Titre : Faites vos jeux !

Fandom : Gundam Wing

Auteur : Sukida

Genre : Drame, romance.

Disclaimer : Les personnages et le monde de Gundam Wing appartiennent à Masashi Ikeda, Katsuyuki Sumizawa, et est la propriété de Sunrise inc. Et Bandai.

Note : Pas totalement satisfaite de ce chapitre, mais je n'avais pas le courage de tout recommencer. Je m'en contenterai.

Faites vos jeux !

Chapitre 17

Duo regarda sa montre. Pour la première fois de sa vie, et il n'était pas peu fier, il était officiellement à l'avance pour un rendez-vous. Quatre en ferait une attaque en s'apercevant qu'il était arrivé avant lui. Duo sourit malgré lui en imaginant la tête que ferait son ami.

En voyant les clients pousser le battant de la porte, Duo hésita à rentrer lui aussi dans le fast-food. Il commençait à faire vraiment froid. L'hiver arrivait à grand pas après tout.

Il regarda à nouveau sa montre. Quatre, qui était ponctuel, devait arriver d'ici dix minutes. Il pouvait bien attendre dehors. Il décida de s'assoir sur le rebord du trottoir, non loin de l'entrée principale. De là, il pourrait apercevoir directement Quatre.

S'il n'avait pas jeté son téléphone sur le sol comme un fou furieux, il aurait pu passer le temps en surfant sur internet. Mais comme il avait eu du mal à canaliser sa colère la dernière fois, il devrait se contenter de son vieil MP3 pour patienter. Il se laissa bercer un moment par une chanson accompagné d'un solo de guitare. Calme et reposant. Tout ce dont il avait besoin. Il ne vit pas le temps passer, et il sursauta quand Quatre s'assit à côté de lui sur son siège de fortune.

- Je te le conseillerai pas, l'avertit-il en retirant les écouteurs de ses oreilles, tu vas te geler les fesses.

- Ha bon ? Ce n'est pas ici le nouvel endroit à la mode ?

Duo éclata de rire.

- Seulement en été. Tu es en retard d'une saison, mec.

D'un bond, le châtain se remit sur ses pieds. Il tendit la main à Quatre pour l'aider à se relever. Il en profita pour lui donner une tape amicale dans le dos, signe qu'il était heureux de le revoir.

Duo fronça les sourcils en constatant que Quatre n'était pas venu les mains vides.

- C'est Noël avant Noël, Quat-chan ? demanda Duo en pointant du doigt la boite emballée d'un joli papier cadeau que Quatre tenait discrètement dans son dos.

Quatre, gêné, se frotta la nuque d'un air coupable.

- Tu m'as démasqué, je pense. Je voulais te l'offrir à l'intérieur, mais tiens.

Il tendit la belle boite dorée à l'Américain qui hésita à la prendre.

- Fallait vraiment pas Quat' …

- C'est un cadeau qui tombe à pic, disons.

Duo fit la moue et prit le paquet qu'il déballa avec un soin particulier. Il ne tenait pas à endommager ce bel emballage. Il sourit en découvrant l'objet et releva la tête vers son ami.

- J'ai cru comprendre que le tien était tombé en panne. Je pense qu'il te sera utile.

- Un téléphone portable ?! T'es dingue, Quatre. Te connaissant, ça doit être le tout dernier modèle.

Quatre haussa les épaules. L'argent n'était pas un problème pour Quatre et pour une fois qu'il pouvait en faire profiter quelqu'un d'autre, il n'allait pas se gêner.

- Merci, dit Duo avec sincérité.

Prenant Quatre par surprise, il en profita pour le serrer dans ses bras.

- J'espère que t'as pas intégré une puce dedans, glissa la natté à l'oreille de Quatre en plaisantant à moitié.

Avec Quatre, il valait mieux vérifier.

- L'idée m'a effleuré. Ça m'éviterait des frayeurs, mais non. Tu es libre d'aller où bon te semble, personne ne te suivra.

Ce dernier lui adressa un sourire et Duo le lui rendit.

- Bon, je sais que de l'extérieur, ça ne vaut tes restaurants étoilés, mais je te jure que la viande est la meilleure de toute la ville, se vanta Duo en entrainant Quatre à l'intérieur du fastfood, tu m'en diras des nouvelles.

Quatre émit un petit rire. Duo arrivait toujours à le mettre à l'aise en plaisantant, et ce dès la première seconde.

- On dirait que c'est toi qui les fournis, Duo.

Duo leva les yeux au ciel et fit semblant de prendre Quatre aux mots.

- Malheureusement ce mois-ci, j'étais un peu serré niveau timing… Le mois prochain peut-être ?

Quatre observa son ami avec amusement. Ils s'installèrent dans un box un peu à l'écart et la serveuse leur apporta les cartes. Quatre s'empara du menu mais jetait régulièrement des coups d'œil en direction de Duo. Il semblait aller bien. Mais le jeune homme aux yeux bleus savait que Duo pouvait facilement jouer la comédie pour ne pas inquiéter son entourage. Il fallait connaitre suffisamment Duo pour passer à travers le masque, et y voir ce qu'il s'y cachait.

- Arrête de faire ça, Quat'…

- De faire quoi ? demanda le blond sur un ton innocent.

- De me scruter comme si j'étais une bête curieuse.

Duo déposa son menu et fixa son ami dans les yeux.

- Ça va, j'te dis.

Quatre fit la moue et tourna une page de son menu.

- Si tu le dis, finit-il par lâcher, pas totalement convaincu.

Quatre leva les yeux de la carte et soupira.

- Bon, qu'est ce que tu me conseilles à part…

- Un hamburger ? le coupa Duo.

- Oui, j'ai cru comprendre que c'était la spécialité de la maison.

- Je prends toujours un bacon, double cheese et je n'ai jamais été déçu.

Quatre pencha la tête sur le côté, et fit semblant de réfléchir. Lorsque la serveuse arriva pour prendre leurs commandes, Quatre prit la même chose que Duo, « mais sans la double ration de ketchup, si possible ». Le cadre était agréable et il y avait peu de monde. Il avait bien fait de se laisser entrainer dans ce genre de restaurant, lui qui avait tellement l'habitude des restaurants avec au minimum trois rangées de couverts différents.

La décoration du restaurant avait pour but de reproduire une ambiance western digne des meilleurs films de cowboys, ce qui avait tout de suite plu à Quatre. Une musique country résonnait dans tout le restaurant et toutes les serveuses portaient un chapeau de cowboy.

La serveuse revint avec deux coronas sur un plateau, qu'elle déposa habilement sur la table.

- Comment va Trowa ? demanda le châtain quand la serveuse fut partie.

Il décida de diriger la conversation. Il n'était pas pressé de parler de lui ou de ses problèmes. Autant laisser le blond lui parler un peu de sa petite vie bien rangée.

- Bien, répondit Quatre après avoir pris une gorgée de sa bière, il est actuellement chez Heero.

Duo manqua de s'étouffer avec sa Corona.

- Chez Heero ? répéta-t-il en toussotant, qu'est ce qu'il fout là-bas ?

- Heero vient d'emménager dans une nouvelle maison. Trowa en a profité pour aller l'aider un petit peu.

Quatre essayait d'en parler sur un ton léger, mais Duo voyait bien qu'il était un peu contrarié.

- Hum hum, fit le natté en essayant de paraitre indifférent, limite blasé.

Pourtant, il mourrait d'envie d'en savoir un peu plus sur le sujet. Heero avait déménagé de chez Réléna ? Depuis quand ? Mais il se garda bien de paraitre intéressé. Heero ne l'intéressait plus, n'est ce pas ? C'était de l'histoire ancienne. On ne posait pas de questions sur des affaires « classées ». Surtout quand il s'agissait de son ex.

- Il reviendra vite, j'imagine ? demanda le natté d'un air distrait.

Il but directement au goulot, avec prudence. Qui sait ce que Quatre lui réservait comme annonce abracadabrante…

- C'est une affaire de quelques jours si j'ai bien compris.

- Ha bon.

- Il m'a demandé de passer mais je ne sais pas encore.

- Tu devrais en profiter, vu que tu as quelques jours de congés.

Quatre soupira. Il aurait bien aimé avoir Trowa rien que pour lui mais le déménagement d'Heero avait compromis tous ses plans. Et il ne pouvait pas en vouloir à Trowa d'aider un ami dans le besoin, même si c'était Heero. Quatre avait décidé de soutenir Duo, quoi qu'il advienne et ce, même s'il devait se priver de voir son petit ami pendant plusieurs jours.

- Peut-être, répondit-il en haussant les épaules.

- Surtout si c'est une grande maison, tout le monde pourrait rester loger sur place.

- Il y a déjà Wufei et Trowa, alors si je me rajoute… On verra bien.

Duo hocha la tête, approuvant le raisonnement de Quatre.

- Ça ferait quoi, quatre personnes, toi y compris ? C'est tout à fait réalisable, remarqua l'Américain sur un ton léger.

Quatre fronça les sourcils et dévisagea son ami.

- Dis-moi, est-ce que je me trompe ou tu essayes d'en savoir un peu plus sur qui vit là-bas ? demanda Quatre avec une pointe de malice.

Les joues de Duo s'empourprèrent d'un rouge vif.

- Pas du tout. Je m'en fiche de savoir avec qui Heero vit, protesta le natté un octave trop haut.

Mauvais acteur, pensa-t-il. Quatre ne tomberait pas dans le panneau mais il n'insisterait pas non plus.

La serveuse arriva à ce moment-là, coupant court à la conversation. Elle déposa les deux commandes. Un énorme hamburger garnissait les trois quarts de l'assiette, le tout noyé sous une avalanche de frites (et de ketchup pour Duo). Malgré le mauvais timing et la tournure de la conversation, Duo ne put s'empêcher de saliver devant un tel festin. Il se jeta sur son hamburger comme s'il n'avait plus rien manger depuis plusieurs jours, ce qui était à peu près le cas. Trop de révélations à assimiler, trop de prises de tête à gérer, au point d'en perdre l'appétit. Il ne savait pas trop comment, mais la présence de Quatre avait toujours eu le don de l'apaiser. Envolée la boule dans le ventre qui l'étreignait depuis plusieurs jours. Il se sentait bien mieux maintenant que son meilleur ami était à ses côtés.

Quatre eut la délicatesse d'attendre qu'ils aient fini de manger pour aborder un sujet plus épineux.

- Alors, fit-il en s'essuyant discrètement la bouche avec une serviette en papier, que s'est-il passé depuis que tu m'as raccroché au nez ?

Il n'y avait pas de reproches dans la voix de Quatre. C'était juste une manière de lui rappeler que s'il était là, ce n'était pas sans raisons. Des évènements avaient chamboulé la vie de Duo et il tenait à en être informer.

- J'ai revu Heero, avoua Duo dépité.

Quatre écarquilla les yeux de surprise. Comme prévu, Heero avait fini par réagir et Quatre savait que leur petite conversation y était pour beaucoup. Il ne s'était pas attendu à ce que Heero vienne en personne, comme un preux chevalier détenant la clé de la vérité. Ça avait fait beaucoup de dégâts, Quatre le lisait dans les yeux de Duo. De la fatigue, du chagrin et de l'incompréhension. Dire que ses intentions de départs étaient bonnes. Permettre à Duo de tourner la page. Il avait l'impression d'avoir empirer la situation. Surtout quand le natté lui parla de sa nuit avec la belle inconnue.

Duo pouvait se montrer très destructeur dans ses mauvais jours. Inconsciemment, c'était sa manière de se punir. Duo accumulait les erreurs depuis sa séparation avec Heero et ne faisait que dégringoler un petit peu plus la pente. Il n'avait pas supporté la solitude et s'était laissé entrainer dans une relation qui était vouée à l'échec. C'était beaucoup trop prématuré. Duo n'était pas prêt à s'engager avec quelqu'un, Duo était malheureux de sa situation, de l'éloignement d'Heero. Il ne comprenait pas ses motivations pour rejoindre Réléna. Comment aurait-il pu faire le deuil de cette relation alors qu'il n'avait pas tous les éléments de réponses ? L'espoir de voir revenir Heero avait été présent pendant longtemps chez Duo. Puis il s'était résigné. Si Heero était parti, c'était à cause de lui, de ce qu'il était. Personne ne pourrait jamais aimer quelqu'un comme lui. Il avait du subir dès la naissance un défaut de fabrication car les êtres qu'il aimait ne restaient pas bien longtemps à ses côtés. Et puis Hilde s'était manifesté, enthousiaste et joviale. Duo avait succombé à ce côté lumineux qui lui manquait dans sa vie. Un peu de lumière dans les ténèbres. Mais ce n'était qu'un leurre, car ses problèmes personnels ne se résolvaient pas uniquement grâce à Hilde. Il les mettait de côté tout simplement, retardant le moment de les affronter : il ressentait toujours quelque chose pour Heero. Heero qui ne voulait plus de lui, qui l'avait quitté. Cette vérité était trop douloureuse. Il n'était pas suffisamment fort pour l'accepter.

Et puis Heero était revenu. Duo en avait été dévasté, lui qui vivait dans l'illusion de sa nouvelle relation, pensant que c'était l'unique moyen de s'en sortir. Ce que Heero lui avait avoué, son infidélité, l'avait forcé à jeter un regard en arrière sur leur couple. Ce n'était pas juste de mettre tout sur le dos d'Heero, ils étaient deux pour faire fonctionner cette relation, il avait également sa part de responsabilité. Regarder ses propres erreurs n'avait pas été une chose facile. Il s'en voulait d'avoir autant délaissé Heero, s'assurant que ce dernier comprendrait, qu'il n'avait pas à s'en faire. Autant de fausses excuses pour le faire déculpabiliser. Evidemment qu'Heero souffrait de son absence et de son manque d'intérêt envers leur couple. Aujourd'hui, il pouvait comprendre l'état de détresse de son amant et comment il s'était laissé emporté dans un tourbillon qu'il ne maitrisait pas totalement. Il n'en voulait plus à Heero de l'avoir trompé, bien sûr il avait été blessé, mais il ne lui en voulait plus. Il était en colère contre Heero car ce dernier n'avait rien dit. Ils s'étaient tous les deux contenté de jouer un rôle, celui de faire comme si tout allait bien, comme une pièce de théâtre bas de gamme.

Le manque de communication avait détruit leur couple. Duo en voulait à Heero, mais il s'en voulait à lui-même aussi. Il n'avait pas supporté de voir la vérité en face et avait accentué ses problèmes relationnels en s'enivrant de la compagnie d'une étrangère, qui ne connaissait rien de lui et de ses défauts de « fabrication ». Il était conscient qu'il n'allait rien arranger, mais il ne méritait pas que les choses s'arrangent pour lui. Il continuait sa descente aux enfers, persuadé qu'il le méritait.

Quatre, qui avait les larmes aux yeux en écoutant les confessions de son meilleur ami, lui prit la main.

- Duo…

Ce dernier releva la tête et Quatre s'aperçut qu'il avait les yeux humides.

- Tu ne mérites pas d'être malheureux. Ce n'est pas parce que tu as fait des erreurs que tu dois te punir toute ta vie !

Une larme roula le long de la joue de Duo qu'il chassa d'un revers de main.

- Par contre, tu peux réparer tes erreurs.

- Il y a des erreurs qui ne se réparent pas, Quatre.

- Peut-être. Mais elles méritent qu'au moins tu essayes.

Duo renifla bruyamment et baissa à nouveau le regard.

- Je ne sais pas.

- Je vais t'avouer quelque chose, c'est moi qui ai été cherché Heero.

Duo releva la tête et fronça les sourcils.

- Comment ça ?

- Je savais qu'il n'avait pas été totalement honnête avec toi et j'étais persuadé quand sans ça, tu n'arriverais jamais à tourner la page.

- Ho, Quatre, fit Duo en se prenant la tête entre les mains, ce n'était pas à toi de faire ça.

- Peut-être, mais je pensais t'aider. Moi aussi, je peux me tromper, alors Duo, je m'excuse d'avoir déclenché tout ça.

Duo secoua la tête.

- Tu n'as pas à t'excuser. Il fallait bien que j'affronte la vérité un jour ou l'autre, non ?

Duo s'étira comme un chat. Il avait l'impression que cela faisait des heures qu'ils étaient assis à cette table entrain de discuter. Il jeta un regard autour de lui et remarqua qu'effectivement, ils étaient les derniers clients. La serveuse ne tarderait pas à les mettre à la porte. Duo regarda sa montre et jura en apercevant l'heure tardive.

- On devrait peut-être y aller, suggéra-t-il en masquant un bâillement.

S'être confié comme ça l'avait épuisé. Ressasser ces vieux souvenirs n'était pas franchement reposant. Mais cela lui avait fait du bien de se confier. Il s'était enfin débarrassé de toute cette noirceur qui le tuait à petit feu. Il y voyait plus clair. De plus Quatre avait raison, c'était de son devoir de réparer ses fautes. Il n'allait plus se cacher derrière de belles illusions ou battre en retraite dès que la vérité devenait trop insupportable. Il l'avait fait pendant trop longtemps et cela n'avait pas été un franc succès.

- Tu viens dormir à la maison ? proposa le châtain après avoir réglé l'addition.

Quatre protesta. Il avait réservé une chambre à son nom et il ne tenait pas à déranger Duo. Ce dernier secoua la tête signifiant bien que tout argument serait vain.

- Allez, laisse-moi veiller sur toi, pour une fois, le pria le jeune homme aux yeux violets.

Duo semblait plus serein, se laissant même à plaisanter. Quatre n'avait pas le cœur à refuser sa proposition. De plus, il n'avait pas tellement envie de passer sa soirée seul dans une chambre d'hôtel impersonnelle. Il préférait de loin le bazar maxwellien.

- C'est d'accord, répondit le blond.

xxx

Le cabinet du docteur Sarah Andrews offrait une vue incroyable sur la ville, sûrement un des meilleurs points de vue. C'était une des raisons pour lesquelles elle avait tenu à s'installer ici. Lorsqu'elle était débordée, elle adorait s'arrêter pendant quelques instants, observer l'horizon et laisser son esprit s'évader. La vue du paysage le rendait plus sereine et elle pouvait se remettre au travail, plus concentrée que jamais. Elle avait aussi remarqué que c'était un bon sujet de démarrage avec ses patients. Ils n'hésitaient pas à lui faire des réflexions sur ce point de vue particulier. Elle enchainait en demandant si cela leur plaisait ou au contraire si la vue depuis le cinquantième étage leur donnait le vertige.

Mais aujourd'hui, elle avait en face d'elle le patient le plus récalcitrant de toute sa carrière. C'était sa quatrième visite, forcée semblait-il, puisqu'il n'y venait pas gaité de cœur et ne se fatiguait pas à le cacher. La plupart du temps, ces questions restaient sans réponses. Si elle ne prenait pas d'initiatives, son patient pouvait rester aussi silencieux qu'elle pendant toute la durée de la séance. Elle l'avait expérimenté lors de se deuxième visite. Tempérament obstiné avait-elle noté dans son carnet. Problème évident de communication.

C'était le docteur Kop qui avait insisté pour qu'elle prenne en charge ce jeune homme prétextant des troubles alimentaires. Sarah s'était un moment demandé si le vieux médecin ne s'était pas précipité dans son diagnostic, après tout, c'était elle l'experte. Mais le docteur Kop avait vu juste sur un point, quelque chose clochait chez ce patient. Elle avait analysé pendant plusieurs heures son dossier sans vraiment rien trouver d'intéressant. Un document falsifié, sans aucun doute. Comment pouvait-elle faire correctement son travail dans des conditions pareilles ? Elle avait bien envie de baisser les bras. S'il ne voulait pas être aidé, s'il ne venait pas de son plein gré, aucune thérapie au monde ne pourrait y faire quelque chose.

Elle soupira et laissa retomber son carnet, vierge de toute prise de note. Cela ne servait à rien d'attendre. A moins d'un miracle, mais le docteur Andrews n'était pas de ceux qui attendait une intervention divine pour faire bouger les choses.

- Monsieur Yuy… commença-t-elle en essayant de rester calme, quel est l'intérêt de tout ce cirque ?

Heero tourna la tête vers la jeune femme, abandonnant à regret la contemplation de la ville.

- Nous savons tous deux que nous perdons notre temps. Vous n'avez pas l'intention de m'en dire plus sur vous, et moi j'aimerais m'occuper de patients que désirent vraiment mon aide.

- Le docteur Kop pense que je suis anorexique, répondit Heero comme si cela expliquait sa présence dans ce cabinet.

- Je ne pense pas que vous l'êtes. J'ai demandé un relevé mensuel de votre prise de poids à votre diététicienne. Vous n'avez jamais rechuté. Vous respectiez scrupuleusement le régime. Si vous étiez anorexique, vous auriez eu beaucoup plus de difficulté que ça.

- Alors, notez-le dans mon dossier médical.

La jeune femme fronça les sourcils.

- Alors c'est pour ça que vous êtes là ? Vous attendez ma bénédiction pour arrêter de venir ? Mais vous êtes loin d'être guéri monsieur Yuy, vous avez un sérieux problème de communication, qui j'en suis sûre entrave le bon développement de vos relations sociales, qui jouent un rôle primordial dans la vie.

Sarah se leva brusquement de son siège, atterrée de s'être à ce point emportée. Elle alla chercher la carafe d'eau sur son bureau en acajou. Ses mains tremblaient encore lorsqu'elle versa l'eau fraiche dans son verre. Elle se maudit de laisser ses problèmes personnels influencer le cours de la séance. Elle manquait cruellement de sommeil. Ses derniers jours, elle avait été prise d'insomnies sans trop en connaitre les causes. Le comportement de son patient avait achevé son self control.

Elle s'apprêtait à s'excuser lorsqu'Heero la devança.

- Je n'ai pas besoin de votre bénédiction. Réléna en a besoin.

Lentement, le docteur Andrews se rassit à sa place. Serait-elle en train de rêver ou son patient tenterait-il de dialoguer avec elle ?

- Que voulez-vous dire ? demanda-t-elle en reprenant ses vieux réflexes de psy.

Heero soupira. Il avait accepté de rentrer dans les jeux des questions-réponses uniquement parce qu'il le voulait bien. Mais cela risquait d'être long et épuisant.

- Je ne veux pas qu'elle s'inquiète pour moi.

- Et vous pensez que mentir est une solution ?

- Est-ce un mensonge de lui dire que je ne suis pas atteint de troubles alimentaires ? répliqua le jeune homme en lui lançant un regard perçant.

La psychiatre ne sut que répondre pendant quelques secondes, trop étonnée par la répartie d'Heero.

- Non, bien sûr que non. Ce que je voulais dire par là, c'est que votre problème se trouve peut-être ailleurs.

Son instinct de psy lui disait que le problème relationnel était une piste à prendre au sérieux.

- Avez-vous peur de vous lier aux autres ? osa-t-elle demander en profitant du fait qu'Heero se montrait coopératif.

Heero ne répondit rien. Sarah pensait avoir perdu le lien avec son patient quand celui-ci finit par reprendre la parole.

- Je ne sais pas.

- Vous ne savez pas ? répéta-t-elle interloquée.

- Je ne me suis jamais posé la question.

La réponse laissa Sarah sceptique. Il ne fallait pas spécialement se poser la question pour pouvoir y répondre. Il n'y avait pas de bonnes ou de mauvaises réponses mais un « je ne sais pas » n'était clairement pas acceptable pour la psy.

- Avez-vous des amis ? Connaissez-vous bien votre famille ? instita-t-elle en ignorant l'éclat de tristesse qui avait traversé les yeux bleus d'Heero à l'évocation du mot « famille ».

Heero se ferma comme une huitre. Il ne désirait plus répondre aux questions. Cela devenait trop personnel. Il risquait de trop se dévoiler s'il répondait honnêtement. Il ne voulait pas faire remonter des souvenirs douloureux de son passé. Le passé était le passé. Il ne voulait pas y revenir indéfiniment. Il n'y avait rien de bon. Il préférait se consacrer à la construction de son futur.

La jeune femme soupira bruyamment et nota quelque chose dans son carnet.

- Monsieur Yuy, je pense que notre collaboration va s'arrêter ici.

Elle se leva et Heero l'imita.

- Je mettrai à jour votre dossier et je vous l'enverrai dès demain. Ça vous va ?

Heero acquiesça. Le docteur Andrews le raccompagna à la porte.

- Si jamais vous vous sentez d'humeur loquace, ne sait-on jamais, voici mon numéro, dit-elle en lui tendant sa carte de visite, n'hésitez pas à m'appeler.

Heero la remercia et avant de partir, jeta un dernier regard vers la baie vitrée.

A suivre…