Chapitre 3 : La plaine de la douleur

[Sous l'intense rayonnement solaire, la plaine s'étend à l'infini, rochers aigus et sable grisâtre mêlés. Sur le sol inconfortable, le Maître est à quatre pattes et hurle de douleur. Il vomit sous l'intensité de la souffrance. Pendant un court répit, il aperçoit à peu de distance une gourde en terre cuite, suintante d'eau fraîche. Il rampe dans cette direction, mais lorsqu'il tend la main pour la saisir, elle disparaît et réapparaît plus loin. Une nouvelle tentative donne le même résultat. Puis une autre vague de douleur l'atteint et il hurle à nouveau.]

Jo hésite à se coucher.

Jo (soupirant) : Que va-t-il se passer cette nuit ? Toujours ces rêves absurdes ?

Elle s'allonge dans son lit. Après avoir résisté un moment au sommeil, elle finit par fermer les yeux.

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Une plaine couverte de rocs noirs, aux pointes acérées, entre lesquels coule un sable grisâtre. Jo marche avec précaution dans les espaces entre les rochers. Elle se tord les pieds à chaque pas. Un soleil de plomb brûle ses yeux.

Après quelques minutes de marche, elle aperçoit une silhouette étendue, un homme habillé de noir. Elle avance dans cette direction.

Il est recroquevillé sur le sol inhospitalier. Il répand une odeur désagréable.

Jo (hésitant) : Il n'aimerait peut-être pas que je le vois ainsi. Oh, c'est idiot ! C'est lui qui m'a demandé de venir, après tout !

Elle s'accroupit près de lui.

Jo (doucement) : Maître ?

Le Maître (entrouvrant les yeux, dans un souffle) : Oh, Jo ! Vous êtes venue ! (il désigne son visage et ses vêtements souillés) Je suis désolé de vous imposer ça.

Jo : J'ai accepté, je savais à quoi m'attendre. Que puis-je faire ?

Le Maître : Me donner à boire, s'il vous plaît.

Jo : Je suis désolée, je n'ai rien.

Le Maître (montrant quelque chose de la main) : Là. Je n'arrive pas à l'attraper. Chaque fois que j'essaye, elle s'éloigne.

Jo regarde dans la direction désignée et voit une gargoulette de terre cuite, qui suinte d'eau fraiche, coincée entre deux rochers.

Jo : Oh, je vois ! Le supplice de Tantale ?

Le Maître (ironique) : Oui, Chronos a beaucoup d'imagination, mais elle sait reprendre les vieilles recettes qui ont fait leurs preuves.

Jo va chercher la gourde. Elle revient vers le Maître et l'aide à s'asseoir. Elle s'assoit elle-même sur un rocher et veut lui donner l'objet. Mais à peine l'a-t-il touché qu'il disparaît et réapparaît à l'endroit où il était quelques secondes auparavant. Elle se lève et va le récupérer.

Jo (comme le Maître tend la main pour prendre la gourde) : Non, ne la touchez pas, c'est inutile. Ça va recommencer.

Elle le fait boire elle-même. Lorsqu'il a finit, il s'appuie contre elle. Après une hésitation, elle pose une main sur son épaule. Il ferme les yeux.

Jo (pensées) :D'un côté, il me fait de la peine. Et de l'autre, il mérite bien ce qui lui arrive. Et puis, pourquoi m'avoir demandé de l'aide à moi qui ne suis pas son amie ? N'a-t-il personne d'autre ?

L'évidence la frappe tout à coup.

Jo (pensées) : Bien sûr ! Il n'a réellement personne d'autre. Il est solitaire au point que le seul être qui lui a parut susceptible de l'aider est une ennemie. C'est à la fois logique et terriblement tragique.

oooooooo

Elle se retrouve dans son lit au matin, encore troublée, se demandant toujours si c'était un rêve ou quelque chose de réel.

Jo (pensées) : Demain, je dois prévoir de quoi m'occuper de lui. Le nettoyer, l'allonger confortablement.