Chapitre 12 : La mort du Maître

Plusieurs jours ont passés. Jo a enlevé de sa maison tout ce qui pouvait lui rappeler le Maître. Elle a enfermé ses affaires dans une valise qu'elle a déposée dans une salle de stockage du TARDIS. Puis elle a raconté au Docteur les derniers évènements et, le lendemain, celui-ci lui tend un petit flacon d'un liquide incolore en disant :

Le Docteur : Si tu décides de l'aider, voilà ce qu'il faut. De quoi tuer un Time Lord définitivement et sans douleur.

Jo (abasourdie) : Vous avez ce genre de chose dans le TARDIS ?

Le Docteur : Non, je n'en avais pas. Je l'ai fabriqué cette nuit.

Jo : C'est donc si facile de tuer un Time Lord ?

Le Docteur : Ça ne l'est pas. Il faut savoir les ingrédients. Et connaître le bon dosage. (avec un soupir) J'ai eu beaucoup de mal à le faire. Non à cause de difficultés techniques, mais de problèmes moraux. Fabriquer quelque chose destiné à tuer… même quelqu'un comme lui, qui a fait tant de mal… Alors, je n'ai voulu me souvenir que d'une chose : il a été mon ami et c'est pour ça que j'ai trouvé le courage de le faire. À toi de trouver celui de le lui donner à présent.

Jo (elle recule en mettant les mains dans son dos) : Non, je ne pourrais pas.

Le Docteur (il lui prend le bras, glisse la petite bouteille de verre dans sa main, referme ses doigts dessus et lui parle doucement) : Prends la. Et rappelle-toi ce qu'il vit actuellement.

Il ajoute :

Le Docteur : C'est ton ami aussi, maintenant, non ?

Jo : Ce n'est pas… (avec surprise) oh… oui, je suppose que oui… malgré tout.

oooooooooo

Avant de se coucher ce soir là, Jo regarde le petit flacon qu'elle tient dans ses mains et elle le pose sur sa table de nuit. Allongée, les yeux ouverts, ayant du mal à dormir, elle reprend et repose l'objet à plusieurs reprises.

Elle se retrouve tout à coup dans une pièce toute blanche, sans porte ni fenêtre et presque pas meublée. Il y a juste une sorte de canapé d'une forme très simple, une bergère plutôt et un petit tabouret, tous les deux recouverts de cuir blanc. Jo elle-même est habillée de blanc, des vêtements, un ensemble pantalon-chemise, qu'elle ne connaît pas. C'est la première fois que cela arrive. Habituellement les vêtements qu'elle porte sont toujours les siens, même si ce ne sont pas ses vêtements de nuit.

Le Maître est là, debout au milieu de la salle. C'est la seule touche d'une autre couleur : il est habillé tout en noir et il lui tourne le dos.

Jo s'aperçoit qu'elle a la petite bouteille de verre dans la main. Elle la cache et recule jusqu'au mur.

Le Maître (il ne se retourne pas) : Jo… Tu l'as ?

Jo (sa voix chevrote un peu) : Je ne sais pas de quoi vous parlez.

Le Maître : Donne-la-moi… s'il te plaît.

Jo regarde autour d'elle, mais il n'y a pas d'issue dans la pièce. Elle essaye de dissimuler la bouteille dans son vêtement.

Jo : Je n'ai rien.

Le Maître : Je sais que oui. C'est lui qui l'a fabriqué, n'est-ce pas ? Il sait exactement ce qu'il faut.

Jo : Vous aussi, je suppose.

Le Maître : Oui.

Jo : Alors, pourquoi n'avoir jamais essayé de le tuer de cette manière ?

Le Maître (il a un rire sans joie) : Cela aurait été trop simple, trop facile… Donne-la-moi.

Il se retourne. Ses yeux étincellent de colère.

Le Maître : Tu dois m'obéir, Jo ! Donne-la-moi !

Jo (elle lui tend le petit flacon) : Tenez.

Mais quand il l'attrape, elle ne le lâche pas.

Jo : Vous êtes sûr que c'est ce que vous voulez ?

Le Maître : Ais-je un autre choix ?

Jo lâche la bouteille et il la regarde, petit objet transparent dans sa main gantée de noir.

Le Maître : J'ai peur… Reste.

Jo : Bien sûr !

Elle a un élan vers lui, tendant les bras pour le toucher, mais il détourne la tête et s'éloigne de quelques pas, se rapprochant des meubles au centre de la pièce.

Le Maître (il pousse un soupir) : Allons. Inutile d'attendre davantage.

Il s'assoit sur la bergère et Jo en fait de même sur le petit tabouret. Elle en comprend l'utilité. Tout a été prévu. Avant de s'allonger, il avale rapidement le contenu de la minuscule bouteille qu'il dépose ensuite à terre.

Le Maître : Et voilà. Ça ne devrait pas être très long.

Jo tend la main et prend une des siennes. Il la serre. Il ferme les yeux.

Jo : Que va-t-il se passer, maintenant ?

Le Maître : Je vais m'endormir, c'est tout. Enfin, je suppose que c'est ce qu'a prévu le Docteur.

Il rouvre les yeux et la regarde de ses prunelles vertes. Elle croit y distinguer quelque chose d'autre que ce qu'elle a l'habitude d'y voir. Elle ne peut empêcher une larme de couler.

Jo (elle essuie rapidement la goutte du revers de la main et murmure) : Excusez-moi. Je suis stupide.

Le Maître (sa voix est un peu sourde, le débit de ses paroles ralenti, on sent qu'il commence à s'assoupir): Tu pleures… pour moi… Jo ?

Le silence règne dans la pièce toute blanche. Jo s'est agenouillée près du canapé et elle tient le poignet du Maître, dont la main est maintenant inerte. Ses doigts sentent les pulsations qui ralentissent.

Jo (elle compte très lentement en regardant sa montre) : Un… deux… trois… Plus que trois par minute. Un…

Elle cherche un autre endroit où elle pourrait sentir quelque chose, mais il n'y a plus rien.

Jo : Non !

Elle lâche la main qui glisse de la bergère.

Jo (elle se penche en avant, son front touchant le flanc du Maître) : NON !

oooooooooo

Elle se retrouve sur son lit, toujours à genoux, repliée en position fœtale.

Jo (criant) : NON ! NON !

Elle sent que quelqu'un la prend par les épaules.

Jo (les doigts posés sur ses yeux toujours fermés) : Oh, Docteur ! Docteur ! C'était si affreux !

Le Maître : Jo ! C'est moi !

Jo (elle lève la tête et le regarde, stupéfaite) : Vous ? Mais comment ?

Le Maître : Je ne sais pas. Je ne comprends pas plus que toi.

Jo (elle lui touche les bras, les épaules, comme pour s'assurer qu'il est bien réel) : Mais vous n'aviez plus de pouls, plus de… plus rien…

Elle se jette à son cou.

Jo : Oh, peu importe ! Peu importe, peu importe !

oooooooooo

Quelques jours après, à nouveau, Jo se retrouve face à Chronos, toujours dans le même lieu, la limite du vivant.

Jo (elle frissonne et hoche la tête avec tristesse) : Oh ! Vous encore ? Ne pouvez-vous nous laisser tranquille ? Qu'allez-vous lui faire maintenant ? N'a-t-il pas assez souffert ?

Chronos : Vous vous méprenez, Jo Grant. Je voulais juste vous féliciter.

Jo : Me féliciter ? De quoi ?

Chronos : Vous avez réalisé un exploit, savez-vous ?

Jo : Je ne comprends pas.

Chronos : Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi il n'était pas mort, finalement ?

Jo : Si, bien sûr.

Chronos : Alors, je vais vous le dire : au dernier moment, il n'a pensé qu'à vous et à la peine que vous auriez.

Jo : Oh ! C'est vrai ? Il ne m'en a pas parlé.

Chronos : Il n'en a pas été totalement conscient. Mais c'est quelque chose qui fait son chemin dans son esprit, sans qu'il y prenne garde.

Jo : Et pourquoi ne pas le libérer totalement ? Il ne peut toujours pas s'éloigner de moi.

Chronos : Cela viendra… en son temps… peut-être…