Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Cette histoire a pour auteur Aurette (vous la trouverez dans mes auteurs favoris), avec pour relecteurs Hebe GB, Dressagegrrrl et astopperindeath. Moi, je traduis, sans en tirer d'autre profit que les éventuels remerciements de mes éventuels lecteurs.
Faciliter le changement
Chapitre 10
Ron, Pattenrond et Hercule étaient tous trois perchés sur le canapé pour regarder Robot Wars quand Hermione passa la porte, les bras chargés de carton et un rouleau de scotch épais au poignet.
« Ben, ça ! s'exclama Ron en sautant sur ses pieds pour l'aider. Qu'est-ce que tu fais là ? Je ne t'attendais pas avant au moins trois jours. C'est quoi, tout ça ?
– Je suis tellement contente que tu sois là, répondit-elle en l'embrassant sur la joue. Tu vas pouvoir m'aider à faire les paquets !
– Les paquets de quoi ?
– De tout. Je déménage ! »
Ron s'arrêta et la regarda, le cœur lourd et plein de chagrin.
« Tu pars en Australie ? Déjà ? Si tôt ?
– Non. Changement de projet. Je ne partirai pas en Australie, après tout. »
Il laissa échapper un énorme soupir de soulagement et lui prit son fardeau avant de s'immobiliser à nouveau, pris d'une nouvelle crainte.
« Tu t'installes avec cet espèce de Reginald, alors ? Hermione, faut qu'on parle. Je sais que les choses ne sont pas terribles pour toi en ce moment...
– Ça fait combien de temps que le frigo est resté ouvert ? l'interrompit-elle. Combien de fois faudra-t-il que je te répète qu'on ne peut pas le laisser ouvert ?
– C'est pas comme s'il marchait, de toute façon. Je dois tout le temps relancer des sortilèges de refroidissement sur la bière. Et ne m'interromps pas. Je suis sérieux ! Il faut qu'on parle. Bon, je sais que c'est dur pour toi ces derniers temps...
– S'il ne garde pas les trucs frais, c'est que tu le laisses ouvert ! Honnêtement, Ronald, je ne comprends pas comment tu peux être aussi fan de Robot Wars et n'avoir toujours aucune notion d'électronique moldue !
– Parce que si je comprenais, ça ne serait pas moitié aussi intéressant. Maintenant, reprit-il en lâchant les cartons qu'il lui avait pris et en mettant les mains sur les hanches, arrête de changer de sujet. Je suis en train d'essayer de te dire que je m'inquiète pour toi.
– Je sais, répondit-elle en le rejoignant pour l'embrasser, et c'est pour ça que je t'aime.
– Écoute, Hermione, je sais pourquoi tu t'es mise à sortir avec Reginald et je n'ai pas pris la peine de te dire ce que j'en pensais parce que tu es une grande fille. Mais si tu songes à aller plus loin avec ce crétin insupportable, alors, je crois que c'est mon devoir de te donner mon avis.
– Ron...
– Attends, la coupa-t-il en levant une main avant de prendre une profonde inspiration. Si tu es vraiment tellement désespérée, alors, je crois que toi et moi, on devrait tenter encore une fois notre chance. Je sais que ça a l'air d'une idée désastreuse, mais il faut bien que tu reconnaisses que la seule raison pour laquelle tu es avec Réginichou, c'est parce que tu te sens vraiment seule. Si tu t'installes avec lui, c'est bien pire que si toi et moi, on devient « amis avec des avantages », non ? Je veux dire, allez, Hermione, même moi, je le trouve débile. Un jour, tu vas te réveiller, lui ensorceler les parties et le pauvre mec y comprendra que dalle.
– Tu sais ce qui rend ton discours encore plus extraordinaire, Ronald ? demanda Hermione en se jetant à son cou, les larmes aux yeux.
– Quoi ? fit-il, soudain nerveux.
– C'est de savoir que tu dirais exactement la même chose à Harry s'il s'apprêtait à s'installer avec quelqu'un et que tu pensais qu'il faisait une erreur. Et aussi, ajouta-t-elle en se reculant pour le regarder, que tu aurais probablement la même expression légèrement nauséeuse sur le visage si tu croyais qu'il risquait de te dire oui.
– Ça se pourrait que j'aie l'air moins nauséeux si c'était Harry, rétorqua-t-il en riant et en l'embrassant à son tour. Au moins, lui, je sais qu'il ne me crierait pas tout le temps dessus pour que je ramasse mes chaussettes. Je voudrais juste que tu sois heureuse, Hermione, conclut-il en l'éloignant à nouveau de lui pour la regarder. Tu le mérites.
– Mais je vais être heureuse, Ron, répondit-elle en lui faisant un grand sourire avec les yeux brillants et un petit reniflement. Je ne m'installe pas avec Reginald, expliqua-t-elle en soupirant et en se dégageant de ses bras. Je l'ai laissé en Grèce. Et je ne pars pas non plus en Australie. J'irai là-bas un jour et je rencontrerai mes parents, mais j'ai trop de choses à faire et une nouvelle vie à démarrer avant. »
Ron lui jeta un regard inquisiteur jusqu'au moment où ça fit tilt et qu'il comprit. Elle rougit.
« Il t'a foutue à la porte, Hermione. Publiquement. Dis-moi que tu ne retournes pas chez ce connard.
– C'est déjà fait. J'ai passé la nuit avec lui et nous avons éclairci pas mal de choses. On a parlé pendant des heures. Il a reconnu qu'il avait fait une erreur à cause de sa peur et il m'a dit qu'il m'aimait. Et moi, je l'aime », ajouta-t-elle en regardant Ron, les yeux à nouveau pleins de larmes.
Ron la regarda durement en silence un long moment et, finalement, il sourit.
« Tu lui as enfin montré tes nichons, hein ? Vilaine fille, commenta-t-il tandis qu'elle lui rendait son sourire en remuant les sourcils. Et maintenant, il t'a demandé de t'installer chez lui ? Je t'avais bien dit qu'ils étaient mieux que la moyenne.
– Il avait l'air réticent à les laisser partir ce matin mais il fallait que je m'occupe de ça.
– D'accord. On commence par où ?
– Tu t'occupes du living. Moi, je démarre dans la chambre, dit-elle en attrapant quelques cartons et l'unique rouleau de scotch avant de partir dans l'autre pièce.
– Je vais d'abord empaqueter les trucs de la cuisine, ça devrait prendre deux minutes, vu qu'il n'y a rien que ma bière. Est-ce que Rogue a la télé ? s'enquit-il.
– Non, mais j'ai trouvé un pub moldu qui organise des nuits Robot Wars, alors, c'est là qu'on pourra se retrouver avec Harry et Gin.
– Ah, génial ! » s'écria Ron en prenant un carton défait et en le regardant pour essayer de comprendre comment le monter. Il renonça et le métamorphosa en un carton déjà tout prêt. Il fit un petit sourire moqueur en direction de la chambre.
Harry était en train de plier des draps dans la cuisine du Terrier lorsque le Patronus de Ron entra en gambadant dans la pièce.
« Hé ! J'ai besoin d'aide pour mettre l'appart' d'Hermione dans des cartons. Elle s'installe chez Rogue. Apporte de la bière. »
Les yeux de Harry s'élargirent de surprise et il les leva vers Ginny, qui regarda Fleur, qui se tourna vers Molly, qui envoya un Patronus à Arthur au ministère.
« Eh bien, dit Molly. Vous l'avez entendu. »
Rogue se tenait dans l'embrasure de la porte de sa chambre et regardait son lit. Cela faisait une heure qu'elle avait roulé hors de ses bras après lui avoir donné un baiser et promis de revenir en un rien de temps. Il avait déjà l'impression qu'une vie entière s'était écoulée. Son lit paraissait plus vide que jamais. Sa maison semblait plus vide et plus sinistre qu'il ne pouvait se souvenir l'avoir jamais vue. Son cœur battait au rythme de sa peur.
Et si elle ne revenait jamais ? Et si quelque chose lui arrivait pendant qu'elle était dehors ? Et qu'est-ce qui lui été arrivé à lui, en un temps si bref, pour qu'il fût réduit à ça, bon sang ?
Sa vie n'avait été qu'un tas de cendres la veille encore. Puis, elle était revenue et il avait cru qu'on venait de l'amnistier d'une condamnation à mort. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait et, avec cette petite phrase, elle lui avait donné tout ce qu'il avait toujours voulu. Ensuite, il lui avait dit qu'il l'aimait et, avec cette petite phrase, il s'était lui-même terrorisé. Oh, pas sur le moment. Sur le moment, il la tenait dans ses bras et tout était parfait. Mais à présent, il était seul dans le silence qui lui faisait écho et il tremblait en pensant à l'avenir.
Elle s'installait chez lui. À l'instant même, elle était en train d'empaqueter ses affaires pour déménager dans sa maison et partager sa vie. Et si elle n'aimait pas ce qu'elle y voyait ? Et si être avec lui pour de vrai n'arrivait pas à la hauteur du rêve de l'aimer ? Comment pourrait-il seulement survivre si elle partait à nouveau ?
Il entra dans la pièce et s'assit sur le lit. Il pouvait encore sentir son parfum. Son odeur. Il jeta un coup d'œil aux oreiller, tendit la main et prit un de ses cheveux. Il l'étira, vit qu'il était bien plus long qu'il ne l'aurait cru, puis l'enroula autour de son doigt.
Il avait besoin de plus que ça. Il ne voulait pas la prendre simplement pour maîtresse, comme tout le monde pensait qu'il l'avait fait depuis longtemps. Il devait trouver un moyen de transformer l'étrange réalité dans laquelle il s'était réveillé pour la rendre permanente et juste. Il se leva et marcha vers la porte.
Rogue remontait l'Allée des Embrumes avec tout ce qu'il avait d'économies dans la poche et son expression la plus désagréable sur le visage. Il avait regardé dans plusieurs magasins mais rien dans cette voie mal famée ne pouvait convenir. Tous les objets qu'il avait vus avaient déjà eu un propriétaire et un passé douteux. Il s'arrêta à l'entrée du Chemin de Traverse et poussa un lourd soupir. Il avait espéré éviter ça mais il ne pouvait se permettre de jeter par accident un maléfice à cette femme inconsciente qui était maintenant à lui, parce qu'il se sentait trop peu sûr de lui pour faire les choses comme il le fallait.
Il tira le plus possible sa capuche sur son visage et se dirigea vers la partie plus présentable de la capitale.
La cloche fixée à la porte tintinnabula, attirant l'attention d'une jeune personne occupée jusque là à polir quelques unes des marchandises.
« Que puis-je faire pour vous, monsieur ? » demanda-t-elle d'une voix enjouée.
Il ne répondit pas et se contenta de marcher le long des vitrines jusqu'à trouver exactement ce qu'il voulait. Le prix indiqué sur l'étiquette ne lui laisserait que deux mornilles et six noises sur son compte en banque jusqu'à la semaine suivante. Il pointa du doigt.
« Ah, excellent choix ! Une bague en platine, travaillée par les gobelins. Elle bénéficie de sortilèges de protection contre la perte, le vol et tout type de dommage en dehors du feu de dragon. Nous pouvons, bien sûr, y ajouter un sort spécifique. Puis-je vous demander qui est l'heureuse élue ? »
– Ce n'est pas votre affaire, siffla-t-il en fronçant les sourcils et en posant sa bourse sur le comptoir. Donnez-moi la bague ! »
Il regretta immédiatement d'avoir ouvert la bouche. Elle avait reconnu sa voix. Évidemment qu'elle l'avait reconnue : elle avait été son élève. Tout le monde avait été son d'élève, putain ! Il ne pouvait éviter ce fléau. C'était une erreur stupide et un signe du désordre qui régnait désormais dans son esprit. Maintenant, à cause de sa bêtise, tout le monde allait savoir qu'il avait acheté une bague de fiançailles dès la publication du journal du lendemain.
Il n'y avait rien à faire. Ce n'était pas comme s'il allait reculer. Il n'avait aucune intention de la laisser partir et il n'avait aucune intention de ternir sa réputation plus qu'il ne l'avait déjà fait. Certes, il en restait à peine un soupçon, mais ce soupçon lui était précieux. Il était déterminé à honorer ce soupçon et à faire d'elle sa femme. Il avait voulu agir vite, avant qu'elle eût recouvré sa raison mais à présent, il devait trouver un moyen de lui faire sa demande avant que ce fichu journal fît le travail pour lui.
Il arracha la bague de son écrin sophistiqué de présentation et la fourra dans sa poche, en même temps que sa bourse vide. Il leva la tête et fusilla la vendeuse d'un regard dédaigneux (il eut un petit sourire sarcastique tout intérieur en la voyant pâlir et se mettre à trembler). Peut-être venait-il de gagner un autre jour. Il ajouta son expression désagréable fétiche et elle eut un hoquet. Peut-être un second jour. Dans un tourbillon, il fit demi-tour et partit en coup de vent du magasin.
Rogue s'apprêtait à pousser sa porte d'entrée quand ses sorts de protection l'avertirent qu'il y avait plusieurs personnes en plus d'Hermione dans la maison. Son esprit s'éclaircit aussitôt et il sortit immédiatement sa baguette avant d'ouvrir la porte d'une violente poussée. Les occupants de la maison se figèrent, tout comme le cerveau de Rogue.
« Que diable faites-vous tous ici ? demanda-t-il à la mer de Weasley répandue tout autour de son salon, bouches bées comme des poissons à tête rousse.
– Nous aidons Hermione à s'installer, répondit Ron tandis que celle-ci sortait en courant de la cuisine avec Harry.
– Severus ! s'écria-t-elle en se précipitant vers lui pour se jeter dans ses bras. Où étais-tu ? Tu n'étais pas là quand je suis rentrée et tu n'avais pas laissé de message ! J'étais tellement inquiète !
– J'avais une course à faire, dit-il doucement en l'enveloppant de son bras et en la faisant passer hors sa ligne de tir. Pour quelle raison ai-je subi une invasion ?
– J'ai demandé à Ron de m'aider à mettre mon appartement dans les cartons. Il a prévenu Harry et les autres ont suivi.
– Hermione, ton appartement ne fait que deux pièces et demi. Quelle quantité d'affaires possèdes-tu ? »
Elle indiqua l'unique carton, plein de plus petits cartons dont la taille avait été réduite par magie. Rogue regarda le carton, puis les huit personnes rassemblées dans son salon. Il leva un éloquent sourcil vers Hermione, qui rougit.
« Tu dois bien reconnaître qu'ils avaient de bonnes raisons de se faire du souci », dit-elle.
Il fit une grimace et baissa sa baguette. Passant devant elle, il fit le tour de la pièce du regard. En dehors de Potter et de la femme enceinte de Bill, son salon était empli de subtiles variations de la même expression soucieuse. Même le chat atrocement laid perché sur son fauteuil était roux et avait l'air grognon.
« Choisissez quelqu'un pour dire ce que vous voulez tous dire et qu'on en finisse », dit-il à la cantonade.
Harry fit un pas en avant, prenant un air courageux fort agaçant, mais Arthur le devança.
« Severus, nous avons compté parmi tes rares partisans au cours de tout ce que tu as traversé depuis la bataille finale. Hermione a toujours été parfaitement fidèle et loyale envers toi, elle a eu notre soutien total et notre compréhension toute l'année passée. Cependant, tu dois comprendre qu'elle fait partie de la famille. Nous ne pouvons pas accepter qu'elle soit à nouveau blessée comme elle l'a été la semaine dernière lorsque tu l'as publiquement humiliée. Elle n'a pas mérité ce que tu lui as fait. »
Severus ouvrit la bouche pour répondre mais Arthur leva une main.
« Je n'ai pas terminé. Certes, Hermione est une jeune femme solide, plus que capable de prendre ses propres décisions. Si elle te choisit, nous pouvons l'accepter. Je veux juste que tu saches qu'elle n'est pas seule au monde. Elle ne le sera jamais. Si tu la blesses encore, tu auras à en répondre à chacun d'entre nous, tant qu'au moins un de nous restera debout. C'est clair ?
– Comme du cristal », grogna-t-il entre ses dents.
Il fixa Arthur avec un mélange de colère défensive et d'humiliation écœurante. Il savait qu'il méritait de recevoir cette leçon, mais cela n'en rendait pas le moment moins vexant.
Il se retourna pour regarder Hermione.
« Je serai à l'étage. Quand tu auras finit de recevoir tes invités, j'aimerais un mot avec toi. »
Il se détourna, donna un coup sur l'étagère et partit à grands pas dans l'escalier avec autant de dignité qu'il pouvait en rassembler.
Il entendit Molly l'appeler mais la voix d'Hermione vint la couper.
« Laissez-le. Vous lui avez dit ce que vous vouliez qu'il entende. Je vous en remercie mais vous ne vous attendiez sûrement pas à ce qu'il reste dans le coin pour que vous puissiez enfoncer encore davantage le clou ? »
La suite de ses paroles devint inaudible lorsqu'elle referma la porte derrière lui.
Hermione entra dans la chambre en portant le plateau du thé et s'arrêta quand elle vit que la pièce était vide. Le lit étroit était fait avec grand soin et les seules autres choses que l'on voyait étaient la commode, la table de chevet et l'armoire à glace dont la porte était entrouverte. Elle fixa le miroir pendant un moment et fronça les sourcils en remarquant une botte noire qui s'y reflétait. Tournant la tête, elle regarda par-dessus son épaule derrière la porte de la chambre. Severus était assis par terre, le dos contre le mur, les poings sur les genoux, les mains en train de tripoter quelque chose. Il ne leva pas les yeux vers elle.
Elle ferma doucement la porte en la poussant avec un orteil et se glissa auprès de lui, posant le plateau sur le sol devant elle. Elle lui versa une tasse, préparant son thé comme il l'aimait, et la lui tendit.
Il referma la main sur l'objet avec lequel il jouait et prit la tasse, en la regardant curieusement avant de détourner les yeux.
« Pourquoi sommes-nous assis par terre ? s'enquit-elle d'une voix douce.
– Parce que, quand je suis près de ce lit, tout ce à quoi je pense, c'est à te baiser, grogna-t-il dans son thé.
– Et je devine d'après le fait que nous sommes assis par terre que ce n'est pas une bonne chose, encore une fois ? »
Il lui jeta un regard noir puis poussa un profond soupir, avant de se pencher en avant pour reposer sa tasse sur le plateau.
« Je cherchais à avoir des idées claires, expliqua-t-il. Je n'ai pas réussi à avoir des idées claires depuis la première fois où je suis entré dans ce bureau des brevets et où je t'ai vue. Je n'aime pas ne pas me comprendre moi-même, Hermione. Je n'aime pas que d'autres me demandent des comptes. Je n'aime pas qu'on me fasse sentir que je suis un vieux pervers dans ma propre maison. Je n'aime pas rentrer chez moi et trouver des visiteurs que je n'attendais pas. Je n'aime vraiment pas l'absence de maîtrise de moi-même que j'ai montrée.
– Je trouve que tu as montré une maîtrise de toi-même remarquable, vu les circonstances. Tu les as même laissés te confronter chez toi et y survivre. Je te remercie pour ça, d'ailleurs. Je croyais qu'ils étaient juste terriblement curieux. Je ne m'étais pas rendu compte que leurs sentiments étaient si forts qu'ils iraient jusqu'à te menacer.
– Hermione, ils ont eu raison, répondit-il avec un soupir en appuyant la tête contre le mur et en fermant les yeux. Ils avaient d'excellents motifs pour venir chercher une confrontation avec moi. Je t'ai traitée de façon abominable. Il est possible que je recommence. C'est une idée atroce. Je ne suis pas moi-même quand je suis près de toi. La nuit dernière, quand je te tenais dans mes bras, tout avait l'air parfait. Aujourd'hui, quand j'ai reçu la leçon paternelle d'Arthur sur la manière de traiter sa fille, j'étais embarrassé. Honteux. Arthur n'a que quelques années de plus que moi. J'ai eu l'impression d'être d'un pauvre imbécile pour avoir bêtement cru pouvoir m'en tirer en déclarant que tu es à moi. Tu as la moitié de mon âge. Je ne peux m'empêcher de penser que tu es en train de faire une erreur monumentale. »
Dans un premier temps, elle ne dit rien. Ses mots taillaient dans le vif mais elle sentit qu'il avait besoin de les prononcer et se mordit la langue. Elle se contenta de se rapprocher pour appuyer l'épaule contre la sienne. Il ne se dégagea pas.
« Quand ce n'est que toi et moi, continua-t-il, c'est facile. Mais quand la réalité s'interpose, tout semble si minable, si sordide. Je me suis tellement soucié de l'effet que cette histoire avait eu sur ta réputation que je n'ai pas vraiment regardé comment elle m'avait affecté, moi. Pas ma réputation, je n'en ai pas, mais le respect que j'ai de moi-même. »
Elle se tourna et se mit à genoux, pour lui faire face. Il ouvrit les yeux, les posa sur elle, et elle y vit passer une lueur de peur avant que son visage ne devînt impassible.
« Je me fiche de ce que les autres pensent en dehors de toi, Severus. Si le fait d'être avec moi te fait du mal à toi, alors, c'est un gros problème que je ne vois pas trop de moyen de contourner. Tout ce que je peux dire pour moi-même, déclara-t-elle en posant une main sur son genou pour le caresser doucement, c'est que je sais que je ne suis pas quelqu'un de représentatif des gens de mon âge. Aucun de ceux qui se sont battus lors de la bataille finale ne l'est. Harry, Ron et moi avons traversé l'enfer et ça nous a transformés. Tout comme l'enfer que tu as traversé quand tu avais notre âge t'a transformé. Nous nous ressemblons plus que personne ne pourrait le soupçonner. Aucun de nous n'est représentatif. Du coup, c'est parfaitement logique que notre choix d'amoureux ne soit pas non plus représentatif. La seule chose que j'ignore, c'est comment te faire voir que ce que les autres pensent n'a aucune importance pour moi. C'est toi qui m'as libérée de ça, ajouta-t-elle en main de son corps pour la serrer dans son giron. Je t'aime et je crois que tu m'aimes. Je pense que nous avons simplement besoin d'un peu de temps. Je suppose que ce qui se passe entre nous est trop récent et trop fragile pour qu'on puisse en juger dès à présent, mais si je suis déjà en train de te faire du mal... Si tu veux, conclut-elle rapidement en laissant échapper des larmes soudaines, nous pouvons redevenir de simples amis, Severus. J'ai réussi à faire fonctionner ça avant. Je suis sûre que je peux recommencer. Mais je vais avoir besoin de temps. Ça ne m'a pas fait aussi mal avec Ron. Que nous soyons de simples amis, avec lui, ça sonne juste. Avec toi, ça sonne terriblement faux. »
Elle reprit sa place et se tourna pour attraper le plateau mais il l'arrêta en posant une main sur son bras. Il l'attira doucement à lui, se pencha en avant pour l'entourer de ses bras et étendit les jambes jusqu'à ce qu'elle fût complètement enveloppée par lui.
« Je suis dans une telle confusion, Hermione. Je suis déchiré. Je ne veux pas te laisser partir. Jamais. J'ai presque perdu l'esprit quand tu m'as quitté ce matin, même si je savais que cela voulait dire que tu t'installais ici.
– As-tu besoin de plus d'espace ? S'installer ensemble, c'était une décision ridiculement précipitée. À la même heure hier, nous étions tous les deux malheureux l'un sans l'autre. Ça ne fait même pas vingt-quatre heures que nous sommes ensemble. C'est juste que je... j'ai l'impression de déjà vivre ici et j'ai l'impression que ça fait un an que j'attends d'être enfin aussi proche de toi. Je suis désolée si je me suis imposée trop tôt. J'aurais vraiment dû te laisser plus de temps pour mesurer ce qui se passait. Je n'ai jamais eu l'intention de te pousser au-delà des limites dans lesquelles tu te sens bien. J'imagine que je suis tout bêtement plus égoïste que ce que je croyais. »
Elle sentit, à travers tout son corps, le rire qui le traversait et ferma les yeux. Elle les rouvrit quand il resserra les bras autour d'elle. Il tenait la main juste devant son visage.
« Tu n'es pas la seule qui ait tendance à agir avec égoïsme et impulsivité, Hermione, dit-il en révélant d'un geste de prestidigitateur une bague argentée ornée de petites runes et surmontée d'un diamant. C'était ça, ma course de tout à l'heure. Tu m'as laissé seul et j'ai tout à coup décidé qu'il fallait que je trouve un moyen de t'attacher à moi pour que tu reviennes toujours. Je ne veux pas plus d'espace, Hermione, insista-t-il tandis qu'elle lui jetait un coup d'œil timide et lui prenait le bijou des mains pour en admirer le travail d'orfèvrerie. J'ai été seul trop longtemps. Tout ce que je veux, c'est me sentir bien dans ma peau. Je veux ce que j'ai toujours voulu : un monde qui suive mes règles.
– Je te le donnerai, déclara-t-elle en se tournant vers lui. je te donnerai un monde qui suive tes règles, Severus. Je ferais n'importe quoi pour te rendre heureux.
– Donne-moi juste un peu de patience. Je ne sais pas comment être heureux.
– Si, tu le sais. Nous avons été très heureux pendant presque tout le temps où nous avons déjà été ensemble. Ça ne peut que s'améliorer si nous laissons les choses arriver sans mettre d'obstacle. »
Il lui prit la bague et la lui glissa au doigt. Le bijou devint un peu chaud et se resserra légèrement.
« Si nous faisons ça, alors, je veux qu'on le fasse bien. J'ai besoin que tu sois mienne et j'ai besoin que ça se fasse de façon honorable. Je veux que tu sois ma femme, Hermione. Je ne crois pas pouvoir continuer si tu ne fais pas partie de ma vie. Mais je te demande de me supporter chaque fois que le monde viendra interférer entre nous.
– Oui, répondit-elle avec un sourire en se coulant dans ses bras et en déposant un baiser entre les cicatrices de son cou. Je vais t'épouser. Mais pas dans l'immédiat et nous ne le dirons à personne. Ainsi, nous pourrons tenir le monde à distance jusqu'à ce que nous soyons à l'aise avec notre impulsivité.
– Euh, bon, à propos de ça, il risque d'y avoir un problème. »
Rogue fit les yeux noirs à la jeune femme qui riait au-dessus de lui en lui tendant la main pour l'aider à se relever. Il avait vraiment envie d'être énervé contre elle, mais il aimait trop entendre son rire pour y réussir longtemps. Avec un reniflement de mépris, il se mit debout tout seul, passant un bras derrière elle pour la remettre à l'endroit qui lui convenait le mieux : dans ses bras.
« Je suis content que ça t'amuse autant. Néanmoins, je soupçonne que tu seras moins amusée lorsque les journalistes camperont devant notre porte encore une fois et que nous nous retrouverons à nouveau enfermés ici.
– Je ne peux penser à personne avec qui j'aimerais mieux être enfermée que toi », répondit-elle en lui souriant et en l'entourant de ses bras avant de se dresser pour l'embrasser.
Ce qui avait commencé comme un simple petit bisou devint bien davantage lorsqu'il resserra son étreinte et refusa de la laisser reculer. Il glissa la langue entre les lèvres d'Hermione et se gorgea du baiser avec avidité. Le sang lui bouillonna dans les oreilles quand il la sentit fondre dans ses bras et quand il redressa la tête, il eut un petit sourire de satisfaction en voyant le regard voilé de ses yeux. Il fit descendre ses bras pour la soulever et la porter jusqu'au lit.
« Laisse-moi te faire l'amour, Hermione. Laisse-moi te garder dans mon lit jusqu'à ce que le reste du monde disparaisse dans le néant.
– Ça me plairait, dit-elle. Ça me plairait beaucoup. »
Il s'installa près d'elle sur le lit et commença à explorer les sensations que lui offrait le corps de la sorcière à travers les vêtements qu'elle portait. Il se pencha au-dessus d'elle et l'embrassa profondément de temps en temps, mais il regarda surtout ses mains parcourir ce qui lui avait été interdit si longtemps. Interdit par sa propre fierté. Tabou par son propre décret. Avant, elle avait toujours été destinée à le quitter un jour. Maintenant, elle était à lui. Tout avait changé.
Il sortit sa baguette, fit disparaître les habits d'Hermione d'un coup et poussa un grognement satisfait. Elle réagit d'un petit cri de surprise mais se détendit quand elle les vit réapparaître sur la table de chevet, sa baguette posée sur la pile. Ses yeux s'embrasèrent, elle leva les bras au-dessus de la tête et cambra le dos en s'étirant.
« Tu aimes ce que tu vois à la lumière du jour, Severus ?
– Oui, dit-il en faisant courir son regard sur elle. Tu es magnifique. »
Il caressa un sein pulpeux, d'abord de ses doigts puis de ses lèvres et de sa langue. Elle descendit les mains pour les glisser dans les cheveux de Severus, en prenant une brusque inspiration. Il la sentit bouger, s'étira et perçut soudain une vague de magie passer sur lui pour faire disparaître ses vêtements. Il s'immobilisa, avec l'impression soudaine d'être vulnérable et exposé mais les mains de la sorcière revinrent sur lui pour l'apaiser. Il leva le visage et ne vit rien d'autre que l'approbation dans les yeux de celle qui le regardait.
« À mes yeux, toi aussi, tu es magnifique », dit-elle.
Il remonta le long de son corps et l'embrassa avec force, la faisant décoller de l'oreiller dans son effort pour lui montrer par sa passion ce qu'il n'arrivait à exprimer par des mots. Elle s'enroula autour de lui comme du lierre et ils gémirent tous deux sous l'effet que leur fit tant de contact direct de leurs peaux l'une sur l'autre. Hermione se pressa contre le sexe de son amant qui lui rendit sa caresse, se frottant contre sa cuisse d'un mouvement de hanche.
Il traça un chemin de baisers ardents sur son cou, mordilla le creux de sa gorge, avant de descendre capturer un mamelon durci dans sa bouche. Il lui prodigua ses attentions et se réjouit des cris qu'elle poussait. Il frémit en sentant la chaleur des mains qu'elle posait sur sa peau. Il s'installa plus bas et embrassa son ventre jusqu'à ce qu'il vît son petit tatouage. C'était son écriture à lui, à l'encre verte, en bas à gauche de son nombril. Il embrassa les mots, les caressant de sa langue, avant de prendre un peu de recul.
« Tu sais ce que ça m'a fait ? De voir ça ? De voir ma marque sur ta peau comme ça ? J'ai eu envie de toi à l'instant-même. J'ai eu envie de t'arracher les vêtements qui de cachaient à ma vue et de te clouer sur un de ces bureaux avec mon sexe, déclara-t-il en glissant une main entre ses jambes pour la caresser.
« Oh, mon Dieu, Severus, si seulement tu l'avais fait ! J'aurais tellement voulu que tu le fasses.
– Ça t'aurait plu ? Tu m'aurais laissé faire, même à ce moment-là ?
– Mon Dieu, oui. Après des semaines à contempler notre faux baiser dans le journal, je t'aurais laissé me faire tout ce que tu voulais.
– Moi aussi, j'avais pris l'habitude de contempler cette image en me demandant comment c'était pour ces deux-là. Je me demandais s'il savait quelle chance il avait. »
Il n'y eut plus guère de paroles cohérentes le reste de la nuit.
Et voilà... Bon, vous me pardonnerez d'avoir coupé un lemon à la fin, j'espère : il n'avait pas d'intérêt dramatique particulier (justement parce qu'on y parlait pas) et, en hypocrite que je suis, je ne mets des scènes de sexe que quand il y a un alibi scénaristique.
Comme d'habitude, toutes vos remarques, critiques et réflexions sont les bienvenues !
