Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Cette histoire a pour auteur Aurette (vous la trouverez dans mes auteurs favoris), avec pour relecteurs Hebe GB, Dressagegrrrl et astopperindeath. Moi, je traduis, sans en tirer d'autre profit que les éventuels remerciements de mes éventuels lecteurs.
Désolée pour le retard, je suis très en retard sur d'autres choses de la vie réelle, hélas (nettement plus importantes et nettement moins amusantes)...
Je n'ai pas vu beaucoup de suggestions sur la nature du problème de Severus ! Et pourtant, je suis sûre que, comme moi, vous allez vous dire en lisant ce chapitre : « Bon sang, mais c'est bien sûr ! »
Faciliter le changement
Chapitre 12
Hermione était en train de fourrer des dossiers dans son attaché-case, rangeant ses affaires en vue de la réunion qui devait avoir lieu dans les locaux de Concoctions Confondantes lorsqu'elle s'aperçut qu'elle avait laissé les chiffres des prévisions pour le quatrième trimestre en bas, au laboratoire.
Elle descendit les marches quatre à quatre et trouva Severus, très agité, en train de faire les cent pas. Il s'arrêta dès qu'il la vit.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle.
– Rien, dit-il. Tu ne devrais pas y aller ? Je croyais que ta réunion était à une heure.
– C'est le cas. Il me manquait juste un dossier. Tu es sûr que tout va bien ?
– Tout va bien, lui assura-t-il avec un sourire tendu en lui caressant la joue d'un main. J'étais simplement en train de calculer mentalement des dosages pour une nouvelle formule sur laquelle je travaille.
– D'accord, répondit-elle en se dressant pour l'embrasser. Mais tu as l'air d'avoir besoin de faire une pause. Tu es sûr que tu ne veux pas venir à la réunion ? Tu fais toujours une bonne petite sieste quand tu es là.
– Vas-y, rétorqua-t-il avec un petit sourire. J'ai des choses à faire ici, ajouta-t-il en la serrant contre lui d'une façon qui trahissait un peu plus de besoin d'affection que ce qu'elle se sentait tranquille de quitter. Tu rentres à quelle heure ?
– Sans doute vers quatre heures.
– J'aurai préparé le thé pour ton retour.
– Ce serait formidable. Tu es certain que ça va, Severus ?
– J'ai dit que ça allait, insista-t-il après qu'une brève lueur de colère lui eut traversé le regard. Tu devrais partir avant de te mettre en retard. »
Il lui tourna le dos et se dirigea vers son armoire d'ingrédients, la laissant le fixer dans une totale confusion.
Severus finit son déjeuner, l'aida à ranger la cuisine, l'embrassa vigoureusement puis retourna au laboratoire pour finir de travailler sur les échantillons.
Hermione le regarda partir avec tristesse, tandis que Pattenrond lui malaxait les cuisses de façon obsessionnelle.
Un observateur inattentif pouvait croire que Severus allait bien mais un examen plus poussé faisait voir des signes de stress autour de ses yeux, qui n'avaient pas existé la dernière semaine avant le départ d'Hermione pour la Grèce. Ce qui inquiétait le plus la sorcière, c'était le léger tremblement de ses mains. Il tranchait, taillait et coupait avec autant de grâce et d'efficacité qu'il l'avait toujours fait mais, quand il remuait son chaudron, elle avait remarqué de minuscules irrégularités dans son geste.
Ce qui n'était qu'une observation troublante la troisième semaine devait un souci douloureux avant la fin de la cinquième.
Elle n'avait commis l'erreur d'essayer de lui en parler directement qu'une seule fois.
Il avait quitté la maison aussitôt après et s'était éloigné pendant des heures.
Lors de la sixième semaine, Hermione marchait sur des œufs.
Severus était toujours plein d'amour, d'attention et d'une grande sollicitude, mais il était clair qu'il se passait quelque chose, qu'il ne voulait pas en discuter et qu'elle avait peur d'aborder le sujet. Plus son inquiétude devenait manifeste, plus il devenait hostile. Jamais avec elle, mais il n'épargnait son vitriol ni contre le monde, ni contre la presse, ni contre le chat, et il était même revenu à son habitude de jeter des maléfices à la pendule.
Ils développèrent une nouvelle routine. Ils se cachaient pratiquement toute la journée l'un de l'autre et ils se rattrapaient la nuit avec des séances féroces de sexe.
Il fallut deux mois de vie avec lui pour qu'Hermione comprît enfin ce que se passait et que les écailles lui tombassent des yeux. Lorsque la vérité la frappa, elle en fut atterrée. C'était tellement évident qu'elle fut furieuse contre elle-même de ne pas s'en être rendu compte plus tôt et très en colère contre lui de ne pas lui en avoir parlé.
Severus essayait d'arrêter de boire... et n'y arrivait pas.
Elle ne savait pas quoi faire.
Elle n'avait aucune expérience avec les problèmes liés à l'alcool. Ses parents ne s'étaient autorisé une bouteille de vin que de temps en temps, et toujours pour une occasion spéciale. Ron buvait de façon régulière, mais elle pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où elle l'avait vue complètement beurré depuis leur majorité. Elle ne savait pas avec certitude ce qui faisait la différence entre un gros buveur et un alcoolique mais elle était à peu près sûre que le désir de chercher à cacher la situation se trouvait quelque part sur la frontière qu'on franchissait en passant d'une attitude à l'autre.
Ce qui lui avait finalement mis la puce à l'oreille, c'était la bouteille de liqueur sur le dessus du réfrigérateur. Ron l'avait offerte à Severus en guise de cadeau de fiançailles. Elle s'était tellement habituée à toujours voir cet armagnac au même endroit que ce ne fut que par hasard, un après-midi où elle était assise seule à la cuisine pendant que Severus était parti en coup de vent dans son laboratoire au sous-sol, qu'elle comprit où était l'anomalie : il n'avait pas touché à cette bouteille.
Quand elle s'était souciée de ce qu'il buvait auparavant, elle avait remarqué des constantes. Lorsqu'elle partait le vendredi, il y avait une bouteille toute neuve et quand elle revenait le lundi, il y en avait une autre, presque vide. Le mardi, une remplaçante faisait son apparition et se vidait doucement jusqu'à l'arrivée de la nouvelle le vendredi suivant.
Mais celle qui se trouvait à présent au-dessus du réfrigérateur était toujours intacte des semaines plus tard. Hermione savait que l'armagnac, sans être la plus chère, était considéré comme la meilleure eau-de-vie par les connaisseurs. Que Severus n'y eût pas touché signifiait quelque chose. En surface, cela semblait dire qu'il avait renoncé à la boisson, mais Hermione avait suffisamment senti l'alcool dans son haleine et la potion de Dégrisement sur ses lèvres dans les dernières semaines pour reconnaître un mensonge quand elle en voyait un. Severus essayait de lui dissimuler le fait qu'il buvait.
Elle en fut complètement désespérée. Non seulement il avait un problème, mais elle l'avait amené à passer dans la clandestinité, pour ainsi dire. Maintenant qu'elle savait ce qu'était ce problème, elle ne savait pas pour autant comment en parler avec lui. Severus était la définition même de l'orgueil ombrageux. Elle aurait préféré mettre sa main sur un nid de vipère plutôt que le coincer dans une discussion sur une chose qui le rendait manifestement assez honteux pour vouloir la garder secrète.
Avec un soupir, elle se passa une main dans les cheveux. Elle avait un nouvel ennemi dans sa vie et elle avait besoin de s'informer. Il était temps de commencer cette bataille. Elle avançait à l'aveuglette et elle détestait cette sensation : voilà qui allait donc finir maintenant. Elle repoussa sa chaise et alla prendre sa cape et son sac à main. Elle descendit au pas de course l'escalier et vit que Severus était en train d'analyser des échantillons de potions. La nouvelle façon qu'elle avait de le regarder fit qu'elle ne manqua pas de remarquer qu'il tendit légèrement les épaules à son approche.
Elle leva une main pour lui caresser l'omoplate puis le dos, et sentit la tension se dissiper à son contact. Elle frémit en se rendant compte à quel point il était nerveux.
« Je sors un moment, dit-elle. J'ai des livres à dénicher et aussi d'autres choses à trouver. Tu as besoin de quelque chose pendant que je suis dehors ?
– Quand reviens-tu ? demanda-t-il en se tournant vers elle pour la prendre dans ses bras.
– Je ne suis pas sûre, ça dépend du temps qu'il me faudra pour trouver les réponses nécessaires à une nouvelle recherche que j'entreprends. Pas avant trois heures, mais pour le thé, sans aucun doute. »
Elle se dressa sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Il lui rendit son baiser avec force et elle ne put manquer le désespoir qu'il y avait derrière. Elle le serra fort contre elle en espérant que cela comblerait ses besoins, au moins un court instant. Quand il recula enfin, elle lui sourit et lui caressa la joue.
« Je t'aime, dit-elle. Quoi qu'il arrive, je t'aime. Souviens-toi de ça.
– Le thé sera prêt à quatre heures, dit-il après lui avoir lancé un regard étonné puis le sourire qu'elle préférait avant de lui embrasser le front.
– Super ! Tu veux que je rapporte un gâteau ?
– Un truc avec de la crème fouettée, ça serait sympa, dit-il, les yeux brillants.
– C'est noté », répondit-elle avec un sourire sensuel.
Elle fit demi-tour, se dirigea vers l'escalier; Quand elle lui jeta un dernier regard, il la fixait avec intensité. Elle lui fit un salut de la main et il hocha la tête la réponse avant de retourner à son travail.
Hermione remonta sa capuche, quitta la zone de transplanage et se dirigea droit vers Les Trois Balais. Peut-être qu'elle ne connaissait personne qui eût surmonté avec succès un problème de boisson, mais elle connaissait un expert sur le sujet. C'était un bon endroit pour commencer, enfin, au moins aussi bon qu'un autre.
Elle garda sa capuche sur la tête en s'asseyant au bar et attendit que Madame Rosmerta vînt jusqu'à elle. Le bar était à peu près vide, ce qui était un signe favorable.
« B'jour, que puis-je vous servir ?
– Je voudrais une Bièraubeurre, s'il vous plaît. Et, à condition que ça ne vous embête pas trop, j'aimerais quelques conseils, si vous pouvez m'en donner. »
Rosmerta haussa les sourcils puis plissa les yeux. Elle baissa la tête et regarda sous la capuche.
« J'avais bien l'impression d'avoir reconnu votre voix, dit-elle. Comment allez-vous, Miss Granger ? Ça fait une éternité que je ne vous ai pas vue ! Vous vous cachez toujours dans la maison de Rogue ?
– Ouaip, répondit Hermione en baissant sa capuche avec un sourire.
– Merveilleux ! Vous avez de la chance, vous savez. Moi, j'ai eu le béguin pour Rogue un bon moment, pas qu'il l'ait jamais remarqué. Et voilà, ajouta-t-elle en servant une Bièraubeurre avec une belle épaisseur de mousse sur le dessus et en la posant devant Hermione. C'est pour la maison, pour vous récompenser d'avoir eu le culot d'insulter La Gazette. Félicitations, au fait, dit-elle en montrant du doigt la bague d'Hermione. Alors, sur quel sujet Rosmerta peut-elle vous donner des conseils ? N'êtes vous pas « la sorcière la plus brillante de sa génération » ?
– Seulement dans certains domaines, répondit Hermione avec une grimace. Dans d'autres, je suis complètement obtuse. J'ai besoin de vous demander votre discrétion : c'est un sujet un peu délicat et si le journal commençait à répandre des rumeurs, je pourrais me heurter à pas mal de difficultés.
– Vous avez ma parole, dit-elle. Je déteste ce torchon. Surtout depuis les histoires qu'ils ont sorties sur moi après l'affaire Katie Bell. Si les professeurs de Poudlard n'avaient pas continué à venir tous les week-ends, j'aurais perdu mon établissement.
– Vous avez toute ma sympathie et toute ma compréhension, déclara Hermione en prenant une gorgée de sa boisson.
– Que puis-je faire pour vous aider ?
– Eh bien, ça peut sonner un peu curieux, vu votre métier, mais j'ai besoin de savoir comment faire arrêter quelqu'un qui boit et je me suis dit que vous pourriez peut-être m'indiquer la bonne direction. »
Hermione n'était pas préparée à recevoir l'expression de profonde tristesse et de pitié qui se répandit que le visage de la femme qui lui faisait face de l'autre côté du bar.
« Oh, mon pauvre trésor, dit son interlocutrice en lui mettant une main sur le bras. Il n'y a rien que vous puissiez faire. Rien du tout ».
Hermione eut un mouvement de recul mais Rosmerta refusa fermement de la lâcher.
« Vous êtes une fille intelligente, Hermione. Ne détournez pas la tête pour éviter de voir une vérité simplement parce qu'elle ne vous plaît pas. »
Elle attendit qu'Hermione eût recouvré ses esprits et lui tendit un torchon propre pour qu'elle pût essuyer ses larmes soudaines.
« C'est Severus, n'est-ce pas ? J'ai toujours eu peur qu'il sombre. Ce n'est pas tellement la quantité qu'ils boivent, vous voyez. C'est la façon dont ils boivent. Dites-moi, histoire de vous soulager de ce que vous avez sur le cœur, qu'est-ce qui vous a fait venir ici aujourd'hui ? »
Hermione lui raconta tout. Depuis le début. Elle lui dit comment il l'avait simplement aidée et le prix terrible qu'ils avaient payé à cause de Rita Skeeter et de ses mensonges. Elle lui parla de ses inquiétudes, à l'époque où elle ne faisait que travailler pour lui, et des constantes qu'elle avait remarquées. Elle lui expliqua comment les seules fois où elle l'avait effectivement vu boire étaient les fois où elle s'était introduite chez lui pendant ses jours de congé. Elle lui dit qu'ils ne s'était avoué leur amour mutuel que quelques semaines plus tôt et qu'ils avaient décidé très vite de s'installer ensemble. Puis, elle en vint à la bouteille au-dessus du réfrigérateur et à la façon dont elle avait réuni toutes les pièces du puzzle seulement les jours précédents. Elle lui décrivit les tremblements ainsi que le caractère irritable qu'il avait développé et qui n'avait pas donné lieu au soupçon pendant si longtemps à cause de son naturel. Elle évoqua le teint olivâtre que prenait parfois sa peau ces derniers temps et l'aspect parcheminé et sec qu'elle avait à d'autres moments. Elle admit enfin qu'elle venait à peine de se rendre compte qu'il lui cachait tout cela et qu'elle éprouvait le besoin désespéré de le remettre en bon état.
« Il est si près du bonheur, Rosmerta. C'est le dernier obstacle. Je dois bien pouvoir faire quelque chose !
– Non, ma petite chérie. Il n'y a rien que vous puissiez faire, si ce n'est l'aimer. Faire sans cesse des remarques, donner des leçons de morale ou des raisons de culpabiliser, ça n'a jamais été suffisant pour faire arrêter de boire qui que ce soit. Mais on dirait qu'il essaye. C'est déjà un grand pas. Il va falloir que vous en parliez. C'est le secret qui rend la situation tellement pire.
« Ça et ce poison de potion de Dégrisement. C'est ça que vous voyez. Il doit en boire des quantités industrielles. Voilà ce qui nous arrive, à nous autres, sorciers. Nous buvons à nous en rendre malades et après, nous prenons une potion et nous continuons comme si de rien n'était. Mais une fois que la boisson vous tient sous son emprise, alors, vous entrez dans un cercle vicieux où vous vous enivrez, vous dégrisez en un tournemain pour vous enivrer à nouveau un peu plus tard. Ça touche le foie plus vite que chez les Moldus qui ont le même problème. Son teint va finir par passer d'olivâtre à jaune, et là, il aura de sérieux ennuis.
« Il y a des gens qui peuvent l'aider. Et il y a quelques livres sur le sujet. Je vous suggère de les livres avant de lui en parler. Il n'y a rien que vous puissiez faire pour l'aider, mais il y a un million de choses que vous pouvez faire pour rendre la situation bien pire pour vous deux. Il faut que vous compreniez ce à quoi vous faites face. »
Severus la retrouva à la porte quand elle rentra. Il la prit dans ses bras et la serra fort, avec une expression qui rappelait celle d'un chiot égaré. Elle se dressa pour embrasser ses lèvres et sentit le goût de la potion de Dégrisement qu'il avait certainement bue à l'instant. Elle lui dit que ce qu'il avait préparé pour le goûter sentait délicieusement bon, s'excusa d'avoir oublié le gâteau et le pria de lui laisser une minute, le temps de poser ses achats et de se laver les mains. Elle rangea sa sacoche pleine de livres dans la seconde chambre, convertie depuis longtemps en pièce de stockage. Elle la glissa avec ses cartons encore remplis d'affaires et rafraîchit le sortilège qu'elle avait jeté sur son visage pour dissimuler que ses yeux étaient gonflés après les larmes qu'elle avait versées.
Et c'est là que se finit ce chapitre... Vous voyez, ce que j'aime bien chez Aurette, c'est que l'alcool est un thème récurrent dans cette histoire (il en est très souvent fait mention) et qu'elle arrive à nous surprendre en le transformant en péripétie. Ça, c'est quelqu'un qui sait écrire ! Et, dans la même veine, c'est aussi plutôt habile de se servir de l'affaire du collier offert par Katie Bell afin d'expliquer vite et de manière convaincante pourquoi Rosmerta a de bonnes raisons de détester Rita Skeeter.
Quant à moi, dans mon désir de réhabiliter l'imparfait du subjonctif, je vous ai imposé un affreux tombassent (l'imparfait du subjonctif, c'est surtout bien à la troisième du singulier, en fait). J'espère ne pas vous avoir fait exploser de rire à ce moment critique de l'histoire !
Bref, la semaine prochaine, dernier chapitre : Hermione va-t-elle devoir s'avouer vaincue par un ennemi aussi puissant que pernicieux ? Severus va-t-il accepter de demander et de recevoir de l'aide ou va-t-il préférer mourir seul avec son chagrin et sa bouteille ? Quel suspens !
