19 : Quand la notion de compromis devient vitale

Cher journal,

Je devrais être en train de signer le contrat de mariage au lieu de t'écrire et si Drago me surprend à noircir ces pages au lieu des autres, je suis sûre que sa mauvaise humeur ne fera qu'augmenter. Bon, j'avoue que c'est de ma faute et que je suis assez fière de moi pour le coup mais bon, après l'avoir laissé sur sa faim, fallait pas que je m'attende à avoir un agneau au réveil. Tu aurais dû voir sa tête. A peine un bonjour, il s'est levé sans m'embrasser et ça va faire presque dix minutes qu'il est sous la douche. Si on suppose que c'est moi qui lui provoque autant d'énervement, c'est plutôt flatteur mais je crois qu'il ne vaut mieux pas non plus que je m'en vente. Bref, ce matin, il doit aller revoir son notaire et non sans le contrat de mariage signé par mes soins…

Pas que je ne comprenne pas pourquoi il faut que je le fasse mais tout mon être hurle à l'injustice d'une telle situation. Etre fidèle, dévouée, prête à exaucer ses moindres souhaits, tout ce qui est marqué là fait de moi son esclave de manière déguisée. Il n'est mentionné nul part que c'est quand même Drago qui est venu me voir et limite me supplier de l'épouser… Ok, j'abuse un peu sur ce coup là mais quand on y repense, il l'a quand même fait lorsque c'était moi ou Pansy… Maintenant que je lui ai dit oui, c'est comme si monsieur était redevenu le maître et moi sa bonne…

Mais bon, si je ne signe pas… non seulement ça va compliquer les choses mais en plus ça risque de retarder le mariage et il y aura encore une dispute à la clef… Toutefois, j'ai beau me dire que c'est une tradition familiale et que Drago a déjà fait quelques arrangements exceptionnels, je n'arrive pas à me résigner à le signer…

Ah au fait, j'ai rencontré Molly hier alors que j'étais avec Narcissa… Ah cette femme… Elle me ferait regretter à elle toute seule mon choix… Fichu Ron qui s'est réveillé trop tard… Entre Molly et Narcissa le choix aurait nettement moins compliqué qu'entre Ron et Drago. Enfin pas que je regrette mon choix ou que j'hésite encore ou que j'aurais aimé que les choses soient autrement, j'adore Drago, enfin surtout quand on est seul mais il est clair que moi qui voulais du compliqué, pour le coup j'ai eu le pompon ! Enfin ça s'est quand même bien terminé mais j'ai vraiment eu peur sur le coup. Au-delà de Ron, la famille Weasley est un peu ma seconde famille et mon mariage avec Drago risque de m'en mettre une bonne partie à dos. Toutefois si Molly l'accepte, elle saura sûrement convaincre les autres et je peux considérer notre rencontre comme providentielle. Et jouissive, il faut l'avouer… La façon dont elle a mangé tout cru ma future belle mère… Qu'est-ce que j'aurais aimé que Harry, Ginny et même Ron soient là, comme au bon vieux temps où Drago n'entrait pas dans l'équation. On en aurait ri durant des jours entiers, Molly aurait fait la fausse modeste, Arthur aurait félicité sa femme avant de se demander les conséquences de ses paroles, Fred et George auraient imité la scène après avoir appris les paroles par cœur… Ah ça me manque… Je ne risque pas de retrouver ce genre d'ambiance au manoir Malefoy… D'ailleurs rien qu'à l'idée que j'y passe la matinée me fait frissonner. Pourquoi je ne peux pas avoir Drago et la famille de Ron ? Un mélange pourtant pas trop compliqué, si ? En même temps, si l'amour était quelque chose de simple, ça se saurait…

J'ai aussi fais une rencontre assez étrange hier… Avec Narcissa, on a visité un château, on peut dire ça comme ça, et juste avant de partir, j'ai fais la connaissance de la propriétaire. Très sympathique bien que j'ai l'impression qu'elle me cache quelque chose. Je t'en reparlerais une autre fois… Avec les journées de fou que j'ai, si je devrais te faire un commentaire à chaque épisode, je pourrais en écrire des dizaines de pages entières et je manque cruellement de temps.

Ah si, il faut quand même que je te confie que j'ai fait le pari avec Drago qu'on ne refera plus l'amour avant le mariage… Autant te dire qu'il y en a un à qui l'idée ne plait pas vraiment… Mais il l'a cherché alors maintenant il assume… Mais bon, tout ce que tu veux qu'en une semaine et demi, il va faire tout ce qu'il faut pour que je cède tel que je le connais… Alors le vrai pari est : vais-je m'y tenir…

Pour ça, je trouvé une idée qui pour le moment fonctionne assez bien. Je me suis rappelée de ce qu'Harry nous avait raconté en quatrième année et l'idée de savoir Drago dans le caleçon de Goyle a de quoi modérer toute ardeur. Même s'il était devenu une fouine par un faux professeur et qu'il cherchait la fuite, l'imaginer proche de ce que le sous-vêtement de Goyle calfeutrait est radical sur toute libido. Pauvre Drago… Je n'aurais pas aimé être à sa place… Ca a dû être traumatisant pour lui…Ah… L'eau a cessé de couler… Il doit être tout mouillé et tout… HERMIONE GRANGER CALME TOI ! LE PARI ! Rappelle-toi ! Drago est une fouine. Drago est une fouine toute mouillée. Voilà… avec cette image dans ma tête je vais pouvoir tenir quelques heures sans penser à … Drago est une fouine mouillée ! Toute mouillée et dégoulinante qui a connue le contenu du caleçon à Goyle… Désolée, c'est un leitmotiv obligatoire pour garder le contrôle de mon corps… Ce qui tente à prouver que je suis déjà son esclave à ce blondinet de malheur… Ah je me hais d'être autant accro à lui…

Bon pour en revenir au contrat, je crois que je vais quand même en parler à Drago avant… Si je ne le fais pas je vais m'en vouloir à vie et le regretter. Tant pis pour la dispute, au moins ça m'évitera de penser à … Oh il sort de la salle de bain… Merlin qu'il est sexy à s'essuyer la tête avec la serviette… Drago est une fouine mouillée !!! Fouine, fouine, fouine mouillée… Oh misère il s'approche… Je vais me faire engueuler… Trop tard… Bye !

Hermione ferma d'un coup sec son journal intime et condamnait ainsi tout espoir de Drago à pouvoir lire quelques lignes de ses confidences. Grimace à la clef, il regarda ensuite les documents qui se trouvait à la droite du satané livre aux secrets et remarqua qu'il y manquait toujours une trace d'encre. Il soupira vivement, regarda Hermione avec reproche et repartit en direction de la chambre. Assise à la table à manger, elle soupira également en se disant à elle-même que la journée serait longue. Elle relut alors le contrat afin de voir les principaux points qu'elle souhaitait revoir avec Drago et quelques minutes après, elle alla le rejoindre. Drago était en train de finir de boutonner sa chemise et instinctivement, Hermione se plaça devant lui pour le faire elle-même. Une fois terminé, elle leva alors son regard sur lui et enclencha un tête à tête intense. Puis, Drago détourna les yeux tout en soupirant avant de signaler qu'il allait être en retard. Il se dégagea pour saisir sa cape et se retrouva bloqué par Hermione qui se trouvait maintenant au milieu du passage qui menait à la sortie de la chambre. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir qu'elle ne se pousserait pas tant qu'elle n'aurait pas dit ce qu'elle avait sur le cœur. Drago le comprit visiblement, croisa les bras en indiquant à Hermione qu'il camperait sur ses positions et qu'elle devrait être persuasive pour pouvoir passer la barrière imaginaire que son fiancé venait de planter. Hermione savait que si elle prenait un ton ferme, elle n'avait aucune chance de le convaincre et décida de baisser d'abord les armes pour espérer avoir un minimum de trêve constructive.

- Drago, j'ai rien contre le fait de faire un contrat de mariage et je comprends vraiment que ta famille le pratique de manière assez restrictive du fait du capital et de l'historique familiaux, seulement, je pense que tu me connais assez pour savoir que je ne t'épouse ni pour ton argent ni pour ton nom, voire même que je me passerais bien de ces deux aspects là de toi. Te signer le fait que je renonce à tout héritage ou tout privilège me pose pas de problème en soit mais faire de moi une génitrice qui n'aura jamais son mot à dire dans sa propre famille, ça je refuse. Savoir que si il nous arrivait d'avoir des enfants et qu'ils aient le pouvoir de vie et presque de mort sur moi dès leur majorité, non, ça Drago, je ne l'admets pas.

- Il n'y a jamais eu de précédent Hermione, justifia-t-il calmement comme s'il voulait la rassurer sur ce point.

- Très bien alors il n'y a aucune raison de garder cette tradition puisqu'elle n'est jamais utilisée. Tu sais, je me vois très bien vivre dans un appartement comme celui-ci avec toi et m'en contenter très largement. Je n'ai pas les prétentions de vie de ta mère et je me sens très mal à l'aise face à ton héritage. J'ai eu une éducation radicalement opposée à la tienne, où chaque chose était acquise par mérite. Je ne pourrais pas vivre dans un manoir et faire soirées sur soirées comme le fait ta mère… Je ne suis pas elle de toute manière et tu pourras jamais me changer en une Narcissa Malefoy…

- Ce n'est pas ce que je souhaite Hermione…
- Drago, je ne signerais le contrat de mariage que s'il correspond à notre histoire, à l'avenir que nous nous fixons à l'heure actuelle… Je ne te demande pas de tout revoir, seulement, établis-en un qui me respecte moi et mes principes.
- Je vais voir ce que je peux faire, répondit Drago à demi vaincu par l'argumentation. Je vais devoir te laisser. Le portoloin est programmé pour neuf heures donc évite d'écrire sur ton satané journal pour lui raconter à quel point tu regrettes de m'avoir frustré hier soir et ô combien tu as envie de moi comme en se moment même, rebondit-il avec une petit sourire vicieux avant de l'embrasser sur le coin des lèvres et partir.

Hermione fit immédiatement la fausse prude innocente au cas où Drago se retournerait mais elle ne fut pas franchement étonnée d'avoir anticipé pour rien. Drago n'était pas vraiment du genre à faire ça et les quelques fois où il avait baissé l'armure Malefoy étaient uniquement dues à un risque réel de la perdre. Hors là, il semblait assez satisfait de pouvoir la déstabiliser aussi facilement et se trouvait en position de force… Qu'est ce que ça pouvait l'énerver… Hermione ragea sur place en faisant de multiples grimaces puis se concentra à nouveau sur le peu de temps qu'il lui restait avant d'avoir l'honneur indescriptible de revoir sa chère et tendre future belle-mère. Hermione sentit une fausse nausée monter rien qu'à l'idée de devoir passer une nouvelle journée avec elle. Peu enthousiaste de ce fait, elle termina de se préparer maintenant que la salle de bain était libre et il fut presque moins cinq lorsqu'elle en sortit prête pour une journée peu séduisante. Elle fit une caresse à son chat après lui avoir donné sa pâtée du matin et se dirigea vers la tasse en porcelaine qui avait un petit « M » majuscule gravé au fond. Hermione eut alors à peine commenté ce détail comme ridicule qu'elle sentit une sorte d'aspiration intérieure reconnaissable. Avant qu'elle n'ait fini de prononcer la fin du mot dans son esprit, elle se retrouva dans un petit salon qui aurait pu plaire parfaitement à l'une de ses anciennes professeurs, soit Ombrage en personne. Hermione tourna la tête de gauche à droite pour évaluer le lieu et la première chose qui lui vint à l'esprit fût : « tout mais pas le manoir Malefoy, Drago devrait la tuer avant de pouvoir l'y faire vivre ». Entre les rideaux parfaitement placés jusqu'aux ondulations symétriques de chaque pli, les fleurs aux couleurs du vase qui les recevaient, les petits canapés une personne qui lui inspirait de la claustrophobie subite, les meubles victoriens qui n'avaient jamais dus voir un chat de leur vie, mais surtout la tapisserie aux motifs fleuris qui avait de quoi dégoûter à vie tout amoureux de la nature, tout était très loin de l'idée qu'elle pouvait se faire du manoir d'une famille proche de Voldemort lors des deux différentes guerre. En même temps, rien que par la déco, cette maison était une arme à elle toute seule… et l'arrivée fracassante à provoquer une crise cardiaque de Narcissa confirma son impression.

- J'ai bien failli attendre ! Protesta Narcissa alors qu'Hermione s'indignait intérieurement d'être à l'heure, elle…
- Vous avez enseignez la ponctualité à votre fils, pas le fait d'être en avance. Mais puisque vous avez failli, je suppose que vous n'avez donc pas attendu et que votre fils ait fait honneur à votre éducation, expliqua Hermione avec un calme hypocrite qui sembla franchement intéresser sa future belle-mère.

- Mon fils a été parfaitement élevé bien que certains de ses choix soient contestables, insinua Narcissa de manière très limpide pour Hermione avant de sortir de la salle, empêchant ainsi toutes répliques à sa future bru.
Se rendant à peine compte qu'elle se trouvait dans une demeure des plus controverses pour un membre principal et actif de l'ordre du Phénix, Hermione continuait à observer tout ce qui l'entourait. Heureusement pour les autres résidents du manoir, il semblait que la décoration de ce salon soit limitée à ses murs. Le reste était largement plus strict et froid pour ne pas dire inquiétant. Le couloir principal qu'elles empruntaient offrait la possibilité de découvrir toute la famille Malefoy réunie, des plus anciens aux plus récents, et tous sans exception semblaient outrés voir scandalisés qu'une « sang-de-bourbe » souille leur héritage. Certain même s'en prenait à Narcissa en allant jusqu'à dire que Lucius aurait dû prendre Bellatrix au lieu de cette Black là. Hermione réalisa alors qu'avant d'être une belle-mère Narcissa avait été une belle-fille et connaissant Lucius pour l'avoir vu durant la guerre, la belle-mère de Narcissa ne devait pas non plus être des plus commodes. D'ailleurs, lorsqu'elles arrivèrent au bout du couloir qui donnait sur une grande porte, le portrait d'une femme austère, bras croisés et de toute évidence horrifiée ne se priva pas de clore le débat mural.

- Quand je disais que vous n'étiez pas une bonne mère ! Lucius aurait dû m'écouter quand je lui ai proposé d'élever son fils ! Il ne serait jamais tombé aussi bas ! Vous n'avez pas honte Black !
- Si vous ne voulez pas que je perde mon calme et que mon thé n'atterrisse accidentellement sur cette toile, je vous conseille d'arrêter de m'appeler par mon nom de jeune fille et de vous rappeler que je suis mariée à votre fils depuis plus de vingt-cinq ans ! S'énerva Narcissa à la grande surprise d'Hermione qui avait l'impression de se voir elle-même dans vingt-cinq ans et de ressentir une certaine angoisse monter.
- Sachez que la beauté se fane et quand mon fils sortira d'Azkaban, il retrouvera la raison et vous chassera vous et cette chose de la vie de mon petit fils ! Rétorqua la mère de Lucius à en provoquer la colère des deux femmes.
- Votre cher fils est condamné à perpétuité, intervint alors Hermione. Et vous serez sûrement ravie, j'en suis indirectement responsable et fière de l'être ! Ajouta-t-elle avant de suivre Narcissa qui n'avait pas jugé utile de poursuivre le dialogue de sourds et qui avait donc préféré ouvrir les portes du grand salon.
Après avoir refermé les portes sur les cris indignés de la grand-mère de Drago, Hermione se laissa envahir par un étrange sentiment de culpabilité mêlé de pitié. La mère de Drago n'avait probablement pas eu les même possibilités qu'Hermione du fait de l'époque et elle comprenait alors pourquoi Rogue avait parlé de Narcissa à Drago lors de leur fuite après Poudlard. L'actuelle lady Malefoy avait dû se faire un double visage avec le temps et tout comme son fils, elle ne devait accorder le moins hautain des deux qu'à d'infimes élus. Cependant, à voir la relation que les deux femmes Malefoy avaient, Hermione venait pour la première fois de se projeter dans un avenir légèrement plus lointain que celui d'éventuels naissances d'enfants entre Drago et elle. La possibilité qu'elle soit continuellement critiquée et diminuée par sa belle-mère même après plus de vingt-cinq ans de mariage lui offrait une vision peu alléchante du mariage. Certes, encore une fois, elle n'épousait pas la famille mais un mari, cependant l'un n'allait pas sans l'autre et un mariage avec Drago signifiait aussi l'héritage d'une famille aux idées étroites qu'il n'était même pas la peine d'espérer voir changer d'avis. Et lorsqu'elle vit Narcissa s'asseoir et commencer à noter l'ensemble des invités du côté de Drago, Hermione devint subitement blanche. Avec tous ces gens à son mariage, Hermione se murmura à elle-même qu'il ne manquerait plus que la grêle pour accompagner cette journée. Le conte de fée du mariage parfait où son unique problème serait la crampe au niveau des joues s'envola subitement. Non, au vu des informations qu'elle commençait à rassembler, son mariage avec Drago serait tout sauf heureux et il y avait de quoi déprimer toute jeune fille quelque peu rêveuse comme elle. Prise d'un soudain manque de souffle, Hermione dut prendre appui sur une chaise et tout en essayant de ne rien montrer à Narcissa, elle tenta de se rappeler pourquoi elle était là et surtout pour qui elle faisait tout ça… Drago.
- Mon fils a-t-il l'intention de venir ? Demanda Narcissa après avoir regardé le petit pendule qui trônait sur la cheminée à peine crépitante.
- Il devait voir le notaire avant mais oui, il nous rejoint, répondit Hermione avec un filet de voix presque éteint.
- Bien, estimez-vous que cinq cinquante personne pour votre côté c'est suffisant où dois-je prévoir quelques arrangements pour vous laisser plus de place ? Demanda ensuite Narcissa en faisant glisser la liste des personnes qu'elle souhaitait inviter au mariage de son fils.
- Tout ça ? S'exclama-t-elle en voyant le parchemin qui avait de toute évidence été préparé avant cette entrevue. Vous n'aviez pas prévu cinq cent invitations à l'imprimeur ? Demanda-t-elle ensuite étonnée.
- Il vous faut plus d'invitation ? Parce que si c'est le cas, il faudra aussi revoir tout le reste, on ne fait pas un même mariage entre cinq cent et six cent personnes, ça serait un manque de goût évident et déplacé.
Hermione n'osa alors pas dire que s'il y avait trente personnes comprenant famille et ami venait à son mariage, ça serait déjà bien. Déjà, il fallait finir de convaincre ses parents, ensuite il y avait une forte probabilité que la famille Weasley ne veuille pas venir, par soutien envers Ron, et avec une guerre à mener, elle n'avait pas eu l'occasion de se faire un carnet d'adresses d'amis. Elle avait certes une tante mais elle était veuve et sans enfant et ses grands-parents étaient tous les quatre morts avant qu'elle n'ait huit ans. Alors trente, oui, c'était déjà un nombre utopique très loin des cent cinquante possibles. Peu motivée à se ridiculiser à neuf heures trente du matin, elle préféra donc se taire et laisser parler Narcissa, encore… La mère de Drago s'affaira donc directement au plan de table complexe de ses invités et Hermione commença la lecture de la liste pré-établie. Sur la première page des cinq qu'elle avait comptées avec stupéfaction, elle s'en voulut de n'en connaître aucun. Mis à part quelques noms qui avaient retenus son attention lorsqu'elle avait fait l'arbre généalogique de Drago, elle ne pouvait même pas dire qu'il s'agissait de membres directs ou indirects de la famille de Drago ou des amis plus ou moins proches. Sur la seconde page, elle reconnut quand même le nom de la cousine de son fiancé qui n'était autre que « Nymphadora - branche Black/Tonks, épouse Lupin » comme il était noté. Au moins, elle aurait un visage amical. Toutefois, elle remarqua qu'il manquait le nom de son mari et sans demander l'avis de Narcissa, elle saisit un stylo et fit une annotation correctrice. Narcissa la regarda alors avec effroi comme si elle avait profané une œuvre divine mais Hermione ne s'en soucia pas et continua son inspection avec maintenant plus d'intérêt.
A la fin de la troisième page, elle constata qu'il y aurait au moins cent cinquante membres de la famille Malefoy, à divers degrés, présents à ce mariage. Hermione n'aurait jamais soupçonné qu'il y avait autant de descendance vivante mais il était vrai aussi que lors de ses recherches, elle s'était concentrée au rapprochement Pansy/ Drago et non au nombre de cousins germain ou non de Drago qui peuplaient le monde sorcier à l'heure actuelle. En même temps, avec les mariages arrangés et consanguins qui avaient été célébrés, peu de sorciers de noble ascendance ne faisait pas partie de la famille de Drago. Enfin, elle nota intérieurement qu'il y avait quelques branches oubliées comme les Weasley alors qu'ils étaient bien plus proches de Drago que pouvaient l'être une Almandora et un Honarius Prescott dont elle se souvenait appartenir à une branche supérieure à Arthur Weasley. Seulement, un nom de famille retint toute son attention à lui provoquer une objection vive et non négociable : Pansy Parkinson et ses parents en personnes. Sur le coup, Hermione crut à une mauvaise blague de sa future belle-mère, histoire de la tester, mais dans tous les cas, il était clair pour elle que l'ex fiancée de Drago n'avait pas sa place à la cérémonie. D'une part c'était déplacé envers elle mais également peu élégant pour Pansy qui devrait assister au mariage qu'elle aurait dû avoir. Là, Hermione prit son stylo et raya sans l'once d'un remord les trois noms sans chercher à savoir la réaction de Narcissa. Quoiqu'il en soit, mis à part quelques modifications, Hermione comprit alors que tout le gratin serait présent et elle se sentit un poids supplémentaire se poser sur ses épaules.
La page suivante fut consacrée aux différents contacts importants qu'il faisait bon d'avoir dans l'assistance pour un évènement pareil et Hermione se murmura à elle-même que dès que Drago verrait cette liste, un nom disparaîtrait très rapidement. Ambassadeur ou pas, avec ce qui s'était passé, Drago n'accepterait sûrement pas sa présence le jour de son mariage et ce n'était pas elle qui le contredirait. De fil en aiguille de ses pensées, un nom devint toutefois une évidence pour Hermione : Minnie, enfin l'honorable professeur McGonagall. Voilà, premier nom sur sa maigre liste d'invités mais il parait qu'il faut toujours commencer par quelque chose, en même temps c'était d'une logique si naturelle que cette expression parut franchement ridicule pour Hermione. Elle dut d'ailleurs se concentrer à nouveau pour découvrir la cinquième page. Là, pas grand-chose à en dire, Hermione en connaissait certains du fait de ses missions avec l'Ordre et la guerre et la plupart n'était sur cette liste que pour éviter qu'elle ne soit trop orientée sur des principes plus d'actualité.

Après un long moment de songe sans raison apparente, Hermione se fit réveiller par Narcissa qui lui tendit une plume fraîchement trempée dans l'encre et un parchemin. Légèrement forcée, elle commença donc à réfléchir aux différents noms qu'elle pourrait y inscrire. Naturellement ses parents furent en tête de liste, suivis ensuite d'Harry, Ginny et leurs enfants, le nom également de son professeur comme prévu et c'est ensuite que tout se compliqua. Du côté de sa famille, personne d'autre que ses parents étaient au courant de ses « capacités » et il serait plus que difficile d'expliquer les tenues et les « bizarreries » qui poncturaient la journée. Rien que le fait qu'elle ne se marie pas à l'église provoquerait une crise cardiaque à sa grand-mère paternelle et cette ancienne résistante de la seconde guerre mondiale avait le droit de finir sa vie paisiblement. De cette génération, elle était en plus la dernière, donc l'idée de transformer son mariage en deuil n'était pas la meilleure en soi. Côté oncles et tantes, il n'y avait que la sœur de sa mère et les deux femmes ne se parlaient plus depuis de nombreuses années. Niveau amis, la Guerre en avait emporté pas mal et avec la vie sociale qu'elle avait, il lui faudrait un effort surhumain pour en noter dix sur ce parchemin qu'elle commençait à maudire. Lavande, bien sûr, puis Seamus, et là, Hermione eut un blocage. Aucun autre nom ne lui vint à l'esprit ce qui lui renvoyait à nouveau une image pathétique de sa vie. Heureusement pour elle, ce fut ce moment que choisit Drago pour arriver ce qui la fit soupirer de soulagement.
Ouvrant la porte du salon où les deux femmes l'attendait, Drago termina de répondre au tableau que Narcissa ne connaissait que trop bien. Visiblement, il avait également reçu la leçon de sa grand-mère et respectueux de son éducation, il lui avait simplement répliqué qu'il réfléchirait à ses arguments. Toutefois, le levé de sourcils qu'il fit en avançant vers elles, laissa présager qu'il n'en ferait rien. Arrivé à leur niveau, Drago alla d'abord embrasser sa mère avec un bonjour murmuré avant de s'approcher d'Hermione. Celle-ci se demanda alors s'il allait oser montrer leurs problèmes pré-conjugaux à celle qui s'en ferait une joie totale mais le baiser, simple certes mais présent quand même, la rassura sur ce point. Drago venait de sauver les apparences et déposa un dossier devant elle en lui expliquant à voix basse qu'il devait le rendre sans faute cette après-midi. Hermione comprit alors très vite ce dont il parlait et pendant que Narcissa expliquait ses problèmes domestiques habituels à son fils, Hermione ne résista pas à jeter un coup d'œil aux éventuelles rectifications.
Et là, grande surprise.

Ligne après ligne, Hermione n'en revenait pas. Le souffle coupé, le cœur affolé de ce qu'elle constatait, elle sentit des larmes monter malgré elle au fur et à mesure qu'elle constatait de ses propres yeux. Drago venait de faire d'elle son égale et lui offrir bien plus que ce qu'elle n'aurait jamais espérer. De ce fait, dès qu'elle eut fini la lecture, et sans faire attention aux convenances liées à la présence de sa future belle-mère, Hermione se leva, fit les deux pas qui la séparait d'un Drago encore debout puis elle n'attendit pas d'avoir l'autorisation pour se blottir contre Drago et lui murmurer un merci rempli de gratitude.
Forcément, Narcissa se racla la gorge pour leur rappeler sa présence et Drago se détacha d'Hermione avec douceur avant de constater que l'effet qu'il avait sûrement souhaité était total. Instinctivement, il lui fit un timide sourire pour lui faire comprendre qu'il acceptait les remerciements et avec son pouce, il essuya les deux larmes qui parcouraient lentement le visage d'Hermione. Puis, après un second toussotement provoqué, il déplaça volontairement son regard sur le document avant de revenir vers elle afin de lui faire comprendre qu'il lui restait une chose à faire. Seulement, Hermione, s'offrit une seconde lecture avant de prendre la plume et de conclure ce qui encadrerait le reste de sa vie, sans aucun regret.
L'atmosphère étant visiblement trop affectueuse pour Narcissa, le plan de table et la liste des invités furent replacés dans la conversation principale qu'elle tenait avec son fils. Celui-ci regarda donc avec intérêt ce que sa mère et sa fiancée avait pu déjà faire et comme l'avait prévu Hermione, des modifications furent à prévoir. Drago, refroidi par un nom qui était devinable pour Hermione, exigea sommairement la plume qu'elle tenait et raya sans ménagement la ligne mentionnant un certain diplomate. Sa mère s'en indigna mais Drago lui répondit un simple « point non négociable ». Hermione fut contente d'avoir su deviner la réaction de celui qu'elle ne connaissait que peu finalement mais ne vit pas venir la suite.
- Je me doutais que ta liste serait assez courte mais de là à ce qu'il y ai moins de dix noms… et aucun Weasley… Là, tu me surprends…
- Et pourquoi cela ? Demanda Narcissa redevenue hautaine subitement. Il est malvenu d'inviter la famille de son ancien prétendant. Que diraient nos convives franchement ? Non, non, pour une fois, ta fiancée fait preuve d'intelligence.
- Il se trouve, mère, que notre mariage est censé être un exemple de tolérance, de pardon mutuel et de renouveau. Le fait que les Weasley, famille très impliquée dans la résistance et proche d'Hermione ne soient pas présents risque de provoquer un résultat opposé à celui espéré. Sans compter que j'aurais un certain plaisir personnel à voir leur tête quand Hermione me dira « oui », ajouta-t-il tout en sachant que ça se solderait par un regard indigné de la dite fiancée.
- Là, je te retrouve mon fils, sourit sournoisement sa mère tout en regardant avec plaisir ce qu'elle-même avait prévu. Au moins, tu n'as pas tout perdu en la fréquentant…
- Tu pourrais aussi y mettre tes collègues du ministère non ? Reprit Drago en évitant le piège lancé par sa mère.
- Je ne tiens pas particulièrement à les « amuser », répondit Hermione légèrement refroidie par la proposition de Drago.
- Qui te parles de les amuser ? Je suggérais simplement de les inviter à un évènement qu'ils n'auraient jamais imaginé possible, souligna Drago avec un petit air vicieux qui ne laissa aucun doute sur la pointe de vengeance personnelle qu'il glissait à travers ces paroles.
- On se demande pourquoi… murmura Narcissa qui reprit ensuite l'étude de l'aile ouest de son plan de table.
Jusqu'à l'heure de midi, table après table Narcissa exposa son point de vue entre deux contestations argumentées de son fils. Au bout d'un moment, Hermione se demanda s'ils avaient encore conscience qu'elle était là. Même si elle n'avait pas souvent de quoi intervenir, vu le débit vocal de sa future-belle-mère, elle n'en aurait jamais eu l'occasion. Elle se concentra alors sur le travail qu'il lui restait encore à faire : une liste un peu plus généreuse. La question de si oui ou non elle devait y mettre les Weasley fut vite réglée lorsqu'elle se demanda qui elle aurait aimé avoir auprès d'elle si ça avait été quelqu'un d'autre que Drago. Même si Ron avait été plus qu'un ami, sa relation avec lui allait au-delà d'une simple séparation amoureuse tragique. Harry, Ron et elle avaient tissé des liens très forts lors de la Guerre et ça, même Ron ne pouvait l'occulter. Donc son nouvel objectif maintenant était d'atteindre le nombre de vingt. Hermione pensa alors à son ancien patron qui lui avait au final montrer un certain respect et finit même par envisager le reste des employés des archives. Puis, un nom la fit sortir de sa torpeur. Ils en étaient à la table où serait son ancien professeur et une idée lui vint à l'esprit. Narcissa réfléchissait à qui elle pouvait attribuer la place libre à la droite de « minnie » et Hermione prononça naturellement le nom d'Augustus Tradley. Drago prit alors sa mère de vitesse en allant vérifier si ce nom était sur la liste et son étonnement fut alors exprimé sur son visage en ne le trouvant pas. Là, Hermione sut qu'elle venait de marquer un point face à sa belle-mère dans l'estime de Drago et la jubilation fut totale. Petit sourire en coin discret, elle regarda très furtivement la réaction de Narcissa, outrée d'avoir fait l'impasse de ce notable ministériel. Hermione en voulut alors au destin de ne pas lui avoir donné l'occasion et la possibilité de prendre cet instant en photo afin de ne jamais l'oublier. Prenant l'avantage au vol, elle argumenta son choix avec une maîtrise exemplaire de l'histoire de ces amants maudits et réussit à ne pas exploser de rire quand Drago comprit avec dégoût à son tour qui était la fameuse « minnie ».
Après ce coup de maître, Hermione accepta avec grand plaisir l'invitation à déjeuner de Drago après avoir promis à Narcissa de revenir pour quatorze heures précises. Il restait encore beaucoup de choses à voir concernant les invitations et le tout devait être bouclé ce soir là absolument. Mais à midi, deux minutes et quelques secondes, Hermione ne pensait déjà plus aux préparatifs et se concentrait à ne pas sauter sauvagement sur Drago pour exprimer toute la frustration physique et émotionnelle de ces derniers jours. Le nouveau contrat de mariage avait eu le don de détendre l'atmosphère et une fois arrivée au chemin de traverse, même si les capuches rabattues empêchaient qu'on les reconnaisse, Drago lui prit la main fermement.

A l'approche du restaurant, quelques flash provenant de cachette peu élaborée poussa Drago a accélérer le mouvement. Les journalistes les avaient visiblement reconnus malgré leur discrétion, chose qui avait finalement dû attirer leur attention, et n'hésitèrent pas à leur foncer dessus pour les assaillir de questions restées jusque là sans réponse. Drago ouvrit alors la porte du restaurant habituel pour laisser Hermione passer avant lui et la referma presque en leur claquant au nez. Déçus voir énervés, certains tentèrent de franchir l'interdit mais le responsable intervint très rapidement en les reconduisant hors de ses murs.
- Je suis sincèrement désolé… Ils sont là depuis onze heures et tous nos clients s'en sont plains. S'ils continuent comme ça, je vais en dire deux mots au ministère… A force, ils vont faire fuir ma clientèle, protesta Seamus.
- Heureusement que tu étais là au bon moment, soupira Hermione, ils nous auraient suivis jusqu'à notre table s'ils avaient pu…
- J'ai pas trop de mérite sur ce point, répondit le propriétaire du restaurant. On a reçu un hibou pour toi il y a cinq minute. On en a conclu qu'il t'avait précédé et que tu allais arriver. J'ai anticipé les choses voilà tout. D'ailleurs, si tu pouvais aller voir, il est assez nerveux et bon, la fenêtre de la cuisine n'est pas une volière adéquate… Drago, table habituelle, pas besoin de te la désigner n'est-ce pas ?
- Non, ça ira, répliqua-t-il en regardant Hermione du coin de l'œil assez surprise de ce message inattendu.
Intriguée, Hermione suivit Seamus jusqu'aux cuisines où effectivement un hibou squattait le rebord de fenêtre non sans agitation. Un elfe tendait de lui prendre le parchemin mais le volatile battait des ailes avec une telle énergie qu'il fallait être simple d'esprit pour ne pas le comprendre. Au passage, Hermione remarqua que mis à part deux sorcières en pleine préparation de repas, le reste de l'équipe était des elfes. Elle regarda Seamus avec indignation et le message fut assez clair pour qu'il lui explique que la toque qu'ils portaient n'était pas là pour la décoration. A sa grande surprise, Hermione apprit que Seamus payait tout son personnel sans exception et que pour lui, les elfes étaient en nombre supplémentaire uniquement parce qu'ils se trouvaient être des commis très dévoués et consciencieux. Satisfaite de ce discours, elle n'attendit plus pour aller prendre ce qui lui revenait et après avoir donné quelques épluchures de pomme de terre, l'oiseau s'envola sans gratitude.
Sans bouger de là où elle était, Hermione ouvrit le pli et lu d'une traite le message qu'il contenait. Très vite, elle avait reconnu l'écriture de sa mère qui la contactait au nom de son mari et elle. Comme elle l'imaginait au début de la lettre, sa mère lui demandait de prendre contact avec eux afin de reparler de l'incident de dimanche dernier et que le mieux était même qu'elle vienne manger chez eux le soir même ou le lendemain. Elle proposait également à ce que le nouveau venu dans la vie de leur fille vienne s'il le souhaitait. A la fin du courrier, elle rappelait tout de même que malgré leur différent, ils restaient ses parents et qu'ils l'aimaient.
Hermione savait que là, sa mère essayait simplement à la rendre coupable de la dispute et ça fonctionnait parfaitement. De toute manière, il fallait bien qu'elle les affronte à nouveau mais il lui fallait un peu plus de temps que le soir même. Elle décida donc de leur répondre plus tard et de leur proposer plutôt un dîner à mercredi soir. Il ne restait plus maintenant qu'à voir ça avec Drago et Hermione savait parfaitement que c'était pas gagné d'avance.
Seulement, lorsqu'elle arriva dans la salle, au niveau de sa table, elle resta bouche grande ouverte à voir Pansy Parkinson presque Malefoy collée, puisque c'était le mot exacte, à Drago, son Drago. Certes, ce dernier avait pour sa défense de tenter de la repousser et d'être franchement mal à l'aise face à la situation mais toute femme qui se respectait ne pouvait faire autrement qu'être totalement jalouse, énervée, prête à faire de la pâté PansyEcorgée pour chat peu regardant, perdre toute dignité à le faire au milieu du restaurant, et ne ressentir aucune mauvaise conscience à toute cette imagination malsaine. Tout en se croisant les bras, Hermione reprit de la contenance et interrogea Drago du regard. Pansy ne loupa rien à la scène et en profita pour mettre sa main sur le torse de Drago qui n'attendit pas l'indignation logique d'Hermione pour la lui enlever et lui répéter une énième fois de partir. Voyant que ça ne fonctionnait pas, Drago finit par se lever et rejoindre la droite d'Hermione, lui poser une main possessive sur le dos et se tourner vers Pansy, le regard sournois.
- Il va falloir te faire une raison, reprit Drago alors qu'Hermione se voyait bien la lui faire perdre définitivement au contraire.
- Et si je te disais que je suis enceinte ? Répliqua Pansy a en retourner le couteau, qu'Hermione projettait de lui enfoncer en plein cœur, sur son expéditrice.
- Ne me prend pas pour un imbécile Pansy. Il aurait fallu que je te touche autrement que pour te repousser, se défendit Drago en donnant ainsi la possibilité à Hermione de respirer et de s'imaginer à nouveau devenir une experte dans le découpage humain.
- Ca n'a pas toujours été le cas, mon cher… répliqua Pansy en souriant fièrement vers une Hermione prise d'un revers cinglant.
- Faute de mieux, se justifia Drago. Tu as encore des choses à apprendre de la vie Pansy… On ne peut rien imposer à un Malefoy et surtout pas un bâtard. Sur ce, rien que le fait que tu ai posé la main sur moi m'a coupé l'appétit, ajouta-t-il avant de faire une légère pression dans le dos d'Hermione pour l'inviter à s'en aller.
Mais là, c'était mal connaître la vipère qui se développait à son contact. Elle lui fit résistance, regarda ensuite l'ancienne Serpentarde en imaginant une hachette à la main, saisit le visage de Drago avec celle qui était théoriquement libre et l'embrassa avec passion. Elle put sentir un petit rictus de son fiancé, visiblement ravi du défit, ainsi qu'une caresse timide d'une main qui descendait vers le bas de son dos avant d'entendre le bruit d'un mouvement brusque provenant de leur table. Hermione et Drago se s'éloignèrent donc pour voir Pansy maintenant proche d'eux, aussi verte que pouvait l'être son ancien uniforme. Hermione jubilait intérieurement tout en emprisonnant sa conscience et ne se gênait pas de rajouter un « Et le mieux, c'est moi… ». Telle une petite gamine de huit ou dix ans, Hermione se visualisait parfaitement en train de sautiller sur place, lui sortirent ensuite un « nananère » avant de reprendre sa taille adulte, lui en coller une pour avoir oser lui faire une peur bleue, et même une autre, pour ne pas dire plein d'autres, pour diverse raison plus ou moins justifiées. Le souvenir de Drago embrassant Pansy en plein chemin de Traverse lui provoquait encore des ulcères temporaires qui valaient bien une vengeance des plus féminines. Satisfaite de la voir partir penaud, Hermione fit le contraire de ce que s'apprêtait à faire Drago et s'assit à la table.
- Et bien contrairement à toi, elle m'a ouvert l'appétit… Le ragoût de Pansy n'est peut-être pas des plus comestible mais le mijoté de canard à la cannelle me semble plus séduisant.
- Je peux éventuellement te proposer un autre repas, suggéra Drago avec un regard qui ne laissa aucun doute à Hermione, obligée d'imaginer son canard avec un caleçon pour éviter de céder.
- Il me faut des forces pour rester une après-midi supplémentaire avec ta mère, alors j'opte pour le canard…
- Et ce message ? Capitula Drago tout en la rejoignant à table.
- Mes parents nous invitent à manger chez eux…
- Vraiment ? Demanda-t-il surpris et peu enthousiaste à la fois.
- Ils restent mes parents… murmura Hermione en essayant de faire comprendre à Drago son dilemme.
- Je le sais bien Hermione… Et si on a réussi à convaincre ma mère, on arrivera bien à rassurer tes parents…
De toute manière, il le fallait bien et tout en revenant au manoir, Hermione cherchait tous les arguments qu'elle pourrait ressortir en cas de nouvelle confrontation. Drago la laissa une fois arrivés en précisant qu'il avait à faire au ministère et Hermione regretta de n'avoir pas obtenu ne serait-ce qu'un simple baiser. Contrariée, elle n'hésita pas à accepter la proposition d'un elfe à la conduire jusqu'à la maîtresse de maison après avoir envoyé sa réponse à ses parents. Au moins, une chose était sur pour elle, Narcissa n'avait pas à avoir peur que Drago la mette à la porte une fois qu'ils seraient marié. Il était simplement hors de question qu'Hermione y vive maintenant qu'elle avait vu le spectre en personne. Pour elle, le contrat de mariage que Drago avait fais rédigé signait la fin d'une ère dans cette famille autant que le mariage en lui-même et le manoir appartenait définitivement à celle qui représentait encore la partie obscure de cette famille.
D'ailleurs durant l'après-midi, la leçon d'histoire ne lui fit épargnée. Le fait qu'Hermione l'ai étudié lors de ses recherches l'aida à comprendre un peu dans quoi elle mettait les pieds mais Narcissa exigea de sa future belle-fille une telle perfection que la déception était prévisible pour l'ancienne Gryffondor. Néanmoins, après trois heures de détails plus ou moins croustillant sur les membres de la famille invités au mariage apportant la justification des dispositions lors du repas nuptiale, Narcissa n'arriva pas à la prendre au piège ce qui l'énerva presque autant qu'elle s'en soulagea. D'une certaine manière, Hermione fut heureuse que Drago n'est pas de frère mais surtout de belle-sœur digne du nom suivant les critères de sa belle-mère. Dans le cas contraire, la tâche pour entrer dans une certaine estime de la Lady aurait été impossible. Là, l'arme d'Hermione était son intelligence et l'exploité jusqu'à la fin de l'après-midi l'usa totalement.
Une fois le plan de table définitivement établis, la rédaction des invitations validée, la disposition et le décors de ces dernier choisis, l'établissement d'une liste de secours au cas où des ingrats se désisterait terminée, Hermione eut enfin l'autorisation de s'en aller. Finalement, elle réalisait que parcourir l'Angleterre la veille ne l'avait pas autant fatiguée et savoir qu'il restait plus de dix jours comme ceux là avant le mariage la désespéra.
Une fois aux portes du manoir, Hermione se demanda s'il fallait qu'elle aille directement chez Drago où si elle devait attendre une invitation de sa part. De toute façon, il y avait toujours son chat chez lui et tant qu'il ne l'aurait pas viré, elle aurait toujours cette excuse officielle pour aller frapper chez lui.
Hermione transplanna alors jusqu'en bas de l'immeuble de Drago et prit l'ascenseur sans perdre un instant. Un peu angoissée, elle marcha ensuite jusqu'à l'appartement de Drago et guetta le moindre bruit qui lui aurait pu lui donner de quoi penser que son propriétaire occupait les lieux. Seulement, la seule chose qu'elle entendit fut les miaulement plaintif de son chat et du grattement des griffes sur le bois de la porte. Hermione lui murmura un bonjour et lui demanda de ne pas donner une raison à Drago de lui retirer son excuse mais le chat fit forcément tout le contraire de ce que lui ordonnait sa maîtresse. Paniqué à l'idée que Drago voit l'état de l'embrasure de la porte, avant qu'elle ne puisse arranger les dégâts, Hermione tenta de jouer avec son matou pour le faire patienter. Elle prit alors le parchemin de ses parents qu'elle avait gardé sur elle et le glissa dans l'ouverture en essayant de le faire passer pour une proie potentiel. Rapidement, elle entendit un silence qui laissa croire à au moins une réflexion du félin et la décision se fit vite savoir lorsqu'elle entendit un petit soufflement vif en plus de sentir une résistance sur le papier. Jouant ainsi durant une bonne dizaine de minute, Hermione ne fit pas attention à l'ombre qui se rapprochait d'elle tout en observant la scène d'un drôle d'air.
- La porte était ouverte Hermione… s'amusa à signaler Drago, amusé de la position allongée ventre contre sol de sa fiancée. Je dois avouer que tu as un certain don à te montrer sous un jour toujours différent… se moqua-t-il alors qu'Hermione tentait de regarder un peu d'amour propre en se relevant dignement.
- Comment voulais-tu que je le sache, moi, hein ? Répliqua-t-elle alors en faisant une moue mi indignée mi honteuse.
- Et bien, en essayant d'entrée par exemple…
- Je suis bien élevée, moi, je n'entre pas chez les gens comme ça !!! Argumenta Hermione en se donnant une prestance qui agaça profondément Drago.
- Très bien, alors on va avoir une discussion toi et moi… annonça-t-il avant d'ouvrir la porte, chasser le chat avec son pied, regarder avec horreur les copeaux de bois éparpillés au sol, et s'en indigner de la tête avant d'entrer.
Hermione le suivit et déposa sa cape sur la première chaise qu'elle trouva avant de rejoindre Drago qui avait de même et l'attendait assis sur le canapé. Le côté solennelle de la chose lui fit légèrement peur sur le coup et la fatigue de la journée ne lui offrit que peu d'enthousiasme possible à une discussion sérieuse. Mais Drago en avait décidé autrement et elle n'y échapperait pas de toute évidence. Donc, après avoir ouvert la baie vitrée qui donnait sur la terrasse à son chat, Hermione alla se mettre en face de Drago, prête à écouter la sentence.
- Je vais être direct Hermione, ce week-end, tu déménageras toutes tes affaires. Si ton chat a le droit de séjour ici, ce n'est pas pour rien. Alors évite de me faire répéter tous les jours que tu es chez toi ici. Tu ne frappes pas, tu ne sonnes pas, tu entres.
- C'est pas aussi facile Drago, je suis habituée à une certaine indépendance et même si ton appartement me plait beaucoup, il reste « ton » appartement et non le « notre ».
- Ton complexe financier envers moi ne va pas s'arranger lorsqu'on se sera marié Hermione… Il va falloir que tu acceptes ma situation et que tu apprennes à vivre avec…
- Je sais… Mais tout est si rapide, j'ai besoin de temps pour ça…
- Je te rappel aussi que cet appartement n'a pas vraiment eu le plaisir de ma présence jusque là…
- Je sais… répéta Hermione en soupirant.
- Bon, alors sujet clos. Suivant…
- Suivant ? S'étonna Hermione, éreintée.
- Ton chat…
Une alarme interne s'actionna à l'intérieur d'Hermione. Son chat ? Son Pattenrond ? Son amour de compagnon fidèle, enfin presque… Que lui voulait-il ? Bon certes, il n'était pas un ange sur quatre pattes mais le ton que venait de prendre son fiancé n'avait rien de paradisiaque non plus. Son instinct de protection s'enclencha et une blancheur sans précédent coloria son visage. Sans détour, Drago lui expliqua toutes ses griefs contre l'autre male dominant sur son territoire et Hermione eut beaucoup de mal à le justifier face à la longue liste détaillées de Drago. Ce fut d'ailleurs ce moment précis où le chat se « soulagea » juste devant la vitre côté terrasse sans aucune mauvaise conscience. Drago fit alors un geste vif du bras pour lui montrer le délit flagrant obligeant Hermione a reconnaître un certain laissé allé de son chat. Elle du alors lui promettre de faire quelque chose, bien qu'elle ne savait pas encore quoi, et parti nettoyer les bêtises de son ingrat.
Drago lui annonça rapidement qu'il allait chercher quelques affaires à lui au manoir et qu'il serait de retour dans moins d'une heure. Hermione en fut un peu mécontente vu l'heure tardive qu'il était déjà et elle se doutait que Narcissa ferait en sorte d'allonger ce délais pour profiter un peu de son fils chéri. Puis une idée lui vint à l'esprit, faire un repas. L'état plus que vide de la cuisine ne fut pas encourageant mais Hermione se souvint avoir de quoi préparer un petit tête à tête dans son appartement. Même si tout n'était pas réglé entre eux, Hermione avait envie et même besoin d'une trêve et quoi de mieux qu'un dîner en amoureux ?
Même pas vingt minutes après, Hermione pouvait se mettre en action pour réaliser un plat certes moins gastronomique que ce que Seamus pouvait leur proposé mais réellement fais avec amour. Elle ouvrit alors le livre de recette que sa mère lui avait offert lors de accession à l'indépendance et commença à mélanger les différents ingrédient avec autant de sérieux que si c'était une potion explosive. Pendant que le tout mijotait tranquillement, elle se dépêcha de dresser la table, de s'arranger légèrement histoire d'être aussi appétissante que ce qu'il pourrait avoir dans son assiette et entreprit une déco stylée afin de rendre sa ratatouille au poulet moins commune que son nom pouvait présager. L'heure passa alors plus vite que prévue et cinq minute avant le moment théorique du retour de Drago, Hermione paniqua et s'accéléra pour être sur que tout soit prêt. Elle fut d'ailleurs soulagée de constater que Drago avait cinq minutes de retard contrairement à son habitude. Seulement, quand la grande aiguille indiqua le quart d'heure au-delà du temps estimé par son fiancé, Hermione commença à déchanter. Les cinq minutes suivantes lui provoquèrent une impossibilité de rester en place. Les assiettes allaient refroidir s'il n'arrivait pas et les dix minutes supplémentaires la rendit soudainement nerveuse.
Et si Narcissa avait réussi à faire changer d'avis son fils ? L'idée la fit frissonner à en faire trembler l'assiette qu'elle tenait dans les mains et mettre une tâche sur une partie stratégique de son haut. Agacée, elle remis les assiette dans la cuisine dans l'optique de leur donner un petit réchaud magique après et se dirigea vers la salle de bain. Baguette à la main, elle se lança un sort de recurvite mais le bruit de transplannage que fit Drago la fit sursauter et elle dû s'y reprendre une deuxième fois. En sortant, autant en colère que ravie, Hermione vit alors un Drago, plongé dans la lecture d'un document, faire absolument pas attention à elle. Ecœurée, elle resta là, immobile jusqu'à ce qu'il daigne prendre la parole.
- Ca sent bizarre… Tu as fais un truc pour ton chat ? Ah au fait, tu aurais pu me prévenir que tu avais déjà mangé avec ma mère, ça m'aurait évité de le faire seul tout en l'écoutant me dire à quel point je fais une erreur monumentale.
La bonne éducation que ses parents s'étaient efforcés à lui donner l'empêchait de le dire tout haut mais au fond d'elle, le gros mot associé à la situation ronronna à lui en couper la parole. Elle alla donc dans la cuisine, prit une assiette pour transvaser le tout dans l'eau et la posa à terre pour offrir un festin à son roi. Ce dernier s'approcha avec les moustaches raidies, et une fois à proximité, exprima un dégoût devant sa maîtresse et rebroussa chemin dans une nouvelle ingratitude qui finit d'achever l'humeur massacrante d'Hermione.
- Tous les mêmes… se murmura-t-elle avant d'aller dans la chambre, claquer la porte devant un Drago interdit et se changer pour se mettre au lit.
Tournée sur le côté, elle s'emmitoufla davantage dans les couvertures lorsqu'elle entendit Drago arriver dans la chambre. Elle put l'entendre soupirer avant de sentir qu'il s'asseyait à côté d'elle. Le silence s'installa alors quelques minutes puis quelques bruit indiqua à Hermione que Drago l'avait maintenant rejoint sous les draps. Le stresse de la situation l'empêcha bien sur de fermer l'œil et la curiosité la persécuta pour savoir si oui ou non il en était de même pour Drago. Heureusement pour la bonne santé de son cœur, le souffle de Drago juste derrière elle lui prouva que non.
- Ce n'était pas pour ton chat n'est ce pas ? Soupira-t-il avant de comprendre que le silence de sa fiancée voulait tout dire. J'en toucherais deux mots à ma mère demain…
- Bonne nuit, répliqua-t-elle froidement histoire de manifester poliment sa colère réprimée.
- Hermione… On est plus à Poudlard… Ca serait bien si on passait une journée sans se disputer tu ne crois pas ? Je te rappel qu'on va passer notre vie ensemble !
- Oui, je sais ! S'énerva Hermione en répétant à nouveau les deux derniers mots de manière scolaire.
- Tu es impossible, pesta Drago tout en se rallongeant sur le dos.
- Merci, venant de toi, je prend ça comme un compliment, lança-t-elle d'un ton ferme qui ne laissa aucune chance à Drago de surenchérir.
Soupires après soupires, Drago ne semblait pas réussir à se calmer comme si quelque chose le rongeait de l'intérieur. Hermione pouvait parfaitement entendre également les mouvements de bras cogner le matelas, signe de son énervement mais ne bougea pas d'un centimètre. Elle l'imaginait déjà sortir du lit et dormir sur le canapé mais les intentions de Drago en fut tout autre. Après un énième long soupire, elle sentit Drago se tourner vers elle et mettre une main sur son bras.
- Hermione, me rend pas responsable de l'indélicatesse de ma mère… s'il te plait…
- Tu avais au moins raison sur un point… S'il n'y avait eu pas de mariage, il n'y aurait déjà eu plus de nous…
- Attends, on se serait quand même pas séparé pour si peu…
- Je ne sais pas…
- Ah, c'est une première ça, s'amusa subitement Drago provoquant ainsi une réaction de sa fiancée qui se retourna alors pour le défier du regard.
- Très drôle Malefoy !
- Tu as des petites rides au front quand tu t'énerves qui sont vraiment irrésistible, continua-t-il en tentant de se rapprocher.
- Bah les pattes Malefoy, survit à notre mariage et là tu pourras me toucher !
- Allez quoi, laisse moi juste les…
- Recule ! S'écria-t-elle alors que le regard de Drago lui fit comprendre qu'il n'en ferait rien.
- Et si tu venais plutôt dans mes bras ? Lui proposa-t-il avec des yeux suppliant. Une trêve nous ferait un peu de bien non ?
- Seulement si tu t'engage à ne pas aller plus loin, marmonna Hermione à deux doigt de ne pas respecter elle-même ses propres volontés avant de se laisser entourer par les deux tentacules de son fiancé.
- Tu t'es engagée toute seule dans cette voie, j'ai rien promis moi…murmura Drago au creux de ses oreilles, lui donnant ainsi toutes les raisons de croire qu'elle était maintenant dans une situation compromettante.