Through the Looking Glass
Disclamer : Les personnages utilisés dans cette fanfiction sont la propriété de SquareSoft/Squarenix. Seuls les personnages de Rin, Lexarian, Edgard, Sirius et Angie m'appartiennent.
Merci à eux d'avoir crée des mondes et des personnages qui nous font rêver encore et encore, chaque jour, égaillant notre petit monde.
Cette fanfiction se déroule dans le monde de Final Fantasy septième du nom.
Je vous souhaite à présent une très bonne et agréable lecture, en espérant que cela vous plaise.
Chapitre Onze
Le Canyon
Il avait la tête dans les étoiles.
Il était de garde, cette nuit-là. Edgard dormait sur le siège passager du buggy, et Rin était allongée sur la banquette arrière de l'engin mécanique, tous deux recouverts de couvertures bien chaudes pour passer la nuit. Tout était calme : un feu crépitait à côté du jeune sportif qui était en T-shirt, malgré la fraîcheur de la nuit. Il n'était pas très frileux de nature, ayant l'habitude d'aller se baigner en pleine mer peu importe la température de celle-ci.
Ils avaient repris le rythme des veillées depuis qu'ils avaient quitté le navire, à Costa Del Sol. Contrairement à AVALANCHE, ils avaient longé le désert du Gold Saucer, pour se retrouver dans la plaine de Gongaga, où ils avaient fait une rapide halte. Désormais, il ne restait qu'un bout de chemin vers Canyon Cosmos. Il devait être quatre ou cinq heures du matin. Rin avait commencé la veille, suivit d'Edgard. C'était son tour, désormais.
Il jouait avec une brindille et le feu, l'esprit ailleurs. Seul, il avait le temps de repenser à toute cette histoire. Il n'aimait pas être seul. Il pensait trop à ces moments là. Ce monde, les gens qui y vivaient, les dangers, la mort qui les poursuivait.
Il ne pouvait pas mentir, et oser dire qu'il n'avait pas peur, ou qu'il n'était pas effrayé par l'avenir. Il l'était. Jamais on ne les avait préparés à ça. Il avait vu tomber Edgard devant ses yeux, dans un bain de sang. Rin avait pleuré. Angie, qu'il ne voyait et n'entendait pas, avait été tuée de sang froid. Il avait vu des corps joncher le sol de la tour Shin-Ra. Assez pour lui retourner le ventre.
Lui, il était étudiant dans une petite école d'informatique. Il aimait le sport, ses copains, ses parents, les jeux vidéos, coder des milliers de lignes incompréhensibles aux gens normaux. Il n'était pas exceptionnel. Il avait appris à manier la lance, mais il n'était pas un expert. Nul doute qu'il se ferait battre à plat de couture par des personnes comme Cloud.
Il riait extérieurement de toute cette histoire. Rin aussi. Edgard moins.
Mais tout cela n'était qu'apparent. A chaque fois qu'une branche craquait aux alentours, son corps se tendait et son pouls s'accélérait brutalement. Un ennemi ? Un monstre ? Cet homme, Sirius ? A combien de kilomètre était ce dernier ? Avait-il traversé l'océan ? Avait-il abandonné ? Il avait été blessé, mais le sportif avait un doute là-dessus.
Rin avait mystérieusement disparu, lorsque Lexarian s'était rendu sur le navire, à Junon, Edgard sur dos. Elle était revenue un bon quart d'heure plus tard, et ne l'avait ni regardé dans les yeux, ni expliqué ce qu'elle était partie faire.
Ce type. Son unique mention le révulsait. Des lois ou pas, on ne tuait pas les gens ainsi, sans leur laisser le moyen de se justifier. Nul n'est censé ignorer la loi…sauf que rien n'était marqué précisant que les voyages d'un monde à un autre était interdit. Comment s'étaient-ils retrouvés là, dans un premier lieu ? Impossible de savoir.
Il passa une main sur son visage, histoire de le sortir de ses pensées sordides. Une barbe naissante le surprit. Lui qui était toujours bien rasé, il grogna intérieurement.
Décidemment, ils devaient à tout prix arriver à Canyon Cosmos, dans l'espoir de trouver une solution à leurs problèmes.
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« Ah…de l'eau. » murmura soudain Edgard, en levant la tête.
Le trio de choc n'était plus si loin de Canyon Cosmos : au loin, s'étendait les canyons rocheux qui protégeaient la ville garante du savoir et berceau du groupe AVALANCHE. Ils n'avaient plus qu'une hâte : arriver là-bas, dans l'espoir de trouver un indice sur leur retour sur Terre. Ils avaient traversé le désert et les plaines, trouvant parfois quelques coins d'eau, mais cela faisait actuellement deux jours qu'ils n'avaient pas eu la chance de tomber sur une rivière ou un fleuve.
Au loin, à moitié cachée par une forêt, un cour d'eau se tenait là. Rin, qui était allongée sur la banquette arrière, à moitié somnolante, un pc sur les genoux, après avoir passé un jour et demi à jouer à Final Fantasy VII version PC qu'Edgard avait sur son disque dur externe qu'il trimbalait toujours, afin de comprendre le jeu, au même titre que les deux autres, se releva brutalement, lorsque le mot « eau » tinta à ses oreilles.
« De l'eau ?
-Ouais, là-bas. » affirma Lexarian qui était au volant du buggy.
« Dooooouuuuche ! » hurla la fille du groupe.
Les deux autres plaisantèrent alors :
« C'est vrai que tu en as bien besoin. » railla Edgard.
« Eehh !
-Toi qui sens toujours bon l'amande douce… » continua Lexarian.
« Je vous déteste ! » grogna Rin, en prenant un air bougon.
« Nous aussi, on t'aime Rin. »
Le buggy fut rendu au point d'eau en une dizaine de minutes. Edgard vérifia sur le GPS, mais il ne leur restait qu'une journée de route jusqu'à Canyon Cosmos. La journée venait à peine de commencer. Avec un peu de chance, ils pourraient dormir dans des lits confortables le soir même.
Le buggy s'arrêta juste à côté de la petite rivière. Son pc rangé dans sa sacoche, Rin s'empressa de quitter la voiture pour boire une grande gorgée d'eau.
« Tu avais soif à ce point ? » s'étonna Edgard, qui la suivait.
« J'avais envie de boire de l'eau fraîche. L'eau créée en faisant fondre de la glace avec du feu, c'est bien, mais c'est pas très rafraîchissant.
-Tu marques un point. Il n'aurait manqué que des feuilles de thé et ça aurait été parfait.
-C'est l'idée. »
Rin retira ses chaussures et ses chaussettes avant de s'asseoir sur une pierre et tremper ses jambes dans l'eau. Edgard fit de même profitant de la fraicheur. Lexarian fit un petit tour dans les environs pour se dégourdir les jambes, après avoir conduit pendant des heures, depuis l'aube.
« Comment ça va, Edgard ? » demanda soudainement Rin.
Edgard prit un peu d'eau dans ses paumes de mains et se rinça le visage. Il savait très bien le but de la question de son amie brune.
« Bien. Je crois ta théorie. Je n'aime pas les faux espoirs, mais je crois que j'en ai besoin, actuellement.
-Je te promets que ma théorie est juste, Ed… » murmura Rin, en fixant son reflet dans l'eau.
« Je te crois. Merci. Et toi, ça va ?
-Comment ça ?
-Sirius. Comment tu gères ça ? »
Rin laissa échapper une grimace, puis un sourire qu'elle tenta rassurant. Elle s'attacha les cheveux en queue de cheval. Elle avait de très longs cheveux ondulés, et était minuscule. Cette fille qu'Edgard avait longtemps vue comme un véritable garçon manqué devenait parfois une poupée de porcelaine.
« No lies… » murmura Edgard, en voyant Rin qui ne savait pas quoi dire.
« Je me rends compte que je peux de moins en moins te cacher de chose. Tout comme avec Lexarian.
-Je pense que…petit à petit, je commence à comprendre comment tu réfléchis.
-C'est à la fois vexant…et agréable. Merci, Ed. Je vais bien, je crois. Je ne le connaissais pas. Même si c'était peu de temps, on avait ri, et on s'était lié d'amitié. Il n'est pas…méchant. Et dans un sens, personne n'est bon ou méchant dans cette histoire. Chacun veut protéger quelque chose. Qu'importe les moyens.
-Mais tu as mal, n'est-ce pas ?
-Ouais. » admit Rin, accompagnée d'un hochement de tête significatif. « Comme un sentiment de trahison, tu vois ? Mais quoi qu'il se passe, je vous protégerais comme je peux, toi et Lexarian. Mais…
-Mais ?
-Je ne veux pas en venir à ses méthodes à lui. Si je le peux, j'aimerai qu'il vive. Que l'on trouve un terrain t'entente. Même si je me rends compte que notre retour ne peut être qu'accompagné de sacrifice. Si nous retournons dans notre monde, il viendra finir ce qu'il avait commencé, non ? »
Edgard avait lui aussi réfléchit à ce détail. Il était effectivement probable que s'ils arrivaient à rentrer dans leur propre monde, que ce type les suivrait pour les tuer définitivement. Il voyait déjà les gros titres : « Trois étudiants retrouvés morts dans leur appartement, jouant à des jeux vidéos. ». Oui, parce que c'est toujours plus facile de mettre la violence des jeunes et des actes étranges sur le compte des jeux vidéos. Les médias, dans une grande généralité, étaient excellents pour ça.
Pensif, Edgard n'entendit même pas des pas feutrés venir dans son dos, et se retrouva, sans avoir eu le temps de comprendre, le nez dans la rivière, qui était profonde d'un bon mètre, trempé jusqu'aux os. L'eau gelée pénétra dans ses vêtements et il laissa alors échapper des jurons anglais à l'égard du sportif du groupe qui revenait de son petit tour, et qui venait de le pousser dans remord dans le liquide glacé.
« FUUUUCK ! » grogna-t-il, tandis qu'un rire féminin résonna, avant de se stopper brutalement, suivit d'un second « plouf ».
Rin, qui s'était finalement aussi retrouvée dans l'eau, remonta à la surface, trempée et hors d'elle.
« LEEEEEX ! »
Le sportif regarda les deux autres, mort de rire, sur le rebord de la rivière.
« Espèce de… » commença Rin, avant de se redresser d'un bond sur le rebord.
Lexarian n'eut pas le temps de comprendre lorsque deux mains l'attrapèrent violement et le tirèrent vers l'eau froid. Rin dut mettre tout son poids pour espérer le faire tomber, mais cela marcha. Le troisième gai luron se retrouva dans l'eau sans pouvoir se plaindre. Edgard, qui avait remit ses lunettes sur le nez après les avoir essuyé, eut un sourire.
« Tu l'avais mérité. » railla-t-il lorsque Lexarian revint à la surface.
« Putain elle est froide ! » grogna à son tour le farceur.
« Sans déconner. »
Dans un même accord, Edgard et Rin repoussèrent Lexarian dans l'eau, pour se venger.
Finalement, ils profitèrent tous de l'eau pour se laver et se séchèrent grâce à la matéria de feu qu'ils possédaient. Ils restèrent un moment, assis à côté de la rivière, attendant que la petite boule de feu créée les réchauffe. Ils discutèrent de tout et de rien.
« Vous croyez qu'il va nous retrouver ? » demanda soudain Lexarian, l'air ailleurs.
« Sans doute. Il nous retrouve toujours. » murmura Rin.
Edgard regarda les deux autres, alternativement. Il venait de se rappeler de quelque chose. Quelque chose avant l'incident de Junon.
« Eh ! J'ai deviné un truc, à ce propos. »
Les deux autres levèrent la tête, étonnés.
« Quelque chose d'important ?
-Ouais. Sirus ne peut pas nous retrouver si on est séparé. » expliqua Edgard.
« Ah ouais, et c'est pour ça qu'il t'a attaqué à Junon, alors que tu n'étais pas avec nous, peut-être ? » démentit Lexarian.
« Non, sans rire. Il est tombé sur moi par hasard. Il me l'a dit. Il m'a dit qu'il ne pouvait plus sentir notre présence depuis une demi-heure. Et cela faisait une demi-heure que l'on était séparé. Ce qui expliquerait pourquoi…
-…pourquoi il ne savait pas que je faisais partie de ses victimes, la première fois que l'on s'est rencontré. » finit aussitôt Rin.
Lexarian cligna des yeux. Effectivement, cela se tenait. C'était une théorie, évidemment.
« Ce n'est pas une raison pour se séparer. On a bien vu ce que ça donnait. »
Edgard acquiesça, et Rin aussi.
Tant qu'ils seraient tous les trois, ils pouvaient compter les uns sur les autres.
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Canyon Cosmos. Petit village peuplé d'une centaine d'habitants, tout au plus, avec vue plongeante sur un canyon en contrebas et qui enfouissait dans ses entrailles quelques grottes hantées par un ancien peuple guerrier. Principaux attraits touristique : le paysage, le planétarium du sage, la flamme qui ne s'éteignait jamais sur la place centrale du village, et la bibliothèque.
Ceci mis-à part, il n'y avait pas grand-chose d'intéressant, en fin de compte.
« Halte, là. » ordonna le garde de la ville, lorsque trois étrangers se présentèrent à l'entrée de Canyon Cosmos, fatigués semble-t-il par la montée des marches incalculables qui menaient à cet endroit reculé.
« Bien le bonjour. » salua le plus sportif des trois, qui semblait à peine essoufflé, comparé aux deux autres. « Nous faisons parti d'AVALANCHE, et nous avons parcouru des kilomètres pour venir jusqu'ici. Nous aimerions louer une chambre à l'auberge, et jeter un œil dans votre magnifique bibliothèque, afin de mieux comprendre le fonctionnement de notre planète. »
Le garde lui jeta un coup d'œil étonné :
« Je ne savais pas que la bibliothèque était si connue.
-En fait, c'est surtout Barret, chef actuel d'AVALANCHE qui nous en a parlé, et nous aimerions vraiment comprendre et savoir comment protéger la planète.
-Que savez-vous sur l'énergie Mako ?
-C'est l'énergie spirituelle de la planète, que la Shin-Ra aspire pour produire de l'énergie électrique. » expliqua Edgard.
« Et il arrive que cette énergie se cristallise et forme des matérias à l'état pure recelant la sagesse des anciens. » continua Rin, qui avait bien appris sa leçon en jouant au jeu.
Le garde les regarda alternativement. C'était des gosses, de toute façon.
« Le moindre faux pas, et on vous jette dehors. » prévint le garde, avant de les laisser passer.
« Nous vous remercions. » salua Lexarian, en s'inclinant à moitié.
Les trois jeunes gens entrèrent alors dans la petite ville. Contrairement au jeu, celle-ci était bien plus grande et plus fournie. Final Fantasy VII ne montrait qu'une petite partie du village, et ses endroits importants. Sans plus tarder, ils repérèrent l'auberge, installée dans plusieurs huttes suspendues, à droite de la bougie Cosmos.
« Ah ben c'est pas trop tôt. » s'étira Rin, en traversant la place. « J'en avais pleins les pattes. Non mais quelle idée de mettre autant de marches, et d'habiter si haut.
-C'est un village ermite, reculé de tous. » expliqua Edgard. « Lexarian, tu serais un bon commercial technique, tu sais.
-On me le dit souvent. » admit Lexarian avec un sourire qui sonnait faux.
« Les clichés, quand même. Heureusement que tous les commerciaux sont pas comme Lexarian. » pouffa la fille du groupe.
Ils grimpèrent sur des petits pilotis de bois et arrivèrent dans une grande maison suspendue, où une femme lisait tranquillement le journal, adossée au comptoir. Elle devait avoir la quarantaine, et ses yeux s'ouvrirent de surprise lorsqu'elle vit le trio débarquer.
« Vous venez pour une chambre ? » s'étonna-t-elle.
« Oui, c'est exact.
-Le garde vous a laissé rentrer ? J'y crois pas ! » s'exclama-t-elle, en rangeant son journal, ravie d'avoir des clients. « Vous désirez rester combien de temps ?
-On ne sait pas encore. On est là pour chercher des informations à la bibliothèque. On restera tant que l'on n'aura pas trouvé ce que l'on cherche ou bien écumé toutes les étagères.
-Très bien très bien ! Vous voulez dormir ensemble ?
-Moi je veux bien dormir dans le même lit que la demoiselle, mais elle va refuser véhément. » expliqua Lexarian. « Mais oui, on veut bien être dans la même pièce.
-Même la jeune fille ? » s'étonna l'aubergiste.
« Je survivrai. » grogna Rin avec un regard noir envers Lexarian.
La chambre fut payée par le comptable du groupe et ils furent accompagnés à une autre petite maison en hauteur. Il y avait quatre lits, des bureaux, et une salle de bain dont le fonctionnement resta incompréhensible pour les trois informaticiens qui ne connaissaient rien à la physique, ou qui ne voulaient sans doute faire aucun effort.
L'aubergiste les laissa s'installer. Il ne fallut pas deux secondes à Rin pour s'étaler de tout son long sur l'un des lits.
« Ouaiiiiiss des draps tous chauds ! »
Ils rirent quelques instants, avant de redescendre pour aller manger, leurs affaires posées.
Ils étaient enfin arrivés au Canyon.
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S'en suivit de longue journée de recherches. Quatre, pour être précis. Tous les jours, les trois compères descendaient de l'auberge et écumaient chaque livre de la bibliothèque de Canyon Cosmos, puis remontaient à l'auberge, discutaient et bidouillaient un peu sur leurs PCs (Rin semblait même s'amuser avec les téléphones portables).
Ils avaient trouvé de nombreuses choses intéressantes : des livres sur les Anciens, d'autres sur les emplacements historiques. Mais il n'y avait pas grand-chose sur le sujet « comment rentrer sur la planète Terre ».
Edgard épluchait un livre qui traitait des contes et légendes des Cetras. Il y avait beaucoup de ressemblance avec des éléments de leur propre monde. Des éléments mythologiques en particulier. Il lisait quelques passages, en espérant tomber sur quelque chose qui pourrait les aiguiller, assis sur un fauteuil. Plus loin, Rin était debout, en train de regarder les titres de toute une étagère, tandis que Lexarian avait lui aussi le nez dans un bouquin. De loin, Edgard ne voyait pas très bien son visage, mais il aurait parié tous les gils qu'ils possédaient, que le sportif était en train de dormir, discrètement.
« Du nouveau, Rin ? » demanda l'anglais.
« Pfff…pas grand-chose d'intéressant. Je suis plutôt dans une section zoologique là. Monstres de la plaine de Nibelheim. Faune et Flore du Canyon. Des trucs comme ça. » soupira Rin.
« Et toi, Lexarian ? »
Pas de réponse. En jetant un œil plus attentif, Edgard remarqua que le livre que tenait Lexarian était à l'envers. Plus de doute, il dormait bien.
« J'ai une théorie, cependant. » murmura Rin.
« Une théorie ? » s'étonna Edgard, en lâchant son bouquin, deux secondes.
« Mais une théorie hypothétique. C'est une idée, mais ça ne nous mènera pas beaucoup loin.
-Enonce toujours. »
Rin acquiesça. Elle chercha quelques instants comment exprimer son idée, en tournant en rond, autour des étagères de l'immense bibliothèque. Edgard la trouva marrante, car elle jouait avec ses boucles de cheveux, les yeux vers le plafond.
« Tu vois, après avoir fait le jeu, je me suis rendue compte que les Cetras cherchaient la Terre Promise.
-C'est un fait.
-C'est un peuple nomade. Qui allait de planète en planète.
-Non, c'est une erreur de traduction du jeu. En réalité, les Cetras sont nés sur cette planète-ci, et se déplaçaient de terre en terre. J'ai lu un article là-dessus sur internet. » contredit Edgard.
Rin leva la tête, étonnée. Cela l'embêtait bien. Sa théorie tombait à l'eau.
« Ben j'ai pas de théorie
-Continue quand même. On ne sait jamais.
-Et bien mon hypothèse était qu'ils soient passés aussi sur notre planète, tu vois. Certains, ne voulant plus continuer, se seraient mélangés aux hommes de notre monde. Je ne sais pas comment ils arrivaient à voyager de planète en planète, mais imaginons…
-Que le moyen de voyager soit une sorte de téléportation, et que le jeu ait fait le lien jusqu'ici. » finit Edgard en voyant où la brune voulait en venir. « Ce n'est pas complètement idiot je pense. Après effectivement, il faut qu'ils soient bien venus dans notre monde, mais apriori les Cetras sont nés ici, sur cette planète. Ils étaient nomades, mais c'était de plaine en plaine. Et il faudrait que le voyage soit une sorte de téléportation. Ca fait beaucoup de conditionnel.
-J'admet. Un peu trop. Après on peut imaginer que la rivière de la vie avait besoin de nous, parce que l'on est trop puissant, et elle nous a fait venir jusqu'ici.
-Rin… » soupira Edgard. « Ou encore que l'on soit des descendants de ceux qui sont venus, pendant que tu y es.
-Eh ! C'est une super idée, ça ! » plaisanta Rin.
Ils entendirent un rire s'échapper un peu plus loin. Ils se retournèrent vers Lexarian, qui avait toujours le nez dans son livre, mais qui ne semblait nullement dormir.
Ils continuèrent longtemps l'épluchage de la bibliothèque.
« On a sans doute rien à voir avec cette planète, la rivière de la vie, ou même les Cetras. » murmura soudain Lexarian, toujours dans son bouquin qu'il ne lisait pas.
Les deux autres s'arrêtèrent de jouer aux fourmis. Le sportif abaissa le livre, un léger sourire aux lèvres.
« Si des gardiens existent pour empêcher les gens de naviguer d'une planète à une autre, les Cetras n'auraient donc pas pu, et cela veut dire que quiconque rêve est un descendant Cetra ? Hum…illogique, non ? Je pense que c'est autre chose.
-Jenova est bien arrivée d'une autre planète. » démentit Edgard, bien qu'il était plutôt d'accord avec le reste.
« Ouais, non mais dans ce cas, on est jamais allé dans l'espace. Je pense qu'il s'agit d'un problème d'univers. Voir même de dimension. » raisonna Rin.
Les deux autres acquiescèrent.
« L'ampoule de Rin s'est enfin allumée. Prions, mes amis Cetras, pour commémorer ce jour.
-Lexarian, je te hais. » pesta Rin.
« En tout cas, on est pas plus avancé. Ce n'est sans doute pas dans les récits des Cetras, qu'il faut chercher.
-Non, c'est plutôt dans les phénomènes inexpliqués. » admit la fille. « Je suis sûre d'avoir vu un bouquin dans le genre… »
Il y eut un silence. Rin cherchait déjà dans les étagères lorsqu'Edgard l'arrêta :
« Rin ?
-Ouais ? »
Edgard ne répondit pas, mais pointa le jeune sportif, toujours assis sur son fauteuil, un sourire angélique sur le visage. Il faisait tournoyer le grand bouquin qui lui avait permis de dormir tranquillement pendant une demi-heure. A l'envers, car le livre n'était toujours pas tenu dans le bon sens, la brune lut le titre :
« Les étranges phénomènes des cents dernières années. »
Elle se frappa le front.
« Tu nous as laissé chercher, alors que tu avais trouvé quelque chose ?
-Et bien, à vrai dire, si vous m'aviez réveillé de ma sieste, je prévoyais de vous dire que moi, au moins, j'avais trouvé quelque chose. Mais vous êtes trop gentils, vous m'avez laissé dormir.
-Tu abuses, Lex… » grommela Edgard en s'approchant de son ami farceur, curieux de savoir ce que renfermait le livre.
Rin s'approcha à son tour et vint prendre place sur les genoux de Lexarian, afin de voir le livre de plus près.
« T'es lourde.
-Toi aussi. » rétorqua Rin. « Alors ? »
Lexarian fixa quelques secondes le bouquin, toujours à l'envers, hésitant. Il était sur le point de l'ouvrir, lorsqu'il posa une question qui dérangea les deux autres.
« Vous…êtes sûrs que vous voulez savoir ce que j'ai trouvé ? » murmura-t-il.
Edgard et Rin se regardèrent. L'anglais se passa une main dans les cheveux, embêté, comprenant le sous-entendu de son ami.
« C'est…pas bon pour nous, c'est ça ? » questionna-t-il.
Lexarian haussa les épaules, signe que ce n'était en effet pas très prometteur comme indice. Finalement, il ouvrit le livre, le feuilleta quelques secondes à la recherche d'un passage, et lut enfin :
« Le cas de l'Assassin de Midgar. » commença-t-il.
Les doigts d'Edgard se crispèrent. Ca annonçait la couleur. Le sportif continua :
« On répertorie aujourd'hui les meurtres d'une dizaine de jeunes gens dans les rues de Midgar, depuis les vingt dernières années. Tous sont morts de la même façon, tués de multiples coups de dague ou épée très courte. Ce genre de meurtre étant courants dans notre société et à cette époque, ceux-ci ont retenus l'attention des médias pour leur aspect mystérieux : en effet, aucun des jeunes gens retrouvés ne possédaient d'identité répertoriée, et ce, dans aucune des villes et villages connus, et semblaient être apparut de nulle part, et possédaient sur eux des technologies encore peu connues. Beaucoup d'extrapolation fusèrent de toutes parts chez les médias, comme la possibilité du voyage dans le temps, ou encore la création de droïde perfectionnés, mais chacune des thèses fut réfutées, soit à cause de l'improbabilité, soit simplement de part le fait que les corps retrouvés étaient à cent pour cent humain. De nombreuses légendes urbaines circulent toujours malgré tout dans les ruelles de Midgar. Le dernier meurtre en date est celui d'une femme d'une trentaine d'année, il y a cinq ans de cela. Cette dernière aurait été trouvée agonisante, hurlant qu'elle souhaitait « retrouver son ami et rentrer chez elle.». Ce fut cependant ses derniers mots, et personne ne sut jamais où se trouvait son chez soi. Aucun autre cas n'a été répertorié depuis lors. »
Lexarian venait de murmurer les derniers mots, laissant place à un silence pesant. Edgard avait bougé de place, pendant la lecture, et regardait désormais à travers de l'une des petites fenêtres qui donnait sur le canyon. Rin, elle, était toujours sur les genoux du sportif, mais ne bougeait pas et ne fit aucune remarque.
Sans rien dire, Lexarian referma le livre et le rangea à sa place, après poussé la squatteuse de genoux, et tous les trois sortirent de la bibliothèque. Ce fut Edgard qui se réveilla le premier, et fit demi-tour, le visage grimaçant. Rin et Lexarian se regardèrent, sans comprendre, jusqu'à ce que leur ami revienne, le livre à la main, sur la page de l'auteur..
« La personne qui a écrit ça s'appelle Sinoé Arléus. Il habite désormais à Mideel. »
Les deux autres le regardèrent, sceptiques sur l'instant.
« Ca vaut la peine d'essayer. » admit Rin, après quelques secondes de réflexion.
« Il en sait peut-être plus que ce qu'il dit. Ou peut-être pas. Qu'est-ce qui nous reste comme solution de toute manière ? Sauver les gens qui devraient mourir ? Tseng va être sérieusement blessé, mais il survivra. Cependant on pourrait peut-être lui épargner ce malheur. » réfléchit Lexarian à voix haute.
« Est-ce que…Rufus va mourir ? » murmura soudain Rin.
Les deux autres se retournèrent vers elle, surpris.
« Non. Il survit à l'attaque de l'arme.
-Chouette. Il n'y a donc plus qu'Aerith à réellement sauver.
-Et Sephiroth. » tenta Edgard, d'une voix moins assurée.
« Eeeeeddgard ! » grogna Lexarian.
Finalement, les trois amis essayèrent de penser à autre chose, après la lecture horrifique sur les étranges meurtres à Midgar. Ils cessèrent leurs activités et allèrent se changer les idées autour de la Bougie Cosmos qui brûlait toujours. Ils discutèrent de choses et d'autres. Ils reprendraient le Buggy le lendemain et se dirigerait vers la côté, dans l'espoir de trouver un moyen de transport aquatique. Contrairement à la carte restreinte du jeu, de nombreuses autres villes existaient, et ils trouveraient certainement leurs bonheurs dans l'une des villes côtières au Sud de Canyon Cosmos.
Ils n'avaient pas perdus espoir.
Mais ils n'en avaient pas davantage non plus.
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Allongé dans son lit, Lexarian se reposait tranquillement. C'était leur dernière nuit à Canyon Cosmos. Rin était de garde pour la première partie de la nuit, puis ce serait à son tour, et enfin au tour d'Edgard, qui voulait prendre le temps de lire quelques bouquins avant de partir, le lendemain matin même.
Il faisait bon de dormir ainsi. Il n'avait pas hâte de retrouver la banquette cuivré de la voiture tout terrain qui les emmènerait à leur prochaine destination.
Il aurait bien dormi plus longtemps, mains une petite main le poussa légèrement. Il soupira : c'était son tour de garde. Il attrapa la jeune fille dans ses bras quelques instants, et quand bien même celle-ci tentait de se débattre, il ne la relâcha pas.
Il se sentit moins seul, quelque instant.
Puis il ouvrit enfin les yeux, et lâcha son amie, qui lui tira la langue, mécontente.
« Tu peux aller dormir, Rin. » murmura-t-il, pour éviter de réveiller Edgard.
« Ouais. Je vais juste aller faire un tour aux toilettes. » répondit-elle.
La brunette jeta un œil dehors, puis quitta la pièce pour se rendre jusqu'aux toilettes, qui se trouvaient dans un autre bâtiment de l'hôtel. Lexarian en profita pour essayer de se réveiller complètement. Il était encore bien fatigué, mais tant qu'ils auraient un meurtrier sur les talons, il était hors de question de dormir insouciants. Après tout, Sirius pouvait attaquer n'importe quand. Le fait d'être en groupe les désavantageait dans un sens, et les aidait dans un autre.
Le sportif attrapa un bouquin qu'Edgard avait finalement ramené de la bibliothèque, pour essayer d'en apprendre plus sur les fameux meurtres. Cette escale n'avait finalement rien de très joyeux. Des gens avaient voyagé avant eux, et s'étaient fait tués atrocement. Etait-ce Sirius, ou bien quelqu'un d'autre ? Le gardien des lois avait l'air bien jeune, mais était-il réellement humain ? Vieillissait-il à la même vitesse que le commun des mortels ?
Lexarian lut quelques pages, avant de relever la tête vers la porte. Rin n'était toujours pas revenue se coucher. Avait-elle rencontré l'aubergiste au passage ?
Il se releva du lit et se mit à attendre adossé au montant de la porte, le livre dans ses mains. Celui-ci ne racontait décidemment pas grand-chose d'autre. Il parlait d'un autre cas, où cinq gamins avaient été retrouvés en même temps. Et d'un autre, le tout premier cas, qui parlait d'un jeune homme d'une quinzaine d'année. Il avait répété le nom d'un proche, inlassablement, avant de mourir de ses blessures.
Cela lui faisait froid dans le dos. Un instant, il revit le corps inconscient d'Edgard, dans une mare de sang, à Junon. Il revoyait toujours cet instant, qui restait encré à jamais dans sa rétine et son cerveau. Puis il imagina, sans s'en rendre compte, la vision de Rin, étalée dans une ruelle, agonisante. Il se baffa aussitôt.
Il ne devait pas penser à ce genre de chose.
Rin n'était toujours pas revenue. Que faisait-elle ? Il ne pouvait pas laisser Edgard en train de dormir sans surveillance.
Ses yeux bleus comme le ciel se posèrent sur le lit de la brunette. Son cœur rata soudain un battement, tandis que le livre qu'il tenait glissa de ses doigts avant de s'étaler sur le sol.
Là, en face de lui, se trouvait un lit presque fait, maladroitement. Le sac à dos et la sacoche d'ordinateur de Rin n'étaient plus à leurs places, pas plus que le téléphone portable qu'elle posait habituellement sur la table de chevet qui longeait le lit.
Il se rua aussitôt sur le lit d'Edgard, qu'il tira sans le moindre ménagement, paniqué.
« ED ! RIN ! RIN EST PARTIE ! »
L'anglais mit quelques secondes à réagir, et à remettre dans l'ordre chaque mot prononcé dans son cerveau. Pour une fois, il ne mit pas trop longtemps, et attrapa son épée tout en sautant de son lit. Lexarian dévalait déjà les escaliers, hors de lui, pour se rendre à la Bougie Cosmos.
« RIIIIIIIIIIIIIIIIIIN ! » appela-t-il en vain.
Ils coururent un long moment, autour des falaises rocheuses, dans l'espoir d'apercevoir l'ombre de leur amie. Edgard suivait Lexarian, baigné dans l'incompréhension.
« Pourquoi… » commença l'anglais.
« POUR NOUS SAUVER ! PUTAIN ! POUR EVITER QUE SIRIUS NE NOUS TROUVE ! IL A DU S'APPROCHER DE NOUS CETTE NUIT ! ELLE A REGARDE PAR LA FENETRE ! JE SUIS SUR QU'ELLE L'A VU ! ET ELLE EST PARTIE !
-Mais…elle est dingue ?! Elle va…toute seule, il va…
-RIIIIIIN ! » hurla Lexarian.
Mais personne ne répondit, et personne ne revint à l'auberge ce soir là.
Ils n'étaient plus que deux.
Au nord de Canyon Cosmos, une jeune fille courait dans la plaine, ses sacs sur le dos. Elle courait loin, aussi loin qu'elle le pouvait de l'ombre qui, elle le savait, la suivait depuis son départ de la ville de la sagesse.
Elle l'éloignerait d'eux, et une fois distancé, il serait dans l'incapacité de les retrouver et de les tuer.
Mais lui, il comptait bien ne jamais perdre sa trace.
