir vu tes nichons sautiller dans la campagne sous ton pull.

– Okay, c'est bon, on arrête là ! s'exclama Ginny en sautant du canapé pour partir précipitamment dans la cuisine. Je voulais réchauffer le dîner, mais voudrait encore manger quelque chose avec une telle image en tête ? »

Harry, Hermione et Ron se regardèrent et haussèrent les épaules.

« J'ai faim, dit Hermione.

– Moi aussi », dit Harry.

Ron se contenta de grogner.


Hermione se regarda dans le miroir et se figea dans une pose innocente. Elle avait choisi une ample jupe qui venait lui caresser le haut des chevilles et un pull en laine dont le décolleté peu profond et les longues manches étaient plus que respectables. Le fait qu'il la serrait un peu et qu'elle ne portait pas de soutien-gorge était compensé par le peu d'efforts qu'elle avait mis à se coiffer et les chaussures raisonnables qu'elle avait enfilées. Sûrement, elle n'aurait pas l'air de vouloir tenter quoi que ce fût avec des chaussures raisonnables ?

Depuis le dîner de l'autre soir, lorsqu'elle avait reconnu à haute voix qu'elle en pinçait pour Rogue, elle n'avait cessé d'y penser. Elle avait causé la perte de l'équivalent de trente-deux galions d'ingrédients la veille parce qu'elle avait du mal à détourner son esprit et ses yeux du sorcier.

Il était tellement différent de ce que tout le monde croyait savoir de lui ! Il était tellement humain. Il se cognait les orteils, se grattait les parties, faisait ses courses chez Tesco et elle le soupçonnait de boire beaucoup trop quand elle n'était pas dans les environs. Il était un préparateur de potion génial et un cuisinier exécrable. Il parlait avec hargne, grognait souvent et se déplaçait à une vitesse fulgurante pour soigner la moindre brûlure de vapeur sur le petit doigt de son apprentie avant de consacrer le quart suivant à l'enguirlander.

Il lui arrivait aussi de rougir. C'était ce dernier point qui avait achevé Hermione.

La seule chose qu'il ne semblait pas faire était partager ses sentiments. De toute évidence, elle n'était pas sa tasse de thé, ce qui ne faisait que souligner sa bêtise de vouloir suivre le conseil de Ron. Depuis quand demandait-elle son avis à Ron pour quoi que ce fût d'autre que les échecs ?

Elle avait presque changé d'idée et s'apprêtait à mettre un soutien-gorge tout de même lorsque ses yeux se posèrent sur la photo qu'elle avait scotchée sur le bord de son miroir et qui montrait Rogue se penchant pour murmurer à son oreille tandis qu'elle tournait lentement la tête vers lui. Sa résolution se renforça.

Bientôt, le monde serait plus convaincu que jamais qu'elle couchait avec Rogue. En faire une réalité était-il vraiment si mal ? Bon, en dehors de cette histoire de « ne jamais avoir de relation avec son patron » ? Et de la différence d'âge ? Et du fait qu'aussi bien, elle n'en pinçait pour lui que parce qu'elle souffrait d'un terrible cas de culte de héros ?

Elle soupira. Tout ça, c'était la faute de Rogue. Un homme de son âge n'aurait vraiment pas dû avoir un joli cul. Franchement. S'il espérait qu'elle resterait sur le droit chemin alors qu'il avait ce cul-là, il en espérait bien trop.

Elle fit un hochement de tête à son reflet et quitta la chambre.

Cinq minutes plus tard, elle revint précipitamment, passa rapidement son pull au-dessus de sa tête et attrapa vite fait un soutien-gorge dans un tiroir.


Hermione transplana dans une zone isolée près du vieux canal et marcha quelques centaines de mètres pour rejoindre la maison mal entretenue de Rogue. Elle sentit les protections qu'il avait mises en place la laisser passer quand elle poussa la porte d'entrée. Il y avait une simplicité familière dans leur routine à présent, par la façon dont il l'avait ajoutée à sa vie, à sa maison et à son travail. Elle enleva sa cape, l'accrocha à la patère de la porte, entra dans le salon bourré de livres, qui contenait désormais deux vieux fauteuils moelleux au lieu d'un. Elle traversa la pièce pour atteindre la cuisine, il leva les yeux de son assiette et il lui désigna d'un mouvement de tête la cuisinière.

« Le petit-déjeuner, si vous en voulez, marmonna-t-il après avoir avalé ce qu'il était en train de mâcher et essuyé ses lèvres avec sa serviette.

– Qu'avons-nous de brûlé, aujourd'hui ? s'informa-t-elle en prenant une assiette.

– Des œufs brouillés à la tomate. Vous avez mangé toutes les saucisses hier. Il y a du café. Nous n'avons plus de thé non plus. Il faut encore que je retourne au magasin. Je pense que vous devriez vous faire examiner à Sainte-Mangouste pour qu'un guérisseur regarde si vous avez un ver solitaire. Le calamar géant de Poudlard a moins d'appétit que vous.

– Sachez que j'ai un métabolisme très actif. Et pour le magasin, j'irai avec vous. J'ai besoin de trucs pour moi.

– Non, vous devez mettre en route la préparation de davantage de Veritaserum puis commencer à vous occuper du courrier qui est arrivé ce matin. Je crois qu'ils ont compris pour la Pimentine plus vite que nous avions pensé. Il faudra que je me consacre à ce lot de potion Tue-Loup pendant plusieurs heures en rentrant.

– Très bien. Je m'en occupe tout de suite pendant que je mange. »

Il se leva de table au moment où elle s'éloignait de la cuisinière avec son assiette. Ils se tournèrent autour avec embarras dans la petite pièce avant qu'il parvînt à se faufiler jusqu'à l'évier et qu'elle réussît à s'asseoir à table sur la chaise qu'il venait de quitter.

« Rogue ?

– Hum ?

– Voudriez-vous m'accompagner voir un match samedi ?

– Un match ? répéta-t-il après une longue pause pendant laquelle il laissa le robinet couler et l'eau rincer sa main savonneuse.

– J'ai des billets pour aller voir Harry et Ron jouer contre Ginny et les Harpies pour la première fois. Ça sera amusant. Je... commença-t-elle avec hésitation en se mordant la lèvre avant de prendre un grande inspiration. Je me demandais si vous vouliez y aller. Avec moi. »

Il ne répondit pas durant tout le temps qu'il lui fallut pour terminer de frotter son assiette et de la rincer. Il prit ensuite un vieux torchon à vaisselle et s'essuya les mains.

« Je ne crois pas que ce serait sage, Miss Granger. La presse... Je crois que cela nuirait trop à votre réputation d'être vue en ma compagnie.

– Voilà un noble sentiment, Mr. Rogue, mais ma réputation en a déjà pris un sacré coup. Et si vous avez raison pour le courrier d'aujourd'hui, il n'en restera pas grand-chose d'ici le week-end, de toute façon. »

Il se retourna et la fixa d'un regard tourmenté. Elle lui sourit.

« Je m'en fiche, dit-elle.

– Vos amis...

– Vous êtes mon ami. Quant aux autres, je n'ai pas de secrets pour eux. Ils m'ont donné deux billets. Ils savent quels sont mes sentiments pour vous et ils ne me jugent pas.

Elle venait de faire un pari, avec cette dernière phrase. Il pouvait la comprendre comme la vérité qu'elle exprimait ou simplement la vérité qu'il était prêt à accepter. L'assurance d'Hermione faiblit tandis que Rogue la fixait. Elle baissa les yeux vers la table et prit le ketchup.

« Voyons d'abord comment se passe la semaine, dit-il.

– D'accord. »


La semaine ne se passa pas bien. Rogue se montra de plus en plus furieux et renfermé à chaque fois que, dans les journaux, paraissaient de nouvelles scandaleuses « révélations » à leur sujet. Les gens étaient désormais bien informés du nombre exact de brevets que Rogue détenait et savaient combien ils seraient vulnérables, si jamais le sorcier décidait de tous les privatiser. Même après leur rapide démenti sur leur supposée intention de changer le statut de la Pimentine améliorée, la presse avait publié des histoires qui dépeignaient Rogue quasiment comme un nouveau Seigneur des Ténèbres et Hermione comme sa putain (par naïveté ou en toute conscience, ça dépendait). Des journalistes campaient à l'extérieur de la maison depuis le début de la semaine et rien ne permettait de croire leur départ imminent. Le premier jour, eux et les photographes avaient accosté Hermione et elle avait décidé de faire ses allées et venues sous la protection d'un sort de Désillusion, ce qui avait convaincu tout le monde qu'elle passait ses nuits chez Rogue.

Le public avait tout gobé et Hermione était choquée de voir le volume de courrier haineux que la poste apportait chaque jour. Rogue s'était contenté d'un sourire méprisant quand elle avait exprimé sa surprise.

L'atmosphère à l'intérieur de la maison avait atteint des abîmes plus profonds que jamais. C'était comme si Rogue avait craint que les journalistes pussent voir et entendre tout ce qu'ils se disaient l'un à l'autre. Son comportement envers Hermione était devenu le comble de la correction, à le rendre pénible, mais la plupart du temps, il restait seul, à préparer des potions ou à faire exprès de quitter la maison pour traîner la presse après lui comme une meute de chiens, afin qu'elle fût tranquille.

Hermione avait essayé plusieurs fois de le sortir du malaise dans lequel il sombrait, mais il l'avait courtoisement ignorée.

Le vendredi, il était sur le point d'exploser et Hermione craignait qu'il fût prêt à faire quelque chose stupide. S'inspirant de lui, elle décida que c'était son tour de leurrer les journalistes pour lui laisser un peu de paix. À midi, elle rangea son plan de travail et enleva le tablier qu'elle mettait pour concocter des potions.

« J'ai des trucs à faire, dit-elle d'un ton nonchalant.

– Quels trucs ?

– Des trucs importants, répondit-elle. Je pars plus tôt, aujourd'hui. »

Il leva la tête du chaudron qu'il remuait et posa les yeux sur elle. Elle ne put rester immobile sous son regard.

« Donnez-moi un moment, puis je vous ferai sortir en toute sécurité.

– Ce n'est pas nécessaire, lui assura-t-elle. Je suis une grande fille, Rogue. Je peux gérer.

– Vous ne devriez pas avoir à le faire, répliqua-t-il d'une voix douce en fermant les yeux et en baissant la tête.

– Ils ne me gênent pas. J'aimerais qu'ils ne vous gênent pas non plus.

– Et moi, j'aimerais qu'ils brûlent tous en enfer. Personne n'obtient jamais ce qu'il aimerait.

– Ce n'est pas vrai. Des tas de gens obtiennent ce qu'ils désirent. Ginny et Harry, par exemple. Ron, aussi. J'aimerais bien, ajouta-t-elle avec un soupir, que vous reconsidériez votre décision et que vous veniez demain.

– Vous plaisantez, déclara-t-il en la regardant comme si elle avait perdu l'esprit. Je trouve même idiot de votre part de vouloir y aller. Je vous l'interdirais complètement si je ne savais pas qu'Arthur et Molly y seront aussi.

– Vous me l'interdiriez ? s'enflamma aussitôt Hermione. Qu'est-ce qui vous fait croire que vous avez le droit de m'interdire quoi que ce soit ? Vous n'avez pas à me donner d'ordre en dehors de cette maison, Rogue. Vous n'avez aucun pouvoir sur moi en dehors de notre contrat. »

Il ouvrit la bouche pour répondre mais la referma sans rien dire.

« Allez-vous-en, petite fille stupide, finit-il par lui lancer d'une voix méchante. Voyez donc si je me soucie de ce qui vous arrive ! »

Il tourna le dos à Hermione qui sentit une douleur terrible lui ravager la poitrine. Elle respira un grand coup et marcha jusqu'à l'endroit où il coupait en petits cubes affreusement précis des racines de marguerite. Elle leva la main et la posa sur l'épaule de Rogue. Il frémit aussitôt sous sa paume avant de la repousser.

« Je vous verrai lundi », dit-elle.

Il continua un long moment à couper ses racines, puis lui jeta un coup d'œil et lui fit un brusque hochement de tête.

Elle était déjà à la moitié de l'escalier qui montait du sous-sol lorsqu'il l'interpella.

« Soyez prudente, s'il vous plaît, Granger.

– Je vous le promets. »


Hermione tapa dans ses mains et poussa des cris de joie et d'encouragement quand Harry et Ginny passèrent devant elle en coup de vent, arborant le grand sourire typique d'un couple d'amoureux rivaux prêts à s'entretuer pour une petite balle en or. Elle était entourée du reste des Weasley et s'efforçait du mieux qu'elle pouvait d'ignorer le fait que, davantage que le match, c'était elle la source des commentaires dans les sièges à proximité. George était littéralement collé à elle, comme pour la protéger physiquement des remarques et Molly avait l'air sur le point de lancer des maléfices aux gens, alors qu'Arthur passait la majeure partie du temps à tenter de calmer sa femme.

Hermione tint bon quarante-cinq minutes avant de ne plus pouvoir supporter les insultes et les sifflets et de partir en catimini, malgré les protestations de sa famille d'adoption. Elle leur causait une distraction pendant un match dont ils auraient dû parler en riant pendant les dix prochaines années et elle avait l'impression d'être une garce. Elle rejoignit au plus vite le site de transplanage et disparut dans un pop.

Elle atterrit près du canal, se jeta un rapide sortilège de Désillusion et se faufila sans se faire voir des reporters qui se cachaient près de la maison de Rogue.

Elle sentit que les protections la laissaient passer et elle ouvrit la porte. Elle n'était encore jamais venue un samedi. L'illusion de la routine quotidienne fut brisée par un sentiment qui ne lui faisait penser que trop à une intrusion dans la vie privée du sorcier. Elle annula son sortilège et se dirigea vers la cuisine par habitude ; c'est là qu'elle le trouva, assis devant la table, regardant par la fenêtre, buvant du brandy à deux heures de l'après-midi, mais, d'après les mouvements ralentis de ses mains, elle devina qu'il avait commencé à boire depuis un bon moment. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel désordre.

Elle alla se placer derrière lui.

« Vous arrive-t-il d'imaginer comment ce serait ? demanda-t-elle.

– Comment serait quoi ? s'enquit-il auprès de son verre.

– Ce baiser que nous ne nous sommes jamais donné. Celui de la photo dans le journal. »

Il resta immobile un long moment avant de vider son verre d'un trait.

« Pensez-vous encore à déménager en Australie ? » l'interrogea-t-il en retour tout en tendant la main vers la bouteille pour remplir à nouveau son verre.

Elle resta debout pendant longtemps à fixer l'arrière de sa tête et à le regarder boire avant de pousser un soupir et de rentrer chez elle.


Et voilà ! Ça avance, hein, mais on n'est pas encore au bout de nos peines... Au moins, Hermione est lucide sur ses sentiments. Mais a-t-elle raison sur ceux de Rogue ?

Vous aurez noté une première vengeance d'Hermione contre Rita... D'autres journalistes sont là, cependant (ah, l'Angleterre et sa presse tabloïd !). À propos d'Angleterre, sachez que Tesco est une chaîne de la grande distribution comme Carrefour, Auchan ou Leclerc, si jamais vous ne le saviez pas. Et que Robot Wars est une vraie série britannique des années 90, qui n'a jamais été diffusée en France à ma connaissance.

J'aime beaucoup le trio dans cette fic. Pour une fois, on voit bien rendue l'amitié profonde et inébranlable qui lie ces trois jeunes gens après les événements terribles qu'ils ont traversés ensemble.

Et vous, quelles sont vos impressions sur ce chapitre ?