Ce rêve, c'est comme si je l'avais déjà fait. Mais comme à chaque fois, je ne pouvais m'en souvenir au réveil. Comment pouvais-je savoir que je l'avais déjà vécu si j'en oubliais à chaque fois le moindre détail. Cette fois cependant, un détail me marquait. Des griffes, presque aussi longues qu'un bras rejoignant une ombre qui bouge sans personne pour la diriger. Qu'est ce que cela pouvait bien signifier ? On dit que les rêves ont une signification. Que voulait donc dire celui-ci ?
Je me réveillais, lentement, et poussais un bâillement. La nuit était tombée, les étoiles et la lumière lunaire perçait le toit fait de branches sous lequel je m'étais assoupis. Je m'étirais avant de sortir de ma cachette. C'est alors que je me rappelais : Seth. Prudemment, je tentais un œil à l'extérieur de mon abri. Il n'y avait personne. Où était-il ? Mon cœur se mit à accélérer la cadence. Et si mon cauchemar avait été créé par ses plaintes pendant une attaque et que je n'y avais pas répondu. J'allais sortir de mon abri lorsque soudain une branche craqua sur ma droite. Je détournais alors le regard dans cette direction. C'est à ce moment que je le vis, la langue pendante pour avoir couru longtemps et sur une longue distance. Il tournait la tête à droite, à gauche. Il me cherchait. Lorsqu'il passa devant ma planque, je me reculais lentement, afin de ne pas faire craquer les branchages couvrant le sol. Il se tourna vers la rivière et s'assit.
« Logan ? »
Je ne répondis pas, mais m'avançait lentement derrière lui, prenant toutes les précautions nécessaires afin de ne pas faire de bruit. Il retenta un appel.
« Logan ? »
J'étais enfin à un mètre derrière lui, je m'assis et inclinais la tête sur le côté pour quand il se retournerais. Le connaissant, il allait sans douter pousser un hurlement si je ne répondais pas mentalement. Je me décidais donc à refermer mon piège.
« Seth ? » Pensais-je.
« Logan, où es-tu ? » Me demanda-t-il.
Je n'eus pas besoin de l'avoir devant moi pour voir à quel point m'entendre l'avait rendu heureux. Il s'était redressé sur ses quatre pattes et avait avancé la tête, comme pour mieux me capter.
« Pas très loi, tu es déjà sur place? »
« oui, je pensais être en retard mais en fait, tu es pire que moi dans ce domaine. »
Je me levais alors silencieusement et me plaçais en vitesse à son flanc gauche. Une fois à la hauteur de sa tête, je lui envoyais un message.
« Je ne crois pas, non »
Il sursauta.
La surprise que je lus sur son visage valait bien tout l'or du monde. J'avais réussi à l'avoir. Il ne m'avait pas entendu approché. Au vu de son expression, il devait pensé que j'étais arrivé si vite que ses sens n'avaient pas eu le temps de me détecter, alors que justement c'était le contraire. Il s'y était trop habitué que pour y faire attention. Lorsque finalement il se fut remit du choc, il se jeta sur moi, me faisant tomber au sol. Et se redressa, gardant ses pattes sur mon thorax.
« Tu es fou ou quoi ? Tu veux que je fasse un infarctus à mon âge ? »
« Désolé Seth, je n'ai vraiment pas pu résister. » Pensais-je en riant.
Il se dégagea et me laissa me relever. À peine fus-je assis qu'il plaçât son museau dans mon cou.
« Tu m'as manqué » Pensa-t-il.
« Toi aussi tu m'as manqué »
J'attendis qu'il eut retiré son museau pour commencer à lui parler.
« Alors, ça s'est bien passé tes examens ? »
« Moyennement je pense, je n'avais pas vraiment la tête à étudier »
« Ah bon, et pourquoi ça ? » dis-je l'air faussement accusateur.
« Je euh... »
« Allez tu peux me le dire, tu sais que ça restera entre nous ».
Je m'allongeais au sol, bientôt rejoint par lui qui se couchait à ma droite, légèrement en retrait. Il déposa son museau sur ses pattes. Il dirigea seulement ses yeux dans ma direction. Je ne voulais pas le forcer à parler, mais bon, je ne voulais pas non plus qu'il redouble son année alors si c'était quelque chose sur lequel je pouvais l'aider, autant le demander.
Après une longue hésitation, il se décida finalement à m'en parler. Tout en détournant néanmoins le regard.
« Allison ». Pensa-t-il simplement.
Je n'eus pas besoin de lui demander d'explication, il perçut facilement que mon expression lui en réclamait.
« Tu ne diras rien ? Tu me le jures ? »
J'aquiescais.
« Eh bien, chaque soir, elle venait discrètement chez moi en passant par l'arrière de la maison. Je la faisais rentrer et on s'allongeait tout les deux sur le lit. On restais là à discuter et se câliner. »
Même si il était sous sa forme animale, je pouvais aisément deviner qu'il rougissait certainement. Certitude qui fut très vite confirmée par le bijoux qu'il portait autour du cou. Je ne put m'empêcher de penser que c'était mignon. Le petit Seth avait des rendez-vous secret. Que n'aurais-je pas donner pour pouvoir vivre ça durant mon adolescence.
« Donc tu n'étudiais pas parce que tu passais ton temps avec elle ? »
« Elle me faisait parfois réciter, mais ça durait 30 minutes maximum. On finissait toujours par dériver sur un autre sujet. »
J'ignore pourquoi mais une question me taraudait l'esprit et se posa presque d'elle même.
« Tu l'as déjà embrassée ? »
Il se redressa immédiatement. Si il rougissait déjà auparavant, à ce stade il devait ne plus avoir de sang dans les autres parties de son jeune corps. Ses pensées elles-même se firent confuses.
« Non, c'est vrai ? »
Il se contenta simplement d'acquiescer tout en fermant les yeux.
C'est alors que me revinrent certains de mes souvenirs, oubliés depuis longtemps. Léna n'était pas la première fille avec qui j'étais sortis. Il y en avait eu une, trois ans dans le passé. Je me rappelais alors notre premier baiser dans cette discothèque pour son bal de promotion. J'aurais put me laisser découvrir ce souvenir si toute les émotions négatives inhérente à la rupture ne m'avait pas fait refermer la porte au plus vite. En fait, je réalisais que je préférais ne pas me souvenir de cette fille. Un autre souvenir émergea. Mon premier baiser, le véritable me revint en mémoire. En fait, je me rappelais de chacun de mes premiers baisers avec les quelques filles que j'avais fréquenté. Je décidais cependant de confier ces souvenirs à Seth. Après tout, il avait le droit de savoir comment s'était passé mon premier baiser pour éventuellement songé à sauté le pas sans un stress trop important.
« Écoute Seth, Léna n'est pas la première femme avec qui je suis sortis. »
Il me regarda comme si je lui annonçait que la terre était plate. Je ne savais pas comment je devais prendre cette expression.
« Tu me crois incapable avec les femmes que tu fais cette tête ? » Demandais-je .
« Pas du tout, je suis juste surpris que tu ais pu penser que les gens crois que tu es du genre à n'avoir qu'une copine occasionnellement. Tu as plutôt l'allure du gars qui en ramène des filets entier .»
« j'en ai peut-être l'air, mais je ne suis pas un Don Juan. Pour que je ramène une fille avec moi, il faut d'abord que j'en sois amoureux. »
Seth se rapprocha, prêt à écouter mon histoire. Il ne put cependant attendre que je commence mon récit et m'interrogea.
« Alors ce premier baiser ? Raconte ! » Il était vraiment impatient.
« En fait, il n'était pas des plus romantiques. »
« Raconte, je veux tout savoir. » dit-il.
« J'avais 16 ans. J'étais à la fête d'anniversaire d'une fille de ma classe. Bien sûr, tout le monde avait bien bu. Je me suis mis à danser avec une fille qui ne m'attirait pas du tout, mais bon on s'amusait bien. C'est alors qu'elle m'a attrapé par la main et m'a entraîné hors de la salle. Je ne le savais pas encore à ce moment, mais elle était complètement ivre. Nous nous sommes allongé sur un talus et là, elle m'a demandé si j'avais déjà embrassé beaucoup de filles. Elle fut surprise lorsque je lui appris que jamais mes lèvres n'avait effleuré celle de l'une d'entre elles. »
Seth était totalement suspendu à mon récit. L'avantage d'une conversation par la pensée c'est que les souvenir peuvent directement se dévoiler par image dans l'esprit de l'autre. Je marquais une pause.
« Alors ? » Me demanda Seth, enthousiaste et passionné par mon histoire.
« Alors elle m'a demandé si je voulais apprendre à embrassé. J'étais tellement ivre que j'ai accepté. Finalement je ne me suis pas mal débrouiller. Cependant, le soir même, j'appris qu'elle avait un homme avec qui elle sortait depuis un an et qu'elle ne se souvenait absolument pas m'avoir adressé la parole de toute la soirée. Elle avait une perte complète de la mémoire. »
Seth parut désolé à cette idée. Je baissais la tête en signe de dépit. Lui, releva la sienne et vint la frotter contre la mienne en signe de soutien.
« Les autres se sont mieux passé j'espère ? » me demanda-t-il inquiet.
« Oui, en ce qui concerne la première fille avec qui je suis vraiment sortis, nous sortions ensemble depuis trois mois. Elle était plus petite que moi et avait les cheveux long et blond. Bien qu'elle soit plus âgée de quelques mois, elle paraissait beaucoup plus jeune que moi de part son caractère. »
Au fur et à mesure que je racontais, je me rendis compte que mon regard s'était dirigé vers le ciel étoilé et que Seth avait déposé son museau sur mes pattes avant. Malgré le fait que j'avais fermé la porte, certains souvenirs avaient tout de même réussis à se frayer un passage et restaient désormais ancré, me laissant un poids sur le cœur.
« Nous étions donc à son bal de promotion. Comme à son habitude, elle refusait de danser alors que j'adore ça. Après être allé me chercher quelques bière au comptoir, je l'ai finalement entraînée de force avec moi au centre de la piste, là où la foule est la plus dense. J'avais choisis le moment idéal, c'était le temps de slow. »
Seth me regardait, ses yeux reflétant les étoiles, dans tous les sens du terme.
« Et c'est lorsqu'elle a détourné le regard pour demander quelque chose à l'un de ses amis proche de nous que je lui ai attrapé le visage et l'ai embrassée. Elle ne s'y attendait pas et à vrai dire, moi non plus. J'étais tellement stressé, tu ne peux pas imaginé. »
Seth souriait intérieurement. Sans doute imaginait-il la scène.
« Pourquoi tu n'es pas heureux quand tu racontes ce baiser ? » Me demanda-t-il.
« Parce qu'elle m'a manipulé et blessé durant prêt de 6 mois. Je ne pouvais pas être moi même et j'en avais assez de jouer un rôle. »
Je le voyais s'assombrir, il me fallait le rassurer.
« Mais ne t'en fait pas, ce n'est pas parce que j'ai eu de mauvaises expériences que cela t'arrivera aussi. Regarde le bonheur simple que tu as avec Allison. Je n'ai jamais connu ça. Je suis certain que ton premier baiser sera fabuleux. Si tu veux un conseil, mange quelque chose à la vanille avant, les filles adorent cette odeur en général, d'après ce que l'on m'a dit, et puis au pire, ça te rafraîchira l'haleine. N'hésite pas la prochaine fois que vous serez proche à lui faire un simple câlin et puis l'embrasser. Ne t'en fais pas, quand tu y seras, tu sauras parfaitement quoi faire. »
Il était tout excité, apparemment, j'avais réussis à le rassurer et il était désormais impatient de tenter l'expérience.
« Et avec Léna, tu en es où ? » Me demanda-t-il.
« Euh, en fait, je n'ai pas eu l'occasion de lui reparler depuis le début de mes examens. Je pense que j'irais la voir demain. J'essayerais de trouver le temps, ce qui ne devrait pas poser de problème normalement.»
« Tu lui remettras mon bonjour, s'il te plaît ? »
je souris intérieurement.
« Il n'y a pas de problème, je le ferais. »
« Et avec Léah, ça va mieux ? » demandais-je.
Immédiatement il se dressa sur ses pattes. Apparemment non.
« Elle m'énerve. »
« Ça a le mérite d'être clair. » Plaisantais-je.
« Elle ne m'écoute jamais, elle ne me fait pas confiance et elle me croit incapable de tout. »
Je ne sus que dire et me contentais de soupirer.
« J'espère que ça s'arrangera entre vous. »
C'est alors que sa réaction me surprit. Il se rapprocha, s'allongea à mes côtés et plongea son museau au niveau de ma patte droite.
« Pourquoi elle n'est pas comme toi ? »
Je ne sus comment réagir. Je dirigeais simplement mon regard, estomaqué, vers lui.
« Toi, tu es discret, tu me protège sans être trop envahissant, tu sais m'écouter et me faire confiance. Si je te dit quelque chose, tu ne vas le répéter à personne. Tu sais aussi déceler directement quand quelque chose ne va pas et surtout, tu n'hésite pas à te confier. »
« Tu as sûrement raison, mais je suis certain que ta sœur a ses raisons. Il doit sans doute y avoir quelque chose qui la bloque, même si j'ignore ce que c'est. Tu as déjà essayé de parler avec elle ? »
« Bien sûr, à de nombreuses reprises. » Me dit-il avec conviction.
« J'ai dit parler Seth, pas crier. »
« Oh, alors... pas vraiment. »
« je pense que tu devrais essayer, tu serais peut-être surpris du résultat »
« J'attendrais d'abord qu'elle ait digéré l'histoire du rendez-vous au bar. »
« Elle est encore la-dessus ? » Dis-je en riant légèrement.
« Encore et toujours »
Un long silence s'installa pendant lequel Seth passa son temps à regarder les étoiles pendant que j'inspectais la lisière de la forêt du regard. La chose n'ayant pas d'odeur, seul mon ouïe et ma vue pouvait la déceler. Mais apparemment, nous étions seuls ce soir. J'aurais peut-être dut être plus attentifs durant mes récits. Je me redressais pour m'étirer tout en baillant.
« je pense qu'il n'y aura aucune trace de l'assaillant d'Émilie ce soir » dis-je.
Un son me parvint et me fis sursauter. En fait ce n'était pas un son venant de l'extérieur, mais un message de Paul. Il m'avait juste appelé.
« Je t'ai fait peur ? » Pensa-t-il tout en riant ouvertement.
« Un peu, je dois bien l'avouer. Que se passe-t-il ? »
« La patrouille est finie. Ça te tente une petite course jusqu'à la limite de mon terrain pour rentrer ? Le premier arriver a gagner. »
« Je raccompagne juste Seth jusque chez lui et après je suis partant. »
« Très bien, j'attendrais ton signal pour démarrer. »
Je le sentais on ne peut plus impatient. Décidément, cette journée lui avait fait énormément de bien. J'avais également l'impression que la discussion avec Jacob avait également porté ses fruits. Je raccompagnais donc Seth jusque chez lui. Le trajet fut rapide puisqu'il n'habitait qu'à peu prêt à deux kilomètre de là. Je lui souhaitait donc la bonne nuit. Une fois qu'il eut refermé la porte d'entrée, j'envoyais le signal à Paul et démarrais au quart de tour. J'avalais les mètres à une allure folle. J'espérais juste être plus rapide que mon opposant. Je n'avais vraiment pas l'envie de perde, sous peine de me voir me faire narguer durant des semaines entières. Je connaissais suffisamment Paul pour pouvoir l'affirmer. Il était extrêmement compétitif. Le temps passait à une allure folle. J'avais l'impression de traîner. Cependant, j'aperçus une ombre, allant à peu près à la même vitesse que moi, passer derrière les arbres sur ma droite. C'était qui signifiait que une fois encore, nous étions ex-æquo. Il dut s'en rendre compte puisque je le vis accélérer sensiblement. Ce que je fis également. Quitte à ne pas gagner, autant arriver à égalité.
Nous passâmes finalement la ligne d'arrivé côte à côte. Paul regagna sa forme humaine.
- Ce n'est pas vrai, on arrivera donc jamais à se départager ?
Je regagnais également mon apparence d'humain.
- Vu comme c'est parti, je pense qu'on mettra un bon moment.
Nous nous dirigions donc vers la maison. À cette heure ci, il n'y aurait personne pour nous voir passer. Nous passions donc par l'arrière de la maison pour arriver directement dans la chambre. Ce n'est qu'une fois arrivé là que nous revêtions un simple short. Alors que j'allais m'allonger sur le lit, quelqu'un frappa à la porte de derrière. Paul se pencha par la fenêtre afin de voir l'invité surprise.
Immédiatement, il fonça pour ouvrir la porte et Jake entra, déjà revêtu d'un jeans.
- Qu'est ce que tu fais là ? Demandais-je.
- Je me disais que ça vous tenterait peut-être une nuit blanche à jouer à la console. J'ai l'impression que ça fait des siècle que l'on ne l'a pas fait.
Je portais mon regard vers Paul. Il était aussi emballé par cette idée que je pouvais l'être.
- On commence par un need for speed carbon ? Proposais-je en guise de réponse.
- Génial, approuva Paul.
- Je vais vous laisser sur place, dit Jake, un air de défis sur le visage.
Heureusement, Paul disposait dans sa chambre d'une armoire dans laquelle se trouvait la télé et la console. Nous ne l'avions utilisée qu'en de rare occasion puisque nous étions toujours occupé à courir à gauche et à droite. Nous tournions donc le lit de façon à faire face à la télévision et nous installions tout les trois sous les draps, nos manettes en main. Après une vingtaine de course, mon esprit commença à s'embrumer, je ne distinguais quasiment plus les différences entre les impasses et les raccourcis. Je me décidais donc de fermer les yeux durant cinq secondes afin de pouvoir me concentrer de nouveau, profitant d'un choix de circuit. Cependant ce geste me fut fatale. Je sentis ma tête partir sur le côté. La dernière chose dont je me rappelais fut de voir mon véhicule se diriger droit vers une station à essence qui explosa. Heureusement qu'il ne s'agissait que d'un jeu, eus-je le temps de penser avant de totalement sombrer dans le sommeil.
