Chapitre 4 : Le labyrinthe maudit
[Un labyrinthe de béton. Il y fait un froid glacial. Le sol et les murs dégoulinent d'humidité. Outre l'eau dans laquelle le Maître piétine, il se heurte à des bouts de verre ou de céramiques cassées qui blessent ses pieds nus. Les parois aussi en sont couvertes et ses mains saignent. Parfois, il essaye de boire l'eau putride, mais doit alors faire face à des douleurs d'estomac. Il marche sans fin dans cette cave, tournant et tournant encore dans des couloirs qui se coupent à angle droit. Où qu'il aille, il n'y a pas d'issue.]
Jo (le soir suivant, dans sa chambre) : Voyons si tout y est. Bouteille d'eau fraiche sucrée. Couvertures. Serviettes de toilettes, gants et savon. De l'eau et une bassine. J'espère que je n'aurais pas à porter ça trop longtemps, parce que c'est assez lourd.
Elle se couche, le gros sac posé sur le sol, à côté du lit, sa main passée dans la poignée.
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Il fait sombre et froid. Jo marche en tâtant un mur de béton humide. Sa main rencontre des objets coupants et blessants, tessons de bouteille, pointes de clous, lames de rasoir qui dépassent de sa surface. Elle parvient à les éviter en se tenant juste du bout des doigts. Elle piétine dans des flaques d'eau. Le sac qu'elle a préparé la veille pèse au bout de son bras.
Jo (appelant) : Maître ? Vous êtes là ?
Le Maître (voix lointaine qui semble venir de partout) : Jo ? Par ici !
Jo : Où êtes-vous ? Je n'arrive pas à vous localiser.
Le Maître (voix plus proche venant de la gauche) : Je suis là !
Jo (elle se dirige vers sa gauche) : Maître ?
Le Maître (la voix s'éloigne et elle vient de la droite) : Non, par là !
Jo (elle se tourne pour revenir sur ses pas) : Ne bougez pas, je viens vers vous.
Le Maître (voix à peine perceptible) : Je ne vous entends plus ! Jo ?
Jo (avec un début de panique) : Restez où vous êtes ! Je vais vous trouver.
Le Maître (voix toute proche) : Ici !
Elle tend la main et le touche.
Jo : Vous… vous n'avez aucun vêtement !
Le Maître (petit rire douloureusement ironique) : Pour que je souffre du froid et que je me blesse, oui en effet.
Elle plie en quatre une des couvertures et l'étend au sol et contre un des murs.
Jo : Venez, asseyez-vous là.
Elle l'enveloppe avec l'autre couverture.
Jo : Vous voulez boire ? Je n'ai que du frais, j'aurais dû penser à amener quelque chose de chaud.
Le Maître : Oui, de l'eau ! Il y en a ici, mais elle est mauvaise. J'ai le choix entre la soif et les crampes d'estomac.
En le désaltérant, elle le sent qui grelotte. Elle s'agenouille près de lui et le prend dans ses bras, tentant de lui communiquer sa chaleur corporelle.
Le Maître (au bout de quelques minutes, dans un souffle) : Ça va mieux.
Jo : Avez-vous demandé à Chronos de vous laisser partir ?
Le Maître : Oui, je l'ai supplié. Elle m'a accordé de trouver une personne qui pourrait m'aider. J'ai pensé à vous, Jo.
Jo (pensées) : Il sait qu'il peut compter sur ma bonté. Et lui, pourtant, n'a aucune pitié. Il s'est même moqué du Docteur là-dessus. Il n'a pas hésité à l'envoyer dans le vortex comme un mort-vivant. Ni à me laisser dériver seule dans le TARDIS. Pourquoi est-ce que j'éprouve de la compassion ? Je ne devrais pas.
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Jo ouvre les yeux. C'est le matin. Elle est presque dans la même position que la veille au soir, son poignet passé dans l'anse du sac qui n'a pas bougé de sa position.
Jo (murmurant) : Ce sont des rêves. Juste des rêves. Tout cela n'est pas réel. C'est ce que m'a dit le Docteur : je culpabilise, c'est tout, alors j'imagine que je lui viens en aide. Défaisons ce sac ridicule. C'était stupide de préparer ça, hier soir.
Elle sort les couvertures. L'une d'elle a été pliée en quatre et un côté est humide et sent l'eau pourrie. Sur l'autre, on peut voir des traces de sang. La bouteille d'eau citronnée est presque vide.
Jo (regardant les objets qui lui ont servi cette nuit-là) : Il a bu. Je l'ai enveloppé dans cette couverture. Je l'ai fait asseoir sur celle-là. Alors, c'était vrai !
