22. Quand tout ne tient qu'un un fil
Cher journal,
Je dois faire vite ce matin. Une très longue journée m'attend...
Toutefois, je vais quand même prendre le temps de coucher certaines choses sur le papier avant d'oublier les petits détails qui auront peut-être un jour une importance lors de la relecture de ces moments si particuliers de ma vie.
Hier, énième dispute avec Drago... Oui, encore... Bref, pas trop envie de revenir sur le pourquoi du comment, bien que j'avoue que l'intervention de ma mère face à Narcissa pourrait être le sujet de quelques pages mais faute de temps, je vais me concentrer sur ce qui m'a le plus touché.
Suite à cette dispute, je m'étais réfugiée dans mon appartement et vers deux heures du matin, Drago a fait un nouveau pas vers moi... Un « reviens » par courrier et une attente derrière ma porte, deux moments précieux qui resteront longtemps gravés dans ma mémoire. Autant parfois je peux le détester d'être ce qu'il est, autant il y a des moments où sa personnalité le transforme presque en homme parfait. Enfin revenons à nos moutons, ou pourrais-je dire à mon chat... Saleté, je te jure... même s'il a sauvé mon honneur de femme tenant ses promesses, j'aurais volontiers fait preuve de faiblesse cette fois-ci. Cependant, grâce, oui grâce à lui, la passion des retrouvailles s'est légèrement évaporée par le froid des rues et une fois rentrés à l'appartement de Dra... à notre appartement (je vais arriver à m'y habituer), nous avons parlé...
On n'arrivait ni l'un ni l'autre à dormir après ce qu'il s'était dit entre nous et une mise au point devenait incontournable. Il a alors été vraiment adorable... A peine reconnaissable en fait... Et dire que c'est Drago Malefoy, la terreur des couloirs lorsque j'étais dans mes premières années à Poudlard, celui-là même qui m'a tenu dans ses bras dans notre lit et qui caressait tendrement mon bras pendant qu'il m'avouait tout le parcours qui l'avait conduit à moi... J'ai encore du mal à croire, à réaliser tout ce qu'il m'a dit...
Avant de me rencontrer dans la librairie, il y a maintenant trois semaines jour pour jour, il était résigné à épouser Pansy. Seulement à me revoir, beaucoup de souvenirs se sont apparemment bousculés dans sa tête et il m'a associé, attends il a dit quoi déjà ... ah oui, alors mot pour mot (ou presque): « J'ai repensé à la miss-je-sais-tout que tu étais, puis, à ta fâcheuse manie de toujours traîner dans la bibliothèque, et de faire des recherches en disant qu'il y avait toujours une solution à tout » Bon, ok, j'enjolive un peu, ok beaucoup, ok ok énormément, les choses mais grosso modo, ça voulait dire ça... Bref, revenons au sujet. Donc oui, du coup, il a repensé à une remarque d'un ami (si on peut dire ça parce que bon... je vais pas non plus juger son sens de l'amitié... bref, pas d'égarement sinon, je vais faire dix pages au lieu d'une ou deux et j'ai pas le temps d'en faire autant...), Blaise Zabini, et oui, lui..., sans commentaire, lui avait parlé une fois de la jurisprudence et sur le coup, Drago lui avait répondu que c'était perdu d'avance avec une fille comme Pansy (« vu qu'elle me harcèlerait même après la mort », et ça c'est vraiment texto de lui, je n'en rajoute pas...). Mais à partir de ce moment là, vu que le père de Pansy souhaitait accélérer les choses, il s'était vivement intéressé à cette information que le ministre de la magie lui confirma le jour même après une entrevue. Naturellement, il fallait faire des recherches pour en voir les modalités mais s'il arrivait à entrer dans tous les critères, il avait une jolie liste de célibataires toutes parfaites pour lui offrir une porte de sortie. Et devine qui en était en tête? Bah oui... moi.
Je ne te raconte même pas la tête que j'ai faite à ce moment là... Il y a de quoi s'énerver à entendre ça... Une liste de célibataires, de filles désespérément à marier car incapable de se débrouiller seules dans ce domaine et avec moi en première ligne... Heureusement qu'elle n'était pas rendue publique sinon toute la communauté aurait pu être au courant de ma vie sentimentale, en plus de me couvrir de honte... D'ailleurs, j'irais bien dire ce que je pense au ministère pour ça... Il n'y a pas plus dégradant... Enfin avec ça, Drago avait reçu le conseil d'aller voir le responsable des archives, et le reste, je te l'ai déjà plus ou moins raconté sur d'anciennes pages.
Mais le plus touchant fut quand même son hésitation à me dire qu'il avait très vite apprécié nos rencontres et ma compagnie. Ca lui changeait totalement de Pansy (heureusement...), il avait en face de lui quelqu'un d'intelligent, qui avait un avis propre et s'y tenait (deux choses que Pansy n'avait pas reçu à sa naissance, il faut le signaler) et que le goût du danger et de l'interdit avait fait le reste. Bon là, il avait rajouté qu'emmerder « Weasley » en lui volant son ex était la cerise sur le gâteau, mais là non plus, je ne ferais pas de commentaires...
Enfin, après une bonne heure d'aveux en tout genre, une chose est maintenant sûre, même s'il ne m'a pas encore dit ouvertement qu'il m'aime, je suis persuadée qu'il a des sentiments pour moi. Bon ok, un Malefoy ayant des sentiments, c'est plutôt anormal mais Drago en a pour moi, ses yeux et sa douceur ne peuvent pas le couvrir sur ce point.
Je frissonne encore de ses caresses... L'écouter se livrer à moi a été un moment magique à mes yeux. Enfin je ne m'emballe pas non plus, Drago reste Drago et il ne faut pas trop y mettre les violons dans ce qui était plus une fanfare à deux trompettes qu'une symphonie à deux cents cordes mais je commence à savoir lire entre ses lignes et venant de lui, il y avait de quoi se sentir privilégiée à se voir ouvrir les portes de son intimité profonde.
Ah, un hibou, c'est quoi encore...
Bon, je te laisse, visiblement il se passe quelque chose, Drago vient de se lever net de sa chaise et son visage ne laisse aucun doute sur une mauvaise humeur à venir. Peut-être une mauvaise nouvelle provenant de sa mère, non ça semble plus grave que ça, peut-être une attaque? Merlin, non pas ça... Bye.
Toujours en pyjama, Hermione se leva à son tour de sa chaise et fit le tour de la table où Drago était assis en face d'elle en train de prendre son petit déjeuner tranquillement jusqu'à réception de la gazette. Très énervé d'un seul coup, il lisait le journal en le commentant par des expressions d'étonnement et de colère qui se surenchérissaient au fur à mesure de sa lecture. Malgré la présence à ses côtés d'Hermione qui cherchait à comprendre, il ne la remarqua qu'après avoir jeté le journal en lançant un « bonne lecture » très ironique. Il avait ensuite pris la direction de sa terrasse en chassant sans demi mesure Pattenrond qui se trouvait malheureusement sur son passage. Hermione était partagée entre le fait d'aller tout de suite le rejoindre pour lui donner tout son soutien et l'envie de lire ce qui avait mis son fiancé dans cet état. La curiosité étant maîtresse d'elle à cet instant, elle posa ses yeux sur ce journal froissé par l'énervement de son ancien propriétaire.
Scandale. Mariage blanc. Mensonges. Scandale diplomatique. Contrats illégaux en guise de cadeaux de mariage. Convenance pour contrôle de son image. Spéculation financière. Maître chanteur sur Hermione. Manipulation totale du couple envers le ministère. Ron Weasley, amoureux sacrifié au bénéfice de l'argent et la sécurité matérielle?
Tout savoir sur le faux mariage arrangé entre Drago Malefoy et Hermione Granger, ou l'arriviste et l'hypocrite, en exclusivité pour la Gazette: détails du contrat de mariage juteux, explication d'un expert sur les mariages arrangés, témoignage d'un ancien voisin d'Hermione Granger, interview de Pansy Parkinson et rapport d'une esclandre chez Gaichiffon entre une Lady outrée et une ingrate...
Immobile face à tous ces mots qui agissaient comme un couteau qui lui transperçait le coeur à chaque fois, la lecture des arguments mettant en valeur l'impossibilité d'un véritable mariage d'amour lui provoqua une sensation d'étouffement. Son coeur devenait lourd, ordonnant presque une évacuation de la pression par l'expression de larmes mais quelque chose au fond d'elle lui interdisait cette faiblesse. Ils avaient tord. Totalement tord. Définitivement tord. C'était un mariage lié à des sentiments mais comment l'exprimer honnêtement quand on peut lire de telles horreurs? Il n'y avait aucun doute sur les sentiments de Drago, elle en avait encore eu la preuve la veille, enfin le matin même pour être exacte. Cependant, la liste des avantages que Drago pouvait avoir avec ce mariage était vraiment impressionnante en plus d'être insoupçonnée. Certes, elle savait pour Rogue et son désir de le faire innocenter mais tout l'aspect financier des affaires de Drago lui était totalement inconnu. Et puis si c'était si juteux pour Drago de l'épouser, pourquoi allaient-ils suggérer ensuite qu'elle avait tout à y gagner d'épouser sans remords un tel parti en laissant un Ron pleurant un amour perdu? A côté d'une telle remarque, celle qui disait qu'elle ferait une piètre lady Malefoy face à la prestance de Narcissa ne l'effleura que d'un poil.
S'asseyant sur la chaise à peine refroidie de Drago, elle relut l'article pour être sûre de ne pas vivre un cauchemar éveillé. Seulement, la stricte vérité voulait qu'un énorme scandale venait de fissurer tout le travail qu'ils avaient fourni jusque là pour que leur couple fonctionne. Leur assurance de tranquillité venait de tomber à l'eau. Maintenant que tous pensaient que c'était un mariage arrangé, dupant en même temps les espérances du ministère, la cause de l'amour n'était plus crédible à leurs yeux et aucune démonstration charnelle n'y changerait quoi que ce soit à première vue. La suspicion et la rumeur l'emporteraient sur l'apparence. Tous tenteraient à présent de démonter ce qu'ils avaient durement maçonné. Qu'allaient-ils bien pouvoir faire maintenant pour assurer la sérénité de leur amour naissant? L'autonomie récente de la Gazette vis à vis du ministère porterait-il le coup de grâce à la stabilité fragile de leur couple? Que pouvait penser Drago à cet instant là? Quoiqu'il en soit, elle n'imaginait pas un instant revenir en arrière et reprendre sa vie d'avant, soit vers un retour aux archives tête baissée après en être sortie la tête haute, vers retour dans son appartement avec un Boris l'accueillant les bras ouverts, vers un retour à sa vie de célibataire sans possibilité que Ron ne lui pardonne son précédent choix, non, elle ne le supporterait pas. Elle ne s'était pas battue pour obtenir un monde libre si elle-même ne l'était pas d'épouser qui elle souhaitait. Ca serait trop injuste.
- On s'en fiche, y répondit avec force Hermione. On continue sans faire attention à ça. Ils peuvent bien croire ce qu'ils veulent!!!
- Tu ne veux pas réagir à ça? S'étonna Drago à peine rentré de l'extérieur. Remarque, le ministère fera probablement un démenti.
- Peut-être mais de toute façon, les gens ne vont jamais le croire, reprit-elle avant d'avoir un doute sur une complication. Le problème, et non des moindres, c'est que ça risque d'ébranler la dérogation à ton mariage avec Pansy, expliqua Hermione. Les gens ne vont pas forcément accepter de se faire « encore » manipuler et Pansy va s'en faire une joie de revenir à la charge.
- Tu as dis toi même que de part nos liens consanguins, Pansy et moi, nous ne pouvons pas être mariés, reprit-il après avoir quand même dégluti de dégoût.
- Je suis persuadée qu'elle doit être déjà en train de trouver une parade à ça. Après tout, tu as bien trouvé l'introuvable, et même si elle ne sera pas franchement aidée aux archives, il n'est pas exclu qu'elle y arrive. Avec la dérogation du ministère, elle était sûre de ne rien pouvoir faire mais là... tout change.
- Là, ce ne sont que des propos sortis de leur contexte Hermione. Le ministère tiendra bon, il a trop à perdre donc la dérogation restera en vigueur. Et même si mon ego apprécie de te voir si menacée par l'idée que Pansy me récupère, toi et moi, on sait à quoi s'en tenir et c'est le principal, non? Demanda Drago en souhaitant probablement obtenir un certain soutien.
- Je n'en sais rien Drago, ça implique tellement de choses... Le regard des gens en plus de celui de ta mère, de mes parents, des Weasley... Je sais que je ne devrais pas m'y intéresser autant que ça, mais à force c'est fatiguant de se battre contre l'esprit fermé des gens... J'aimerais tellement pouvoir me balader dans la rue avec toi sans qu'on se demande si tu m'as pas jeté un sort où si je souris vénalement parce que je vais recevoir une bourse pleine de gallions pour faire des emplettes...
- Les gens nous regarderont toujours de travers, Hermione. Tu ne pourras jamais espérer que les choses soient différentes. Il faudra vivre avec et avec le temps, on n'y fait plus trop attention. Mais bon, en attendant que les esprits se calment, je pense qu'il serait plus judicieux quand même qu'on s'affiche en public... Proposa Drago à la surprendre.
- C'est à dire? Demanda Hermione perplexe.
- Pour commencer, on va organiser un repas avec nos témoins. Ca prouvera que le mariage tient toujours. On ira chez Seamus, bien à la vue de tous. Ce soir tiens, continua-t-il en avançant au bar de sa cuisine pour se reprendre un café alors qu'Hermione en restait estomaquée. Ensuite, demain, comme prévu, tu récupères tes affaires à ton appartement. Je viendrais t'aider après avoir dit quelques mots à ton voisinage... Ensuite, il me semble qu'il est de tradition moldue d'enterrer sa vie de jeune fille et jeune homme, soit dit en passant je trouve cela assez bizarre, enfin soit, nous pourrions le faire demain soir, chacun de son côté et toujours dans un lieu public. En plus d'appuyer nos intentions, ça nous permettra de nous détendre un petit peu. A ça, le ministère fera sûrement un démenti mais on pourrait aussi faire une petite conférence de presse et se déclarer très heureux ensemble, pressés d'être au jour « J » et tout ce qu'ils souhaitent entendre. Tu éviteras par contre de faire des commentaires sur l'organisation du mariage et sur ma mère pour éviter toute réplique aussi prévisible que nuisible à nos projets. Je pense qu'avec tout ça, on apaisera légèrement le brasier en plus de discréditer la gazette et leurs indics, conclut-il en laissant sa fiancée abasourdie par la vitesse à laquelle Drago pouvait monter une telle contre attaque aussi crédible. Hermione? Tu es encore là? Demanda-t-il ensuite à celle qui paraissait ailleurs dans son regard.
- Heu... Oui, balbutia-t-elle. C'est que... Enfin, tout ça me paraît faisable mais c'était déjà pas facile avant alors maintenant...
- Maintenant, nous sommes à huit jours de la cérémonie et on ne va pas se laisser abattre par une action marketing d'un journal plus à l'écoute de leur mécénats que de la moralité journalistique. D'ailleurs, je suis persuadé que le directeur va être ravi d'apprendre qu'on ne va pas renouveler notre soutien à son torchon. Vu le montant de chaque contribution, tu peux être sûre que cette Rita va le sentir passer dans le bureau de son patron. Allez Hermione, la courageuse Gryffondor ne va pas lâcher prise à la dernière ligne droite, non? Sourit timidement Drago en s'approchant pour la prendre dans ses bras et la regarder ensuite avec des yeux de chiens affamés. Ma petite lionne paniquerait-elle à l'idée de se réveiller d'un beau rêve? Ironisa-t-il en la faisant presque rire à l'écoute du premier surnom à la limite du ridicule qu'ils s'échangeaient.
- Tu pouvais trouver mieux quand même... Drago, soupira-t-elle. Tu as une mauvaise influence sur moi. Il y a encore peu, c'était moi la courageuse et toi le peureux... et pas l'inverse... Qu'est ce que je deviens à ton contact, hein?
- Et bien, jusqu'à ce que tu m'en empêches, je pouvais répondre que tu deviens une femme heureuse et épanouie, maintenant effectivement je trouve que tu commences à te faner et il faudrait que j'y remédie, déclara-t-il avec une intention parfaitement comprise de sa fiancée qui le frappa légèrement sur l'épaule en plus de lui lancer un regard moralisateur. Tu préfères que je retourne dans les filets le Pansy? Questionna-t-il histoire de la tester mais aussi d'exprimer un peu sa frustration physique. Si tout ça te dépasse au point que je ne puisse même plus te toucher sans que tu sortes tes griffes, je peux te rendre ta liberté et te rendre à Weasley... Si la fuite t'es plus séduisante que l'idée d'être avec moi, alors très bien, on annule tout... déclara-t-il très froidement en se reculant, ce qui fit réagir Hermione.
- Non, c'est bon, répondit-elle tout de suite en lui faisant remettre ses bras autour d'elle. Je n'ai pas supporté ta mère jusque là pour lui offrir la satisfaction de notre rupture, encore moins à Pansy et puis, je m'habitue à dire « notre » appartement alors non, j'opte la prison de tes bras plutôt que la liberté vivant au dessus d'un zoo ambulant.
- La prison de mes bras? Sourit-il, narquois, avant de les resserrer au point de presser presque le corps d'Hermione contre le sien laissant deviner l'effet que ça pouvait lui produire. Pauvre Pansy, elle devra donc se passer d'eux si tu te les réserves, espèce d'égoïste va, plaisanta-t-il avant de recevoir à nouveau une légère tape d'Hermione sur le bas de l'épaule.
- Ca te va bien de dire ça, Ron lui était vraiment amoureux de moi contrairement à Pansy qui te voyait sûrement comme sa chose.
- Weasley s'en remettra, c'est pas le genre à ne pas profiter de ce qui s'offre à lui, n'est ce pas? Ou au pire, il finira obèse en compensant ton absence par la nourriture de sa mère et en plus embrassera ton portrait tous les soirs avant de...
- Drago! Le stoppa Hermione outrée de la tournure des choses.
- Bah quoi? Tu ne vas pas non plus le prendre pour un saint lui aussi, j'espère? S'amusa-t-il avant de reculer par méfiance.
- Oui, bah non, enfin, ne me donne pas de détails provenant « uniquement » de ton imagination perfide et vile, monsieur Malefoy.
- C'est ça, uniquement de mon imagination... Mais bien sûr Miss Granger... Bien sûr... Enfin, je dois dire que je suis plutôt content de ne pas être à cette place, quoi qu'en fait, j'aurais toujours eu de la compagnie pour ne pas tomber si bas, rectifia Drago avant de recevoir un regard tellement noir qu'il s'obligea à la reprendre dans ses bras. Un peu d'égoïsme n'est pas si mal parfois, non? Même s'il est contesté, le résultat de notre « association » n'est pas si mal, non? Se rattrapa-t-il en détendant l'atmosphère. Personnellement, je ne regrette pas que tu aies plaqué Weasley pour moi, bien au contraire... Grâce à lui, je n'ai plus Pansy pour me pourrir la vie et je t'ai toi...
Toi... Toi... Ce petit mot avait fait le tour dans sa tête pendant des minutes, des heures après que Drago le lui ait dit, avant de l'embrasser passionnément. Heureusement pour elle, Narcissa avait déclaré une indisposition passagère l'obligeant à garder le lit, et même s'il n'y avait que peu de chance que ce soit vrai, Hermione se satisfit d'avoir enfin une bonne nouvelle en cette journée noire. En effet, après avoir été convoqués au ministère afin d'étudier les possibilités pour sauver la crédibilité de l'institution qui leur avait permis d'en être là, les journalistes les avaient harcelés en sortant afin d'avoir leurs commentaires sur cette affaire. Naturellement, après un regard complice, l'un et l'autre firent front en se prenant la main, ce qui n'échappa pas aux photographes. La jalousie d'un bonheur non accessible à tous fut l'argument premier de leur défense. Ils déclarèrent sans mentir qu'il était difficile de s'aimer dans une société encore fragile comme la leur mais que la guerre avait au moins prouvé qu'il fallait vivre à fond sans donner d'importance aux limites des esprits obtus au changement. La thèse des contraires qui s'attirent n'était pas non plus forcément fausse et ils s'étaient découvert des passions communes en apprenant à se connaître. A cette phrase de Drago, Hermione avait d'ailleurs soupçonné une deuxième interprétation possible mais seul un petit sourire au coin la trahit. Les questions plus délicates à propos de Pansy mais surtout de Ron les mirent quelque peu mal à l'aise mais Hermione sut trouver les mots pour dire que son affection pour Ron resterait à jamais dans son coeur, autant que celle qu'elle éprouvait identiquement pour Harry, comme un ami auquel elle aura toujours un dévouement sans limite. Les journalistes fixèrent alors Drago pour tenter de voir une jalousie mais celui-ci prit les devants et brida l'expression de toute émotion. Puis le sujet belle-mère arriva et là, Hermione se sentit tout d'un coup seule au monde. Est-ce que ça se passait bien entre la mère de Drago et elle? Comment pouvait-elle répondre oui sans être totalement hypocrite? Pourtant il le fallait et le regard de Drago n'en laissait aucune autre perspective! Deux solutions se présentèrent alors à elle, soit elle reprenait la route du mensonge, soit elle tentait de répondre en étant le plus vague possible. Le oui, autant dire que Drago ne devait pas s'y attendre de sa part, sûrement pas.
- Et bien, ma future belle-mère et moi n'avons pas la même éducation ce qui n'aide pas à la compréhension des coutumes de l'une et de l'autre mais nous aimons toutes les deux Drago et ce point commun est assez pour faire des efforts dans ce sens, s'en sortit-elle avec une énorme fierté alors que Drago rigola légèrement de ce détournement de vérité.
- Pourtant, une violente dispute a été rapportée? Qu'avez-vous à dire à ça? Osa un autre journaliste.
- Bien qu'on pourrait attendre d'une boutique comme Gaichiffon d'être nettement plus discrète avec des clients aussi fidèles que notre famille, intervint Drago, il est vrai qu'elles ont eut un désaccord sur la tenue nuptiale de ma fiancée. Toutefois, à huit jours de la cérémonie, il serait anormal que les principaux concernés ne soient pas un peu stressés par le manque de temps. Autant vous dire qu'à cela, j'estime que ma fiancée a bien fait d'aller se fournir dans une boutique moldue au final. En plus d'appuyer la mixité d'origine de notre mariage, elle peut être à peu prêt sûre que je ne verrais sa robe que je jour voulu et non en exclusivité sur la première page d'un journal peu enclin à la pudeur, déclara-t-il en apportant officiellement son soutien à sa femme face à sa mère, ce qui lui valu d'être embrassé tout de suite après par celle qui était plus que reconnaissante de cette victoire.
La spontanéité de ce baiser fut le clou de cette pièce de théâtre. Pris en photo sous tous les angles, il avait suffi à lui seul de convaincre les plus réticents avant de clore l'interview improvisée. Il était clair que ces deux là étaient intimement complices et certains journalistes se délectaient déjà de refermer le bec à la pie Skeeter. Partant sans attendre davantage de déclarations, les journalistes laissèrent un couple à nouveau crédible pour le moment. Ils se rendirent alors au restaurant autant pour manger que pour prévoir le repas du soir et malgré quelques clients curieux, Hermione et Drago apprécièrent de se retrouver seuls. Le dossier des témoins fut alors ouvert et très épineux dès les premiers instants. Certes Ginny était acceptée, pour Drago c'était un peu « normal », mais il n'était pas question d'avoir Harry deux mètres de lui au moment où il dirait « oui ». Quand Hermione suggéra Luna, elle eut comme l'impression qu'une série de points d'interrogations apparaissait au dessus de la tête de son fiancé. Visiblement, Drago ne se souvenait pas d'elle et Hermione dût lui faire le portrait de cette discrète Serdaigle. Blonde utopique, souvent pieds nus aux idées parfois décalées qui était bien souvent bien plus intelligente qu'elle ne pouvait le paraître, elle lui rappela son implication dans l'armée de Dumbledore. Voyant que ça ne marchait toujours pas, Hermione s'abaissa à prononcer le petit surnom que tous les élèves lui avaient donné et là, Drago eut une lumière allumée dans sa mémoire avant de s'en épouvanter.
- Quoi? Tu veux cette cinglée comme témoin? Tu as si peu d'amis pour en arriver à ce choix? La pression t'obscurcit à ce point les idées? Loufoca et puis qui encore, Weasley lui-même pendant qu'on y est!!!
Vexée, Hermione fit front. Ca serait finalement Luna et Ginny et vu que c'était ses témoins à elle, Drago n'avait rien à en dire. Enfin, elle regretta vite sa détermination quand elle entendit Drago prononcer le nom de Zabini et Nott. Certes elle pouvait s'en douter et Blaise Zabini était un garçon brillant qu'Hermione avait rencontré dans le club de Slug, mais malgré une disgracieuse cicatrice sur le visage que lui avait offert la guerre, il restait le fils à maman qui collectionnait les filles, soit une très mauvaise influence sur Drago, futur homme marié qu'il était. Avec cette information, l'enterrement de vie de garçon de Drago s'annonçait franchement mal avec Zabini en organisateur principal. Nott, lui était plus discret et le plus maigre fils repenti de mangemorts encore vivants après l'affrontement final. Les années ne l'ayant pas forcément arrangé, il était devenu assez bizarre pour le peu de fois qu'Hermione avait pu le croiser sur le chemin de Traverse. Heureusement, Ginny et Luna était des amis d'école qui s'appréciaient toujours, ce qui n'était pas en plus forcément le cas pour les deux témoins de Drago. Avec ce quatuor là, le repas du soir s'annonçait des plus prometteurs, enfin, fallait-il que tous acceptent ce rôle bien évidemment et toute une après-midi n'était pas de trop pour tenter d'y arriver. Pour Ginny, elle n'eut franchement pas de difficulté mais à entendre qui était sa seconde, Ginny se proposa de venir avec Hermione pour être deux à réussir à convaincre cette excentrique. Après la sieste de ses deux enfants puis une séance de câlins appréciés autant par les enfants que par leur marraine, ils partirent à quatre jusqu'à la petite maison de leur amie.
Au beau milieu d'une forêt, entourés d'un potager mal tenu aux premiers abords et des barrières disparates mal fixées, si elles ne savaient pas que c'était une vision habituelle de la maison de Luna, un inconnu aurait pu croire que la maisonnette était inhabitée depuis des dizaines d'années. Hermione se rappelait encore de sa dernière discussion avec cette passionnée de la nature qui prônait de laisser la nature experte faire son travail plutôt que tout régenter sauvagement comme un novice. Mélangés, tomates, concombres, courgettes, aubergines, carottes, tout poussait au gré du vent, et Luna faisait sa cueillette suivant ses besoins. Même si Hermione trouvait l'idée pas si farfelue que ça, il n'y avait que Luna pour la mettre en pratique. Du coup, l'aspect de l'ensemble n'était pas très rassurant et Ginny interdit alors au petit Andy de s'éloigner de cinq centimètres d'elle sous peine de soupe pendant une semaine complète. A son aînée, elle n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit vu que la peur lui provoqua une envie subite de coller sa mère. Hermione s'en amusa avant de sursauter au bruit étrange provenant de la mauvaise verdure indisciplinée. Andy se moqua d'elle à en faire rire sa mère puis sa marraine avant de tous sursauter à constater que la propriétaire des lieux se tenait devant elles sans qu'ils aient entendu quoi que ce soit pour les en avertir.
- Ce n'est que mon serpent à sonnette, il ne faut pas avoir peur. L'ingrat s'est enfui depuis hier et je crois qu'il me fait une crise d'adolescence, déclara Luna tenant une souris morte par la queue. Je devrais peut-être penser à lui trouver une compagne, ajouta-t-elle à elle-même avant d'aller agiter la proie près de l'endroit où le bruit avait créé tant d'émoi.
- Luna, depuis quand as-tu ce serpent? S'indigna Ginny qui avait à présent ses deux enfants dans les bras.
- Albus, la première souris femelle que j'ai recueillie, a eu treize portées en un peu plus de six mois avec Severus, le mal que j'avais déjà depuis quelques semaines. J'étais particulièrement contente qu'ils s'entendent bien mais à force ils se sont entendu de trop si bien que une vingtaine de jours plus tard, j'avais onze souriceaux, un mâle nommé Cédric, et dix femelles. Après, pour les autres naissances, je sais pas vraiment si Severus en est le père où si c'est Cedric, ou bien tous leurs fils suivants... Le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ont bien profité de leur nouvelle vie, sourit Luna. Ils ont bien réussi leur réincarnation. D'ailleurs si la population sorcière se reproduisait aussi bien que la descendance d'Albus et de Severus, on aurait moins de soucis de population décroissante. Enfin, au final, je me suis retrouvée avec une famille trop grande à gérer... Du coup, comme j'avais été à la base de cette colonisation territoriale, j'ai réalisé que je n'aurais pas dû laisser seul Albus et Severus ensemble et qu'il fallait maintenant réparer l'équilibre naturel. Enfin pauvre Severus, il n'aura pas bien pu profiter pleinement de sa nouvelle vie, reprit-elle tristement en regardant la souris entre ses doigts.
- Albus et Severus? S'écoeura Ginny qui voyait autant de dégoût dans le regard d'Hermione. Et le serpent, tu lui as donné quoi comme petit nom? Demanda-t-elle avant de sursauter à nouveau au sifflement de l'animal maintenant proche d'elle qui devait être attiré par l'odeur de la souris morte.
- Rusard!
- Mais, il n'est pas mort que je sache, intervint Hermione.
- Oui, je sais, répondit naturellement Luna. Mais j'ai eu l'impression qu'il voulait que je l'appelle comme ça. Vous comprenez, j'ai pas voulu le vexer.
- Oui, bien sûr, s'obligea à ne pas rire Ginny.
- Oh mais, comme ils ont grandi! S'extasia Luna en regardant les petits Potter qui supplièrent du regard leur mère afin qu'elle ne les lâche surtout pas. Le petit Andrew est le portrait craché de sa marraine, reprit-elle en surprenant les deux autres femmes qui ne purent résister à rire légèrement. Votre visite me fait vraiment plaisir, vous savez. Il y a longtemps que personne n'est venu dans ma belle maison. Je vous en prie, entrez, invita-t-elle alors qu'Andy réclamait de retourner chez lui « tout de suite ».
Andy avait beau implorer la grâce de sa mère puis de sa marraine voyant que ça ne marchait pas avec la première, tous passèrent le pas de la porte de l'ancienne Serdaigle. L'intérieur de la maison était égal à son extérieur et effectivement, des dizaines de souris courraient partout sur le sol sans se préoccuper un instant des visiteurs. Lizzy en devint blanche de terreur au point que sa mère commença à regretter d'être venue. Il fut clair pour Hermione qu'elle devrait abréger et en venir à la raison de leur visite. Elle attendit que Luna enlève les deux souris mortes dans ses pièges avant de les placer dans un bocal, pour lui réclamer son attention. Hermione commença par lui demander si elle était au courant pour Drago et elle, et forcément, la réponse fut surprenante. Faisant confiance au Chicaneur, journal tenu par son père, elle félicita Hermione d'être enceinte de Ron qui refusait sa paternité. Pour elle, Drago était bien généreux d'en prendre les responsabilités et elle comprenait parfaitement qu'ils veuillent officialiser leur union. Bien que ça ne fit pas rire Ginny, Hermione demanda un exemplaire du magazine où il était fait mention de sa grossesse fictive en se promettant de le laisser « par erreur » aux yeux de sa belle-mère à l'occasion. Naturellement, elle démentit ensuite tout ce qui concernait sa prochaine maternité contrairement au mariage qui lui, était bien d'actualité. D'une voix frêle et aiguë, Luna lui demanda simplement si elle était heureuse et avec une certaine gêne vis à vis de Ginny, elle répondit oui timidement. La locataire des lieux se félicita de son bonheur à venir en la serrant dans ses bras, ce qui dégoûta Andy qui en tira la langue discrètement. Hermione lui demanda ensuite d'être son témoin et le « pourquoi » de Luna eut de quoi la déstabiliser. C'est sûr qu'elle avait de quoi se poser cette question mais Hermione espérait une toute autre réaction. Tous les arguments qu'elle sortit avec Ginny n'eurent pas trop d'impact et lorsqu'elle pensait que Luna dirait définitivement non, elle la regarda droit dans les yeux.
- Tout simplement parce que j'en ai envie Luna. Tu ne peux pas refuser ça à une future mariée à huit jours de son mariage, n'est ce pas?
- S'il te plait Luna? Tu ne peux pas me laisser seule ce jour là? Insista Ginny.
- Très bien, céda la jeune femme. J'accepte.
Soulagée, Hermione lui expliqua ensuite le repas du soir et même si à nouveau l'idée de retourner à la société ne plaisait pas trop à Luna, elle finit par donner son accord sous réserve que Rusard rentre enfin chez lui. Les enfants de Ginny firent savoir à leur mère qu'il n'était maintenant plus nécessaire de rester ne serait-ce qu'une seconde. Hermione remercia quand même Luna de sa participation à cet événement spécial pour elle et la future témoin répondit que de toute façon, elle n'avait rien d'autre prévu ce jour là. Amusées par le personnage toujours égal à elle-même au fil des années, les deux amis l'embrassèrent avant de partir au grand soulagement des deux petits Potter que Luna compara à leur parrain juste avant de refermer la porte. Ginny proposa ensuite à Hermione de rester un peu jusqu'à l'arrivée d'Harry, ce qu'Hermione ne refusa pas vu que ça faisait presque quinze jours qu'elle n'avait pas vu les petits monstres. Naturellement, Ginny engagea la conversation sur ce que la Gazette prétendait et Hermione dut se justifier à nouveau bien que pour le dossier Narcissa, elle sortit la version officieuse. Ginny rigola à entendre le récit de la veille et se proposa de venir avec elle au moins un jour d'essayage. Le petit Andy accapara ensuite de l'attention de sa marraine en l'emmenant voir sa nouvelle cabane faite par ses « tontons pareils » et les deux femmes furent même invitées à prendre le thé par la petite Lizzy qui avait transformé le château fort en salon privé au grand désespoir de son cadet. Ce moment familial fut apprécié tel une bouffée d'oxygène dans le quotidien de la future Lady Malefoy et c'est presque à contre coeur qu'elle redescendit pour saluer son meilleur ami. Harry était assez content de la voir et n'attendit pas pour lui demander avec la plus grande sincérité si tout allait bien. Il lui rappela qu'il pouvait l'aider si besoin mais bien que le geste soit touchant, Hermione rassura les craintes de l'auror en investigation. Elle expliqua ensuite les raisons de sa présence et elle ne fut pas certaine d'être sûre que ce soit l'idée que sa femme et sa meilleure amie se retrouvent avec autant de repenti ou le fait de garder seul ses enfants qui le perturba autant. Le récit de la rencontre avec Luna et surtout le nom des souris eut de quoi détendre ensuite l'atmosphère, bien qu'Harry donnait l'impression de se forcer un peu, surtout quand elles développaient leurs imaginations autour de Severus et d'Albus. La seule consolation d'Harry fut de savoir que Severus allait atterrir dans l'estomac de Rusard et il en espéra même que ce dernier en ait une indigestion. Puis, Hermione prit congé de ses amis, l'heure tournant, et donna donc rendez-vous à Ginny pour vingt heures au restaurant, comme prévu. Les petits tentèrent de la retenir en se lestant sur chacune de ses jambes mais la baguette de leur père était bien plus efficace que leur poids. Fesses en l'air, bras se débattant, hurlant de retourner à terre tout en pestant sur leur « méchant papa », ils ne firent même pas attention au départ définitif de leur marraine hilare.
Sourire aux lèvres, Hermione retourna donc à l'appartement de Drago mais une idée lui vint en tête: sa robe rose. Elle se rendit donc sur le Chemin de Traverse pour se passer à son appartement et c'était sans compter sur le retour de la momie, heu, de Boris, naturellement. Choquée par la vue qu'elle avait, Hermione chercha à comprendre l'incompréhensible. Boris, en bas de son immeuble, entouré de quatre filles toutes totalement subjuguées devant « la chose ». Aussi macho qu'à son habitude, il semblait parfaitement heureux de se retrouver au milieu d'autant de faveurs et le tout avait de quoi provoquer des cauchemars à vie. Elle qui pensait jusque là qu'il n'était qu'un Cracmol, là, la « bête » devait être un peu magicienne en plus d'être désespérée pour « enchanter » (au sens premier du terme) ces « belles ». Lorsqu'elle passa près de lui, en priant tous les dieux possibles de passer inaperçue, elle eut finalement la sensation qu'il n'y avait aucune puissance supérieure dans ce monde. Boris la remarqua tout de suite et éjecta les quatre autres comme si elles n'avaient plus de valeur à ses yeux. Là, encore, il valait mieux ne pas chercher à comprendre pourquoi un homme pareil ne profitait pas plus de cette situation qui ne devait pas arriver tous les jours.
- Alors ma belle? Je te manque déjà? Ton Mangemort ne te satisfait plus? Tu as enfin retrouvé la raison et surtout le chemin de mon appartement? Besoin d'être consolée? Demanda-t-il d'un air conquérant et avec un culot monstrueux.
- Non, non, non et non et toujours non! Répondit-elle rapidement en tentant d'échapper à la zone franche de son odeur corporelle.
- Hermione chérie!!! S'écria-t-il désespérément alors que cette dernière montait déjà les premières marches des escaliers avant de reprendre sa minauderie avec les quatre écervelées comme si de rien était.
Arrivée en haut, essoufflée, elle saisit vite un sac, déposa délicatement sa robe rose à l'intérieur, prit aussi quelques bijoux pouvant servir pour faire honneur à la soirée, une paire de chaussure adéquate, et referma aussi sec la porte de son 20m². En bas, après avoir brièvement salué une voisine qu'elle croisa, elle attendit que le Don Juan impensable tourne la tête pour s'enfuir sans se retourner. Elle entendit bien un « Herrrrrmiiooooone » prononcé vivement mais il était bien sûr hors de question de lui montrer un quelconque intérêt. Par contre, les gens dans la rue la remarquèrent et de nombreux gens la pointèrent du doigt au point que quelques femmes écartèrent leur progéniture de sa route de peur qu'elle ne véhicule la peste. Hermione se sentit blessée sur le moment mais ces réactions ne l'étonnaient finalement pas. La méfiance était encore bien présente dans leur communauté et c'était bien pour ça que ce mariage avait une si grande importance pour le ministère. Il fallait briser des tabous, ouvrir les esprits et en finir avec une moralité séparatiste entre les vieilles familles et les nouveaux venus.
Enfin arrivée chez elle, Hermione vit son chat en l'air, griffant de toute ses forces une bulle de salon qui l'entourait et qui le faisait flotter dans les airs. Etonné dans un premier temps, très vite un « Drago !! » se propagea fortement dans l'appartement. Tel un parfait innocent, celui-ci se montra tout en finissant de s'habiller pour la soirée et ne porta visiblement pas attention à ce qui flottait au dessus de lui. Hermione pouvait voir son chat miauler à la mort sans qu'une mouche ne puisse l'entendre et vu la mauvaise foi de son fiancé, un bras tendu pointant le matou volant se déploya avec vigueur. Drago leva la tête, rigola sur le coup à voir la position pittoresque du tas de poil puis haussa les épaules avant de repartir dans la chambre. Outrée, Hermione le suivit sans pour autant libérer son chat maintenant également en rogne contre elle, et demanda des explications sans tarder au tortionnaire de félins qu'était son futur mari.
- Il put! Déclara-t-il à force de recevoir des morales de la propriétaire du miauleur.
- Comment ça il put! Un chat c'est propre je te signale! Il n'y a pas plus propre!!! Répliqua Hermione indignée.
- Seulement tu as oublié de mentionner qu'un chat qui a des gazes, il put! Et le tien décimerait des populations entières en cas de problèmes gastriques!
- Et ça justifie que tu l'enfermes dans une bulle? S'indigna-t-elle en posant ses points sur sa taille.
- Attends, tu n'étais pas là que je saches quand ce truc a ... Tu sortirais avec lui dans la rue juste au moment où il a besoin de « s'aérer », tu n'aurais plus besoin de baguette pour te défendre parce que l'odeur serait aussi efficace qu'un sort interdit.
- Oui, bon ça va maintenant, ça lui a visiblement passé sinon il serait mort dans sa bulle par sa propre odeur, déclara-t-elle en tentant de garder son sérieux.
- Dommage... murmura Drago avant de prendre sa baguette et libérer le matou qui retomba peu délicatement sur ses pattes.
- Remarque si besoin je sais à qui le confier durant notre lune de miel. Je suis sûre que ta mère sera ravie de s'occuper de lui...
La sonnerie de la porte empêcha Drago de répliquer mais le regard peu réjoui de celui-ci ne laissa aucun doute sur se qu'il pensait de cette idée. Hermione en profita pour prendre sa douche et se préparer sans faire attention à ce qui retenait Drago d'une tentative vaine à la rejoindre sous l'eau. Lorsqu'elle fut enfin prête, robe enfilée, cheveux pas trop mal domptés sans magie, maquillage discret mais flatteur, petit collier à effet et chaussures dépoussiérées, elle sortit enfin de la chambre tout en ajustant ses bouches d'oreilles. Constatant très vite que Drago n'était pas seul, elle releva tout de suite la tête et mit quelques minutes à reconnaître son ancien camarade d'école, bien que le mot camarade ne soit pas franchement adéquate pour leur relation. Assis autour d'un verre presque vide, Drago tout comme Zabini, eurent du mal à finir leur phrase à la sortie de la jeune fille, silence assez flatteur pour Hermione soit dit en passant. Drago se ressaisit en se levant et présenta officiellement son témoin à sa fiancée. Blaise la déshabilla du regard, ce qui ne plu pas au seul autorisé à ce genre de pratique, avant de lui faire un baise main dans les règles.
- Et bien, je peux comprendre que la particularité de ses origines ne te soit plus aussi importante quand on voit ce que les années arrivent à faire sur des cas aussi désespérés que la Miss Je sais Tout, déclara-t-il à moitié amusé. Je me rappelle encore de ses chemises tachées d'encre, de sa façon de courir dans les couloirs avec dix livres sous le bras, levant le bras même pour tousser en classe... et voilà que maintenant, elle s'apprête à mettre la main sur la propriété exclusive jusqu'alors de Pansy Parkinson... Les choses changent, il n'y a pas de doutes mon cher Drago...
- Oui, bah pas trop non plus, commenta-t-il fermement en prenant Hermione par la taille ce qui fit rire son ami.
- Drago Malefoy, jaloux, en voilà une autre de première, pouffa Blaise. Ne t'inquiète donc pas va, comme toujours, « toutes sauf les miennes », n'es-ce pas vieux frère?
Entendre Blaise parler ainsi tétanisa Hermione. Certes, elle n'ignorait pas que la mère de celui-ci collectionnait les maris sans que personne ne s'inquiète de la façon dont elle s'en débarrassait mais à voir celui qui était si froid d'apparence devenir si chaud dix ans après, il y avait de quoi la déstabiliser. Hermione réalisa ensuite les paroles de Zabini « toutes sauf les miennes ». Il n'y avait aucun doute sur la pseudo fidélité que Pansy pouvait espérer de son fiancé à l'époque. De la façon dont le brun avait sorti ça, Hermione pouvait aller jusqu'à imaginer que Parkinson était la plus cocue d'Angleterre à cette époque. Seulement, pouvait-elle y voir de quoi se méfier maintenant? Si Drago avait été largement butineur avant, continuerait-il une fois marié avec elle? Le léger fard à joue qu'elle avait mis quelques minutes plus tôt ne put alors pas cacher sa blancheur soudaine à l'idée de récupérer la couronne jaune de la Serpentarde.
- Soit ravi Blaise, cette phrase va se réduire maintenant à « toutes sauf elle ». Tu as même droit à t'essayer avec Pansy si ça te chante mais tu restes à une distance raisonnable d'Hermione.
- Tu n'aurais donc pas confiance en ta promise? Se moqua l'intéressé.
- Elle si, toi non, répondit-il avant de regarder Hermione. Je ne te fais pas témoin pour que tu me piques ma femme, bien que je sois sûr que tu t'acharnes en vain sur ce point. Je lui fais trop bien l'amour pour ça, plaisanta-t-il à répondre afin de détendre autant l'atmosphère que pour provoquer sa partenaire.
- Oula, pas de détail je t'en prie, un peu de pudeur quand même, ironisa Blaise presque hilare alors qu'Hermione était de plus en plus mal à l'aise.
Les deux hommes se comportèrent ensuite comme si la discussion n'eut jamais lieu et Hermione découvrit alors une partie de la vie de Drago qu'elle ne soupçonnait même pas, ses relations amicales. Autant Drago avait eu besoin de se justifier auprès du ministère, autant Blaise lui, avait clairement préféré profiter de sa jeunesse dans les bars que sur le front. En parfait Serpentard, il avait vu ses intérêts dans le tissage d'un réseau de contacts, particulièrement féminin d'après des rumeurs assez fiables. Blaise expliqua également avoir été le parfait alibi pour Drago lorsque Pansy le retrouvait avec une fille dans son sillage et qu'il pouvait le remercier bien des fois de soirées bien plus « concluantes » que celles de son meilleur ami. Même si Drago affirma qu'il n'avait plus besoin de ses services puisqu'il aurait ce qu'il faut dans son propre lit, argument très fin aux yeux d'Hermione au passage, celle-ci se fit note à elle-même de toujours se méfier de l'association « Drago-fille-Blaise ». Le trio prit ensuite la direction du restaurant où ils furent attendus par Seamus en personne. D'après lui, Luna était là déjà depuis une grosse heure et après vérification sur le pendule de l'entrée du restaurant, Hermione se soulagea de constater qu'ils n'étaient pas en retard, bien au contraire. Elle entendit alors la surprise de Zabini à ne pas connaître la demoiselle avant de s'indigner d'une réaction digne de « Yerk, Pitié, pas ce machin là » ou bien d'un « les fréquentations de ta future femme sont à revoir » qui eut comme réponse de Drago « non, tu crois? » bien ironique forcément, qui leur valut à tous les deux une jolie remontrance de la part de la future mariée « les bonnes manières s'appliquent aussi à ceux qui les prêchent... »
Placés par Seamus, Hermione fit les présentations officielles avec Luna avant qu'un long et inquiétant silence s'installe autour de la table. Luna fixa Zabini plusieurs minutes avant de se rappeler enfin qu'il était bien à Poudlard avec elle et que c'était même lui qui lui avait fait remarquer une fois qu'elle avait mis son pull à l'envers. Au grand étonnement des trois, elle en profita pour le remercier enfin. Sans être formel, Hermione supposa que Blaise s'était probablement moqué d'elle et rien d'autre mais Luna restait Luna. A vingt heures précises, Nott arriva à son tour et se plaça par obligation à côté de la Serdaigle. A son tour, Théodore Nott fut examiné à la loupe par sa voisine au point de regarder dans son verre s'il n'y avait pas un truc sur son visage. Son désappointement pouvait laisser penser que tout allait bien à ses yeux cependant, les deux cicatrices peu gracieuses, qui n'arrangeaient pas un physique déjà bien peu avantagé par la naissance, laissèrent perplexes l'ancienne membre de l'Ordre du Phénix. Le nom de famille « Nott » était tristement célèbre surtout par le père mais le fils n'avait pas eu le même cran que Drago pour se rebeller face à la pression paternelle. La justice l'avait tout de même gracié du fait qu'il n'avait aucune mort attribuée à sa baguette mais les soupçons avaient fait suffisamment de mal pour lui compliquer la vie d'après guerre. Sa présence aux côtés de Drago semblait par contre mystérieuse et elle se promit de lui demander dès que possible de lui expliquer cette relation. Avec plus de vingt minutes de retard, Ginny fit enfin son apparition toute essoufflée, en s'excusant de n'avoir pas pu arriver plus tôt. Deux enfants et un mari offraient des millions de possibilités de dégâts potentiels à ses yeux. Hermione rigola légèrement à imaginer Harry rassurer tant bien que possible sa femme puis fit les présentations officielles à nouveau. Drago lui fut présenté alors pour la première fois comme fiancé de celle qui aurait dû être sa belle-soeur et ce moment resta le plus délicat de la soirée. Le conflit d'intérêt de l'ex Weasley était flagrant même si elle faisait bonne figure pour offrir une belle soirée à sa meilleure amie. Ponctuant la soirée de par leurs interventions, Luna et « Ted » eurent de quoi provoquer des pouffements incontrôlés des quatre autres quand ce n'était pas des silences suites à des thèmes délicats.
- C'est quand même étonnant la vie. J'étais persuadée qu'Hermione aurait épousé Ronald. Tu n'es pas trop déçue, Ginny? Elle aurait pu être ta soeur par alliance! Demanda Luna alors que Drago ne se remit pas du culot de la jeune fille et que Ginny se sentit un peu seule au monde à l'instar d'Hermione.
- Le principal est que ma meilleure amie soit heureuse, n'est ce pas?
- Oui, oui, bredouilla-t-elle. Quelqu'un a soif?
Hermione compta alors 22 fois où elle regretta son choix concernant Luna, 19 répliques où c'est Drago qui n'en pensa pas moins de Ted, 16 interventions de Ginny pour tenter de désamorcer la situation, 12 fous rires de Blaise, 7 remarques peu valorisantes de ce dernier envers Harry, 3 verres que Ginny hésita à envoyer à la figure de l'insolent, 2 serviettes malmenées par le stress de la future mariée, un unique sourire de Ted durant la soirée sans compter les centaines de regards noirs de Drago pour l'ensemble des convives de la table avec une large partie réservée à Hermione. Quand ce fut le moment du désert, elle put ajouter à la liste, 5 reprises de parts pour Luna, 4 pour Ted, une sixième pour Luna, deux de plus ensuite pour Ted, encore une pour Luna victorieuse d'un duel improvisé où l'estomac filiforme de l'ancien Mangemort ne put supporter davantage. Les quatre autres en perdirent définitivement l'appétit au point de laisser tomber les cuillères et de laisser l'assiette pleine.
- Je peux? Demanda alors Luna sous le regard médusé des cinq autres.
- Tu as encore faim? Demanda Ginny avec un peu d'inquiétude.
- Non, je pense que ça va aller, mais je pense qu'Albus et le petit Severus Junior apprécieront ces douceurs, déclara-t-elle en ouvrant son sac avant de prendre délicatement les parts pour les mettre dans une serviette en catimini.
- Albus et Severus Junior? S'interrogea Drago avec étonnement.
- Je t'expliquerais plus tard, répondit Hermione en levant les yeux au ciel comme pour faire comprendre qu'il ne fallait pas trop chercher le rationnel dans les propos de son amie.
D'ailleurs, lorsqu'elle aborda le sujet en rentrant, Drago mit plusieurs minutes avant de réagir à ce qu'il venait d'entendre. Après la soirée qu'ils venaient de passer, découvrir ça était un peu comme la cerise sur le gâteau. Hermione en profita alors pour dériver sur le sujet Nott en faisant la remarque que ces deux là s'étaient au final très bien entendus surtout lorsque le sujet du déplacement la dernière colonie de Sombrals sauvages, actualité chaude du moment, fut abordé. Drago y répondit que Ted Nott n'était pas certes d'un aspect aussi facile que Blaise mais que l'un et l'autre lui avait bien souvent permis de faire un juste milieu de ses intérêts. Blaise lui avait offert un carnet d'adresses après son procès et Nott lui avait souvent rendu service lors de la guerre. Le genre de services qui ne s'oublient pas. Drago avait eu une dette envers lui et le moins qu'il pouvait faire c'était de l'aider à affronter la chute du Lord et de son père. A cette période sombre, le soutien de ces deux là avait permis à Drago de se relever avec un minimum d'honneur. Leur amitié était un juste retour des choses. Fatigués, tous les deux apprécièrent de s'allonger enfin dans leur lit après avoir constaté qu'il était presque trois heures du matin. Mine de rien, le repas avait eu le succès attendu soit un peu de politesse, pas ou peu d'insultes et surtout aucun mort. Avec ça, de nombreux photographes s'étaient fait une joie d'offrir à leurs journaux l'exclusivité des noms des témoins du fameux mariage en vogue et une photo de groupe improvisé avait immortalisé cette étrange réunion d'anciens camarades de Poudlard. « Qui l'aurait cru ? » pourrait être le parfait titre de l'article à venir parce que pas même les futurs mariés n'auraient pu répondre à cela. En tout cas, ils étaient satisfaits de leur contre-attaque face à la Gazette et tout en éteignant la lampe de chevet, Hermione sourit avant de faire un léger bilan.
- Dans une semaine, je serais à quelques heures de devenir ta femme, soupira-t-elle tout en s'installant confortablement contre Drago.
- Et quelques heures après, je pourrais envoyer valser ton fichu pari... déclara-t-il en provoquant autant une envie de rire que de répression à Hermione avant de la rendre songeuse. Enfin, je suppose que quoi que je dise ça ne t'influenceras pas, orgueilleuse comme tu es. Tu préférerais me voir souffrir que me permettre de te donner du plaisir, plaisanta-t-il tout en recevant un petit coup et de soupirer longuement. D'ailleurs si tu pouvais éviter de me coller comme tu le fais, ajouta-t-il en la regardant ensuite plus tendrement. C'est dur, tu sais... T'avoir là, à côté de moi, te sentir, et pouvoir à peine te toucher, continua-t-il avec une sincérité qui émut Hermione. Tu me manques ...
En sentant les bras de Drago se resserrer finalement contre elle comme s'il avait besoin de la sentir contre lui au plus possible, Hermione comprit que le jeu avait été trop loin. Les derniers mots de Drago lui firent oublier toute notion d'orgueil et de pari à respecter et tout ce qui compta à ce moment là pour elle fut de lui offrir l'affection dont il avait à présent besoin. Elle sentit ensuite les battements de coeur de son fiancé s'accélérer fortement et prit le parti de suivre son coeur. Si bien, une fois qu'il relâchat la pression, elle l'embrassa sur le torse comme pour indiquer son envie de tendresse à un Drago réceptif, puis, sans aucune résistance, elle se laissa emporter petit à petit vers la douceur oublié des lèvres, des mains, des caresses, de la sensation ultime d'être unis. Cette nuit là, Hermione avait certes perdu un pari important à ses yeux mais elle avait gagné un murmure avorté d'une phrase qu'elle savait maintenant à sa portée.
