Chapitre 22 : PDV Laurianne

Je n'ai jamais accordé d'importance à la façon dont j'allai mourir. Mais mourir pour une personne que j'aime semble une bonne chose. Pardonne-moi mon amour, c'est la seule solution que j'ai trouvée pour que tu restes en vie. Je t'aimerai toujours ...


[Une heure plus tôt]

Suguru est en face de moi, son regard est froid et colérique. Il parle avec férocité, je ne le reconnais pas. Il ne m'a jamais regardé ainsi et jamais parlé de la sorte. J'ai mal, il me fait du mal. Je veux riposter mais je n'arrive pas à prononcer le moindre mot. Mon cœur me serre et crie au secours. Je n'y suis pour rien. Je n'ai jamais envoyé ces lettres. Jamais.

Suguru ne veut pas me croire. Il dit que je mens et qu'il veut que l'on se sépare. Mes larmes commencent à couler.

Suguru est toujours furieux. Je veux lui répéter encore une fois que ce n'est pas moi qui ai envoyé ces lettres, mais les mots ne viennent pas.

Il me tourne le dos, ses points sont serrés. Il ne dit plus rien. Je tends ma main vers lui, mais je ne fais rien de plus.

« Suguru ...

- Qui est-il ? Me demande-t-il avec colère.

- Suguru, puisque je te dis que j'y suis pour rien, essaye de m'écouter !

- Et toi, pourquoi tu ne réponds pas à mes questions ? S'exclame-t-il avec encore plus de colère dans la voix que j'en ai peur. »

J'émets un gémissement terrifié mais cela ne le fait pas changer de ton.

« Qui est-ce ? »

Je ne réponds pas. Je baisse les yeux. Je sais qui est l'homme qui m'a envoyé ces lettres et auxquelles j'ai supposément répondues. À cause de cet homme, j'ai failli perdre mes meilleures amies. C'est pourquoi j'ai rompu. Oui, il est mon ex-petit ami.

« Réponds ! Hurle Suguru. »

Je sursaute et je relève les yeux vers lui. Je suis horrifiée par le ton sur lequel il me parle. Suguru a toujours été doux et gentil avec moi. Et là, je le découvre sous un autre jour.

Je prends une grande inspiration et je dis d'une voix tremblante :

« C'est Justin ... mon ex petit ami ...

- Ton ex ? Ricane-t-il. Tu te fou pas un peu de ma gueule là ?

- Suguru ...

- Non mais tu as vu les lettres ? Hurle-t-il. »

Il me balance les lettres à la figure et sans même chercher à comprendre, je ne fais rien à par fermer les yeux.

« Comment as-tu osé ?

- Suguru, c'est toi que j'aime ! J'ai rompu avec Justin il y a deux ans !

- Je ne te crois pas !

- Mais j'y suis pour rien ! Écoute-moi merde ! »

Il me regarde droit dans les yeux et je vois, non pas de la colère comme je m'y attends, mais de la tristesse.

« C'est fini Laurianne ...

- Quoi ?!

- Nous deux, c'est fini ...

- Suguru, prends seulement le temps de réfléchir ! Comment aurai-je pu te tromper alors que nous vivons au Japon et Justin en France ?

- Les lettres prouvent que tu as réussi ...

- Suguru ! Je n'ai pas envoyé de lettres à Justin !

- Arrête de mentir !

- Et toi arrête d'être stupide et écoute-moi !

- ...

- C'est toi que j'aime Suguru. Crois-tu seulement que je t'aurai suivi au Japon alors que j'aimais encore Justin ?

- Mais ...

- Laisse-moi finir !

- Non ! J'ai dit c'est fini !

- C'est ... réellement ce que tu veux ?

- Oui ! »

Je le regarde, il semble sincère. Je ne bouge pas et il sort de ma chambre. Je tombe à genoux, en larmes, tapant de mes points le sol. Je hurle à mort, il ne doit pas m'abandonner. Il n'a pas le droit. Alors je me relève, j'attrape une veste et je pars en courant.

Mon père m'indique qu'il est sorti alors je sors à mon tour. Je coure à en perdre le souffle.

Je décide de ralentir. Mes larmes coulent encore, puis je marche. Cherchant des yeux Suguru du mieux que je peux, mais sans résultat. Je m'arrête donc totalement.

Je ne sais combien de temps je reste là, à contempler le sol. Je sens une main passer sur ma bouche et une autre me serrer la taille. Je me débats.

Que se passe-t-il ? Qui est-ce ? Puis je sens mes pieds décoller du sol. Cette personne me porte et me conduit dans une ruelle sombre pour enfin m'y jeter. Ma tête tape contre le sol humide et me fait étouffer un cri de douleur. Je murmure le nom de Suguru et la personne qui m'a jetée ici s'approche de moi :

« C'est qui Suguru ? Me demande une voix masculine.

- Suguru ... je répète.

- Oh, tu as l'air de tenir à lui ...

- Qui êtes-vous ? Je demande. »

Et je reçois pour toute réponse une gifle.

« Comment ça 'qui êtes-vous?', s'exclame l'homme. Tu ne me reconnais même plus ? Comme c'est décevant ... »

Je reçois une autre gifle et je crie le plus fort possible. La main de l'homme se plaque violemment sur ma bouche et il dit :

« Chut, il ne faudrait pas que quelqu'un nous entendes. »

Je gémis à travers sa main et il me dit à l'oreille :

« Reste calme, ça ne durera pas longtemps ... »

Et là, comme dans un rêve, la voix que j'espère tant entendre me parvient. Cette voix, que j'aime tant, prononce mon nom en hurlant. L'homme qui se tient au-dessus de moi me repousse violemment et ma tête retape contre le sol.

« Suguru ...

- Oh, c'est lui Suguru ! »

J'ouvre les yeux et je vois Suguru en face de l'homme qui s'en est pris à moi. Je me redresse sur les mains, essayant tant bien que mal de me relever, en vain. L'homme sort de sa poche un couteau. Je regarde la scène sans bouger. J'aurais voulu dire à Suguru de courir mais je ne peux prononcer de mots.

« Alors je vais le tuer, marmonne l'homme au couteau.

- NON ! »

L'homme se tourne vers moi et me regarde intensément. Je reconnais ce regard. Froid, glacial, dénué de tout sentiment humain. Ce ne peut pas être Lui ! Il se rapproche à nouveau de moi et m'attrape par les cheveux pour me mettre debout.

« Non ? Répète-t-il. Pourquoi non ?

- Ne lui fais pas de mal, je t'en supplie.

- Pourquoi donc ne ferai-je pas ça hein ? Pourquoi ?!

- Pas ça ...

- Tu préfères que ça soit toi ? »

La question ne se pose pas même pas ! Bien sûr que je préfère mourir à la place de Suguru ! Je regarde l'homme, qui n'est autre que Justin, dans les yeux, sans peur et je dis :

« Oui. »

Je sens une douleur poignante au niveau de l'estomac. J'entends Suguru hurler et Justin ricaner. Plus aucun son ne sort de ma bouche, ma vue se voile, un bourdonnement dans mes oreilles apparait. Mes jambes ne me tiennent plus, je sombre. Je ne sens pas la douleur quand ma tête tape pour la troisième fois sur le sol. Au loin j'entends Suguru hurler, il me dit de ne pas l'abandonner.

Je sens quelque chose de chaud se rependre dans mon dos. Je me vide de mon sang. Je n'ai jamais accordé d'importance à la façon dont j'allai mourir. Mais mourir pour une personne que j'aime semble une bonne chose. Pardonne-moi mon amour, c'est la seule solution que j'ai trouvée pour que tu restes en vie. Je t'aimerai toujours ...


Tout est noir. J'entends des voix qui ne me sont pas du tout familières. Elles me disent de ne pas m'inquiéter, de rester calme et que tout va bien se passer.

« Mlle Laurianne, nous allons vous mettre un tube dans la gorge pour que vous puissiez respirer normalement, si vous voulez parler ne le faites surtout pas. »

Tu parles ! Comme si je pouvais parler dans l'état où je suis. Tu as travaillé dans un cirque toi c'est ça hein !

Suguru... où es-tu ?

J'ai mal au ventre et dans la gorge à présent. De l'air passe dans mes poumons et ça me fait horriblement mal. Je sens une main passer dans la mienne et la même voix que tout à l'heure me dit :

« Si vous m'entendez serrez ma main. »

J'essaye de m'exécuter, en vain.

« Elle est toujours inconsciente. Continuez la perfusion et donner lui un antidouleur, on ne sait jamais.

- Docteur, son cœur semble avoir ralenti.

- Mais il s'est stabilisé. Faites ce que je vous ai dit !

- Oui docteur. »

Merci docteur ! Vos antidouleurs seront les bienvenus ! Mais par pitié, amenez-moi Suguru !

« Des amis sont venus la voir Docteur, dit une nouvelle voix.

- Pas de visites pour le moment, elle est encore trop faible. »

Quoi ?! Pas de visites ?!

« Bien docteur. »

Non, non ! Amener moi Suguru! Je veux Suguru !

« Courage Mlle Laurianne, me dit le docteur, vous pouvez le faire. »

Faire quoi ? Vivre ? Pas question ! Je me suis pris un couteau dans le bide et tu veux que je vive, mais t'es tombé sur la tête mon pote ! JE VEUX SUGURU !

Je ne sais combien de temps je reste allonger dans se lit. L'infirmière et le médecin défilent. Prenant mon pouls, regardant si je suis toujours vivante, regardant s'il la perfusion est toujours là (comme si elle allait s'envoler) ...

Puis vient le moment des visites (une éternité plus tard). Tous passent et pleurent à mon chevet. Suguru passe en dernier. Il pleure à chaudes larmes.

« Pardonne-moi Laurianne, je ne voulais pas ... reviens moi je t'en supplie, reviens ... »

Il me tient la main et il pleure. J'essaye de serrer sa main et je réussi. Il a la réaction que je voulu.

« Laurianne ... Ma chérie ... Oh, mon ange, je t'aime plus que tout, dis-moi que tu m'entends ! »

J'aimerai bien ! Mais mon crétin de médecin m'a interdit de parler ! Le docteur vient et il dit :

« Monsieur, écartez-vous s'il vous plais.

- Pourquoi ?

- Nous allons lui enlever le tube qu'elle a dans la gorge pour ... »

Alléluia ! Merde, je n'ai pas entendu la suite ! Je sens le tube se retirer de ma gorge. Une douleur me vrille la gorge.

« Elle n'a plus besoin d'intubation, son état s'est amélioré.

- Vraiment ? S'exclame Suguru.

- Oui Monsieur ! »

Suguru se penche vers moi et il m'embrasse sur le front. J'essaye d'ouvrir les yeux, le manque d'oxygène me fait mal mais je veux absolument voir Suguru. Après quelque minute je parviens à les ouvrir et je regarde Suguru.

Je souris, plus aisément que je ne l'aurai cru. Il me sourit à son tour, mais l'oxygène ne parvient plus à atteindre mes poumons. J'entends un long 'bip' qui s'éternise. Mon cœur cesse de battre.

Adieu Suguru, je t'aime ...