Through the Looking Glass

Disclamer : Les personnages utilisés dans cette fanfiction sont la propriété de SquareSoft/Squarenix. Seuls les personnages de Rin, Lexarian, Edgard, Sirius et Angie m'appartiennent.

Merci à eux d'avoir crée des mondes et des personnages qui nous font rêver encore et encore, chaque jour, égaillant notre petit monde.

Cette fanfiction se déroule dans le monde de Final Fantasy septième du nom.

Je vous souhaite à présent une très bonne et agréable lecture, en espérant que cela vous plaise.

Chapitre Neuf

L'Océan vu du ciel

« Taaaa-ta-ta-ta-ta-ta-taa-talaaaaa…

-Shut up. » maugréa Edgard dès qu'une brune ouvrit la bouche pour entonner l'air qui retentissait partout dans la ville, inlassablement, et qui l'irritait au plus au point.

« Méééé…. »

Rin se retourna vers Edgard, un air de chien battu sur le visage. Les quatre jeunes gens vaquaient dans les rues de Junon Supérieure, à travers la foule, les cris, les parades. Il n'était pas très facile de se mouvoir, mais le petit groupe de quatre arrivait tout de même à s'en sortir. Une heure plus tôt, ils avaient quitté leur auberge, et avaient réussi à se faufiler dans l'un des ascenseurs qui montait pour la ville haute lors d'une pause de l'un des gardes.

« C'est vraiment vivant ici. » admit Lexarian, les yeux tournés vers le ciel.

« Rien à voir avec le jeu. Un RPG doit rester jouable, il faut croire. » rajouta l'anglais.

« L'air de la mer ! Ca m'avait manqué ! » s'exclama Rin, toute heureuse.

« Ah oui, j'oubliais que vous habitez près de la mer, tous les deux. » se rappela Edgard.

Il y avait trois ans de cela, lorsqu'il avait rencontré la brune et le sportif, les deux amis d'enfances lui avaient précisé qu'ils habitaient près de l'océan, plus bas, dans le sud-ouest, mais qu'ils avaient bougé à Nantes pour leurs études. Il était vrai que l'odeur de la mer avait un petit quelque chose qui avait le don de raviver des souvenirs. Des vacances au soleil, avec des parents.

Edgard resta pensif un instant, pensant aux gens qu'il avait laissé sur leur planète, lorsqu'ils s'étaient retrouvé ici. Ses parents, sa famille, ses amis d'enfance qui habitaient en Angleterre, et bien d'autres encore. Est-ce qu'il allait les revoir un jour ?

« Bon, alors ! Récapitulons. » commença Lexarian en jetant un coup d'œil aux différentes boutiques ouvertes. « Il nous faut : des provisions, des matérias de soins, de quoi soigner sans matéria –on ne sait jamais-, et enfin trouver un bateau qui s'en irait pour Costa Del Sol dans la journée. Bon, mes Lapins, vous ouvrez vos yeux bien grands, et je fais un bisou au premier qui trouve l'un de ses éléments. »

Edgard eut un moment de pause, le visage dépité. Rin ignora parfaitement les propos, et Angie, visible uniquement par l'anglais, riait joyeusement. Finalement, dans un monde comme dans l'autre, rien n'avait vraiment changé.

« Ne vous battez pas surtout. » ajouta Lexarian.

« Qui se battrait pour une telle récompense ? » bougonna Edgard.

Ils avancèrent quelques mètres dans la foule, avant de tomber devant un grand magasin de matéria. Par réflexe, Edgard s'en approcha.

« Voilà pour les matérias de soin. Il nous en faut combien ?...Lexarian, tu oses t'approcher plus près de moi, je te frappe.

-Mais, et ton bisou ?

-Die, kiss monster. »

Le quatuor finit par renter, tant bien que mal car Lexarian n'en démentait pas, à l'intérieur de la boutique, et s'offrit deux nouvelles matérias de soin supplémentaires, qui se révélaient être très utiles. Ils passèrent leur matinée à déambuler, et ils aperçurent même la tignasse blonde/rousse du nouveau président de la Shin-Ra, au loin. Au bout de deux bonnes heures de recherches et d'écumages de bateaux amarrés du côté Nord de la ville, ils finirent par tomber sur un loup de mer qui aimait naviguer, et qui accepta de les conduire plus tard dans la journée jusqu'à Costa Del Sol.

« Trois milles gils par tête. » annonça l'homme, bien bronzé et avec une barbe blonde.

« Ca fait donc douze milles… » commença Edgard en regardant les fonds qu'ils avaient.

« Neuf milles, Edgard. » rectifia Rin. « Nous ne sommes que trois. »

Edgard jeta un œil à la rousse qui se tenait à côté de lui. Il oubliait souvent qu'il était le seul à la voir. Il acquiesça aux propos de la jeune informaticienne.

« C'est un fait. Neuf milles. Au temps pour moi.

-Marché conclu. Ca tombe bien, cette cérémonie commençait à m'agacer, et je serai bien retourné voir ma fille qui habite là-bas. Le temps de préparer mon rafiot, de réunir mes gars et on est parti.

-Il nous reste quelques achats, et nous vous rejoindrons. »

L'homme, qui devait avoir la cinquantaine, les remercia, et le petit groupe s'en retourna à ses activités. Lexarian jeta un coup d'œil au navire, et fut ravi de voir un bateau de taille raisonnable, qui devait habituellement accueillir une dizaine de personnes, avec de grandes cabines. Il resta un moment là, se remémorant de vieux souvenirs. Combien de temps avait-il passé sur la falaise rocheuse qui bordait l'océan, à côté de chez lui ? Chaque fois qu'il le pouvait, il s'y arrêtait, et observait les vagues qui allaient et venaient, ces bateaux qui passaient pour pêcher et tant d'autres.

Lorsque le jeune rêveur se remit en marche, il remarqua que la brune fixait elle aussi cet océan inconnu. Il passa un bras autour de ses épaules, pour la réconforter, et elle grimaça légèrement, l'espace d'une seconde.

« Ca vous manque ? » murmura Edgard, en revenant sur ses pas.

« La mer ? » demanda Lexarian, surpris.

« Non, je veux dire, votre chez vous, vos parents ? »

Il y eut un silence gêné. Lexarian afficha un sourire, comme à son habitude.

« Bien sûr. Enormément. Je te l'ai dis, si j'étais seul, j'en serai malade. Mais ma famille me manque aussi. Mes parents, mon frère. Mon chien. Et toi ?

-Je suis fils unique, mais mes parents me manquent. Mes amis d'Angleterre aussi, même si je me suis habitué depuis longtemps à la distance qui nous séparait. »

C'était loin, tout ça. Tellement loin.

« Et toi, Rin ? » demanda finalement Edgard à la jeune fille qui faisait toujours face à la mer. « Tes parents te manquent ? »

Il y eut un second silence. Lexarian se tapa la tête un instant avec sa paume de main, donnant l'impression à Edgard qu'il venait de poser une question de trop. Il eut un pincement au cœur, mais finalement Rin se retourna toute souriante :

« Ils me manquent beaucoup aussi. » s'exclama-t-elle. « Mais j'ai papa Edgard, Maman Lexarian et grande sœur Angie qui s'occupent de moi chaque jour. »

Elle lui tira la langue, comme une enfant, et tenta de s'échapper dans la ruelle, à la recherche d'un magasin normal, pour acheter des provisions. Sans comprendre, Edgard haussa les épaules. Angie paraissait anxieuse à côté de lui, mais Lexarian, lui, rappela la brune, immobile.

« Rin. »

Un ton de réprimande, mêlé au questionnement. La brune s'arrêta nette. Lexarian grimaça un long moment, comme s'il balançait entre deux choix, mais se fut Rin qui coupa court à son indétermination.

« Ed…mmm… »

L'anglais eut un air étonné. Rin semblait incapable de lui dire ce qu'il avait dire. Elle ne le regardait même pas dans les yeux, lui tournant toujours le dos. Une idée traversa soudain l'esprit d'Edgard. Il essaya de chasser celle-ci de sa tête, mais Rin continua finalement, et ce fut même bien au-delà de ce qu'il avait osé imaginer :

« ...mes parents sont morts, j'avais six ans. Je sais pas ce que c'est, une famille. J'ai menti…désolée… »

La brune disparut alors dans les ruelles, reprenant sa cavalcade, comme si rien ne s'était passé, à la recherche d'un magasin, qu'elle trouva quelques mètres plus loin. Lexarian jeta un coup d'œil à Edgard, qui restait planté au milieu de l'allée, silencieux. Il eut même l'impression que ses yeux avaient rougi.

« Rin…n'est pas ta voisine ? » murmura Edgard, en évitant le regard du sportif.

« Mes voisins, c'est la famille qui l'a adoptée, lorsque ses parents sont morts. Quand elle a eu dix ans, son nouveau frère, qui avait sept ans à l'époque, s'est fait renverser par une voiture. Pour ses parents adoptifs, elle est une fille qui apporte le malheur et la mort. Ils la détestent maintenant. Alors…Rin ne dit jamais rien, joue toujours la bonne enfant, comme pour se rattraper…comme si elle se sentait coupable des morts.»

Il soupira.

« Tu comprends un peu mieux pourquoi elle agit ainsi, désormais ? Désolé si ça t'a semblé brutal, mais peut-être que maintenant, tu la comprendras davantage, cette gosse. Sache en tout cas qu'elle se fiche pas mal de tout ça, désormais. Elle a juste gardé ses manies. A l'école, je ne l'ai jamais vu aussi heureuse, tu peux me croire.» plaisanta-t-il.

Lexarian resta un moment à ses côtés, puis s'empressa de rejoindre la jeune fille dans le magasin, en ajoutant qu'ils s'occupaient des courses avec cette dernière, laissant Edgard et Angie seuls dans la rue. L'anglais ne bougea pas, les yeux rivés sur le bitume. Il ne dit rien, et finalement s'assit sur le muret du remblai qui séparait la ville de l'océan. Angie fit de même. Il jeta un coup d'œil à la rousse, dont des larmes coulaient sur les joues.

« Tu pleures pour elle ? » murmura-t-il.

Elle dénia d'un coup de tête, et essaya d'essuyer et de cacher celles-ci d'un revers de main.

« Merci, Angie…Merci de pleurer pour elle. »

Il fixa l'océan, avant laisser échapper un juron anglais. C'était donc ça, la raison de l'attitude de Rin ? Pourquoi elle souriait toujours ? Pourquoi elle ne montrait pas ses sentiments ? Elle avait dû apprendre à être toujours parfaite, exemplaire, pour se faire pardonner de quelque chose dont elle n'était pas coupable. Rin n'avait plus de parents. Plus de famille. Rin avait beau être heureuse désormais…il avait tout de même mal au fond de lui.

C'était peut-être de là que venait la fougue de la jeune fille.

« Tigerish est réellement le mot parfait pour toi, Rin… »

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« Rin. » appela Lexarian, au bout d'un rayon.

La petite brunette se stoppa nette, alors qu'elle cherchait différents aliments qu'elle pourra préparer pour les huit jours prévus qu'ils passeraient en mer. Elle se retourna vers son ami d'enfance, un sourire aux lèvres. Le sportif soupira et attrapa une boite de choux de bruxelle qui se trouvait dans le panier de la jeune fille.

« Je t'interdis de faire ce genre de repas, tu sais bien que je déteste ça. » maugréa Lexarian en boudant.

« Nop, tu en manges, comme tout le monde. Arrête de te plaindre. » plaisanta-t-elle, en remettant cependant la boite de conserve dans l'étagère du rayon.

« Tu vois, c'est facile de se plaindre. Toi aussi, tu as le droit, je te rappelle. »

Rin allait attraper une boite de petits poids lorsqu'elle eut une hésitation. Ses doigts restèrent sur la conserve, mais elle ne s'en saisit pas. Son sourire avait disparu, pour la première fois.

« Désolée.

-Je ne veux pas que tu t'excuses, mais que tu te plaignes.

-C'est trop tard, tu sais, Lex. Je n'ai plus à me plaindre, désormais. Je vous ai vous. Ca me suffit. Je suis heureuse comme ça. Je découvre un nouveau monde, je me sens libre. J'aime ma vie. »

Lexarian retrouva son sourire. Rin arrivait à être honnête, quelque fois.

« J'aimerai… » commença le sportif.

« Hum ?

-…des cookies !

-C'est dans mes cordes. » répondit Rin avec un joli sourire.

Un sourire sincère, que Lexarian aimait plus que tout.

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Edgard resta planté comme un piquet dix bonnes minutes devant l'océan qui se déchaînait à ses pieds. Il redressa ses lunettes sur le bout de son nez, et essaya de se rappeler à l'ordre. Rin souriait honnêtement, et c'était le principal. Le passé était le passé. Il suffisait simplement d'éviter certains sujets.

A l'image de Lexarian, il serait peut-être capable un jour de découvrir la vérité et les sentiments cachés de la brune.

Angie, toujours assise sur le muret, avait arrêté de pleurer depuis quelques temps, et profitait du paysage. Edgard lui tendit la main, pour l'aider à se relever.

« On va faire un tour ? On a du temps à tuer de toute manière. Je sais que tu es un esprit, ou un fantôme, ou quelque chose dans le genre, et que tu n'as ni faim, ni soif, ni froid, mais est-ce que tu n'aurais pas envie de quelque chose ? »

La rousse se redressa, et resta pensif un long moment. Ils commencèrent à marcher, sans véritable but précis. Elle haussa les épaules au bout d'un temps, et ils continuèrent leur chemin ensemble. Les deux autres les rejoindraient en temps voulu.

C'était réellement la folie dans les rues. Les gens fêtaient ou grognaient au sujet du nouveau président. Les magasins étaient grands ouverts, et beaucoup en profitait pour faire quelques achats. Edgard suivait Angie des yeux, qui passait d'une vitrine à une autre. Parfois des magasins d'armes, d'autres fois des magasins de nourritures. Elle s'arrêta même un instant devant un magasin de vêtements.

L'anglais la regarda, dans son éternelle petite robe verte qu'elle portait depuis le début. Qui était-elle ? Il avait du mal à comprendre l'existence de la jeune femme. Etait-ce important ? Après tout, elle se plaisait en leurs compagnies…peut-être ? Cachait-elle aussi ses sentiments ? Se sentait-elle l'abri de tous les dangers ? Contrairement à eux, elle n'était pas une cible. Sirius ne devait peut-être même pas la voir. Ce côté-là rassurait un peu Edgard.

« Viens. » proposa soudain l'anglais, tandis qu'Angie s'éloignait du magasin de vêtements.

Elle lui jeta un regard curieux, mais le suivit dans le magasin qu'elle venait d'esquiver.

Ils passèrent un moment dedans. Edgard n'aurait jamais imaginé qu'il aurait un jour posé les pieds dans un tel endroit. Il n'avait pas vraiment l'habitude de la gente féminine, mais il se disait qu'Angie aimerait peut-être porter autre chose. Lui, de toute manière, à part des T-shirts geeks et de groupes de musiques, et à la limite quelques chemises, il ne portait pas grand-chose.

Ils ressortirent, quelques minutes plus tard. Angie était complètement relookée : elle portait désormais une jupe verte et un t-shirt blanc qui semblait à la mode à Junon. En plus, elle portait un petit sac qui contenait un jean et un sweat, pour avoir plus chaud, quand bien même elle ne ressentait pas les changements de températures.

Ils reprirent leur petit bout de chemin dans les rues bondées de Junon. Edgard reconnut quelques plans de scène qui correspondaient au jeu auquel il avait tant joué plus jeune. Ils passèrent dans un petit raccordement sous-terrain. Les gens allaient et venaient dans tous les sens, se frayant un chemin.

Alors qu'il avançait, Edgard se percuta à quelqu'un, faisant chavirer légèrement ses lunettes au passage.

« Excusez-moi. » murmura une voix lointaine qui se faisait déjà embarquer par le flot de gens, sans pouvoir s'arrêter s'excuser proprement.

Edgard récupéra juste à temps sa deuxième paire d'yeux qui avait légèrement glissée. Le temps semblait soudain s'écouler au ralenti : il redressa ses lunettes correctement sur le nez. Le monde se faisait net de nouveau, et il jeta un coup d'œil à la personne qui l'avait percuté.

L'homme continuait son chemin dans la foule et se retourna une nouvelle fois pour s'excuser, embarrassé d'avoir percuté quelqu'un. Il avait les cheveux bruns en bataille et portait un manteau sombre. Ses yeux s'agrandirent, comme ceux de l'anglais, lorsqu'ils se reconnurent. Ils se stoppèrent. L'homme posa son regard sur Edgard, puis sur Angie, qu'il semblait voir. Puis à nouveau sur l'anglais. Edgard rompit aussitôt le contact visuel, attrapa Angie par le bras et s'empressa de continuer sa route, hâtif. C'était comme dans un mauvais rêve. Son cœur battait plus vite, le temps passait au ralenti, et ses sens se mirent en éveil. La peur. Il avait peur. Il paniquait. Il ne savait pas quoi faire. C'était lui.

C'était Sirius.

« Angie…reste avec moi. Il te voit. C'est Sirius. Il nous a vus. Il va…il va… »

« …he's going to kill us… » raisonna une voix dans sa tête.

La voix de sa conscience.

Une explosion retentit derrière eux, ce qui eut le don d'effrayer tous les civils. Les gens commencèrent à crier dans tous les sens, apeurés. Edgard continua son chemin, embarquant Angie avec lui. Ils devaient fuir, le distancer. De toute sa vie, Edgard n'avait jamais couru aussi vite. Il prit une ruelle sur la droite, monta des escaliers en bousculant des gens au passage, puis prit à gauche, pour se retrouver sur l'un de ses multiples remblais qui surplombait l'océan. Il entendait ses propres battements de cœur. Angie courrait à ses côtés, tout aussi effrayée que lui.

Où étaient les autres ? Rin ? Lexarian ? Comment les avertir ? C'était impossible.

Il allait bifurquer dans une nouvelle ruelle lorsqu'un écran invisible l'en empêcha, le percutant de plein fouet. L'anglais tomba en arrière, sans comprendre la nature de la supercherie. Il se redressa aussitôt, et tenta de passer son bras, mais un violent vent l'en empêchait.

C'était ça : du vent. Impossible de s'enfuir. Il frappa le mur invisible de toutes ses forces, sans résultat. Angie, accrochée à son bras, resserra son étreinte. Edgard se retourna, et fit face à l'homme qui les avait poursuivit jusque là. Il était debout au milieu de la ruelle bordant la mer, impassible. Les civils s'étaient déjà enfuis depuis longtemps.

L'anglais se posa entre l'homme et Angie, sa rapière sortie à la main.

« Qu'est-ce que tu comptes faire avec ça ? » ironisa Sirius.

« Tu ne toucheras pas à Angie.

-Quelle noblesse. Cette fille ne m'intéresse pas, pourtant. Elle n'a transgressé aucune règle, contrairement à toi. J'ai eu de la chance de tomber sur toi, tu sais ? J'avais perdu votre position depuis une demi-heure. »

Le pseudo gardien des lois leva les yeux au ciel. Bientôt, il pourrait rentrer. Il avait déjà passé trop de temps dans ce monde. Il devait mettre fin à toute cette mascarade.

Edgard leva un sourcil, sans comprendre.

« Pourquoi est-ce que tu ne pouvais pas nous localiser ? Une demi-heure…une demi-heure…on s'est…séparé, il y a une demi-heure. » réagit soudain l'anglais.

Ses yeux s'écarquillèrent sous la surprise. Alors c'était ça ? Il ne pouvait les localiser que s'ils…

Il n'eut pas le temps de finir sa réflexion, qu'un vent tranchant le blessa à la joue. Sirius gardait son éternel sourire sadique.

« Ca te plait tant que ça de tuer ? » murmura Edgard.

« Je déteste ça…mais c'est mon travail. Et toi, tais-toi tout de suite ! » hurla soudain Sirius, en lançant une nouvelle rafale de vent, à l'encontre d'Angie, cette fois.

Edgard se retourna vers son amie, qui saignait désormais à l'épaule, éberluée, puis de nouveau vers l'homme qui voulait sa mort.

« Tu entends Angie ?

-Bien sûr, je la vois, et je l'entends. Cela fait parti de mes fonctions. Mais trêve de bavardage, vous m'avez déjà fait perdre assez de temps. »

Edgard n'eut pas le temps de comprendre que son adversaire se retrouva déjà devant lui, armée d'une dague, la même qu'il avait voulu usé le soir à l'auberge de Kalm. Un long combat s'engagea alors entendre les deux hommes. L'un armé d'une rapière, l'autre d'une longue dague affutée.

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Lexarian et Rin déposèrent leurs courses sur le petit bateau qui les emmènerait à l'autre bout de l'océan. Le marin était déjà là, prêt à jeter l'encre. Il ne manquait plus qu'Edgard et Angie.

« Tu crois qu'ils sont partis faire un tour ? » supposa Lexarian, avec un sourire.

« Ils s'entendent bien, ces deux là. » affirma Rin.

Ils plaisantèrent un instant : Edgard n'avait jamais été très doué avec les femmes. La présence d'Angie améliorait grandement les capacités de ce dernier à faire face à l'autre genre.

Lexarian vérifiait s'ils n'avaient rien oublié, bagages, nourritures et autres, lorsqu'il surprit Rin se figer sur place, le teint livide.

« Rin ?

-Sirius ! » hurla-t-elle soudain, en se reprenant, son arme au poing.

Elle sauta par-dessus de la rambarde du petit navire, pour rejoindre la terre ferme, laissant Lexarian en plan.

« Sirius ? » répéta-t-il. « EDGARD ? »

Il ne chercha pas à comprendre, et s'arma de sa lance, avant de rejoindre à grande foulée une Rin qui courrait déjà dans les ruelles.

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Le bras gauche d'Edgard ruisselait de sang. Sa chemise noire qu'il portait ce jour-là était déchirée en lambeaux, et il était blessé à sa jambe droite. En face, l'ennemi faisait toute aussi grise mine. Cela faisait cinq minutes qu'ils se battaient, et la lame de la rapière d'Edgard avait transpercé l'épaule gauche de son adversaire. Le souffle coupé, Edgard tenta de parer une nouvelle attaque, mais le combat allait en son désavantage : Sirius savait beaucoup mieux maîtriser sa matéria, et de nombreuses fois l'anglais avait dû esquiver une attaque tranchante de vent, en même temps que de parer la dague meurtrière.

Ils avaient dansé longtemps, mais c'était fini.

Il para une nouvelle attaque, mais n'esquiva pas la tornade ambulante qui le projeta sans vergogne contre la devanture d'un magasin fermé. L'anglais ne prit même pas garde qu'il avait craché du sang sous le choc. De toute manière, il avait beau eu se démener, ses forces l'abandonnait. Avant qu'il ne puisse se redresser, une dague se planta dans son abdomen, lui arrachant un cri de douleur.

C'était horrible. La douleur. Cela lui faisait mal. Tellement mal. Il avait envie de mourir, afin que la douleur disparaisse enfin.

« Si l'un d'entre vous ne nous avait pas transporté dans ce monde, rien de toute ça ne se serait passé. » murmura une voix à son oreille, presque compatissante.

Edgard s'écroula contre le mur, tandis que son ennemi posa quelque chose de froid dans son cou, avant de faire un pas en arrière. Devant les yeux d'Edgard, une petite jupe verte tenta de s'interposer, entre lui et le meurtrier. Il leva les yeux, à nouveau animé par la vie : Angie.

« Cours... » murmura-t-il, alors que sa vision se flouait.

Mais la fille resta, ce qui sembla énerver Sirius. A nouveau Edgard vit tout au ralenti : Sirius tenta de la pousser, main elle revint à la charge, en se débattant comme une sauvage, mais finalement, la dague du Gardien se releva, et vint planter sans le moindre remord dans la poitrine de la jeune fille qui s'effondra à son tour, aux côtés de l'anglais. Quelques larmes glissèrent sur les joues d'Edgard, qui n'avait rien plus faire. Il avait dit qu'il ne lui ferait rien. Alors pourquoi ? Pourquoi la rouquine disparaissait devant lui ? Sa peau devenait translucide. Il ne la voyait presque plus.

« An…gie ? »

Il l'avait tué. Elle disparut. Elle était morte.

C'était fini. Tout était fini. Lui aussi. Le monde perdait ses couleurs. Il aperçut la dague se diriger de nouveau vers lui, vers son torse. Pourquoi ?

Pourquoi devaient-ils mourir ? C'était injuste.

Deux coups de feu retentir. L'homme en face de lui tituba. Du sang coula abondamment de son ventre. Un mur de flamme et d'électricité se forma entre Sirius et le corps inerte d'Edgard, pour le protéger.

Tout alla si vite. Sirius disparut, et le visage inquiet de Rin apparut devant les yeux de l'anglais. Elle…pleurait ?

C'était la première fois qu'il la voyait pleurer. Les gouttes lacrymales ruisselaient sur ses joues, abondamment. Rin…ne souriait plus.

Une lumière verte l'entourait, et elle semblait toujours répéter la même chose, bien que cela paraissait si loin.

« SOIN ! SOIN ! »

Edgard ferma les yeux. Il était trop tard, de toute façon.

Angie était morte.

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Rin vit Edgard fermer les yeux. Elle eut un haut le cœur, tandis qu'au loin, elle entendait vaguement Lexarian et Sirius parler. Elle prit le pouls de son ami. Il était vivant. Elle avait arrêté l'hémorragie, mais ce n'était pas fini.

Dans le cou ensanglanté de l'anglais, elle trouva une petite pièce de vingt-cinq gils. Son cœur se serra. Elle se redressa, son arme en main, avant de faire face à leur ennemi commun, qui s'était retiré à l'autre bout du remblai, méchamment blessé.

« …vous finirez tôt ou tard comme lui, pour avoir transgressé les règles.

-Si tu veux nous tuer, prépare toi à mourir, enfoiré. » lâcha Lexarian, hors de lui.

Pour appuyer les propos de son ami d'enfance, Rin releva son arme, avant de le pointer droit vers Sirius. L'homme aux cheveux bruns garda son masque impassible. La jeune fille retira le cran de sécurité, et un coup de feu retentit.

Lexarian écarquilla les yeux, sous la surprise. Ce n'était pas l'arme de Rin qui venait de tirer. Cela venait de derrière eux. Il se retourna, et remarqua enfin les quelques soldats armés de la Shin-Ra plantés devant la sortie d'escalier, les ayant en ligne de mire. Parmi eux se tenait le nouveau président. Rufus Junior Shin-Ra, son fusil tendu vers le petit groupe.

Le sportif jeta un coup d'œil à la brune qui se trouvait à côté de lui, et qui venait de vaciller, sa jambe gauche en sang.

« Putain, manquait plus qu'eux. » grimaça Rin, sous la douleur.

Elle jeta un nouveau coup d'œil vers Sirius, mais ce dernier avait disparu.

« Mais qui voilà ? » ironisa le nouveau président. « Vous êtes venu fêter mon avènement ?

-Pas vraiment. » répondit Lexarian au tac au tac, un sourire commercial aux lèvres.

« Vous aviez des soucis ?

-Non, trois fois rien. C'est gentil d'avoir fait le déplacement. Pour la peine, je vais t'annoncer quelque chose de génial : tu vois, Rufus, tu vas monter dans un cargo pour Costa Del Sol. Tu devrais faire attention à Sephiroth, qui pourrait apparaître dans ton navire, dans la cale, on ne sait jamais. Mais ne t'en fais pas, si tu restes sur le pont, rien ne t'arrivera. »

Le président roux leva un sourcil, curieux, et comme s'il acceptait les propos de Lexarian, il ordonna à ses gardes de faire demi-tour, pour repartir. Rin cligna des yeux, incrédule. Bientôt, ils furent enfin seuls sur ce remblai de Junon. Les larmes coulèrent le long de ses joues. Ils étaient vivants.

Elle tituba jusqu'à Edgard qui semblait dormir profondément. Lexarian le souleva, en prenant garde de ne pas ouvrir les plaies qui s'étaient à demi-refermée avec la matéria de guérison.

« Rin, il est l'heure pour nous de quitter le navire. Ou du moins, d'en prendre un autre. »

La brune acquiesça en regardant le sol, en larme. Ils devaient fuir, loin, très loin de cette ville.

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Cela faisait un quart d'heure qu'il marchait en zigzaguant. Il n'avait pas de matéria de soin, et le sang qui s'écoulait de son abdomen effrayait pas mal de gens aux alentours. Finalement, il se laissa tomber contre un mur, mal au point.

Cette mission d'élimination commençait à sérieusement s'éterniser. Il devrait déjà avoir fini. Qu'allait dire son supérieur ? La réprimande serait sévère, cette fois, si tant est qu'il resterait en vie. Il détestait ce travail. Tuer des gens. Mais il n'avait pas le choix. Ils déséquilibraient ce qu'il y avait déjà d'écrit.

Il posa une main sur son ventre. Cette gosse ne l'avait pas raté. Deux balles tirées, deux balles dans le ventre, comme un ballon dans une foire. Pour la première fois, il l'avait vu pleurer. L'autre gars qu'il avait amoché était si important ? Sa vie valait d'être pleurée ? Il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer des gens, dans sa vie. Les gens comme lui naissaient pour faire appliquer des lois, car ils étaient spéciaux à l'origine. Son supérieur était sa seule relation.

Il y avait elle, aussi, mais cela faisait des siècles qu'il ne l'avait pas vu. Elle venait parfois, discutait avec lui, puis repartait. Il aimait sa présence, se chamailler avec elle. Peut-être était-ce ce que l'on appelait l'amitié.

Il ne sut pas pourquoi il s'était mis à penser à tout ça. A cause du sang qui se vidait de son corps peut-être ? De vieux souvenirs revenaient.

Il fut réveillé par une ombre au dessus de lui. Il sursauta à moitié. Un soldat de ce monde, dans son costume bleu et leur casque de même couleur. Ils se regardèrent un bon moment, et finalement le soldat s'accroupit et déchaîna une vague de guérison sur le blessé.

C'était chaud. Il ferma les yeux, profitant de la douceur. Il y avait encore des gens bien, dans cette ville polluée. Le soldat retira son gant et essuya son visage. C'était une main douce. Une femme, il l'aurait parié. Elle essuya les marques de sang qui commençait à sécher sur sa peau et lui redressa un peu les cheveux.

C'était pour des gens comme ça, qu'il se battait. Il en était convaincu.

La femme soldat glissa quelque chose finalement dans la poche de son grand manteau, puis le laissa là, après s'être assurée que les blessures s'étaient belles et bien refermées.

Sirius écarquilla les yeux. La femme, plutôt petite, disparaissait sur le remblai, clopinant sur sa jambe gauche, comme si elle avait été blessée il y avait peu.

Par réflexe, il passa ses doigts dans la poche de son manteau, et trouva une pièce de vingt-cinq gils. Il s'en mordit les lèvres. Ses doigts imbibés de sang se resserrèrent dessus, tandis que la femme disparaissait dans les escaliers, après avoir retiré son casque, dévoilant une chevelure brune qui dansait avec le vent.

Sirius posa sa tête contre le mur, le visage tourné vers le ciel. Il grimaçait, ne sachant comment exprimer ce qu'il ressentait à ce moment là.

« Pourquoi…ne m'as-tu pas tué… ?»

Dans le port de Junon, un cargo et un petit bateau de croisière furent mis à l'eau, emportant avec eux des gens de tous les horizons qui luttaient pour leurs vies.