Titre : Lorsque la tempête couve…
Auteur : the-leny-show
Fandom : Harry Potter
Couple : Remus/Sirius
Thème : Dites « Aaah… »
Bonne lecture !
Un vent de coquecigrue.
Lorsque Sirius ouvrit les yeux, ce matin-là, il y avait un lit vide dans le dortoir des Rouge et Or. A sa gauche, James dormait encore à poings fermés, une jambe dans le vide et la bouche grande ouverte. Plus loin, Peter avait collé son oreiller sur ses oreilles, ignorant le bruit strident de son réveil. Mais, à sa droite, il n'y avait qu'un matelas froid et des draps non-défaits. Le garçon poussa ses couvertures et se redressa dans le lit. Il posa ses pieds au sol et grogna en sentant la morsure du froid. Une soudaine envie de se blottir dans ses couvertures le prit, mais il se leva malgré tout et rejoignit le lit de James. Le garçon ne faisait même pas mine de se réveiller alors il le secoua par l'épaule.
« Encore une minute, maman, » gémit-il.
Le brun pouffa de rire et réitéra son geste.
« Nooooon… »
« James, James, James… » Répéta Sirius dans une litanie infernale.
« Tire ses couvertures, » conseilla Peter d'une voix endormie.
Il s'exécuta et James se redressa brusquement, les yeux écarquillés.
« Non, mais… Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Ta mère t'a bercé trop de près du mur ou qu… »
« Il a recommencé, » le coupa Sirius.
James sembla comprendre instantanément de quoi il s'agissait. Il tourna la tête vers la droite et fixa le lit vide du jeune Lupin.
« C'est la troisième fois… »
« En trois mois, » confirma Sirius.
« Le premier week-end de la rentrée, le jour du contrôle de Sortilèges en octobre et aujourd'hui… C'est qui cette fois, à ton avis ? »
« Eh bien, je suppose que c'est sa mère... »
« Encore ? Ca ferait deux fois de suite… Moi, je dis que c'est son père cette fois. » proposa James.
« 2 Mornilles. »
« Tenu. »
« Emojiatan… »
« Hein ? » interrogèrent simultanément James et Sirius.
« Je crois que Peter veut parier sur la tante. » interpréta le fils Potter après un moment.
L'oreiller sous lequel Peter avait enfoui sa tête s'agita de bas en haut et les garçons éclatèrent de rire. Sans que personne ne sache d'où était venue la première attaque, l'atmosphère calme du réveil devint électrique. Une bataille de coussins s'était engagée et Peter, bien que grognon, s'était joint à la partie. Sirius et Peter se dressèrent contre James. Ravi d'avoir récupéré ses draps, le garçon à lunettes s'efforçait de ne pas sortir plus d'un membre à la fois de sous la couverture, faisant de lui un adversaire bien peu redoutable. Ce fut d'ailleurs son inefficacité qui le perdit...
La première fois qu'une telle bataille s'était engagée, Sirius était resté les bras ballants, ahuri par ce capharnaüm auquel il n'avait jamais goûté. Mais James, avec tout le tact qui le caractérisait l'avait rapidement lancé dans cette lutte acharnée organisée pour le distraire des pensées moroses qui le hantaient tous les matins en pensant à sa famille. Depuis lors, la scène s'était répétée si souvent qu'aucun des garçons ne fut surpris de voir McGonagall apparaitre dans l'embrasure de la porte. Elle-même ne semblait pas étonnée et elle les dévisagea l'un après l'autre de son regard le plus sévère avant de parcourir la chambre des yeux.
« Où est Monsieur Potter ? » Demanda t-elle.
« Ifi… » Répondit une voix étouffée provenant du tas de garçons.
Dans l'enchevêtrement des corps, il n'y avait plus que sa main de visible et il l'agita en guise de salut matinal. McGonagall attrapa Sirius et Peter, révélant à tous la forme tremblante qui consistait le corps de James Potter.
« Je pense que vous venez de me sauver la vie, professeur, » dit-il.
« Debout ! »
Penauds, les trois garçons s'alignèrent en rang d'oignon. La chambre était dévastée, seul le lit de Remus resté intact faisait tache au milieu du décor, comme s'ils avaient voulu épargner les affaires de leur ami. Les mains dans le dos et la tête basse, ils écoutèrent le sermon du professeur de Métamorphose.
« Vous rangerez tout cela, sans baguette. Et il va de soi que vous serez à l'heure pour aller à votre cours. Votre professeur me le confirmera. Veillez à être rigoureux. »
Alors qu'elle allait sortir, Peter prit la parole.
« Professeur ? Il est où Remus ? »
« On dit : 'où est Remus ?', Monsieur Pettigrow et je ne vois pas en quoi cela regarde des petits garnements comme vous. »
« Nous nous inquiétons pour lui, Madame. Il est notre ami. » dit Sirius en prenant soin d'y mettre la forme et appuyant chaque syllabe avec emphase.
Le regard de McGonagall s'attendrit. Depuis la rentrée, le professeur de Métamorphose avait montré une tendresse inattendue pour l'héritier de la famille Black.
« Un problème familial l'a retenu. »
Sirius insista, il y avait dans les yeux de sa directrice de maison une lueur qu'il ne reconnaissait pas.
« Sa mère avait besoin de lui à ses côtés. Il rentrera ce soir, veillez à ne pas l'embêter. »
Elle leur lança un dernier regard sévère et quitta la chambre. A peine avait-elle passé la porte que Peter et James se dirigeaient en soupirant vers leurs malles pour donner à Sirius ses gains. Les paris étaient devenus monnaie courante dans le dortoir des premières années de Gryffondor et Sirius remportait la plupart d'entre eux même lorsqu'il soutenait les causes les plus désespérées. Mais le garçon qui n'avait nul besoin de s'enrichir veillait toujours à leur rendre leur dû, allant parfois jusqu'à laisser malencontreusement tomber quelques noises de plus dans la malle de son ami aux vêtements reprisés. Il n'était pas rare d'entendre l'un des garçons s'écrier dans le dortoir qu'il avait retrouvé une pièce entre deux paires de chaussettes et le voir se précipiter dans la Salle Commune pour la dépenser aussitôt dans une confiserie bien méritée.
C'était les élèves de cinquième, sixième et septième année qui avaient mis le système en marche. Lorsque les sorties à Pré-au-lard approchaient, ils prenaient commande auprès des premières et deuxièmes années pour combler leurs besoins. Ils s'arrangeaient aussi pour ramener plus de confiseries, ils fournissaient ainsi aux plus jeunes quelques bonbons lorsque ces derniers avaient fini les leurs. Le petit trafic avait vite été découvert cinq ans auparavant par le professeur McGonagall mais, fière de la solidarité qui se nouait au sein de sa maison, elle les avait laissé continuer allant même jusqu'à laisser quelques pièces aux septièmes années pour qu'ils ramènent une Chocogrenouille par élève à chaque sortie.
Sirius récupéra les pièces de ses camarades en riant et ils commencèrent à ranger le dortoir. Il leur fallut près d'une trentaine de minutes pour tout ranger et dix de plus pour retrouver les vêtements qu'ils avaient trop bien rangés, ainsi James retourna sa partie du dortoir une seconde fois avant de remettre la main sur sa baguette. Ils n'eurent que quelques minutes pour avaler une collation avant de se précipiter en cours de Sortilèges.
Le professeur Flitwick les salua et commença à faire l'appel.
« Lupin, Remus ? »
Le regard du petit homme s'arrêta sur la chaise vide auprès de Sirius puis sur Sirius lui-même qui le regardait d'un air soupçonneux.
« Non, bien sur que non… », Marmonna t-il avant de commencer son cours de sa voix chevrotante.
Le brun prit un bout de parchemin et griffonna dessus quelques mots avant de le faire passer à James.
Tu as vu, il n'avait pas l'air surpris de l'absence de Remus.
Le jeune Potter lui renvoya la feuille.
McGonagall a du le prévenir.
Il haussa un sourcil et le binoclard fit une grimace, il ne semblait pas convaincu par ses propres mots mais le cours de Sortilèges n'était pas le bon endroit pour en débattre alors Sirius fourra le parchemin dans la poche de sa robe et se concentra sur le discours du professeur… du moins, il essaya car son esprit ne semblait pas prêt à renoncer et décrochait dès que possible de la leçon pour songer à son ami. Il revoyait les cernes de Remus et ses yeux qui brillaient étrangement, l'inquiétude sans doute… et puis, il y avait cette manière dont le garçon fixait le ciel, il semblait attendre quelque chose, il savait que quelque chose allait arriver. Et tous les mois, c'était le même manège. James prêtait au jeune homme des excuses logiques et rationnelles mais Sirius, lui, était prompt à partir dans des divagations que les autres ne suivaient pas. Peut-être Remus sentait-il, littéralement, les choses arriver ? Avait-il une sorte d'hypersensibilité magique, un troisième œil plus aiguisé que la moyenne ?
Pour James, ce n'était ni la mère, ni le père, ni les grands-parents de Remus qui étaient malades, mais Remus lui-même. Il pensait que son ami avait une maladie génétique dont il ne souhaitait pas parler avec eux et qui le forçait à se rendre à St Mangouste tous les mois pour des soins spécialisés. Peter soutenait lui aussi cette thèse mais Sirius continuait à dire qu'il y avait autre chose.
Lorsque Flitwick sonna la fin de la classe, il ne restait dans l'esprit de Sirius que les yeux noisette de Remus et l'ombre qui les hantait régulièrement. Quelqu'un lui tira sur le bras.
« Allez, viens Sirius… » dit Peter.
Il le tenait pas la manche et tentait de l'entraîner vers la sortie de la salle. Le garçon se laissa faire et ils rejoignirent James qui les attendait à l'extérieur. Echangeant blagues et sourires, les trois élèves se rendirent devant la salle de Métamorphose. Le professeur McGonagall en sortit et les toisa. Ils frémirent, inquiets ne pas avoir rangé la chambre comme il le fallait.
« Le professeur Flitwick m'a informée de votre ponctualité. »
Ils sourirent. Dans son dos, les sixièmes années avaient fini de ranger leurs affaires et commençaient à quitter la salle, un reflet blond bien connu se détacha du fond et s'approcha d'eux. Rebecca, souriante, arborait sa longue chevelure prise dans un ruban rouge.
« Bonjour ! »
« Bonjour Rebecca ! » répondirent Peter et James avec enthousiasme.
Sirius n'avait pas ouvert la bouche, resté en arrière, le regard sombre, il semblait s'être perdu une fois de plus dans ses pensées. Elle échangea un regard avec le professeur McGonagall qui lui fit un signe de tête approbateur avant d'entrainer Peter et James dans la salle de cours.
« Sirius ? »
Il inclina la tête et leva les yeux pour les plonger dans le regard vert de la jeune fille.
« Rebecca ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Elle lui sourit.
« J'avais Métamorphose. »
Intrigué par le silence ambiant du couloir, il se retourna.
« Où sont-ils ? »
« Rentrés dans la salle. » répondit-elle, l'air navrée par l'inattention du première année.
« Oh. »
Il avança pour rejoindre sa classe mais, pour la seconde fois de la journée, une main lui attrapa le bras.
« Attends une seconde. Est-ce que tout se passe bien ? » questionna Rebecca
« Ben oui. »
« Tu as eu des nouvelles de ta famille ? »
« Non, non pas depuis quelques semaines. »
« Quelle bande d'imbéciles ! »
« 'Becca ! » s'exclama Sirius, outré.
Elle sourit d'un air malicieux et, sans lâcher son bras, commença à l'entrainer dans un tourbillon de couloirs qui donnèrent le tournis au garçon. Finalement, elle lui fit gravir ce qui semblait être un millier de marches et ils arrivèrent dans un lieu qui ne lui était pas inconnu : la Volière.
Le vent sifflait entre les différents orifices de la pièce et Sirius frémit en sentant un courant d'air se glisser sous sa robe de sorcier. Rebecca avança, l'air satisfaite et elle alla s'accouder à la fenêtre.
« Qu'est-ce qu'on fiche ici, Becca ? J'ai cours ! » s'exclama Sirius.
« McGonagall est au courant, ne t'inquiète pas. » répondit-elle calmement. « Je voulais te montrer quelque chose. »
Elle lui fit signe d'approcher et il s'exécuta d'un pas hésitant.
C'était une de ces journées de novembre où le soleil de onze heures brillait dans un ciel bleu, où la rosée matinale scintillait sous son éclat, où le froid hivernal mordait les lèvres et les mains des étudiants. Les fleurs s'ouvraient sous la chaleur doucereuse du soleil et le Saule Cogneur s'ébouriffait, chassant les gouttes d'eau qui s'étaient accumulées pendant la nuit, comme un chien qui aurait passé du temps sous la pluie. Son attitude fit sourire Sirius et Rebecca, ravie de le voir s'éclaircir un peu, prit la parole :
« C'est beau, n'est-ce pas ? Le Saule a été planté cet été, c'est une espèce d'arbre en voie de disparition, tu le savais ? »
Sirius agita la tête en signe de négation.
« Être en voie de disparition, c'est ce qui lui donne toute sa valeur. Il est rare, mystérieux, l'un des derniers de son espèce. Il a été planté au fond du parc, à la lisière de la forêt parmi les arbres les plus communs qui soit mais il se bat pour faire son trou, pour montrer sa différence, il s'agite avec vigueur plutôt que de rester passif à regarder le monde couler ses jours doucement. Ça le rend d'autant plus précieux, tu ne trouves pas ? »
Elle avait un sourire doux sur le visage, le regard rêveur et Sirius, du haut de ses onze ans, ne pouvait s'empêcher de la trouver belle.
« Est-ce que tu parles toujours de l'arbre ? »
Rebecca se tourna vers lui, la brume s'évapora dans ses yeux, remplacée par une lueur malicieuse.
« Bien entendu, que vas-tu imaginer ? Egocentrique, va ! »
« Ego- quoi ? » demanda Sirius en fronçant les sourcils.
« Egocentrique. » elle épela : « E-G-O-C-E-N-T-R-I-Q-U-E, ça veut dire penser qu'on est le centre du monde … »
« Comme égoïste ? »
« Un peu, égoïste, c'est faire passer son intérêt avant celui des autres. »
Sirius hocha la tête et articula silencieusement le mot 'égocentrique', goûtant à sa saveur, faisant rouler les lettres sur sa langue.
« Ce n'est pas un très joli mot » conclut-il.
« Pas aussi jolie qu'une coquecigrue, c'est certain. » répondit Rebecca.
Elle se mit à rire en voyant l'air abasourdi du jeune garçon.
« C-O-Q-U-E-C-I-G-R-U-E, c'est une baliverne, une sottise, une illusion. »
« Tu es drôlement intelligente.. »
« Toi aussi, Sirius, si tu veux bien t'en donner la peine. Le professeur McGonagall aime dire à tout un chacun qu'elle n'avait jamais vu un première année aussi doué en Métamorphose que toi. »
Il rougit instantanément et tenta de dévier la conversation.
« Tu devrais être à Serdaigle. »
« Et toi, à Serpentard. » répondit-elle du tac au tac.
Sirius baissa la tête sous le coup de sa réplique et Rebecca soupira. Elle posa une main compatissante sur son épaule et l'attira sur le côté pour le faire s'asseoir sur un rondin de bois posé là.
« Il faut que tu arrêtes de te soucier autant de l'avis des autres, Sirius. Tu es un Gryffondor, peu importe ce que les autres veulent ou pensent. » déclara la préfète.
« Mais… »
« Mais rien, Sirius. Tu ne peux pas plaire à tout le monde. Ce qui compte, c'est que tu sois bien là où tu es. J'ai l'impression que tu t'entends bien avec les garçons, non ? »
« James est super, on dirait un soleil. Il est chaleureux, souriant… Peter aussi, il est comme ça… mais un peu plus calme… Parfois j'ai l'impression de graviter autour de ces deux-là. »
« Et Remus ? » le poussa la jeune fille.
Il hésita.
« Allez, raconte Sirius. »
« Il est toujours si calme, si renfermé… Parfois, quand il sourit, j'ai l'impression que ça lui fait mal. Et il dort bizarrement ! Il s'allonge sur le dos, ferme les yeux et il ne bouge plus ! Plus du tout ! Il ne bouge pas dans son sommeil, ne ronfle pas, ne parle pas et quand il se lève, son lit n'est presque pas défait ! Peter, lui, il se retrouve la tête à la place des pieds et James… c'est le type endormi le plus bavard que je connaisse ! Mais Remus, il ne bouge pas, il a le sommeil lourd, si lourd que j'ai parfois l'impression qu'il est mort. En plus, il est souvent absent ! Une fois par mois depuis le début de l'année, il passe la journée avec nous et disparait juste après le dîner en disant qu'il revient ! Et on le voit que le lendemain soir, l'air crevé comme s'il avait couru un marathon ! La première fois, il a dit que sa grand-mère était malade et la seconde, il a dit que c'était sa mère ! Il est vraiment bizarre ! »
Sirius s'arrêta un moment pour prendre une respiration et Rebecca le fixait, le sourire aux lèvres devant l'emballement dont il avait fait preuve. Il se passa la main dans les cheveux d'un air gêné, n'osant pas reprendre la conversation.
« Tu te sens mieux ? » demanda-t-elle. « Frustration envolée ? »
Il plissa des yeux et Rebecca reconnut ce geste pour l'avoir vu plus d'une fois.
« F-R-U-S-T-R-A-T-I-O-N, c'est cet énervement qui te serre le ventre quand tu attends quelque chose, que tu désires un truc que tu ne peux pas avoir. » dit-elle d'un ton docte.
« C'est quelque chose qu'on voit ? » demanda-t-il.
« Parfois oui, une lueur dans le regard, des gestes saccadés, des soupirs,.. »
« C'est ce qui brille dans les yeux d'Aaron ? »
« Oui, c'est… quoi ? De quoi tu parles ? »
Elle se figea un instant et le regarda, l'air interrogateur.
« Parfois, dans la salle commune, il s'agite, il jette des Tempus à tout va, et il a les yeux qui brille étrangement. »
Rebecca força un petit rire.
« Non, ça c'est seulement Aaron. »
« Mais… »
« Il est temps de redescendre. » le coupa-t-elle en replaçant une mèche derrière son oreille.
Ce geste fit sourire Sirius qui se leva sans protester. Rebecca se mit debout et jeta un Tempus rapide, il était midi et les deux Gryffondor avaient passé près d'une heure dans la Volière soumise aux courants d'airs. La préfète ouvrit le chemin et le raccompagna jusqu'à la salle de Métamorphose dont les premières années commençaient à sortir. Le professeur McGonagall s'approcha d'eux.
« J'expliquerai la situation à votre professeur durant le repas, miss Rudolph, quel cours avez-vous manqué ? »
« Potions avec le professeur Slughorn. »
« Bien, vu vos résultats, ça ne devrait pas poser de problèmes. Allez déjeuner, miss, je vais m'entretenir avec monsieur Black un instant. »
Rebecca fit un signe de tête à Sirius et s'éloigna dans le couloir. Au bout de celui-ci, Peter et James attendaient patiemment, elle leur glissa quelques mots, un sourire tendre auquel ils répondirent par des gestes enthousiastes et elle partit non sans avoir ébouriffé les cheveux emmêlés de James.
« C'est très gentil à vous, de vous soucier autant de Monsieur Lupin, mais il ne faut pas que vous négligiez votre scolarité pour autant, Monsieur Black » reprocha doucement Minerva au garçon.
Sirius hocha la tête sans un mot.
« Nous avons continué les transformations d'allumettes en aiguilles, vous n'avez donc pas raté grand-chose puisque vous aviez réussi la dernière fois. Toutefois, je compte sur vous pour entraîner Monsieur Pettigrow, il a encore un peu de mal et cela vous fera pratiquer. »
« Oui, professeur. »
« Filez maintenant. Vos amis vous attendent. »
Elle lui sourit et il la salua d'un geste de la main avant de courir rejoindre les garçons. Minerva les observa de loin, un instant. Elle vit James attraper le jeune Black par le cou et l'entraîner dans le couloir en riant tandis que Peter marchait à leurs côtés en discutant avec eux. La directrice de maison s'était longuement inquiétée et interrogée sur la présence d'un Black à Gryffondor, elle avait eu peur qu'il ne s'intègre pas. Pourtant, il lui semblait maintenant que Sirius n'aurait pu appartenir à une autre maison que la sienne et qu'avec des amis comme Potter et Pettigrow, il saurait vite se faire une place chez les Rouge et Or. Tout comme Remus. James et Peter avaient le sourire contagieux et ils commençaient déjà à déteindre sur leurs camarades.
Bien loin des états d'âmes de leur directrice de maison, le trio infernal descendit dans la Grande Salle pour prendre un repas bien mérité. Ils allèrent s'asseoir près d'Aaron qui ne les accueillit pas, tout occupé qu'il était à remuer sa soupe. Les amis du garçon ne se préoccupaient pas de son état et semblaient décidés à refaire le monde du Quidditch dans une discussion stérile. Aaron soupira et touilla une nouvelle fois sa soupe. Sirius qui s'était assis à ses côtés pouffa de rire et se pencha à son oreille pour lui murmurer :
« Frustration. »
Le préfet sursauta, envoyant une giclée de soupe sur une jeune fille assise à quelques places de là. Rebecca le fusilla du regard alors qu'il affichait un air penaud, s'essuya puis reprit sa discussion avec l'un de ses camarades de cinquième année.
« Mince, Black, t'as vu ce que tu m'as fait faire ! » grogna-t-il alors que Sirius affichait un air angélique. « Je peux savoir ce qui t'a pris ? »
« Je vérifiais une théorie. »
« On peut savoir laquelle ? »
« Que tu es frustré. »
« Quoi ? Pourquoi je serais… et puis d'où tu connais ce mot, toi d'abord ? T'es qu'un gamin. »
« C'est 'Becca. »
« Rebecca Rudolph ! » gronda Aaron
L'intéressée se tourna vers lui.
« N'en fais pas un intello insupportable avec tous tes mots compliqués ! »
« … Intello insupportable ? » Interrogea-t-elle d'un air dangereux.
Il y eut un silence lourd durant lequel les deux préfets se jaugèrent du regard. La table des Gryffondor se figea attendant que l'orage éclate mais Rebecca se contenta de soupirer et se remit à manger en silence. Aaron ouvrit deux fois la bouche sans que rien n'en sorte puis replongea dans sa soupe. La crise semblait être passée mais les Rouge et Or restèrent tendus, il y avait quelque chose de déceptif dans l'absence de cris et pour la première fois Rebecca semblait blessée par les mots du préfet.
Sirius grimaça, Peter et James haussèrent les épaules en réponse. Ce dialogue muet sembla relancer l'action dans la Grande Salle et le brouhaha ambiant de la table des Gryffondor reprit. Le garçon jeta un coup d'œil à Rebecca, inquiet de ne pas l'avoir entendue répondre, mais celle-ci ne le regardait pas et il décida de laisser tomber.
« Bon, on bouge ? » demanda James qui aimait marcher dans le parc avant les cours de l'après-midi.
Sirius et Peter se levèrent sans un mot, sachant que le binoclard serait insupportable s'il manquait sa balade post-déjeuner. Ils trainèrent un moment dans le parc, alternant conversations et course-poursuite à une vitesse incroyable. Finalement, une fois bien essoufflés, les trois garçons se dirigèrent vers leur salle de classe.
L'après-midi s'écoula, entre rires, concentration et lassitude. Lorsque les premières années sortirent de leur dernier cours de la journée, tous poussèrent un soupir de soulagement. Les cours étaient intéressant mais pas au point d'en redemander, à moins de s'appeler Lily Evans. Celle-ci se glissa hors du cachot avec des étoiles dans les yeux et poussa ses amies à regagner la Salle Commune le plus rapidement possible afin de commencer leurs devoirs. James agita franchement la tête d'un air navré comme si le simple fait d'envisager d'étudier après les cours était un blasphème.
Sirius, Peter et James retournèrent au portrait de la Grosse Dame le plus lentement possible, sachant pertinemment que dés lors qu'ils auraient passé la porte, Lily et Rebecca leur sauteraient dessus pour les forcer à étudier. Ils trainèrent des pieds le plus longtemps possible mais n'eurent bientôt plus d'autre choix que de rentrer dans la salle Rouge et Or.
« Vulcanite, » grogna James.
« Souriez très cher, la vie est si jolie ! » répondit le portrait avant de s'effacer pour leur permettre d'entrer.
Une tornade blonde leur sauta dessus.
« Vous voilà enfin ! »
Elle attrapa Sirius par le bras et le tira jusqu'à une table vide puis déposa devant lui des parchemins et une plume trempée dans de l'encre noir.
« Ton essai d'Histoire de la Magie ! Lily a dit que tu n'avais pas commencé. »
James ricana.
« Toi, tu attaques les Sortilèges. Peter, le professeur McGonagall m'a dit que tu avais quelques problèmes avec les sorts de Transferts. Au travail ! Les filles ont déjà bien avancé. » dit-elle en désignant une table bien plus studieuse au fond de la salle commune.
« Tortionnaire ! » gronda le brun à lunettes.
Elle lui donna une pichenette sur l'oreille.
« Aïe ! »
« Travaille Potter. »
L'atmosphère s'alourdit alors que le silence retentissait dans la pièce. Rebecca eut un sourire satisfait et délaissa les trois garçons pour aller voir les filles. Sirius la vit passer une main affectueuse dans les cheveux roux de Lily et sourire à Victoria puis il se concentra sur son essai. A côté de lui, James continuait de pester contre le genre féminin tandis que Peter se débattait avec son allumette. Il agitait la baguette de haut en bas, de gauche à droite, murmurait, marmonnait, grognait la formule… Sirius l'arrêta d'un geste.
« Doucement, t'énerver ne mènera à rien. Regarde.»
Il lui montra l'exemple et son allumette se transforma en une aiguille d'une incroyable finesse. Peter ouvrit de grands yeux et s'empressa de l'imiter mais le résultat fut moins probant.
« Pas mal, Pete ! Un cure-dent, c'est mieux que tes résultats précédents ! Recommence ! » l'enjoignit Sirius.
« Sirius…ton essai. » gronda la voix de la préfète.
Il baissa la tête et se remit à écrire.
Dehors, le ciel s'assombrissait de minutes en minutes et Aaron sonna bientôt l'heure du dîner. Ils descendirent dans la Grande Salle tandis que l'orage grondait dans le ciel anglais et remontèrent dans la salle commune bien avant que la pluie ne cesse. Les éclairs illuminaient la pièce presqu'autant que le lustre qui descendait comme une chute de bougies au milieu des tentures rouge et or.
Deux jeunes filles de deuxième année allèrent se réfugier dans les dortoirs et un grand nombre d'élèves les imitèrent. A moitié vide, la salle commune semblait lugubre et le silence angoissant entre chaque coup de tonnerre n'était pas fait pour améliorer la chose. Vers 22 heures, James et Peter décidèrent de monter se coucher, délaissant leur partie d'échec, tandis que Sirius prétendait devoir finir son devoir avant d'aller se coucher. Il leur souhaita bonne nuit et ils grimpèrent dans les étages.
« Menteur, » sifflota Rebecca en s'asseyant près de lui dans le canapé.
Il la fixa.
« Tu as fini ton essai depuis une heure, Sirius, et ça va faire trois-quarts d'heure que tu bayes aux corneilles. Va te coucher. » lui ordonna t-elle.
« J'attends Remus, McGonagall a dit qu'il rentrerait ce soir. »
« Bien. »
Elle se leva et s'éloigna de quelques pas puis revint, les bras chargés d'un échiquier et d'un jeu de pièces.
« Je prends les blancs. Les noirs sont pour toi, Black. »
Rebecca déposa le plateau sur le canapé, entre eux, et disposa les pièces dessus. Puis, d'un coup de baguette, la préfète fit s'élever le plateau à leur hauteur. Sirius la félicita, impressionné par la stabilité du jeu et elle rit. Les deux adversaires se concentrèrent et il n'y eut plus d'autres paroles échangées durant les trois premiers tours que les ordres donnés aux pièces.
« Pion en G4, tu t'es bien débrouillé avec Peter, tout à l'heure. »
« Tour en G4. Il n'a pas assez confiance en lui, tu sais. » dit-il en époussetant la poussière laissée par les débris du pion de Rebecca.
« Parce que toi, si ? » ricana la jeune fille en se saisissant de sa tour.
Sirius grommela.
Il s'apprêtait à répliquer avec une nouvelle stratégie lorsque le plateau se mit à pencher dangereusement. Le garçon releva la tête, surpris. Rebecca continuait à fixer le jeu mais son regard était bien trop figé pour que ce soit seulement dû à la concentration. Tendant l'oreille, à l'affût, il saisit des bribes de conversations et le gloussement suraigu d'Ava McLeoff. Il joua un pion au hasard pour attirer l'attention de Rebecca.
« Ca n'a aucun sens… » chuchota la préfète.
Il fronça les sourcils.
« De quoi tu parles, Becca ? » demanda affectueusement Sirius.
Elle releva les yeux.
« Ton mouvement n'a aucun sens, imbécile. »
Rebecca envoya son fou saisir le cavalier qu'il avait avancé. Les deux adversaires étaient bien conscients du mensonge ambiant mais le plateau avait retrouvé sa stabilité.
« Echec et mat en trois coups ! » signifia Sirius.
La voix mélodieuse d'Ava retentit.
« Je vais me coucher, bonne nuit Aaron. »
Le plateau se mit à trembler alors qu'elle s'approchait d'eux.
« A demain, préfète ! »
« Ouais, à demain. » grogna Rebecca.
Le jeu était agité de soubresauts. Une troisième ombre vint se superposer aux leurs.
« Tu es en train de perdre contre un petit garçon… » débuta Aaron.
« Je ne suis pas petit ! »
« Hmh, hmh… » marmonna la jeune fille.
« Ava m'a aidé avec le cours de Sortilèges… »
« Hmh, hmh… »
« C'est une chic fille… »
« Je suis occupée, Smith. Va marmonner ailleurs. » siffla Rebecca.
Le garçon grimaça devant le ton employé et Sirius ouvrit de grands yeux devant la stabilité retrouvée du jeu. Rebecca semblait mettre à disposition tous les moyens possibles pour ne pas révéler son agacement au préfet.
« Bon, je vais me coucher aussi alors… Bonne nuit Rebecca ! »
« Bonne nuit Smith, » rétorqua t-elle froidement.
« Bonne nuit Sirius. »
« Salut Aaron » répondit-il joyeusement.
Le préfet s'éloigna et dés qu'il ne fut plus à portée de vue, le plateau de jeu éclata. Rebecca l'avait soumis à une pression magique trop forte.
« Hé ! J'allais gagner ! » protesta Sirius.
Elle lui fit un sourire piteux et il l'aida à nettoyer les dégâts.
« J'irais en demander un autre au professeur McGonagall, demain. »
Il lui sourit, mit les débris dans une boite et s'assit dans le canapé rouge. La jeune fille le rejoignit.
« Je t'ai déjà parlé de Tybalt ? »
Il secoua la tête négativement.
« C'est mon chien, un berger de Beauce noir et feu ! » et elle commença à lui conter les aventures de Tybalt.
.
Sirius quittait les brumes du sommeil lorsqu'il entendit une voix douce et l'autre un peu plus masculine. Il garda les yeux fermés et écouta silencieusement.
« Tu as l'air extenué, Remus. »
« Maman est malade. »
« Ce n'est pas trop grave ? »
« C'est chronique. Elle aime que je sois avec elle pendant ses crises, » raconta Remus. Il s'arrêta un instant. « Que fait-il là ? » demanda t-il.
« Il s'est endormi en t'attendant. »
« Pourquoi ? »
« A ton âge, il faut que je t'explique pourquoi on dort ? »
Remus rit.
« Pourquoi il m'a attendu ? »
« Il s'inquiétait pour toi… »
Sirius pouvait sentir le sourire dans la voix de Rebecca.
« Ce n'est pas moi qui suis malade ! »
Il y eut un silence et Sirius sut que la jeune fille lui avait répondu par l'un de ses sourires bonhommes. Il remua, donnant ainsi le signal du réveil. Il y eut du mouvement dans la pièce et une main se posa sur son épaule.
« Sirius, réveille-toi, ton lit t'attend. »
Il grogna, prolongeant un peu son rôle d'endormi puis ouvrit un œil et l'autre.
« Remus, t'es revenu ? »
« On dirait bien. »
Il se redressa en souriant.
« Viens, on va se coucher, je suis extenué et à ce que je vois, je ne suis pas le seul. » déclara Remus
Ils échangèrent un sourire.
« Bonne nuit, 'Becca. » dirent-ils.
« Salut les p'tios… »
Remus et Sirius se dirigèrent ensemble vers le dortoir. Ils montèrent rapidement et se déshabillèrent en silence. Alors que Sirius allait se glisser dans son lit, Remus s'approcha et déposa un baiser fantôme sur sa joue.
« Merci de t'être inquiété ! »
Sirius, le rouge aux joues, grogna.
« Ouais, ben la prochaine fois, serre moi la main… »
Enfin un nouveau post, j'essaierais de ne plus tarder autant !
J'espère que vous avez aimé, n'hésitez pas à reviewer, toutes les critiques ou compliments seront acceptés par votre dévouée fanficeuse !
