Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Cette histoire a pour auteur Aurette (vous la trouverez dans mes auteurs favoris), avec pour relecteurs Hebe GB, Dressagegrrrl et astopperindeath. Moi, je traduis, sans en tirer d'autre profit que les éventuels remerciements de mes éventuels lecteurs.

Encore une fois, merci à tous les lecteurs et commentateurs !

Puisque la question m'a été posée, sachez que cette fic compte en tout treize chapitres (eh oui, plus que quatre après celui-ci).

Attention, le langage utilisé dans ce chapitre n'est pas toujours châtié, Rogue se lâche quand il est en colère et quand il parle enfin à quelqu'un devant qui il ne joue aucun rôle (ou presque)...

Un avertissement : si le dernier chapitre a fait naître de la frustration en vous, celui-ci risque d'avoir un effet encore pire !

Faciliter le changement

Chapitre 8

Hermione, confortablement installée dans son fauteuil au salon, lisait l'Histoire des potions psychotropes et de leur régulation. Depuis que la compagnie de potions s'occupait de leur production, Rogue avait décidé de prendre au sérieux son statut d'apprentie et la forçait à lire des volumes entiers sur les réglementations, les pratiques et l'éthique de l'industrie des potions.

Elle inscrivit encore quelques notes et leva la tête quand elle entendit la porte s'ouvrir brutalement et claquer bruyamment.

« Granger !

– Je suis juste là, dit-elle. Pas la peine de crier, ajouta-t-elle bien qu'elle eût deviné qu'il allait crier dès le moment où il avait annoncé qu'il partait faire des courses.

– Comment diable se fait-il que je sois à nouveau ruiné ? Vous vous rendez compte que nous sommes à court de papier toilette et de biscuits, non ? J'ai vérifié mon relevé de compte chez Gringotts ils y a quelques jours et nous étions riches, bordel ! Et maintenant, je n'ai même plus de quoi me torcher le cul ! »

Elle farfouilla dans son sac-à-dos qui se trouvait par terre à ses pieds et en sortit un énorme rouleau de papier toilette industriel un peu râpeux.

« Voilà qui fera l'affaire jusqu'à qu'on puisse s'offrir mieux.

– Où donc avez-vous eu ça ? s'enquit-il en prenant le rouleau et le regardant comme s'il l'insultait personnellement.

– Je l'ai fauché dans les toilettes publiques à la station de métro. C'est leur faute : ils l'avaient laissé sur le comptoir.

– Et nous volons du papier toilette parce que... ?

– Parce que je savais que nous allions en manquer et que nous allions devoir tenir avec un budget serré.

– Vous m'avez encore fait acheter quelque chose, pas vrai ? demanda-t-il en plissant les yeux.

– Vous n'avez pas lu les papiers que vous avez signés il y a trois jours, pas vrai ?

– J'étais distrait, répondit-il avec un grognement. Si vous ne m'aviez pas pressé, j'aurais eu le temps de les lire comme il faut.

– Vous avez eu trois jours pour les lire comme il faut, Rogue.

– Qu'est-ce qui m'appartient, alors ?

– Haversham Import.

– Et ça m'appartient pourquoi ?

– Parce qu'ils sont nos fournisseurs pour soixante pour cent des ingrédients de potion importés et qu'ils nous roulaient. Leur directeur était un cousin de Rita Skeeter. C'est leur faute s'ils ont pris trop de risques et n'ont pas pu rembourser un prêt. Ils auraient eu assez d'argent s'ils n'avaient pas décidé de redécorer leurs bureaux. Ils ont dépensé vingt mille galions rien qu'en mobilier de bureau. Les imbéciles.

– Avez-vous laissé les cadres en poste, comme vous l'aviez fait la dernière fois ? demanda-t-il.

– Bien sûr que non. Vous avez viré tous les cadres qui avaient de l'ancienneté hier. Vous avez aussi promu trois personnes et vous avez muté Andrew Suppureau de Concoctions Confondantes pour prendre en charge le service financier.

– Suppureau est un type bien. J'ai pris une décision sage.

– Oui, c'est vrai. C'est pour ça que vous lui avez également accordé une augmentation.

– Formidable. Je suis certain qu'il va dépenser son argent avec joie, pendant que je m'arracherai le cul avec du papier volé dans les chiottes du métro.

– Si vous avez besoin d'aide médicale pour soigner vos fesses, vous n'avez qu'à me demander, dit-elle d'un ton guilleret en replongeant dans son livre.

– Dans vos rêves, marmonna-t-il.

– Toute la journée, tous les jours, répondit-elle sèchement.

– Vos chances augmenteraient significativement si vous aviez aussi des biscuits corrects dans votre sac », rétorqua-t-il en s'en allant à grands pas.

Hermione leva les yeux de son livre avec un regard calculateur et s'empara d'un morceau de parchemin.

Tandis qu'elle attachait sa note à la patte de son hibou, Rogue l'appela depuis le sous-sol :

« Qu'est-ce que c'est que ce merdier ?

– C'est votre nouveau bureau ! répondit-elle en criant. Pour finir, Haversham s'est trouvé avec un bureau ultra-cher en trop par rapport au nombre de cadres, et du coup, j'ai décidé que le nouveau propriétaire le méritait bien.

– Et où est mon ancien bureau, bordel ? Je l'aimais bien, moi, ce bureau !

– Regardez à gauche !

– Oh. Très bien. »


Il se passa des heures avant qu'il remontât à la cuisine pour le thé. Hercule le salua d'un hululement depuis la table où il allait et venait près d'une boîte dont l'étiquette portait le nom de Rogue, dans l'écriture de Molly Weasley. Il donna un coup de baguette sur la bouilloire et ouvrit la boîte. Elle était remplie d'un assortiment de biscuits maison de Molly, y compris ceux qui étaient marbrés de framboise et de chocolat noir et qu'il aimait particulièrement.

Avec un soupir, il leva les yeux vers Granger, qui se tenait là avec un air exagéré d'anticipation.

« De toute évidence, vous êtes une jeune personne complètement dérangée, murmura-t-il. Pourquoi n'allez-vous pas vous trouver un jeune homme pour satisfaire cette envie que vous avez ?

– Dites-moi seulement pourquoi vous continuez à prétendre que vous ne voulez pas la satisfaire vous-même et, si je pense que vous êtes sincère, je vous obéirai, répondit-elle en poussant un gros soupir et en se passant la main dans ses cheveux ridicules.

– Peut-être que je ne veux pas fréquenter une fille qui a la moitié de mon âge, déclara-t-il en fronçant les sourcils et en versant l'eau bouillante dans la théière.

– Je ne doute pas que cela ait été le cas au début, mais nous avons dépassé ce stade il y a des mois, quand vous avez commencé à me traiter d'égal à égal.

– Vous est-il venu à l'esprit que je puisse tout simplement ne pas être intéressé par une relation physique ?

– Oui, et j'ai rejeté cette explication le lendemain de Noël, quand vous avez failli m'embrasser.

– Nous sommes totalement incompatibles.

– Rogue, nous sommes déjà comme un vieux couple marié. Nous passons pratiquement tout notre temps ensemble, à faire tout ce qu'on peut faire sous le soleil, sauf la seule chose que presque tout le monde sorcier pense que nous faisons déjà.

– Peut-être que ça veut dire quelque chose pour moi que je ne sois pas tombé assez bas pour rendre leurs mensonges véridiques ! s'emporta-t-il en posant brutalement sur la table l'assiette de sandwiches qu'il avait sortie du réfrigérateur. N'avez-vous jamais songé que ça pouvait être une question d'honneur personnel ? Que c'était justement ce qui comptait pour moi, de savoir que je ne vous avais pas baisée, en dépit de ce que tout le monde pense ? »

Elle pâlit et ses yeux se remplirent de larmes. Elle prit une profonde inspiration.

« Très bien, dit-elle. Cette raison-là marche plutôt pas mal. »

Elle repoussa la masse de cheveux qui lui étaient tombés sur le visage et cligna des yeux plusieurs fois pour en chasser les larmes.

« Je peux respecter ça. Je suis désolée si je vous ai rendu les choses difficiles.

– Granger, je... commença-t-il avec un soupir profond en poussant l'assiette de nourriture vers elle.

– Non, l'interrompit-elle. Ne reculez pas simplement parce que vous m'avez contrariée. Laissons tomber ça. Je vous remercie de votre honnêteté. Donnez-moi juste un peu de temps pour m'habituer et je me porterai comme un charme. »

Elle attrapa un sandwich et une tasse de thé avant de repartir au salon.

Il resta les yeux fixés sur la porte un bon moment puis baissa la tête et soupira.


« Concoctions Confondantes fait part de problèmes dans notre distribution. Il semble que plusieurs apothicaires se soient mis à refuser de vendre nos produits, après le dernier papier diffamatoire de Skeeter dans La Gazette. Les gens commandent directement les potions, en fait, mais les ateliers ne sont pas équipés pour gérer de gros volumes de vente par correspondance. Sainte-Mangouste aussi nous a demandé de nous occuper de ce problème, parce qu'ils sont envahis de personnes cherchant à leur acheter des philtres ordinaires.

– Qui nous boycotte ?

– Globalement, tout le monde sauf Limass et Bidouye.

– Et que faisons-nous à ce sujet ?

– Nous avons acheté quarante-neuf pour cent des parts de Limass et Bidouye et nous avons acquis quatre terrains supplémentaires pour les faire grandir et les transformer en chaîne. Ils sont très excités.

– Merveilleux. Vais-je pouvoir continuer à me nourrir et à me torcher le cul ?

– Nous avons cinq cents galions à la banque jusqu'à jeudi prochain, alors, à moins que vous ayez l'intention de faire des folies d'ici là, vos fesses devraient rester en bon état. Il faut que vous signiez ces papiers.

– Laissez-les sur mon bureau. Si vous m'aidez à vérifier la qualité de ces échantillons, j'aurais le temps de les lire avant le dîner. Qu'est-ce qu'on mange, d'ailleurs ?

– Vous avez un reste de ragoût. Moi, j'ai un rencard, je pars plus tôt. »

Il y eut un grand silence après ces paroles et elle regarda par-dessus son épaule : elle vit que Rogue fixait le mur, complètement immobile. Elle se mordit la lèvre et se remit au travail.


« Comment ça, c'est un Moldu ? Vous sortez avec ce garçon depuis plus d'un mois et je n'apprends qu'aujourd'hui que c'est un Moldu ?

– J'ignorais que vous étiez censé en être informé, dit-elle en ouvrant une nouvelle boîte d'échantillons. Et pourquoi êtes-vous surpris que Reginald soit un Moldu ? Vous savez très bien qu'il n'y pas un seul sorcier en Grande-Bretagne qui veuille sortir avec moi, vous êtes l'un d'entre eux.

– Granger, gronda-t-il.

– Est-ce que celui-ci vous paraît bizarre, à vous ? » lui demanda-t-elle en tenant un flacon dans la lumière.

Ce qu'il s'apprêtait à dire fut oublié dès qu'il prit le flacon et le regarda dans la lumière. Il le vida dans un bol et ajouta une cuillère de poudre de racines de sumac vinaigrier. Le liquide se mit à fumer et à noircir, remplissant la pièce d'une odeur épouvantable avant que Rogue ne le fît disparaître.

« Vérifiez tout ce carton. Tout de suite. »

Elle sortit les flacons et les tint un par un dans la lumière. Sur les vingt-quatre de la boîte, six étaient contaminés.

« Qu'est-ce que c'est ? lui demanda-t-elle en le suivant dans l'escalier.

– Des racines d'ipécacuana. On a délibérément contaminé ce lot de potions. Si quelqu'un l'ingérait, il se mettrait à vomir violemment dans l'instant. Nous devons nous rendre à l'atelier. Maintenant. »

Les sourcils d'Hermione se haussèrent de surprise et elle se précipita à sa suite.

Ils transplanèrent directement dans le bureau principal de Concoctions Confondantes, avec un bruit assez fort. Rogue la tint contre lui tandis qu'elle vacillait, avant de se tourner vers la directrice de l'atelier et de lui demander :

« Avez-vous déjà envoyé les potions préparées hier ?

– Non, monsieur, c'est prévu pour après le déjeuner, répondit Denebia Chourave, une main posée sur son ample corsage.

– Les dossiers du personnel, siffla-t-il à l'adresse d'Hermione qui se dirigea aussitôt vers l'armoire concernée. Arrêtez toute la production et rassemblez tous les employés dans la salle de pause, ordonna-t-il à Mrs. Chourave. N'expliquez rien et ne dites à personne que nous sommes ici. Ne permettez à personne de quitter le bâtiment et n'autorisez le départ d'aucune livraison.

– Bien, monsieur. Puis-je savoir ce qui se passe ?

– Quelqu'un a essayé de ruiner mon entreprise hier », expliqua-t-il.

Assis dans le bureau de Mrs. Chourave, ils passèrent en revue les emplois du temps des employés et établirent la liste des noms de ceux qui avaient été en contact avec la préparation des potions le jour précédent ; puis, Hermione sortit les candidatures qu'ils avaient envoyées lors de leur recrutement.

« Je sais que c'est la belle-sœur du professeur Chourave, mais êtes-vous certain qu'on puisse lui faire confiance ? demanda-t-elle à voix basse.

– Oui, sans réserve », répondit-il.

Mrs. Chourave revint.

« Tout est fermé et j'ai protégé le bâtiment. Si quelqu'un essaie de partir, il croira qu'il doit simplement donner son nom pour passer, mais les portes ne s'ouvriront pas pour autant. Ça ira ?

– C'est excellent. Miss Granger va vous expliquer ce dont nous avons besoin. Moi, je vais aller inspecter la production. »

Les vingt employés de Concoctions Confondantes, une filiale de la SARL Rogue Entreprises, étaient assis dans leur salle de pause et discutaient entre eux avec animation lorsque leur directrice, leur propriétaire et l'apprentie de leur propriétaire entrèrent dans la pièce.

« Philippa Admunsen ? demanda Miss Granger.

– Oui ? répondit une femme qui était assise seule dans un coin et qui pâlit lorsque tous les regards se tournèrent vers elle.

– Vous avez tenté de partir, lui dit Rogue en traversant lentement la salle, après qu'on vous avait dit qu'il fallait que vous restiez dans le bâtiment, Mrs. Admunsen. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

– Je voulais juste prendre l'air, rétorqua-t-elle en regardant autour d'elle avec nervosité. Je n'avais pas l'intention de partir.

– Votre dossier dit que vous avez commencé à travailler ici il y a deux semaines. Pourquoi avoir attendu deux semaines ?

– Attendu deux semaines pour quoi ?

– Pour trafiquer mon remède contre le mal aux dents », répondit-il.

On entendit des exclamations dans la pièce et un mouvement de recul général.

« Je ne sais pas de quoi vous voulez parler !

– Ah, mais si, Mrs. Admunsen, vous le savez. Je peux le voir dans votre regard. Vous ne pouvez pas me dissimuler un mensonge. Je sais ce que vous avez fait. Ce que je veux vous entendre de vos lèvres, c'est pourquoi. Vous ne pouvez ignorer que ma potion est populaire pour les premières poussées de dents des bébés. J'ai trouvé six flacons contaminés dans le lot d'échantillons qu'on m'a envoyé ce matin. Combien en trouverai-je si j'examine les lots prêts à être livrés ? Combien d'enfants exactement aviez-vous prévu de rendre malades ? Combien de mes employés aviez-vous prévu de mettre au chômage ? »

Un silence de mort régnait dans la pièce alors que tout le monde regardait la sorcière. Hermione sentit la tension monter et se mit à faire un large cercle autour des autres employés jusqu'à avoir une bonne vue sur Mrs. Admunsen. Quand cette dernière tenta de prendre sa baguette, Hermione la désarma avant qu'elle eût fini ses mots.

Rogue sourit, d'un sourire large de tête de mort, en levant sa propre baguette pour murmurer : « Legilimens. »

Dix minutes plus tard, il se tourna vers Mrs. Chourave et lui dit :

« Faites venir les Aurors. »

Hermione s'approcha, la baguette encore pointée sur la suspecte et Rogue se tourna vers le reste des employés.

« Je veux que vous détruisiez tout ce qui a été préparé hier et aujourd'hui. En particulier, les chaudrons de sérum contre la toux concoctés aujourd'hui. Gardez-en assez pour servir de preuve aux Aurors. Nous fermerons pour la journée quand ils en auront fini. Il faut que nous mettions au point de nouveaux protocoles de sécurité. »

Admunsen bondit vers Rogue pendant qu'il lui tournait le dos et Hermione cria : « Stupéfix ! »

Plusieurs personnes poussèrent des cris de surprise et plus encore des cris joyeux de félicitation quand la sorcière glissa par terre.

La baguette d'Hermione tremblait sous l'effet de sa fureur et Rogue lui posa la main sur l'épaule avec une pression amicale.

« Alors, pourquoi a-t-elle fait ça ? demanda-t-elle d'une voix frémissante tandis que presque tous les employés s'approchaient pour entendre la réponse.

– Pour nous détruire, Granger. Quelqu'un l'a payée pour nous discréditer. La personne qui l'a recrutée voulait un scandale assez important pour nous ruiner pour de bon. Et avoir, à travers toute la Grande-Bretagne, des gens en train de vomir leurs boyaux après avoir utilisé nos produits aurait été le truc idéal pour ça.

– Qui pourrait faire une telle chose ?

– Qui d'autre, Granger, répondit Rogue en se tournant vers elle avec son grand sourire terrifiant, que Rita Skeeter ? »


« La Gazette du Sorcier a retrouvé sa prospérité. Les ventes du journal sont remontées depuis que la date du procès de Skeeter a été fixée, expliqua-t-elle en entrant dans la pièce. Qui aurait cru qu'ils laisseraient tomber leur journaliste star comme une vieille chaussette ? Elle risque six ans à Azkaban. Comme c'est triste pour elle ! conclut Hermione en pouffant méchamment.

– Il semble que j'aie laissé passer l'occasion d'acheter un journal, commenta-t-il en posant sur la table devant elle une assiette d'œufs et de toasts brûlés.

– Vous y avez songé, mais vous avez décidé finalement que vous ne vouliez pas salir votre portefeuille de sociétés.

– De fait.

– À propos, vous avez également créé une chaire de recherche sur les dégâts subis par la mémoire à Sainte-Mangouste. Nous avons un rendez-vous la semaine prochaine pour définir les critères de choix des candidats.

– C'est excellent. Je suis content que cette chaire soit créée et mise en branle. Vous devriez en être fière.

– Je le suis, merci.

– C'est un « nous » royal ? Ou est-ce que je dois vraiment y aller ?

– Royal.

– Tant mieux.

– Saviez-vous qu'Obscurus Books est à la recherche d'un acheteur ou d'un partenaire ?

– Non. Vais-je les acheter ?

– J'y ai pensé mais vous venez tout juste d'acheter ce distributeur en Turquie et du coup, vous devriez obtenir un prêt pour pouvoir vous emparer de la dernière part tout de suite. Et sinon, vous n'avez pas envie de n'être qu'un partenaire. De toute façon, je n'ai pas voulu dépenser encore tout notre argent. J'en ai besoin pour partir en vacances en juin.

– En vacances ? s'étonna-t-il en s'immobilisant tout à coup alors qu'il était en train de s'asseoir sur sa chaise pour la regarder fixement.

– Reginald veut que je parte avec lui en Grèce une semaine le mois prochain.

– Quand aviez-vous l'intention de m'en parler ? l'interrogea-t-il avec une grimace en s'asseyant brutalement.

– Je viens de le faire, dit-elle en étalant de la confiture sur son toast.

– Vous ne pouvez pas partir. J'aurai besoin de vous cette semaine-là.

– Je peux partir. C'est dans mon contrat. Et vous ne savez même pas de quelle semaine il s'agit.

– Je croyais que vous économisiez tout votre argent afin de pouvoir déménager en Australie ?

– C'est ce que je fais. Enfin, quand je ne suis pas en train de vous aider à acheter le monde sorcier. D'ailleurs, je ne paye pas : c'est Reginald. Je veux simplement un peu d'argent de poche.

– Vous ne pouvez pas partir comme ça à travers l'Europe avec un garçon que vous connaissez à peine. Ce n'est pas raisonnable.

– Il a vingt-neuf ans, ce n'est pas vraiment un gamin, Rogue. Je peux le faire et je vais le faire. Je ne suis jamais allée en Grèce.

– Grands dieux, Granger ! Il a quasiment dix ans de plus que vous ! De toute évidence, c'est un vicelard qui veut seulement profiter de vous.

– Eh bien il y a au moins quelqu'un qui veut profiter de moi ! s'écria-t-elle en lâchant sa fourchette avec de prendre une profonde inspiration et de la laisser sortir lentement. Il n'y a rien à discuter.

– Très bien. Tirez-vous et allez baiser qui vous voudrez. Ça ne m'intéresse certainement pas le moins du monde. »

Il sortit brusquement de table et partit en rageant dans son laboratoire, laissant son repas intact derrière lui. Elle se prit la tête dans les mains et se mit à pleurer.

Les trois semaines suivantes furent infernales. Ils travaillaient en silence, à moins qu'elle ne lui soumît son dernier écrit sur l'éthique des potions, auquel cas elle avait droit à des heures de petits commentaires méchants et sournois sur son intelligence, sous forme de réponse critique. Elle cessa de venir plus tôt le matin pour le petit-déjeuner et prit l'habitude de partir à cinq heures précises. Le lundi matin, il avait une mine effroyable et il était évident qu'il passait ses week-ends plongé dans son verre.

Finalement, le vendredi avant ses vacances arriva. Rogue fut d'un calme surnaturel toute la journée et elle marcha sur des œufs. Le coup tomba à quatre heures, après qu'elle eut rangé le dernier papier et nettoyé son bureau. Elle se leva et se tourna, pour le trouver déjà là, menaçant, au-dessus d'elle.

« Ne revenez pas, dit-il doucement.

– Rogue, commença-t-elle en levant les yeux au ciel, vous ne pouvez pas... »

Elle s'interrompit en voyant qu'il tenait un parchemin de notaire, parachevé d'un ruban fixé à la cire.

« Vous avez mis fin à mon contrat ? s'exclama-t-elle, sous le choc. Vous avez vraiment mis fin à mon contrat ? répéta-t-elle en essayant de lui prendre le papier mais il le souleva hors de sa portée. Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Vous n'êtes qu'un gamin stupide et borné ! Comment avez-vous pu me faire ça, putain !

– J'ai fait en sorte que le reste de votre paye annuelle soit déposé sur votre compte en banque, avec un bonus. Vous avez assez d'argent pour partir en Australie, désormais. Notre accord est terminé. Vos services ne sont plus nécessaires. Ne revenez pas. »

Il lui tourna le dos et partit à grands pas vers la réserve de potions de l'autre côté du sous-sol.

Elle le regarda s'en aller en pleurant des larmes de rage.


Ne me tuez pas : vous n'auriez pas la suite, ça serait dommage... Et ne tuez pas Rogue : il parvient très bien à se rendre horriblement malheureux tout seul, comme l'imbécile qu'il est. Laissez aussi Reginald en paix : le pauvre, il n'a aucune idée de ce qui se passe en vrai.

"Limass et Bidouye" est ma traduction pour Slug and Jiggers, l'apothicaire du Chemin de Traverse dont le nom apparaît dans les films mais qui n'est jamais nommé dans les livres. De manière générale, j'ai décidé dans cette fic de traduire aussi les noms propres, pour faire comme Ménard et parce que les jeux de mots sur les noms sont beaucoup moins amusants quand ils sont dans une langue étrangère.

Bon, il y a de chouettes moments, mais je reconnais que ça ne compense pas du tout la fin du chapitre. Rassurez-vous quand même : ça ne peut que s'améliorer après ça, non ?

N'hésitez pas à exprimer votre colère, vos craintes, vos espoirs ! Et faites-moi remarquer toute erreur que j'aurais laissée.