Cher journal,
Nous sommes jeudi et, dans deux jours, je me marie.
J'ai beau me le répéter (et te le répéter), j'ai encore parfois du mal à le réaliser comme si une part de moi s'attendait à ce qu'il se passe une chose qui empêche ce moment.
J'ai fait un rêve cette nuit, enfin plutôt un cauchemar où, déjà, je me mariais avec la robe rose, mais passons sur ce détail, et au moment où le mage demande s'il y a quelqu'un qui a une raison de s'opposer au mariage qu'il le dise maintenant ou se taise à jamais, presque toute l'assemblée lève la main… Autant te dire que je me suis réveillée en sursaut. Même si c'est un rêve, je me dis que finalement, certains auraient de bonnes raisons de le faire et je vais probablement paniquer à cet instant précis…
Tiens, Drago hurle. Je reviens…
Bon, bah je pense pouvoir affirmer que mon chat serait le premier à émettre une protestation à mon mariage s'il était convié. Mais vu la bêtise qu'il vient de faire, Drago n'accepterait sa présence qu'en pâté en croute à donner aux colombes… Cet imbécile a eu tellement peur hier avec sa chute dans la baignoire qu'il a finalement passé la nuit dehors en s'échappant par le balecon. La chasse a été bonne puisqu'il nous a ramené trois rats et deux bébés oiseaux (oui affreux, sale bête) et dans un élan de générosité, il a placé son butin sur la chaise où Drago s'assoit le matin pour prendre son petit déjeuner. D'où le hurlement… C'est marrant mais j'en suis presque blasée maintenant. Il râle, il hurle, il est parfois froid et distant mais visiblement j'ai fini par accepter cette donne. L'amour, qu'est-ce que ça peut rendre con parfois franchement… Encore un peu et je lui trouverais des raisons à le voir égorger Pattenrond … Il faut vraiment que je me calme moi…
Enfin bref. Contrairement à hier, je me trouve assez sereine ce matin. Fatiguée mais sereine. Et non, je ne te ferais pas un détail de ma nuit passée. Elle reste privée… Fatiguante mais privée. En tout cas, ce qui est sûr c'est que je ne risque pas d'être une de ces femmes aigries et mal… « comblées » comme j'ai pu en voir hier au SSND… La société secrète des nobles dames… De quoi halluciner quand même. Je pensais en avoir vu mais là…
Ah, Drago m'appelle encore… Je reviens.
Bon, ça va, mon chat est encore en vie même si ce n'est qu'un surcis. En fait, je viens de recevoir un message de ma mère par hibou, chose assez rare en fait pour être soulignée. Elle se plaint de moins me voir, ce qui est possible effectivement, et demande à quand même rencontrer à nouveau ma belle-mère. Je ne sais franchement pas si c'est une bonne idée vu comment s'est passée la rencontre la dernière fois… Une idée de mon père j'imagine… Et puis, de toute façon, Narcissa dira non, j'en suis convaincue…
Drago me demande à nouveau. Il ne « m'aime » peut-être pas mais pas encore marié et il ne sait visiblement plus se passer de moi. :op
Allez cher journal, après la journée pas terrible d'hier, je me dis que celle-ci ne peut-être que meilleure…
A demain.
Hermione ferma son journal et resserra sa robe de chambre avant de rejoindre Drago à table. Cette fois-ci, pas de remontrances, enfin pas directement, mais son café allait être froid et pour une fois qu'il le lui préparait, ça aurait été dommage de ne pas en profiter, surtout pas au profit de son journal intime. Enfin, pour être plus exacte, Drago ne lui fit pas un roman pour la faire venir, il ne dit que deux mots : « Hermione, café ! » avant de reprendre la lecture de son courrier. Le reste, Hermione le devina facilement.
- Tiens, on dirait que ton tête-à-tête avec ma mère commence à porter ses fruits, lâcha-t-il après plusieurs minutes de long silence punitif.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Parce que j'ai une bonne raison de le dire, répondit Drago en la regardant du coin de l'œil avec un petit air moqueur.
- La bonne humeur est de retour, ça fait plaisir, répliqua-t-elle alors.
- C'est une lettre de mon principal client. Celui qui m'avait lâché hier. Il explique qu'il s'est emporté « hâtivement » et que ses sources n'étaient pas aussi fiables qu'il ne l'espérait. Rufus m'étonnera toujours. On pourrait attendre d'un homme comme lui d'avoir un minimum de fierté…
- C'est plutôt une bonne chose, non ? Demanda-t-elle en se souvenant précisément où elle avait entendu ce prénom précédemment.
- Oui, si on veut. Mais je peux t'assurer qu'il va ramer à présent pour que je travaille à nouveau avec lui, déclara-t-il en surprenant sa fiancée.
- Mais mon « tête-à-tête » avec ta mère hier avait justement ce but, non ?
- Si je comptais sur les autres pour régler mes problèmes, je serais mort depuis longtemps, Hermione. Professionnellement parlant, je précise, ajouta-t-il avant qu'elle puisse lui rappeler certains rendez-vous dans une certaine salle des archives.
- Alors ta journée compliquée d'hier ne consistait pas à essuyer les plâtres de Steve ?
- Si un client doute de moi, je préfère proposer mes services à la concurrence que de supplier. Et maintenant que j'ai réussi à avoir d'autres contacts à fort potentiel, il va falloir qu'il arrive à me convaincre de continuer avec lui…
- Moyennant augmentation des marges, j'imagine, ajouta Hermione avant de voir un petit sourire s'installer sur le visage de Drago.
- Ce n'est pas à exclure, effectivement. Ah oui, avant d'oublier, ma mère veut qu'on se voit ce midi tous les trois pour faire un point sur l'organisation du mariage.
- Ah, super, répondit instinctivement Hermione avant de voir le visage de Drago se refermer. Et la mienne souhaite nous inviter tous les trois à manger ce soir chez elle afin d'apprendre à mieux connaître ta mère.
- Ah super, imita Drago avant de réaliser ce que ça impliquait. Hermione, ma mère n'aime pas spécialement aller chez un moldu.
- Je serais bien tentée de te répondre qu'on ne fait pas toujours ce qu'il nous plait, mais pour le coup, je préférerais aussi éviter cette rencontre. Elles ne sont pas parties sur de bonnes bases et j'ai peur que ce dîner ne finisse en guerre sainte…
- On verra ça ce midi avec elle. Il faut que j'y aille.
Drago se leva, l'embrassa rapidement puis prit ses affaires et quitta l'appartement. Hermione resta pensive quelques instants puis soupira longuement. Elle qui pensait avoir vécu « une journée en enfer » la veille entrevoyait une suite « une journée en enfer, le retour ». Deux repas avec Narcissa dont un avec sa propre mère, le scénario se rapprochait plus de la catégorie « horreur / gore » que « comédie dramatique ». Avec tout ce qui se passait dans sa vie depuis plus de deux semaines, elle estimait avoir de quoi écrire un livre. Sauf que sa publication impliquerait un divorce, hors, autant c'est prévu chez les moldus, autant c'était non envisageable chez les sorciers… Hermione n'avait pas spécialement peur de Drago puisqu'elle lui avait plus d'une fois prouvé de quoi elle était elle-même capable mais c'est surtout la perte de ce lien entre eux qu'elle redoutait.
- Tanpis pour la gloire, hein Pattenrond. On se contentera d'une carte de membre à la SSND, expliqua-t-elle à son chat avant que celui-ci ne se mette à « mi-llier » et non « miauler ». Ce n'est pas faux, pour ça, encore faut-il être une noble dame, soupira-t-elle avant de reposer son chat au sol.
Hermione alla ensuite à la salle de bain pour se préparer et, vers neuf heures moins le quart, elle se mit en route pour aller à la boutique de robes de mariée où Ginny et Luna devaient l'y rejoindre. Cette journée s'annonçant extrêmement chaude pour une fin juillet, Hermione opta d'abord pour une tenue légère avant de voir la différence de couleur entre ses jambes. Si Rita voyait ça, elle aurait un bon pour un nouveau tour sur le manège du ridicule. Donc, pantalon…
Et, naturellement, en voyant Ginny aussi mince qu'élégante dans sa petite robe d'été, à se demander si ses enfants étaient bien d'elle, Hermione se sentit mal dans ses vêtements. Heureusement, Luna était là pour limiter la casse avec une tenue tout aussi exubérante qu'elle.
- C'est quoi cette tenue, Mione ? Demanda-t-elle justement.
- Une tenue de camouflage, répondit Hermione avant de remarquer que les deux autres n'assimilaient pas la référence aux tenues de l'armée moldue. Le petit passage à l'institut hier a laissé quelques traces que je ne veux pas immortaliser à leur tour…
- Tu as des pustules aux jambes ? Demanda Luna en provoquant la stupeur des deux autres. Ma grand-mère m'a toujours dit que les hôpitaux lui provoquaient des verrues. Elle avait un très bon remède pour ça, si tu veux, je peux t'en donner les instructions.
- Non, Luna, coupa Ginny. Hermione est allée dans un institut de beauté pour faire place nette de tout poils et pas dans un institut hospitalier.
- Ah, d'accord. Tu as des problèmes avec tes poils ?
- Luna, par pitié, dis-moi que tu t'épiles, supplia Ginny en fixant malgré elle, tout comme Hermione, les collants semi-transparents que Luna portait.
- Pourquoi m'épilerais-je ? Je n'ai pas de problème de poils. Ils vont très bien !
- Mais c'est une question esthétique, informa Hermione, atterrée. Toutes les femmes se font retirer régulièrement les poils des jambes, sous les bras et entre les jambes, ajouta-t-elle tout en se précisant à elle-même "quand on y pense ou par nécessité".
- Voir même la moustache, précisa Ginny.
- C'est complètement ridicule. Et pourquoi ne pas aussi tondre un lapin ou retirer les écailles d'une tortue pendant qu'on y est ! C'est contre nature! On est comme on est !
- Dans un sens, ce n'est pas totalement faux ce qu'elle dit, souligna Hermione.
- Elle est célibataire, rappela Ginny.
- Pas faux non plus, répliqua Hermione en comprenant les sous-entendus.
Souhaitant éviter de continuer la conversation, pourtant drôle il faut le dire, et surtout de ne plus imaginer Luna sans vêtements, Hermione invita les deux autres à entrer dans la boutique. Pour une fois, Hermione n'entra pas dans la cabine et laissa cette corvée à ses deux témoins. Ginny sortit la première et très naturellement, elle monta sur l'estrade afin de faire les ajustements. Luna sortit ensuite avec beaucoup plus de difficultés du fait qu'elle avait mis la robe au-dessus de ses vêtements. La vendeuse précisa alors de ne garder que ses sous-vêtements et, quand Luna ressortit, seule sa robe fourreau n'était plus sur son dos. Il restait donc collant et t-shirt à manches longues. Hermione se sentit obligée de demander de ne pas insister pour le moment. Heureusement, la robe lui allait parfaitement, tout comme à Ginny, à les voir toutes les deux, Hermione ne regretta pas son choix. A la fois simple et élégante, la robe sans manches était d'une couleur bordeaux associée à sa robe, avec un col en "v". Le tissu satiné donnait de la structure et la silhouette mince des deux filles terminait de donner une touche glamour chic au tout. La couturière demanda alors d'y ajouter éventuellement des gants mais quand Luna précisa qu'on n'était pas en hiver et qu'il allait faire chaud, la réponse fut évidemment non.
Hermione essaya ensuite la sienne et les dernières retouches se firent cette fois-ci pour les finitions afin d'atteindre la perfection. Ginny et Luna se mirent alors à côté d'elle et le trio put se contempler dans le miroir, tel un avant-goût de cérémonie. Ginny regarda ensuite Hermione avec émotion et l'embrassa sur la joue.
- C'est bien ça que tu veux ? Tu es totalement certaine, Hermione? Il n'est pas encore trop tard, tu sais...
- Les mariés doutent toujours à la veille d'un mariage, précisa la couturière. Mais j'avoue que si ça lui arrivait, je lui ferais les gros yeux après tous ces efforts pour avoir une robe prête en si peu de temps...
- Pourtant avec un peu de...
- Courage, coupa Ginny en faisant les gros yeux à Luna. Peu importe... Ce que je veux dire Hermione c'est que cette robe et tout le reste, ce n'est pas si important si tu souhaites changer d'avis. Il s'agit de ton avenir et c'est pour toute la vie...
- Au pire, il y a le divorce, souligna la couturière visiblement plus terre à terre que le voulait son métier.
- Sauf que là, ce n'est pas vraiment envisageable, insista Ginny avec un regard qui rappelait à Hermione le caractère magique et sacré de l'union dans leur communauté.
- Je sais, Gin', mais ça va, en fait, je suis assez sereine vis-à-vis de lui. Je me sens bien avec lui... J'ai l'impression d'être son égale et il a beaucoup de respect pour moi.
- L'homme idéal quoi, se moqua légèrement Ginny.
- Il est aussi plutôt joli garçon, ajouta Luna.
- Il n'est pas parfait, je le sais, et il y aura probablement pas mal de disputes, mais je me sens vivante à ses côtés et j'ai la sensation de lui apporter aussi quelque chose de vital pour lui.
- Pas de regret possible sur d'autres options qui s'offrent à toi ? Insista Ginny.
- Toi, tu as vu ton frère, comprit Hermione ne connaissant que trop son amie d'enfance.
- Hier soir, il m'a fait promettre de m'assurer que tu faisais le bon choix.
- Ron est vraiment adorable et j'aurais toujours de l'affection pour lui. Dans quelque temps, j'espère que je retrouverais au moins un semblant d'amitié entre nous, un peu comme avant avec Harry. Mais, quand j'étais avec lui, tout était toujours super compliqué et pas naturel. On avait du mal à se comprendre. Nous n'avions pas les mêmes attentes...
- Tu as tout ça avec Drago ? Demanda Ginny.
- En quinze jours, je ne pense pas qu'il soit raisonnable d'être totalement certaine, mais disons que depuis que je suis avec lui, oui, je me sens à ma place quand on est à deux. Et j'imagine que pour le reste, ça viendra avec le temps. J'ai déjà combattu des préjugés et ça ne m'a pas tuée, ça m'a même plutôt rendue plus forte dans mes convictions alors ni Narcissa, ni le ministère et encore moins l'opinion publique n'aura raison de mon couple.
- Tu m'as convaincue, soupira Ginny. Alors, permet-moi de te dire quand même que Drago a une chance exceptionnelle d'avoir pu me voler ma sœur de cœur... N'hésite pas à le lui rappeler de temps en temps.
- Je le ferai si besoin, oui, assura Hermione avec un petit rire.
- Et bien moi, mesdames, je peux vous annoncer que mon travail est terminé. Je m'occupe des dernières petites retouches cet après-midi et vous pourrez venir chercher vos robes et celles des enfants demain matin sans soucis.
- Parfait, félicita Hermione. Et encore merci pour tout ce travail.
- Ca a été un plaisir. Vous êtes magnifiques toutes les trois... Par contre, si je peux me permettre, pensez à prendre un soutien-gorge sans bretelles plutôt qu'un avec bretelles qui se détachent ou transparentes. Pas non plus de dentelles. Au plus simple possible et blanc. Pour la culotte, un string se verrait et vous ne seriez pas à l'aise, donc axez plus sur un boxer seconde peau. Et privilégiez des bas autoportants plutôt qu'une jarretière. La robe n'acceptera aucune fausse note de ce genre.
- On a oublié les sous-vêtements, s'affola alors Ginny. Tu as ça dans tes tiroirs ?
- Non, confirma Hermione, tout aussi embarrassée.
- Donc boutique tout de suite, ordonna sa meilleure amie.
- Si je peux encore me permettre, je connais une boutique parfaite pour tout ça, reprit la couturière. Et ce n'est pas très loin d'ici.
- Parfait, affirma Ginny.
- Et mademoiselle, continua la couturière à l'attention de Luna. Demain, vous aussi, optez pour des sous-vêtements plus classiques. Pas de collant en laine ou opaque, pas de sous-pull, pas de maillot de corps. La robe se porte juste avec ou sans soutien-gorge, vous pouvez vous le permettre, une culotte et éventuellement un collant fin transparent couleur chair.
- Je vais être toute nue sous cette robe, s'alarma Luna.
- C'est le but, oui, répondit fermement la couturière.
Luna sembla perplexe mais ne releva pas la remarque. Les trois filles retournèrent en cabine pour retirer leurs robes puis quittèrent ensemble les lieux pour se rendre trois rues plus loin dans une boutique de lingerie moldue. A peine entrée, une vendeuse leur sauta presque littéralement dessus et Hermione se sentit presque obligée d'expliquer la situation. Sentant probablement le chiffre d'affaire que la demande pouvait représenter, l'employée les amena au fond de la boutique, là où les pièces étaient les plus chères. Elle proposa d'abord une gaine blanche en dentelle à Hermione mais celle-ci répéta, encore une fois, la simplicité de ce dont elle avait besoin. La vendeuse insista sur deux ou trois ensembles avant que Ginny n'hausse définitivement le son.
- Ecoutez, on va réfléchir et on vous appelle si on a des questions. On va regarder tranquillement pour ne pas trop prendre votre temps.
- Mais je suis là pour ça, rassurez-vous, c'est mon travail.
- Et nous sommes trois, je pense qu'on pourra trouver ce dont on a besoin toutes seules, merci.
La vendeuse se vexa mais Ginny n'en démordit pas pour autant. Hermione regarda son amie du coin de l'œil avec un petit air complice avant de reprendre ses recherches. Seulement quelques minutes plus tard, elles furent interrompues par Luna qui leur présenta un ensemble franchement coquin.
- La fonction de ces vêtements est de cacher alors pourquoi sont-ils si transparents chez les moldus ?
- Eh bien, commença Hermione un peu mal à l'aise, disons que la lingerie sert aussi à séduire un homme, Luna, et certains hommes aiment que la lingerie soit moins opaque.
- Mais comment tu peux séduire un homme avec de la lingerie si elle est cachée par d'autres vêtements ?
- Ils la voient ensuite, quand leurs femmes se déshabillent.
- Donc il n'y a plus le besoin de séduire à ce moment-là. Et ça, ça sert à quoi ? Demanda-t-elle en montrant le dos de la culotte où il manquait "du tissu".
- Ca c'est un string, Luna, et c'est comme une culotte mais il y a une sorte de ficelle à la place pour qu'on voit moins la trace et ça peut être plus joli sous certains vêtements.
- Si c'est pour ressembler à un cochon en étant ficelée comme ça, autant les donner à la porcherie !
- Ça existe aussi chez les sorciers, Luna, tu en trouves quelques-uns chez Madame Guipure. C'est à la mode.
- La torture aussi était à la mode il y a cinq siècles, certaines valeurs se perdent et d'autres perdurent visiblement, répliqua-t-elle avant de reposer l'ensemble.
Hermione et Ginny rigolèrent discrètement avant de finir de faire leur choix. Hermione suivit scrupuleusement l'avis de la couturière mais se laissa convaincre par Ginny d'ajouter une nuisette adaptée à sa nuit de noces. Quand Luna précisa qu'il manquait le pantalon à son t-shirt en soie, les filles ne préférèrent pas répliquer. Elles aidèrent ensuite Luna à trouver ce dont elle avait besoin. A la caisse, la vendeuse demanda si tout avait été correctement avec un ton à la limite de la diplomatie commerciale et Hermione se dépêcha de payer. A l'annonce de la note, elle sentit une boule lui étrangler la gorge et quand Luna lui demanda une conversion en monnaie sorcière, elle chercha à savoir l'intérêt de payer une telle fortune pour quelque chose qui ne serait porté que peu de temps.
- Luna, quand un garçon commencera à te faire la cour, il faudra qu'on ait une petite conversation toutes les deux...
- Mais je sais comment se font les bébés, Ginny, je vois mes souris le faire tous les vingt jours, précisa Luna.
- Sauf que tu n'es pas une souris, souligna Hermione, complice de son amie.
En revenant sur le Chemin de Traverse, Hermione regarda sa montre. Il était déjà presque onze heure et elle avait rendez-vous à douze heure trente avec Drago et sa mère. Il lui restait donc une heure et demie à tuer et après avoir mis sa lingerie dans son sac sans fond, elle pris la direction du Chemin de Traverse.
Pour éviter toute remarque qui pourrait la déstabiliser à deux jours de son mariage, elle préféra mettre sa cape et abaissa la capuche. Elle décida ensuite de flâner tranquillement durant l'heure qui lui restait. Elle remarqua aussi quelques annonces d'emploi sur les portes des boutiques mais être vendeuse n'était pas spécialement une option envisageable, sauf si elle voulait ruiner ses chances de vie paisible avec Drago. Elle entra toutefois dans une boutique de décoration et meuble et, par pur hasard, elle tomba sur un petit objet en vitrine qui attira son attention.
- Ah ça, ma p'tite dame, c'est un objet de choix !
- C'est une boussole, n'est-ce pas ? Demanda Hermione en ne reconnaissant pas forcément bien la fonctionnalité de l'objet.
- Pas tout à fait, mesura le propriétaire du magasin. Cette boussole-là n'indique pas le nord mais la bonne voie où aller.
- Et quelle est la différence ? Questionna Hermione perplexe.
- C'est plus spirituel que mécanique. Regardez, il y a six symboles que vous pouvez paramétrer avec certains sorts d'orientation. Après le travail, les hommes s'en servent généralement pour se rappeler qu'une femme les attend quelque part, précisa-t-il comme s'il savait qu'avec un argument pareil, il pourrait faire mouche.
- Je le prends !
Une dizaine de minute plus tard, Hermione entra dans le restaurant en question et s'installa à la table que Drago avait déjà réservée afin de les attendre tranquillement. Elle prit une boisson fraîche et se laissa imprégner de cet objet. Il était le parfait cadeau de mariage pour Drago mais encore fallait-il bien le paramétrer. Naturellement, le symbole du cœur lui serait destiné, la pièce pour le travail, la maison pour leur appart, jusque-là pas trop de difficulté. Pour sa mère, Hermione hésita entre la tête de mort et le dragon mais elle savait que ni l'un ni l'autre ne serait du goût du futur propriétaire. Elle se résigna à y associer une espèce de roue à nombreuses branches. Une fois le dernier sort terminé, elle rangea alors le cadeau au fond de son sac avec le reste de ses courses du jour puis se leva très naturellement à l'entente de la voix de Narcissa qui était en avance sur l'horaire elle aussi.
- Vous êtes déjà là ? S'étonna-t-elle avec une petite pointe de reproche qu'Hermione associa à l'envie de refreiner le reproche qu'elle lui aurait probablement fait si l'inverse s'était produit.
- Vous m'avez appris la ponctualité, Narcissa, répondit simplement Hermione fière d'elle.
- Et l'art de faire une remarque indirecte, ajouta sa future belle-mère avant de s'assoir. Vous avez visiblement le don de vous adapter rapidement à une nouvelle situation, à croire que tout cela était prémédité, continua Narcissa qui lançait ouvertement une bataille qu'Hermione se sentait prête à relever.
- La subtilité des mots n'est pas la seule propriété de la noblesse, répliqua-t-elle en évitant de peu de dire « sang-pur » à la place.
- C'est ce que je constate, à croire que nombre de nos valeurs se perdent…
- Ou qu'elles s'acquièrent plus aisément que vous le pensiez…
- Mesdames, intervint alors Drago en arrivant aussi parfaitement que possible. Quelle ponctualité, moi qui pensais être en avance.
- Etre en avance relève de la ponctualité, souligna sa mère. Il me semblait te l'avoir toujours dit.
- Bonjour mère, répondit simplement Drago en embrassant Narcissa sur la joue.
Il se dirigea ensuite vers Hermione et l'embrassa à la commissure des lèvres ce qui fut autant sensuel que romantique sur le coup même si Hermione n'était pas spécialement contre qu'il l'embrasse plus passionnément devant sa mère histoire de l'irriter quelque peu.
Très rapidement, Narcissa prit la parole et, avant même que le serveur ne leur ramène la carte, elle déballa la chemise contenant tous les documents relatifs à l'organisation du mariage. Elle débita tous les détails sur la finalité de l'ensemble des prestataires choisis autant pour le repas, la déco que la soirée et, à l'écouter, Hermione eut l'impression qu'elle déballait ainsi à la fois tout son savoir mais aussi toutes ses ressources pour impressionner son fils et lui clouer le bec à elle. Mission réussie…
Hermione réalisa tout le travail accompli alors qu'elle imaginait Narcissa vacant à son jardin quand elle ne se rendait pas à la SSND, il n'en était de toute évidence rien. Le plan de table à lui tout seul, pour autant d'invités, relevait du miracle. Hermione venait d'échapper à plusieurs nuits sans sommeil rien qu'avec ça. Et, à écouter Drago en discuter justement avec sa mère afin de faire quelques réajustements, elle pouvait probablement en ajouter une de plus. Seule face à cette feuille, Hermione aurait fait un carnage, de quoi lancer une guerre civile dans leur communauté.
Quand elle revint à écouter plus attentivement la discussion, elle tilta sur le fait que Narcissa donnait des instructions précises sur le déroulement de la cérémonie. Et plus précisément qu'elle garderait les alliances avec elle jusqu'au moment où le mage les lui demanderait. Et puis quoi encore ?
- Pour les alliances, je préfère autant la tradition des enfants d'honneurs, lança alors Hermione, coupant ainsi la conversation mère-fils.
- Quelle tradition ? Demanda alors Drago, visiblement perplexe.
- Bah, tu sais, les petits enfants, le coussin, les pétales de rose, tout ça quoi !
- Non, je ne sais pas, insista Drago.
- Une tradition moldue probablement, intervint alors Narcissa, or c'est un mariage sorcier donc parfaitement inutile.
- Ou parfaitement indispensable, insista Hermione plus déterminée. Je suis née moldue et c'est exactement la direction que veut le ministère, un mariage mixte, autant pour les mariés que pour les traditions.
- Est-ce vraiment nécessaire ? Demanda Drago pour tenter de minimiser la situation.
- Et bien, en plus d'être mignon, ça montrera aussi que nous assumons nos choix.
- Il est bien trop tard pour trouver un enfant et prévoir sa tenue, même avec mes contacts, je ne saurais pas faire de miracle à deux jours du mariage. Il fallait m'en parler plus tôt.
- Rassurez-vous, Narcissa, il se trouve que cela me semblait tellement évident que j'ai déjà pourvu à ce point. Les tenues d'Andy et Lizzy seront prêtes demain matin avec les robes de Ginny, Luna et la mienne. Ne reste que le coussin mais je pense pouvoir le trouver facilement.
- Andy et Lizzy ? Répéta Drago. Tu veux dire…
- Mon filleul et sa sœur, oui. Et avoue, qui de mieux que les enfants d'Harry Potter et sa femme comme témoins pour donner le ton politiquement correct qu'attend de nous le ministère ?
- C'est ridicule, le ministère n'a pas vraiment besoin de ça, assura Narcissa. Et les enfants sont tout sauf des points de confiances dans un pareil évènement. Ils pourraient perde les alliances, trébucher sur l'allée, s'enfuir, hurler ou pire, pleurer.
- Andy est un garçon très mûr pour son âge et un mariage sans imperfection frôle la supercherie, déclara Hermione en fixant son fiancé.
- Très bien, on fait comme ça, statua Drago en évitant clairement de regarder sa mère à ce moment-là.
- Autre point à aborder, Narcissa…
- Ce n'est pas forcément le bon moment, coupa Drago, mangeons avant…
Hermione comprit le message. Sa mère étant contrariée, lui proposer un repas dans une maison moldue avec ses parents n'était pas idéal à cet instant précis. Néanmoins, au moment du café, Hermione remit les pieds dans le plat généreusement. Naturellement, Narcissa refusa net sur le coup et une nouvelle fois quand Drago insista. Hermione avait eu son coussin, Narcissa n'allait pas lui accorder en plus ce genre d'humiliation supplémentaire. C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'un serveur apporta un petit plateau avec une missive pour Hermione. Surprise sur le coup, elle prit l'enveloppe et l'ouvrit délicatement.
« Très chère Hermione,
En vue de ce bel évènement samedi, j'aimerais vous convier à prendre part personnellement à l'organisation de votre cérémonie à mon domicile. Je vous attends donc pour 14h00 et j'espère bien vous garder pour le thé.
Je vous souhaite un excellent appétit et je vous serais reconnaissante de passer mon bonjour à mon petit neveu également.
A.R.»
Lady Amélia Robinson, bien évidemment. Et elle y vit à nouveau le genre de message indirect qu'Hermione commençait à lire aussi parfaitement que certains dialectes gallois anciens. Lady Robinson savait probablement que Narcissa les accompagnait et elle lui faisait clairement savoir qu'elle n'était pas la bienvenue. Hermione sourit avant de remarquer l'attente de Drago et sa mère. Le tout était à présent de savoir comment gérer la situation et la mettre à son avantage.
- Ta grande tante te passe le bonjour, Drago. Elle souhaite m'inviter chez elle pour prendre le thé.
- Ah, très bien, répondit simplement Drago en sentant probablement autant qu'Hermione la pression de l'atmosphère augmenter sensiblement.
- Je vais en profiter pour l'inviter à manger à la maison ce soir. Ma mère a dû déjà prévoir la quantité de nourriture et je ne voudrais pas la vexer davantage.
- Ca ne sera pas nécessaire, déclara alors Narcissa. Votre mère me veut et elle m'aura.
Sur cette parole, telle une reine dans toute sa splendeur, Narcissa se leva la tête haute, pris ses affaires, souhaita poliment un bon après-midi et s'en alla. Drago fit son regard si particulier n'exigeant aucun commentaire et il profita ensuite d'être juste tous les deux pour l'embrasser plus intimement qu'en début de repas.
En arrivant chez Lady Robinson, Hermione sentit à nouveau cette sensation douce d'être juste bien. Ce manoir lui inspirait confiance et douceur. Très vite, la propriétaire des lieux se fit connaître, à quatre pattes, au milieu de ses fleurs, telle une domestique assignée au jardin. Hermione fut surprise sur le coup tellement le contraste avec ses précédentes rencontres était énorme. Et puis, finalement, elle trouva tout cela évident. Amélia Malefoy Robinson était surtout tout ce que Narcissa n'était pas, une femme sereine et bien dans sa peau malgré son âge avancé.
- Je commençais à me demander si la mère de mon petit neveu n'avait pas trouvé un stratagème digne d'elle pour vous empêcher de venir.
- Elle n'a pas osé mais son regard était sans équivoque qu'elle y a fortement pensé, indiqua Hermione tout en s'approchant.
- Vous voyez, Hermione, cette fleur pousse sur ce domaine depuis cinq générations de propriétaire maintenant. Elle est presque aussi ancienne que le manoir lui-même. Et à ma mort, j'espère que le prochain en prendra tout autant soin…
- Elles sont très belles, gratifia Hermione en fixant ce mélange d'orchidée et de lys. Et elles sentent vraiment bon. On dirait du muguet mais en plus fort, c'est très étonnant pour ce type de fleur.
- Oui, et elle a la particularité de pousser trois fois dans l'année, une au tout début du printemps avec les jonquilles, une autre au mois de mai avec le muguet et une troisième fois juste après les grandes chaleurs d'août. Si ces pousses étaient arrivées à maturité, vous auriez pu les prendre pour votre mariage.
- Elles sont bien plus jolies dans ce jardin et puis Narcissa aurait pris plaisir à renverser accidentellement au moins un vase.
- Que dites-vous là, enfin, s'indigna faussement Amélia. Une lady ne fait jamais rien par accident, elle aurait piqué une colère juste pour pouvoir se défouler, voilà une chose plus probable.
- Effectivement, sourit Hermione tout en aidant Lady Robinson à se relever.
- Ah la vieillesse, soupira l'intéressée, elle ne fait pas de cadeau, très chère, profitez surtout bien de votre vie et de votre jeunesse. Ne perdez surtout pas de temps à des broutilles qui n'en valent pas la peine ou vous deviendrez comme votre belle-mère… Ah voilà, nous y sommes, pointa-t-elle vers l'endroit où devait se dérouler la cérémonie. Narcissa a un regard bien arrêté sur la cérémonie et j'avoue avoir mis à la porte deux soi-disant spécialistes en décoration. On va la faire à ma manière et surtout, suivant vos envies !
Sur le coup, Hermione stressa à comprendre que tout le travail de sa future belle-mère sur l'un des points les plus complexes venait d'être annihiler. Mais quand elle vit la grande-tante de Drago sortir sa baguette magique et faire pousser des petites haies en forme de demi-cercle pour entourer l'espace, faire pousser des énormes camélias en fleurs aux deux extrémités et des clématites de différentes couleurs imbriquées dans les arbustes, le résultat fut aussi romantique que solennel. Le nombre d'invités étant conséquent, elle demanda de l'aide à Hermione pour délimiter délicatement les allées du jardin menant au lieu de culte. Elles y ajoutèrent quelques bosquets avec des bancs, des petites fontaines et des angelots ici et là. Pour que tout le monde puisse bien assister à la cérémonie, il leur paru évident d'installer un petit kiosque fleuri en marbre pour abriter. Ce point-là prit plus de temps et d'énergie, ci-bien qu'Hermione le termina seule. Le fait qu'il soit en rond permettrait l'installation de chaises en demi-cercle. Avec le manoir en fond de plan, les invités ne pourraient en aucun cas être déçus de leur présence.
Estimant avoir bien travaillé, Amélia convia Hermione à prendre le thé à l'intérieur. Le personnel d'Amélia était en plein ménage intensif qu'elle justifia par l'inspection en règle que toute la bonne société de leur communauté lui ferait subir au soir. Même si l'une de ces bonnes dames trouveraient toujours à redire, elle était bien décidée à leur compliquer la tâche. Hermione en rit et Amélia la regarda alors plus sérieusement.
- Vous êtes vraiment consciente qu'épouser Drago va demander plus que de simple politesse ? Pas que je ne vous sente pas capable de faire face, bien au contraire, mais vous risquez d'y perdre beaucoup au passage…
- Oui, soupira Hermione. Comme ma liberté…
- Oh, la liberté est un bien grand mot, pour moi, il se résume surtout à faire des choix et de les argumenter pour les rendre valable, sans cela, ça ne serait que pure folie, expliqua sagement Amélia.
- Jolie métaphore, je tâcherai de m'en souvenir, sourit Hermione.
- Drago me semble avoir beaucoup changé depuis ma visite chez eux où il n'était qu'un sale petit garnement à sa maman. La guerre change parfois la nature profonde d'un homme mais son environnement le ramène parfois à d'anciennes habitudes sans le vouloir.
- Moi qui pensais qu'après le mariage, ma vie serait nettement plus tranquille, se moqua légèrement Hermione.
- Oh ça, ma chère, ce n'est même pas envisageable, rit Amélia. Encore moins avec une belle-mère comme Narcissa, mais promettez-moi au moins une chose...
- Je vous écoute.
- Dès que vous aurez un peu le cafard ou que vous vous serez disputé avec mon petit neveu, ce qui risque d'arriver assez souvent, venez me voir pour en discuter. Déjà, parce que vous n'aurez pas meilleure oreille que la mienne vu votre situation et surtout parce que je vous apprécie beaucoup et que je me ferai un plaisir de donner une correction si besoin.
- Je vous remercie beaucoup de votre gentillesse, Lady Robinson.
- Déjà, je vous prie de bien vouloir m'appeler Amélia, surtout en présence de votre future belle-mère, et ensuite, sachez qu'il est bon d'identifier autant ses ennemis que ses alliés. Je vous dis donc à samedi matin alors, très chère Hermione. Tâchez de bien vous reposer, cette journée risque d'être très fatiguante car un mariage Malefoy n'a de romantisme que le nom, le reste n'est que représentation, contrat, alliance, diplomatie et stratégie, gardez ça en tête lorsque toutes ces personnes bien intentionnées vous féliciteront soi-disant sincèrement pour vos noces…
- Je n'oublierai pas, promit Hermione avant de quitter son hôtesse.
En rentrant chez elle, enfin chez Drago, Hermione repensa encore à la discussion qu'elle venait d'avoir avec Amélia Robinson. La mise en garde de cette nouvelle vie était très claire mais elle y voyait surtout une leçon pour survivre le mieux possible aux nouvelles lois qui allaient s'imposer à elle. Amélia serait une alliée de choix face au reste mais il était évident qu'elle devait aussi montrer une certaine solidité pour éviter d'offrir à tous ses futurs ennemis une faille exploitable contre elle ou Drago. Et Amélia venait de lui donner une leçon équivoque : Narcissa Malefoy venait de perdre son statut de faille potentielle grâce à ces arrangements floraux. Un point pour la future Lady Malefoy en quelque sorte enfin plus exactement pour Lady Robinson, mais Hermione se promit de le lui rembourser.
Une fois dans l'appartement, Hermione se trouva lasse. Après une journée pareille, il y avait de quoi, et quand elle réalisait ce qui l'attendait encore, le peu de motivation qui lui restait s'envola. Elle n'avait alors qu'une envie : se mettre dans un vieux pyjama aussi confortable que moche, une paire de chaussettes bien chaudes, un plaid, un lit et un film à la télévision. Bon, pour la télévision, c'était raté, elle n'avait jamais eu la place dans son ancien appartement et Drago n'en avait pas non plus. Et puis quand elle se changea, elle vit l'état de ses jambes et en cria presque d'horreur. Sa peau était craquelée aussi nettement qu'un desert arride depuis des milliers d'années. Certes, la rougeur avait à présent disparu mais elle était surtout partie avec une partie de son capital séduction. Le hold up était intolérable et surtout scandaleux à deux jours du mariage ! Au vol !
- A croire que tout mon capital chance s'est concentré sur le choix de mon mari et s'est épuisé au moment où je lui ai dit oui… Je cumule franchement… Toi, au moins, tu n'es pas aussi regardant, Pattenrond, soupira Hermione en donnant une caresse à son chat.
Celui-ci joua parfaitement les faillots pendant au moins cinq minutes en ronronnant plus que nécessaire et en poussant parfois la main pour obtenir une caresse supplémentaire, puis il sembla légèrement plus nerveux et d'un seul coup, Hermione le vit partir sans demander son reste. La surprise laissa vite la place à la consternation : son chat venait de lâcher un gaz digne d'une épuration ethnique avant de faire un parfait délit de fuite.
- Mais, non, ce n'est pas possible, Pattenrond ! hurla-t-elle plus pour elle-même avant de s'enfermer dans la salle de bain pour éviter l'odeur à son tour. Cul pourri ! Cria-t-elle ensuite pour se défouler.
Enervée et stressée, elle décida alors de prendre un bain et pour éviter les péripéties de la veille, elle prit soin de fermer à clef la porte de la salle de bain. Toutefois, il était de toute manière peu probable que son chat ne pointe à nouveau le bout de son nez avant quelques temps, orgueil félin oblige… Elle prépara alors la baignoire et en attendant d'y mettre les pieds, elle s'appliqua un masque sur le visage. Un soldat se préparait de toute façon toujours avant la bataille. Un masque, un bain, et une quantité généreuse de crème Hermione irait donc chez ses parents exfoliée et hydratée, les armes les plus redoutable pour qu'une femme ai confiance en elle.
Encore fallait-il que ça suffise… Parce que vu la statue de marbre qui était à côté de son fils quand la mère d'Hermione ouvrit la porte, rien n'était gagné d'avance…
C'était la première fois que Narcissa Malefoy mettait les pieds dans une vraie maison habitée par une famille Moldue. La première chose qui lui déplut fut le bruit. Drago se sentit même le besoin de l'empêcher de sortir sa baguette. Il lui indiqua la télévision dès qu'ils entrèrent dans le salon où le père d'Hermione était en contemplation d'un match de polo. Sa femme se racla alors la gorge et comme si c'était prévu par avance, le père d'Hermione soupira discrètement avant d'éteindre la télévision alors que le match n'était pas terminé. Contrairement à sa femme, lui n'avait pas encore eu le plaisir immense de rencontrer la future belle-mère de sa fille. Et comme si Narcissa y trouvait là une occasion pour faire mouche, elle lui donna un sourire si enjôleur qu'Hermione eut peur que sa mère ne lui bondisse directement dessus pour rappeler à qui il était marié. Heureusement, Drago intervint juste à ce moment-là et évita de ce fait la faute diplomatique.
- Monsieur Granger, c'est un plaisir de vous revoir.
- J'imagine que je peux en conclure que je dois m'habituer à votre présence ?
- C'est le principe même d'un mariage, souligna Drago.
- Madame Malefoy, je présume.
- Vous présumez bien, effectivement Monsieur Granger.
- Bon, et si tu nous proposais à boire ? Demanda soudainement Hermione dont la soif devenait insoutenable.
La tension à son comble, il fut assez difficile de détendre l'atmosphère. Et les trois verres qu'Hermione s'était enfilés presque d'un seul coup ni changèrent pas grand chose, bien au contraire. Narcissa fit une remarque sur cette facilité à boire et la mère d'Hermione en profita pour riposter. Hermione tenta de désamorcer la bombe et plus elle tentait d'arrondir les angles, plus elle avait l'impression d'agrandir le trou qui constituerait sa tombe. Naturellement, entre les deux mères, il n'y eut aucun mot de trop, aucune colère directe et aucune bassesse, tout dans la finesse, et c'était presque ce qu'il y avait de pire. A ça, la mère d'Hermione reprocha à Narcissa de ne pas avoir eu la délicatesse de la consulter pour l'organisation du mariage de son unique enfant et Hermione se sentit honteuse de ne pas avoir pensé à ce détail avant. Néanmoins, avec l'emploi du temps de sa mère, dentiste comme son père et encore en activité, elle ne voyait pas quand elle aurait pu faire toutes ses démarches dans un monde qui la dépassait. Mais le principe était le principe et là, il y avait eu faute… Piquée au vif, Narcissa se défendit en expliquant, avec encore plus de détails que le résumé du midi, l'organisation du mariage dans son ensemble et la mère d'Hermione ne se priva pas de critiquer de nombreux points et surtout l'absence de certaines coutumes comme le fait que la future mariée devait faire sa dernière nuit dans la maison parentale.
- Je vous demande pardon ? S'étrangla Drago.
- Et bien, vos mœurs sont peut-être différentes mais nous, les non magiciens, nous avons une tradition qui veut que la future mariée retourne dormir chez ses parents la veille du mariage.
- Et nous, elle veut que la future mariée soit belle et bien proche de son promis ou de sa famille pour être sûr qu'elle soit…
- Non, maman, stop, c'est bon, c'est d'accord, Hermione dormira chez vous, coupa Drago avant que sa mère n'ai besoin de justifier du peu de confiance qu'on accordait aux futures épouses.
- D'accord ou pas, ce point était de toute façon non négociable, affirma Mme Granger.
- Et on fera des gaufres, comme quand tu étais petite, ajouta son mari en regardant avec plus de douceur sa petite fille.
- Tout ce que tu veux, papa, mais pas le brossage de dents en famille…
- Même pas un petit rappel ? Se moqua son père.
- J'ai toujours été bonne élève, papa, ne t'inquiète pas. Et puis, je ne vais pas au bout du monde, je reste à Londres et surtout, je reste ta fille.
- Oui, mais tu vas devenir surtout sa femme et j'ai un peu l'impression de te perdre, alors pardonne peut-être ma pointe de nostalgie…
- Les enfants grandissent bien trop vite, soupira sa femme. On s'habitue facilement à ce qu'ils aient besoin de nous et puis, voilà, pouf, l'oiseau quitte le nid…
- Maman, il y a longtemps que j'ai pris un appartement quand même, rappela Hermione.
- Oh, tu comprendras quand tu auras toi-même des enfants, ma chérie, tu comprendras, insista sa mère tout en regardant Narcissa. Et nous, on fera en sorte de bien s'entendre pour eux, n'est-ce pas ?
- Mon petit-fils saura trouver un intérêt là où il pourra.
- Alors, on prendra soin de faire des gaufres à notre petite fille, hein chéri ? Provoqua-t-elle sans faire attention aux regards stressés de sa fille et son future beau-fils.
- Ca sera un garçon !
- Ou une fille, reprit Madame Granger.
- Les Malefoy ne font que des garçons !
- Génétiquement, la probabilité de filiation strictement masculine est trop improbable pour être généralisée.
- La quoi ? S'énerva Narcissa.
- Un enfant en bonne santé sera notre priorité, déclara alors Drago, le temps venu, ajouta-t-il en regardant Hermione du coin de l'œil pour stopper d'éventuelles envies subites.
Un enfant, Hermione réalisa soudainement ce que le mariage avec Drago signifiait surtout : la descendance. Cette réalité était à présent la sienne et, un jour où l'autre, il faudrait y passer. Bizarrement, l'idée de le faire avec lui ne la perturbait pas plus que ça, mais c'est surtout ce qui était autour qui lui calmait toute envie de maternité. Envisager un enfant au milieu de tout ce cirque était limite un infanticide prémédité. Et que Drago se rassure sur ce point, elle non plus n'était pas du tout pressée de changer de statut. Etre déjà une femme mariée à Drago Malefoy était une masse à faire et après ça, il lui faudrait retrouver une voie professionnelle alors tout stopper pour mettre en route et élever un enfant… Au secours !
Prise d'un léger vertige, elle fut ramenée à la réalité par Drago qui semblait s'inquiéter pour elle. Sa mère se lançait déjà dans des reproches de mettre trop de pression sur sa fille avec toutes ces obligations et Narcissa répliqua ce qu'Hermione n'attendait plus :
- Si votre fille ne peut supporter ce qui lui incombe en devenant la femme de Drago Malefoy, alors elle est encore libre de tout arrêter !
- Bon, ça suffit maintenant ! Déclara Drago. Hermione n'est pas stressée par le mariage mais par vous ! Et j'avoue avoir mal à la tête également.
- Drago, murmura Hermione pour tenter de le calmer.
- Non, c'est bon, j'ai ma dose. Ce mariage, c'est notre seule chance de pouvoir être ensemble et je le savais dès le départ. J'avais prévenu Hermione que sans lui, notre couple n'avait aucune chance. Avec toutes ses idées arrêtées des uns et des autres, il aurait été impossible de survivre à ça ! Or, c'est ce qu'on veut ! Que ça vous plaise ou non, ce mariage aura bien lieu, avec ou sans des fleurs roses vertes ou bleues, et il serait temps que vous accordiez tous un minimum de respect et de confiance en votre enfant. On n'en demande pas plus de votre part ! Sur ce, nous allons vous laisser vous entretuer, dans tous les cas, on aura la paix ! Bonsoir ! Lança-t-il avant de prendre la main d'Hermione et la conduire à l'entrée en laissant sa mère derrière lui.
- Attendez, s'écria M. Granger qui les suivit. Drago, attendez !
- Papa, s'il te plait, supplia sa fille.
- Je voulais vous souhaite une bonne nuit, soupira-t-il. Et, Drago, bienvenue dans la famille, ajouta-t-il en avançant sa main.
- Merci, répondit-il en lui rendant la faveur.
- Allez-y, je vais m'occuper d'elles, sourit-il tout en ouvrant la porte.
- Tu es sûr, papa ?
- Elles vont bien finir par se calmer…
- Si besoin, tu sais que…
- Je sais, coupa simplement son père. Bonne nuit, mon ange.
La nuit, oui, elle serait bonne, Hermione n'en douta pas. Avec la fatigue accumulée et le fiasco de la soirée, le seul remontant possible était un défoulement physique et Drago était vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, très en colère… Hermione, elle, adora ça…
