Récapitulons: Mü et Aldébaran se creusent la tête pour trouver un lien entre Rhadamante Smith et l'évadé Kanon Stathopoulos, Milo et Camus papotent et Rhadamante et Kanon se font presqu'avoir par la police à cause de leur bêtise naturelle.
Chapitre 4: Milo.
"Tu t'es décidé? Au lieu de me livrer à l'asile, tu préfères m'aider? Sinon, je te laisse tranquille et je trouverai bien un autre journaliste." dit Kanon.
"Non, j'aimerais t'aider." lui dit Rhadamante, incomfortable à l'idée de voir Kanon le délaisser pour un journaliste. "Mais tu ne peux pas rester ici, la police pourrait revenir."
"Ok. J'irai voir si je peux rester chez un ami. Il me donnera des nouvelles de Saga."
"Tu ne crois pas que c'est dangereux, de te balader en ville? Si la police transmet ton signalement, tu ne seras pas difficile à trouver, vu tes... Euh..."
"Quoi? Mes cheveux? Pas de panique, je vais te piquer un chapeau."
Et c'est un chapeau sur la tête et les cheveux cachés dans son manteau que Kanon sort de l'appartement, sans se rendre compte qu'il avait l'air d'un vieux bossu à cause du volume de ses longs cheveux.
"Attends! Comment veut-tu que je t'aide si je ne te verrai plus? Tu ne peux pas revenir ici, c'est trop dangereux." lui dit Rhadamante.
"J'avoue que je n'y avais pas vraiment pensé." dit Kanon.
"Je pourrais venir avec toi. Comme ça je sais où tu es et je pourrais venir te voir."
"Bon, ok. Suis-moi."
Le trajet est long. Ils naviguent à travers les rues bombées de gens qui rentrent de leur travail, se faufilent entre les voitures immobiles des bouchons, pour arriver une demi-heure plus tard dans une rue piétonnière, éloignée des gaz et du bruit que font les voitures. Kanon s'avance vers la porte et appuie sur le bouton du deuxième étage. Une voix s'écrie au-dessus de sa tête:
"Hé! L'intercom est foutu! Qu'est-ce que tu viens faire ici?"
"Milo! C'est moi, ouvre!"
"Mais c'est toi, espèce de psychopathe!" crie Milo, le sourire aux lèvres. "Qu'est ce que tu fais là?"
"Ouvre, putain! Je vais pas te raconter ma vie en criant dans la rue, quand même!"
"C'est pas bientôt fini, ce boucan! Ça fait au moins vingt fois par jour que tu te mets à crier dans la rue!" hurle la voisine du troisième.
"Mais j'y peux rien, c'est l'intercom qui est cassé!" dit Milo.
"Appelle un technicien, alors! Mais arrête de nous faire chier avec ça!" crie la voisine.
"Hé! Pourquoi vous êtes en train de vous crier dessus par la fenêtre?" intervient le voisin du quatrième.
"C'est ce con du deuxième, il veut pas arrêter de crier toute la journée!" dit la voisine.
"C'est pas une raison pour commencer à crier vous aussi! J'ai mon gosse qui dort et vous venez de le réveiller!" dit le voisin.
"Mais vous croyez que ça m'amuse, monsieur, d'entendre cet imbécile faire la causette avec les gens dans la rue?"
"J'ai pas dit ça, mais crier c'est pas une solution! Alors taisez-vous tous, bordel de merde!" dit le voisin.
"C'est bon, j'appellerai un technicien demain!" dit Milo à la voisine. "Et toi, attends moi, je viens t'ouvrir!"
Milo dévale les escaliers, leur ouvre la porte et les fait monter. L'appartement dans lequel vit l'homme aux longs cheveux blonds est tellement chaotique qu'ils ont du mal à se frayer un chemin tous les trois entre les tables de salon remplies d'objets, les piles énormes de livres, les gros coussins éparpillés dans la chambre, les bouteilles d'alcools à moitiées vides (ou pleines, ça reste à voir), les essais de sculptures avec du fil de fer, les longues épées anciennes, les chemises de toutes les couleurs, …
"Comment tu fais pour vivre dans ce bordel?" lui demande Kanon, en enlevant son manteau et son chapeau.
"C'est juste un peu rempli, c'est tout..." dit Milo timidement. "Je vous présente Camus, un journaliste et mon nouvel ami. Camus, voici Kanon et... ?"
"Rhadamante. Bonjour, Camus." dit le blond aux cheveux courts.
"Bonjour, Rhadamante, quelle surprise de te voir ici." dit Camus, en se justifiant: "On travaille pour le même magazine."
"Bon, Milo, je peux te parler deux minutes?" demande Kanon.
"Mais oui, ça fait des mois qu'on ne s'est plus vus! Camus, je te laisse avec Rhadamante, je reviens dans cinq minutes, ça ne te dérange pas?"
"Pas du tout."
Milo et Kanon entrent dans la chambre à coucher, où le désordre règne autant que dans le salon. Des tissus de couleurs chaudes et lumineuses sont attachées au plafond sans logique apparente et s'entre-mêlent pour ensuite mieux se séparer. La chambre devient ainsi un labyrinthe de jaune, d'orange et de rouge. La lumière du soir allume le feu de couleurs, et, en même temps, en allume un dans le bas-ventre de Kanon.
"Milo... Viens ici..." murmure Kanon.
"Ça fait longtemps. Tout va bien?" demande le blond, s'approchant de lui.
"Ça ira mieux quand j'aurai défenestré mon frère."
Milo se colle contre Kanon et passe lentement sa main à travers les longs cheveux bleus. Pris d'impatience, Kanon le pousse contre le mur, manquant de justesse de l'embrocher dans une sculpture pointue, et l'embrasse sauvagement. Il caresse le torse nu du blond, puis fait glisser ses mains dans son short, trouve et masse les os du bassin de son amant. Celui-ci gémit et écarte réflexivement ses jambes.
"Milo, tu m'as manqué..." dit Kanon.
"Toi aussi. Mais on ne peut pas faire ça maintenant, on a dit quelques minutes, il vont finir par s'impatienter et venir voir ce qu'on fout. Et je ne veut pas choquer mon tout nouveau Camus."
"Comment ça ton nouveau Camus?"
"Je voulais dire ami."
"Tu préfère te faire le bouquineux plutôt que moi?" demande Kanon, lui mordant le lobe de l'oreille.
"Je préfère me faire les deux, mais je ne crois pas que vous soyez d'accord." répond Milo, un sourire taquin aux lèvres.
"Jamais à trois, Milo."
"Raconte moi plutôt où tu as passé les derniers mois."
Kanon soupire lourdement et s'assied sur un coussin perdu à terre.
"C'était terrible, Milo." dit-il, les yeux rivés au sol. "Les flics m'ont pourchassé à travers Londres le premier mois et demi. Je pouvais pas risquer de te voir. Ce con de Saga a été raconter aux flics que c'était moi qui avait tué le bébé, Élise, dans un de mes 'épisodes psychotiques'. Quel fils de pute. Il a convaincu tout le monde que j'étais un psychopathe dangereux qui souffre parfois de crises dont je ne me souviens absolument rien. Ce qui est très normal, je pense, puisque je n'ai jamais eu de crises du genre dans ma vie."
"C'est lui qui t'as dit tout ça?"
"Non, c'est la police qui me l'a dit quand j'ai été arrêté."
"Je peux pas croire qu'il m'a rien raconté de tout ça."
"Parce que tu lui fais toujours confiance, à mon frère? Enfin, je ne suis pas encore reconnu comme coupable du meurtre, mais ils se sont dit que c'était une bonne idée de m'enfermer à l'asile, au cas où je serais vraiment fou et pour pouvoir finir leur enquête. J'avoue que j'étais pas en très bon état ce jour-là et que j'avais pas l'air très crédible. Un dealer m'avait refilé je ne sais pas trop quoi comme saloperie, mais c'était pas ce qu'il m'avait dit que c'était. Puis on m'a mit dans une cellule en solitaire, sans compagnie, sans liberté, sans contact avec n'importe qui d'autre que le psychiatre qui était plus fou que ses patients, et puis trajets avec des gardes et des menottes, douches solitaires, repas dans la cellule, grosse serrure, porte en métal. La totale."
"Bordel! Mais comment t'as fait pour t'échapper?"
"On peut toujours compter sur la connerie et la crédulité des gardes. C'est comme les vaches, c'est fait pour rester là et rien foutre pendant des heures, mais c'est pas fait pour penser. Et pour insulter les patients."
"On ne t'a rien fait, quand même?"
"Non. Mais j'aime pas être enfermé. À propos, est-ce que je peux squatter chez toi?"
"Euh... Je suis pas sûr que c'est une bonne idée. Deathmask et Aphrodite vont passer ici demain et je préfère que Saga... qu'il ne soit pas au courant de notre relation."
"Relation? Quel grand mot pour quelqu'un qui veut se foutre en l'air avec le premier beau gars qui ressemble à un bibliothécaire de film porno."
"Kanon... T'es en train de me faire une crise de jalousie? C'est toi qui as ramené ton grand blond jusqu'ici et ne me dis pas que tu ne te l'es pas fait, tu empestes le sexe."
"Je ne suis pas jaloux." dit Kanon en se levant. "Allez, viens-là, tu m'as manqué."
L'évadé prend Milo dans ses bras, respire son odeur si familière et s'écarte quelques instants plus tard.
"Je vais te laisser à ton Camus et à tes collègues. Ils me sont tous tellement sympathiques." dit Kanon d'une voix amère.
"Kanon, arrête ton sarcasme. Je t'aimes beaucoup, tu sais ça. Mais je n'arrêterai pas mon boulot et je ne t'aiderai pas dans ta vengeance puérile. Pour le reste, je suis là pour toi."
"Merci. Je suis désolé d'être si énervé. C'est parce qu'il est en train de me voler ma vie. Je ne peux pas continuer à courrir le reste de mes jours, Milo."
"Garde un peu de courage. Et de patience. Saga ne restera pas fâché contre toi pour toujours. Je ne pense pas que te venger sur lui vas t'aider, au contraire. Tu devrais te réconcilier avec lui."
"Me réconcilier? Mais comment faire? Ça fait des années qu'il me déteste sans raison, qu'il devient de plus en plus détraqué et qu'il essaye de m'enfermer dans un asile ou une prison."
"Tu vis dans un rêve, Kanon. Ou un cauchemar. Ton frère n'est pas le méchant et tu n'es pas le héros martyre. Tu devrais mieux réfléchir à ce qui s'est vraiment passé avec Saga."
"Je vais pas rester ici à t'embêter avec ma mauvaise humeur. Je pourrai peut-être rester avec Rhadamante. Je crois que je peux le convaincre."
"Tu peux toujours revenir après-demain, si je suis là. Tiens, je vais te chercher un GSM, j'en ai un en plus au cas où. Tu pourras m'envoyer des messages."
Ils retournent au salon, là où sont assis les deux journalistes en silence et dont la conversation en l'absence des deux autres peut se résumer à:
"Beau temps aujourd'hui, n'est-ce pas?"
"En effet."
"Tu as passé une bonne journée?"
"Ça peut aller, et toi?"
"Pareil."
"Sinon, tu fais quelque chose d'intéressant ce weekend?"
"Dormir."
"Ah."
"Eh."
"Mmhm."
"Hm."
"Ho."
"Eh?"
"Non, rien."
Silence.
"Bon, je vais aux toilettes."
Milo interrompt le silence oppressant de sa simple présence, et son sourire et sa spontanéité presque tactile incitent l'homme calme et posé à réajuster ses lunettes, se lever et venir rechercher sa compagnie.
"Milo, tu pense pouvoir continuer l'interview maintenant ou tu veux remettre ça à plus tard?" demande Camus.
"Non, Camus, reste. Kanon va partir, il doit réfléchir à des choses." Milo s'approche de Camus puis chuchote: "Il est un peu embrouillé, pour tout te dire. Je ne veux pas trop le voir avant qu'il s'occupe de lui-même et qu'il commence à vivre sainement."
"Milo, tu sais que j'entends tout ce que tu dis, non?" demande Kanon.
"Parfaitement. Si j'aurais besoin de me cacher de toi pour oser le dire, je m'abstriendrais de le dire." répond Milo.
"Et puis c'est quoi ce délire? Vivre sainement? C'est toi qui me dis ça, avec le boulot que t'as?" dit Kanon.
"Parlons-en plus tard. Je veux juste dire que je veux te revoir heureux et que ce que tu veux faire maintenant ne t'apportera jamais le bonheur, et je ne t'aiderai pas à t'auto-détruire."
"Mon frère et moi ne sommes pas la même personne, Milo. Si je le tue, je ne me tuerai pas avec."
"Kanon... Rentre chez toi, pense à ton frère, et essaie de te souvenir tout ça correctement. Si tu veux de l'aide pour ça, je suis là pour toi. Si tu veux te venger, je ne le suis pas."
"Ouais... On verra." dit Kanon. "Viens Rhadamante, allons-y. Au revoir Milo et... Camus, aussi."
"Je tiens beaucoup à toi, Kanon, ne l'oublie pas. Au revoir, Rhadamante." dit l'écrivain.
"Au revoir." disent les journalistes.
"Désolé de te faire écouter nos disputes, Camus. C'est... Il a des soucis. J'en serais reconnaissant si tu pourrais éviter de parler de lui à qui que ce soit." dit Milo.
"Bien sûr."
"Merci."
"On continue notre interview, dans ce cas?"
"Euh... Il est presque sept heures et demie. Je crève de faim."
"Oh. D'accord, je reviendrai un autre jour."
"Non, reste! Viens manger avec moi, je connais un resto pas cher du tout et c'est super bon. Ils ne font que des spaghettis, par contre. Mais ne me dis pas que tu n'aimes pas les spaghettis?"
"Je n'ai rien contre les spaghettis, mais je crois que je devrais rentrer chez moi."
"Mais tu veux rester avec moi, Camus. Je le sais." dit Milo en s'approchant du journaliste. "Alors oublie ton idée et viens avec moi. Si tu veux, tu peux me poser des questions et on dira qu'on continue à travailler sur l'interview."
Sa voix devient de plus en plus douce et il s'arrête à quelques centimètres de Camus, envahissant son espace personnel plus qu'aucune autre personne ne l'as osé avec lui depuis des mois. Les lèvres de Milo se pressent contre sa joue en un baiser prudent. Il n'y a pas de résistance, et Milo continue à déposer des baisers sur sa joue, ses paupières, son nez, le coin de sa bouche... Camus rougit et recule un peu.
"Je resterai. Allons à ton restaurant." dit-il.
